Lobbying et conséquences

Nancy Pelosi : une femme de poids entièrement dévouée à Israël


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Fausto Giudice


Fausto Giudice
Mardi 14 Novembre 2006

Cette millionnaire italo-américaine devient le troisième personnage de Washington
Cette millionnaire italo-américaine devient le troisième personnage de Washington
Avec la victoire électorale des Démocrates aux élections de mi-mandat du 7 novembre, Nancy Pelosi devient « speaker » de la Chambre basse du Congrès US –équivalent du président de l’Assemblée nationale française – et donc le troisième personnage de Washington. En cas de mort subite du Président et du vice-Président, ce serait à elle d’assurer l’intérim de la Maison blanche.


Nancy Pelosi, la dame de fer de San Francisco, est une femme à poigne qui gagne à être connue. « Je ne pense pas être dure, dit-elle. Je suis ferme et forte. Ceux qui me connaissent savent qu'il ne faut pas jouer avec moi. » Alors que pour la forme et le style, elle a adopté ceux des Républicains, dans le fond elle est une démocrate pur jus, qui milite pour donner un visage humain à l’Empire. Si elle pense que les troupes US doivent se retirer de l’Iraq, c’est parce qu’elle pense que c’est désormais à l’Iran qu’il faut faire la guerre. Et elle a prononcé cette petite phrase historique : « La création de l’État d’Israël est un des miracles du XXème siècle. » Création dont elle aime répéter qu’il s’agit de « la plus grande réussite du XXème siècle. »


Elle est née en 1940 à Baltimore dans une famille italo-américaine catholique où elle fut la seule fille à côté de cinq garçons. Son père, Thomas d’Alesandro Jr. fut maire de Baltimore de 1947 à 1951 et son frère Thomas d’Alesandro III le fut de 1967 à 1971. Mariée au promoteur immobilier Paul Pelosi depuis 1962, elle s’est installée avec lui à San Francisco, où lui a fait fortune et elle a fait carrière. Aujourd’hui, avec une fortune évaluée à 25 millions de dollars, elle est la troisième députée la plus riche du Congrès.


Elle est entrée tardivement en politique, à l’âge de 47 ans, une fois que son dernier fils était entré à l’Université et qu’elle estimait avoir achevé son rôle de mère. Élue représentante du 8ème district de Californie, elle s’est faite une réputation de « liberal » - c’est-à-dire progressiste dans le vocabulaire US -, présentée même comme une dangereuse gauchiste par ses adversaires républicains. Gauchiste, Nancy ne l’est sûrement pas. En France, elle ne dépareillerait pas dans un PS, quelque part entre DSK et Jospin ou Rocard et en Italie elle trouverait tout naturellement sa place entre Prodi et d’Alema. En tout cas, elle est favorable à l’avortement, elle est contre la prière obligatoire à l’école et pour les peines de susbstitution. Son programme pour les élections qu’elle vient de gagner tenait en six points : relèvement du salaire minimum, élargissement aux classes défavorisées de l’accès aux soins médicaux, baisse du taux de crédit accordé aux étudiants, allègement des charges fiscales de la classe moyenne – cette « middle-class » qui constitue l’élément décisif du corps électoral US -, et réduction des coûts administratifs des petites et moyennes entreprises.


Si Pelosi a voté contre la guerre d’agression contre l’Iraq, elle a en revanche voté pour le budget de financement de l’occupation militaire du pays entre les deux fleuves, tout comme elle avait voté en 2001 pour l’adoption du Patriot Act. Elle a cependant voté contre le renouvellement de cette super-loi « antiterroriste » qui limite singulièrement les droits et libertés inscrits dans la Constitution.


Cette Italo-Américaine pourrait sans doute faire sienne la devise de l’Italo-Américain le plus célèbre du XXème siècle, le gangster Al Capone : « Tu peux avoir beaucoup plus avec un mot doux et un revolver qu'avec seulement un mot doux. », dont on dit que Donald Rumsfeld –première victime collatérale de la défaite électorale que viennent de subir les Républicains -, l’avait adoptée.


Tout cela serait bel et bon s’il n’y avait la question d’Israël et c’est là que Nancy Pelosi rejoint le « mainstream » (courant dominant) de la classe politique US, qui est dévoué corps et âme à la cause sioniste. Cela lui vient sans doute de sa fréquentation assidue des familles juives de son quartier d’enfance à Baltimore –« il n’y avait pas un samedi où elle n’assistait à une bar mitzvah ou une bat mitzvah », a témoigné un de ses amis d’enfance - et de l’appui électoral que lui ont apporté les institutions de la communauté juive de San Francisco. Il y a quelques années, elle expliquait à une rencontre de l’AIPAC, la principale organisation du lobby juif de Washington – quelque peu embarrassée par des récentes affaires d’espionnage au profit d’Israël – que son beau-fils étant juif, elle avait eu l’heureuse surprise de se voir souhaiter son « Happy Birthday » par ses petits-fils en…hébreu.


Et elle a étalé son sionisme primaire lors du congrès de l’AIPAC de 2005, où elle expliquait, la main sur le cœur, que la cause du conflit israélo-palestinien, loin d’être l’occupation de la Palestine par les sionistes, était la remise en cause du droit à l’existence de l’État d’Israël. Et, ajoutait-elle, le plus grand danger pour ce « droit à l’existence », vient aujourd’hui de l’Iran, qui se prépare à transformer Tel Aviv en Hiroshima, grâce à l’aide technologique russe et chinoise, contre laquelle elle reproche aux deux partis US, le républicain comme le démocrate, de n’avoir pas été assez vigilants et énergiques pour tenter de la bloquer. Et notre bonne Nancy est immédiatement partie en guerre contre l’ex-Président Jimmy Carter, qui publie aujourd’hui un livre dans lequel il qualifie la politique israélienne de colonisation de nouvel apartheid (Palestine Peace Not Apartheid), s’empressant de préciser que l’homme qui a été l’artisan des accords de Camp David ne parlait pas au nom du Parti démocrate.


Bref, on l’aura compris, ce n’est pas de la nouvelle patronne du Congrès qu’il faudra attendre une quelconque tentative de modification de ce qui a été une constante de la politique US depuis 1947 avec le démocrate Truman : le soutien inconditionnel à l’État dit juif. Tout au plus tentera-t-elle de mettre des bémols à un soutien US trop ouvertement enthousiaste à ce qu’il est bien convenu d’appeler un génocide tranquille. Ce qu’on pourrait appeler du « pelosionisme ».


Le signe avant-coureur de ce léger infléchissement a été donné cet été, lorsque Pelosi a retiré son nom d’une résolution du Congrès sur la guerre menée par Israël contre le Liban, car la résolution n’abordait pas la question de la protection des civils libanais. Mais le Lobby a immédiatement mis en branle sa machine à ramener dans le rang tout politicien se montrant un tant soit peu récalcitrant. Et Nancy est aussitôt rentrée dans le rang.







Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est en Copyleft pour tout usage non-comemrcial : il peut être librement reproduit, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner source et auteur.


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Mardi 14 Novembre 2006

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