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Mesure de la guerre civile en cours aux USA


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Cette interview de Doug Casey, un de ces analystes financiers indépendants d'une notoriété reconnue, comme on en trouve autour de Wall Street et dans la presse alternative/antiSystème; est d'un réel intérêt pour poursuivre le travail essentiel de déterminer la situation actuelle des USA.


Doug Casey
Mardi 4 Avril 2017

Mesure de la guerre civile en cours aux USA
L'intérêt de l'interview est de constater d'abord avec quelle facilité, avec quelle évidence, ce spécialiste des questions financières et économiques, dès qu'il trouve un biais, passe à une analyse de la situation disons culturelle ou sociétale, ou disons de guerre civile culturelle & sociétale, qui affecte l'Amérique. Il quitte son terrain de prédilection pour s'attacher à ce qu'il juge manifestement comme l'essentiel : l'extraordinaire désordre, la fantastique confusion et le climat de guerre civile qui touchent et embrasent aujourd'hui les USA. Il en arrive à la comparaison avec la Guerre de Sécession, dont il met en cause radicalement et justement à notre sens la dénomination officielle de “Civil War” pour lui substituer implicitement cette dénomination française de “Guerre de Sécession”, et pour mettre en évidence combien on se trouve aujourd'hui'jui, justement, dans une véritable “guerre civile”, et une guerre civile sans merci et paraissant comme sans issue tant ceux qui s'opposent sont absolument incapables de seulement se parler :

« Je n'ai jamais vu de toute ma vie une situation pareille. Il n'y a rien eu de semblable depuis la Guerre entre les États, qui ne devrait pas être nommée “Guerre Civile” parce que ce ne fut pas une guerre civile. Une guerre civile est une situation où deux groupes tentent de s'emparer du gouvernement. C'était une guerre de sécession, où un groupe tente de se détacher du reste. » Aujourd'hui, observe Casey, il y a une guerre civile culturelle, « où les gens des “États rouges” qui ont voté pour Trump, – qui forment une forte majorité géographique des USA, – sont alignés contre les gens qui vivent dans les “États bleus”, sur les deux côtes et dans les grandes villes. Ils ne contentent pas d'être hostiles et d'être en désaccord sur la politique ; ils peuvent même plus se parler. Ils se haïssent les uns les autres, véritablement avec leurs tripes. Ils ont des visions totalement différentes du monde. C'est un affrontement de cultures. »

Cette sorte de point de vue et de méthodologie ne cesse de se développer chez tous les commentateurs sérieux aux USA. De plus en plus, leurs spécialités, leurs terrains de prédilection pour leurs commentaires, le cèdent au constat de cette situation de guerre civile qui déchire la Grande République. Il faut bien comprendre la puissance de l'expression : “guerre civile”, et non émeutes, contestation, etc. Même s'il n'y a guère de pertes humaines, comme on a l'habitude avec cette sorte de conflits, la psychologie et l'état de l'esprit y sont, et même augmentés exponentiellement à cause de la puissance du système de la communication qui est le champ principal sinon exclusif de ce conflit. L’on mesure alors combien la tension terrible de ces désaccords affectent les psychologies dans une mesure extraordinaire, rendant d'une certaine façon le conflit encore plus indéniable et insoluble, en état constant d'aggravation sans jamais rien qui ne puisse trancher.

L’Europe est encore très loin, à des années-lumière si l'on veut une marque symbolique, d’avoir pris conscience de l'ampleur formidable de cet affrontement qui bouleverse nécessairement tous les équilibres déjà instables, tous les arrangements bricolés et déjà le plus souvent faussaires du reste du monde ; bref, affrontement qui renforce d’un facteur crisique nouveau et sans doute décisif la situation crisique générale du monde. L’Europe est tétanisée par le moindre attentat, comme celui de Londres hier, sans comprendre qu'il ne s’agit que de conséquences indirectes et notablement atténuées, quoi qu'on puisse avoir de regrets du fait de la perte de vies humaines, de la sorte de conflit culturel et métahistorique qui déchire notre contre-civilisation, – sans besoin de terrorisme extérieur et d’origine douteuse pour cela ; et sans voir, l'Europe, que les USA sont aujourd’hui le terrain d'expérimentation le plus extraordinaire de cet affrontement qui est en train de mettre à nu et en plein jour l’état d’opposition inexpiable de deux conceptions métahistoriques existant au sein de cette civilisation-devenue-contre-civilisation, avec l’effet de cet affrontement destiné nécessairement à se manifester dans son destin (de cette contre-civilisation) pour le bouleverser complètement.

En effet, cette “guerre civile” de la communication aux USA, faite pour s'étendre évidemment à l'Europe lorsque les dirigeants politiques européens seront obligés de cesser leurs simulacres divers pour écarter l'évidence, constitue le véritable “choc des civilisations” selon la formule qui fit la fortune de Samuel Huntington, mais pas du tout avec les acteurs qu'il mettait en scène. Les religions, les ethnies, etc., sont des espèces de cache-sexes dont on fait grand usage en s'offrant des querelles, justement sur le sexe des anges laïques, qui permettent de croire pouvoir continuer à respirer avec la tête dans le sable. Les USA, au moins, sont proches de la vérité-de-situation révolutionnaire, avec un affrontement qui, même s’il mêle des groupes épars qui n'ont pas tous saisi le sens et l’essence de l’enjeu, déploie au moins les véritables composants de cet enjeu. En fait, il s'agit de la “guerre civile” fondamentale entre les deux axes de notre métahistoire, entre la modernité dans sa phase postmoderne où le Système apparaît pour ce qu’il est, créateur de ce courant déstructurant et entropique, et les forces de résistance nées de la Tradition et opérationnalisées sous une forme antiSystème. Les groupes humains sont moins les instigateurs de cette “guerre civile” que les acteurs au mieux, les figurants le plus souvent ; il s'agit essentiellement, pour eux, de bien s'y reconnaître et de choisir leur camp judicieusement, en comprenant bien ce dont il est question.

Nous sommes ainsi très loin du seul cas de l’élection de Trump, de la personnalité de Trump, etc., même si ces éléments qui ont brouillé notre poiint de vue servent de symboles et de porte-drapeau à cette “guerre civile”… Casey se dit satisfait de cette élection mais n’exprime pas une estime excessive pour Trump, avec des avis nuancés sur ses idées économiques ; il lui reconnaît “une personnalité complexe” mais ne voit pas en lui autre chose qu’un businessman qui entend conduire le destin des USA comme on dirige une société, donc beaucoup plus un avec l’esprit d’un mercantiliste qu’avec celui d’un philosophe. Mais on voit bien l’importance de ce jugement, lorsque l’interview passe à la question financière, à l’évolution du marché boursier ; Casey admet sans la moindre réticence ne comprendre plus rien à son fonctionnement et à son évolution, sinon de constater que le marché boursier « vit dans une hyperbulle […] Aussi mon sentiment est que l’économie peut s’effondrer… […] Aussi je ne veux jouer aucun rôle ni m’investir dans le marché boursier pour l’instant ».

On comprend alors que tous ces constats, sur Trump et ses incertitudes, sur ce marché boursier enfermé dans son hyperbulle, sur cette “guerre civile” comme jamais vue dans l’histoire des USA, sont reliés entre eux par le fait d’être des composants plus ou moins importants de notre Grande Crise Générale, qui est définie par l’événement de m’effondrement du Système. A cette lumière, tous les faits se relativisent par rapport à la définition qu’on donne d’habitude d’eux : qu’importe la réussite ou la politique de Trump, ce qui importe est qu’il ait été élu, provoquant un événement de considérable déstabilisation du Système, – et cela, quoi qu’il fasse ; et son élection alimentant en un incendie furieux une “guerre civile” dont il importe peu qu’elle ne soit que de communication pour en apprécier la puissance ; là-dessus, que “les marchés” se baladent dans leur hyperbulle, cela donne une touche élégante à l’ambiance générale de l’hôpital psychiatrique en folie…

L'interview de Doug Casey est conduite par Nick Giamburno, pour InternationalMan.com.



Mardi 4 Avril 2017


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