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Marlbrough s'en va-t-en guerre



Jean Périer
Samedi 29 Octobre 2016

Marlbrough s'en va-t-en guerre
 

    « Marlbrough s'en va-t-en guerre », peut-être l'une des chansons les plus populaires du folklore français, fut composée par des soldats français en 1709, à la veille de la tristement célèbre bataille de Malplaquet.
 

    Prenant ces jours-ci un sens nouveau en France, cette chanson ne fait plus allusion au duc de Marlborough, homme politique de triste notoriété du XVIIIe siècle, mais au président français en exercice, François Hollande, et à la réunion des ministres de la défense de la coalition occidentale qui se tient à Paris.
 

    Il va sans dire que dans le contexte des conflits en Irak et Syrie, et le besoin urgent de bonnes relations publiques pour Washington à cause de la campagne présidentielle US, la réunion a été consacrée aux discussions sur l'attaque en cours à Mossoul et l'assaut sur la ville syrienne d'Al-Raqqa.
 

    Il est vraiment remarquable que la discussion sur le projet d’attaque d’Al-Raqqa soit tenue sans mandat international accordant cette ligne de conduite à tous ces pays occidentaux, alors qu'il semble peu probable que le gouvernement légitime de la Syrie inviterait l’un des quelconques membres de l'OTAN à participer à la reprise d’Al-Raqqa après qu’ils ont passé les dernières années à essayer de renverser Damas. Nous sommes manifestement acclimatés à la réalité que ce n'est pas le droit international qui fixe les règles du jeu, mais plutôt les lubies washingtoniennes.
 

    La bataille pour Mossoul est devenue une affaire majeure de relations publiques, manigancée à l'Ouest précisément à la veille de l'élection présidentielle US. La prise de cette ville pourrait devenir une grande victoire pour la politique étrangère washingtonienne et fournir des points en plus à Hillary Clinton dans sa rivalité avec Trump, qui a critiqué Obama pour son manque de détermination à éliminer ISIS.
 

    En observant le déroulement de ce coup de pub de relations publiques, François Hollande a conclu qu’il devait lui aussi faire un truc similaire pour relever sa cote de popularité, qui n’a jamais été aussi à raz du gazon depuis des années, car lui aussi a une campagne électorale en vue.
 

    Mais, selon certains experts, l'assaut sur Mossoul ne donnera aucun résultat rapide, il est improbable qu’il se terminera avant la fin de l'élection présidentielle US.
 

    Même à Paris les ministres de la défense occidentaux ont reconnu que la prise de Mossoul sera plutôt délicate, car c’est le principal bastion restant aux forces d’ISIS dans la région. Les troupes irakiennes se sont finalement arrêtées à 6 miles de l’enceinte de la ville. L'encerclement complet de Mossoul peut s’accomplir en un mois. L'assaut de la ville peut prendre de quelques semaines à plusieurs mois. Il est à présent clair que les miliciens radicaux ne s’enfuiront pas de Mossoul sans se battre énergiquement.
 

    L'armée irakienne n’a aucun véhicule capable de survivre aux combats dans les rues étroites. Ses troupes sont épuisées, et même si elles encerclent la ville, elles sont incapables d’opérer sans aide étrangère. De plus, elles sont constamment attaquées de tous les côtés par des miliciens qui ont adopté la tactique frappe et repli. On pense que 4.000 miliciens au total sont piégés dans la ville, alors que le siège est assumé par jusqu’à 50.000 soldats de l'armée irakienne et Peshmergas kurdes.
 

    La situation est plus compliquée du fait de la présence d'un grand nombre de civils dans la ville, de sorte que toute attaque de grande envergure peut entraîner de grandes pertes dans la population civile, comme l’ont montré les dernières attaques aériennes US sur Mossoul. À ce stade de l'opération, les combats de rue dans la ville, peuplée de 1,5 million d'habitants, peuvent s’éterniser et être extrêmement sanglants.
 

    Aujourd'hui, il y a peu de doute que Mossoul sera prise tôt ou tard. La question est quand et à quel prix, car il est difficile de dire le temps qu’elle prendra vraiment. Selon Sean MacFarland, lieutenant général de l'US Army, commandant des forces de la coalition internationale contre ISIS, l’armée irakienne est persuadée qu’elle prendra Mossoul d'ici à la fin de l'année. Cette même opinion a été exprimée par le brigadier général des forces kurdes, Sirwan Barzani, qui pense que la ville sera prise dans deux mois. Les militaires et les politiciens US sont plus prudents dans leurs prévisions. Le président Barack Obama a déclaré qu'il y a de grandes difficultés sur la voie de la réussite de l'assaut et, pour cette raison, il a diplomatiquement laissé entendre que cette année créera des « conditions préalables favorables » pour la prise de Mossoul. Le vice-président US, Joseph Biden, qui était « très optimiste » quant aux perspectives de l'assaut, a toutefois préféré ne pas parler de sa durée. Le Secrétaire d'État US John Kerry, a dit que Washington soutiendra les efforts de Bagdad pour s’emparer de Mossoul aussi vite que possible, et il a alloué au total 155 millions de dollars à cette fin.
 

    Même si la Maison Blanche se sait incapable de remporter la « victoire sur ISIS » avant la fin de l'élection présidentielle US, elle veut créer en Syrie les conditions préalables aux futures confrontations militaires, permettant à Hillary Clinton, quand et si elle arrive au pouvoir, de prospérer en matière d'escalade de l’engagement US là-bas.
 

    Toutefois, comme l’affirment les responsables occidentaux, la victoire totale sur les terroristes ISIS ne peut réussir qu'en prenant leur capitale autoproclamée, la ville syrienne d'Al-Raqqa.
 

    Bien que la prise d'Al-Raqqa soit mentionnée dans les promesses de Hillary Clinton pour l’élection présidentielle, elle sera bien plus difficile que la bataille pour Mossoul. C’est pourquoi, afin d’améliorer les chances de réélection de François Hollande, le palais de l’Élysée fera de la com autour de la bataille d’Al-Raqqa. Pour cette raison, les autorités françaises ont cessé de clamer qu'il faudrait sans délai s’emparer d'Al-Raqqa, le « bastion d’ISIS » en Syrie. Le ministère de la Défense français a déjà publié une déclaration disant qu’ISIS ne peut être vaincu sans la prise d'Al-Raqqa et la résolution des problèmes libanais. Pour cette raison, les préparatifs de la bataille d'Al-Raqqa étaient l'un des principaux sujets de la réunion de Paris, où 13 ministres de la défense ont participé à une discussion présidée par Ashton Carter, Secrétaire à la Défense US, et le Français Jean-Yves le Drian.
 

    Quoi qu’il en soit, sans mandat international, il est fort douteux que les préparatifs de la bataille d'Al-Raqqa puissent améliorer l'image de l'actuel « Marlbrough » et assurer sa victoire à l'élection présidentielle de 2017.
 

    Jean Périer, chercheur indépendant, analyste et expert renommé sur le Proche et le Moyen-Orient, en exclusivité pour le magazine en ligne « New Eastern Outlook ».
 

NEO , Jean Périer, 27 octobre 2016

Original :
journal-neo.org/2016/10/27/marlbrough-sen-va-t-en-guerre/
traduction Petrus Lombard



Samedi 29 Octobre 2016


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