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Ma douce, ma brune Afrique...


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« Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. » Montesquieu

« Pour les intérêts de notre pays, il ne faut pas avoir peur de mettre la main dans celle du diable » Jacques Foccart



Berceau de l'humanité... l'admettent sans trop y croire tous ces pyrrhoniens opiniâtres, honteux d'une aussi sombre ascendance. L'Afrique n'est pas loin de nous rappeler le destin cruel des héros de la tragédie grecque. Mère désavouée, elle continue de subir les assauts enfiellés d'une progéniture renégate, outrée, semble-t-il, par une filiation aussi peu glorifiante. Des siècles durant, la génitrice noire ne cesse d'être saignée à blanc , déchiquetée par la fureur vampirique d'une descendance matricide.


Fethi GHARBI
Mardi 28 Décembre 2010

Ma douce, ma brune Afrique...
Qu'il est loin le temps où, crédules mais généreux, croyant à la fin du
colonialisme, des visionnaires de l'envergure d'Amed Sékou Touré, de kwamé
n'krumah, de Modibo Keita, de George Padmore, de Patrice Lumumba, de Jomo
Kenyatta ou d'un Léopold Sedar Senghor rêvaient d'une Afrique renaissant de
ses cendres, chacun s'ingéniant à l'atourner au gré de son imagination.
Senghor peinait à concilier sa "négritude" révoltée et son fédéralisme
candide, lui qui ambitionnait la création d'un Commonwealth à la française.
Pour ce poète, l’âge des empires est révolu, les sociétés humaines de
demain seront fondées sur la solidarité de langue et de culture. Il voyait
dans la francophonie la panacée à tous les maux de l'Afrique française. La
langue de l'empire, devenue pour lui l'outil par excellence du dialogue des
diversités ethniques et culturelles, finirait par aplanir tous les clivages au
sein d'un espace géographique où les anciens prédateurs et leurs victimes se
côtoieront dans l'égalité, la paix et la prospérité. Poète avant tout
autre chose, Senghor confondait sans doute l'humanisme idéaliste de la
littérature des lumières avec la sombre réalité de l'empire.  

Il faut bien reconnaître toutefois que l'idéologie du "monde libre"
martelée par les alliés pendant les années quarante a fait un grand nombre
d'adeptes parmi les peuples colonisés qui ont cru naïvement à l'avènement
d'un monde égalitaire. En réalité, les états occidentaux, soutenant
discrètement Hitler dans sa guerre contre l'URSS, ne s'attendaient guère à
la débacle allemande. Ils ont alors vite fait volte face, diabolisant les nazis
vaincus et récupérant la victoire des soviétiques, se présentant ainsi comme
les libérateurs de l'humanité et les vainqueurs du fascisme.

Rares, sont ceux qui, en Afrique, au lendemain de la deuxième guerre
mondiale, échappaient à l'emprise du chant enivrant de la liberté. Rares
sont ceux qui, à cette époque, soupçonnaient les indépendances de n'être
qu'un simple remodelage de l'exploitation impériale. Harcelés par la lutte
héroïque des peuples d'Afrique, les empires coloniaux tardaient à lacher
prise, multipliant les massacres gratuits comme ceux de Sétif et de Madagascar.
Mais, les temps n'étant plus ce qu'ils étaient, pressés par l'URSS et la
chine d'un coté et par les Etats Unis de l'autre, le Royaume Uni et la France
n'étaient plus de taille à faire face aux guerres de libération. Les deux
superpuissances naissantes ont presque d'un commun accord porté le coup de
grâce aux derniers empires coloniaux européens branlants et d'un autre âge.
Continuant méthodiquement son travail de sape, le grand frère étasunien, a
définitivement ouvert toutes grandes les portes à la libre circulation de ses
capitaux.

C'est dans ce contexte confus de mutation impérialiste que sont nés les
rêves les plus fous et les plus généreux du panafricanisme. L'idée des
États unis d'Afrique germait déjà dès les années vingt dans l'esprit de
l'écrivain jamaïcain Marcus Garvey, qui rêvait d'une Afrique forte et
solidaire. Un autre intellectuel et activiste afro-américain, William Edward
Burghardt Du Bois fut considéré durant toute la première moitié du XXe
siècle comme le père du Panafricanisme. Il faut dire que ce rêve d'unité
africaine touchait toute la diaspora noire qui après des siècles d'esclavage
et de ségrégation espérait tant de ces indépendances qui aux yeux de tous
ces hommes arrachés à leur terre natale redonneraient au noir son statut
d'homme libre. Le panafricanisme, au-delà de la lutte anticoloniale à
l'intérieur du continent, se présente comme un élan universel
d'émancipation de la race noire.  

La restructuration de l'hégémonie impérialiste correspondant à
l'éclipse des empires français et britannique et à l'émergence des blocs
étasunien et soviétique a ouvert pour quelque temps une brèche laissant
fleurir des mouvements fédératifs tels que le panarabisme, le panafricanisme
et les non-alignés. Au beau milieu de cette effervescence tiers-mondiste sans
égal, les voix tonitruantes de kwamé n'krumah, de Modibo Keita, d'Amed
Sékou Touré appelaient à l'unité du continent. Pour n'krumah l'union
n'est ni plus ni moins que la fusion organique des Etats africains. Sa doctrine
empreinte d'un marxisme non orthodoxe associé au concept traditionnel africain
de collectivisme, vise la résurrection des valeurs humanitaires et égalitaires
de l'Afrique profonde. Paradoxalement et comme pour narguer ses pères
fondateurs, l'Organisation de l'Union Africaine née en 1963, au lieu de
consacrer la fusion instaure la division en reconnaissant l'intangibilité des
frontières héritées de la colonisation. Les chefs d'états de toutes ces
nations fraîchement constituées ont préféré ainsi entériner le partage du
continent décidé par les prédateurs européens pendant la conférence de
Berlin de 1885.

Quelques années d'euphorie sur le chemin des indépendances ont constitué
le seul moment de répis pour ce continent meurtri par des siècles d'esclavage
et de colonisation. Profitant de la guerre froide, la France revient à la
charge en proposant à ses colonies une dépendance allégée. Ce fut d'abord
la loi-cadre de Gaston Defferre de 1956 accordant une large autonomie de gestion
interne. En 1958, le général de Gaulle soumet à référendum une Constitution
qui prévoit l'instauration d'une Communauté franco-africaine reconnaissant
aux territoires africains une semi-souveraineté limitée à la gestion de leurs
affaires intérieures. Si un grand nombre de territoires consultés ont répondu
par "oui", d'autres comme la Guinée de Sékou Touré ont rejeté la
constitution. Le dirigeant guinéen, considérait à juste titre qu'à la
différence de la loi Defferre, la Communauté franco-africaine avait pour
objectif le démembrement des deux grandes entités fédérales, l'Afrique
occidentale française (AOF) et l'Afrique équatoriale française (AEF).
Derrière son discours rassembleur de Gaulle planifiait en fait la
"balkanisation" de son ancien empire colonial pour mieux le contrôler. A la
fougue unificatrice de kwamé n'krumah , le chef de l'état français
répondait, comme pour morguer le président ghanéen, par le morcellement et la
dislocation d'une grande partie du continent. L'originalité paradoxale de la
décolonisation française est d'être allée plus loin encore que la
conférence de Berlin en procédant à la désagrégation systématique de
l'espace et du tissu social africains. Cette nouvelle saignée s'inscrit dans
la marche à contre-courant de l'empire qui s'enlise dans deux guerres atroces
au Vietnam et en Algérie. Le sort de l'Afrique noire française est désormais
scellé malgré l'avènement des indépendances en 1960. La balkanisation
opérée par de Gaulle a enfanté des entités exsangues incapables de se
départir économiquement du giron de l'ancienne métropole. Le plus funeste
est d'avoir tracé au crayon des territoires sans cohérence culturelle ni
géographique. Lorsque M. Sarkozy affirme dans son discours de Dakar que les
africains ne sont pas entrés dans l'histoire, il oublie justement que c'est
le colonialisme qui les en a chassé en mettant en lambeaux et leur géographie
et leur histoire.  

Ruiné par les anglais et les français, le continent noir doit subir encore
une fois les assauts de nouveaux empires. Pendant près de trente ans, les
États Unis et l'Union soviétique s'affronteront par africains interposés,
multipliant les massacres fratricides et les famines. C'est dans ce contexte de
guerre froide que les étasuniens vont fermer l'oeil, laissant les mains libres
à l'ancienne métropole de gérer comme elle l'entend ses colonies
indépendantes. En septembre 1961, de Gaulle explique la future politique
française en Afrique : « Notre ligne de conduite, c’est celle qui sauvegarde
nos intérêts...» Jacques Foccart, responsable de la cellule africaine de
l’Elysée, sera plus explicite : « Pour les intérêts de notre pays, il ne
faut pas avoir peur de mettre la main dans celle du diable ». Ainsi est né ce
réseau occulte qui sera connu plus tard sous le nom oxymorique de
Françafrique. Une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires
franco-africains organisés en réseaux et lobbies va constituer la face cachée
de la politique française en Afrique subsaharienne. Au mépris flagrant de
l'état de droit seule la raison d'état orientera la politique de l'hexagone
dans cette partie du monde. Depuis cette époque, la politique africaine de la
France relève du domaine réservé du chef de l’État et échappe donc à
tout contrôle démocratique. Si les français sont tenus à l'écart des
agissements de ce réseau, les africains , eux, sont maintenus dans la misère
la plus noire alors que les richesses de leur sol et sous-sol circulent entre
les mains des dirigeants français, des partis politiques de la métropole et
des "gouverneurs noirs". Les rentes considérables des matières premières
tout comme l'aide au développement sont détournées dans une large mesure
pour assurer le financement occulte des grandes formations politiques; elles
servent par ailleurs à commanditer toutes sortes d'interventions en terre
africaine pour garantir "la stabilité" des régimes. Jouant admirablement son
rôle de « sous-traitant » des États-Unis pour contenir l’expansion
communiste sur le continent, l'état français a réussi à étouffer toute
velléité indépendantiste authentique. Diabolisation des insoumis, corruption,
rétorsions économiques, coups d'état, assassinats politiques... tels sont
les faits d'armes qui ont jalonné le long parcours de cet "homme de
l'ombre" qu'était Jacques Foccart. Tous les chefs d'état qui ont succédé
à de Gaulle ont continué son oeuvre. Dès son arrivée à Matignon en 1986
Chirac récupérera le réseau foccartien. Mitterrand crée alors son propre
réseau mettant à sa tête son conseiller Afrique, Guy Penne. A la mort de
Foccart en 1997 c'est Robert Bourgi qui héritera de son rôle auprès de la
droite.

Les déclarations fracassantes du candidat Sarkozy promettant de mettre fin à
ces pratiques s'évaporaient quelques semaines après son investiture. Le 27
septembre 2007 à l'Elysée, le chef de l’État s'adresse en ces termes à
Robert Bourgi, après lui avoir décerné la Légion d’Honneur : « Je sais,
cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique
étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce
terrain de l'efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des
professeurs et que tu n'es pas homme à oublier les conseils de celui qui te
conseillait jadis, de “rester à l'ombre, pour ne pas attraper de coup de
soleil'. Sous le chaud soleil africain, ce n'est pas une vaine précaution.
Jacques Foccart avait bien raison.» C'est ce même Robert Bourgi qui demandera
à l’Elysée, au nom du président gabonais Omar Bongo, la tête de Jean-Marie
Bockel, le secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie,
coupable d’avoir publiquement dénoncé en 2008 le réseau et annoncé
solennellement vouloir "signer l'acte de décès de la "Françafrique".
C’est  Bourgi qui poussera aussi vers la sortie Bruno Joubert, le "Monsieur
Afrique" de la cellule diplomatique de l’Elysée.  

Cette politique chaotique de l'exécutif français montre à quel point la
Françafrique se débat pour se replacer sur l'échiquier impérialiste en
pleine mutation. Le discours de Cotonou (Bénin), où le candidat à l'Elysée
avait promis l'avènement d' "une relation nouvelle (...), équilibrée,
débarrassée des scories du passé" cherche surtout à séduire des pays
africains non francophones comme l'Angola et le Nigeria pour leur pétrole et
l'Afrique du Sud en tant qu'acheteur potentiel de centrales nucléaires. En
Afrique francophone, il s'agit tout en préservant les vestiges du pré-carré
françafricain de diminuer les charges de la métropole en réduisant
entr'autres les contingents de l'armée sur le sol africain. En effet, face à
la percée chinoise la compétitivité des entreprises françaises est
lourdement pénalisée par le poids des charges que leur coute le réseau
françafrique. C'est dans cet ordre d'idées que Sarkozy se tourne vers les
Etats Unis pour les appeler à la rescousse. Si de Gaulle a fait de la
françafrique l'instrument de la pérennité de son empire, Sarkozy, pris dans
le tourbillon de la mondialisation, transforme l'état en simple représentant
commercial au service de quelques entreprises.

Jamais de mémoire d'homme la fureur néo-libérale ne s'est emparé de la
sorte de prédateurs de tout acabit : étasuniens, français, israéliens,
britanniques, russes, chinois...En transe, ils se jettent encore une fois sur la
proie, toujours la même...

Sur les traces de de Gaulle, ils parachèvent l'oeuvre en lacérant ce qui
reste : Somalie, Soudan et peut-être bien encore une fois le Nigéria alors que
la Cote d'Ivoire est au bord de la guerre civile. Oui, la bonne vieille recette
n'a rien de suranné : dresser les ethnies et le confessions les unes contre
les autres ...On est alors assuré du spectacle grandiose des carnages à la
surface et des richesses du sous-sol.  

Mais de grâce , entre gens civilisés a-t-on besoin de tant de massacres pour
vandaliser ce continent meurtri?

Ne serait-il pas mieux de s'entendre entre nations policées?

A quand donc la prochaine conférence de Berlin?!

Fethi GHARBI


Mardi 28 Décembre 2010


Commentaires

1.Posté par karine le 28/12/2010 23:00 | Alerter
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http://www.youtube.com/watch?v=elEtnmpjAJo://

2.Posté par karine le 28/12/2010 23:05 | Alerter
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Désolée, je sais pas comment on met un lien, ici; mais l'URL est bonne.

3.Posté par Fethi GHARBI le 30/12/2010 00:37 | Alerter
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l'adresse correcte est celle-ci :


http://www.youtube.com/watch?v=elEtnmpjAJo://

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