International

MOSCOU ACCUEILLE LE FORUM PARLEMENTAIRE ASIE-PACIFIQUE


Dans la même rubrique:
< >

Samedi 14 Mars 2020 - 00:05 Coronavirus au Maroc



Dmitri Kossyrev
Mercredi 17 Janvier 2007

MOSCOU ACCUEILLE LE FORUM PARLEMENTAIRE ASIE-PACIFIQUE

Dmitri Kossyrev, observateur politique de l'Agence RIA Novosti

L'intégration de la région Asie-Pacifique se fera, et se fait déjà, très différemment de celle de l'Europe. Nombre de déclarations et d'écrits ont été consacrés à ce sujet. Mais il est tout de même intéressant d'observer comment s'opère concrètement ce processus. Notamment à la lumière de la 15e session du Forum parlementaire Asie-Pacifique (FPAP), qui débutera le 22 janvier à Moscou.

Ce forum s'annonce comme une conférence ordinaire, durant laquelle interviendront les députés des Parlements de 27 pays de la région. Le Forum parlementaire Asie-Pacifique a été créé en 1993, à l'initiative d'un parlementaire japonais. Le premier président en a été, du reste, l'ancien Premier ministre nippon Yasuhiro Nakasone. La Russie a été admise au sein de ce forum dès 1993, et il lui revient, cette année, d'accueillir cette rencontre, comme l'a décidé, à l'unanimité, la précédente session, qui s'est tenue en Indonésie. Si bien que Serguéï Mironov, qui est président du Conseil de la Fédération (la chambre haute du Parlement russe), sera également cette année président de la session du FPAP.

On s'attend à ce que Vladimir Poutine s'adresse aux représentants des 27 Parlements dans la salle du Bolchoï, où aura lieu la cérémonie solennelle d'ouverture de la session.

Force est de constater que le grand public n'accorde pas l'attention qui leur est due à ce type de forums, ni même, plus généralement, à l'activité des parlementaires. Leurs travaux étant peu en vue, sans grand écho, ils sont considérés comme importants, certes, mais seulement comme une partie de l'ensemble du système de fonctionnement de la société et de l'Etat.

Igor Rogatchev, qui est membre du Conseil de la Fédération et a été pendant plus d'une dizaine d'années l'inamovible ambassadeur de Russie en Chine, nous a confié ce que l'on peut attendre de ce forum, à la préparation duquel il a activement participé.

Selon lui, bien que tous les thèmes soient susceptibles d'être abordés lors de cette session, il faut en attendre des résultats concrets sur les questions de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme et le séparatisme. Et également de la lutte contre la traite des êtres humains et contre les pandémies. La Russie a proposé aussi que soit discuté le même thème que lors de la prestigieuse réunion du G8 de l'année dernière – celui de la sécurité énergétique.

Les réflexions sur ces sujets seront synthétisées dans les rapports que les participants remettront aux chefs d'Etat, et elles trouveront par la suite leur incarnation dans des lois que ces mêmes parlementaires adopteront. C'est ainsi que fonctionne le Forum parlementaire Asie-Pacifique, c'est en cela que réside son utilité pratique.

Mais la Russie estime que ce Forum pourrait être encore plus utile. Et elle s'efforce de jouer un rôle de leader afin que cette structure parlementaire régionale se transforme en une partie du système politique et économique régional qui se crée au fil des ans.

On ne peut certes pas comparer ce système avec celui de l'Union européenne, car sont présents dans le Pacifique des Etats trop divers – les Etats-Unis et la Chine, le Japon et la Russie, le Canada et la Thaïlande. Mais c'est aussi dans cette diversité que réside la principale richesse de la coopération de la région du Pacifique.

La Russie, note Igor Rogatchev, est un pays dont les trois quarts du territoire sont situés en Asie, mais dont la majeure partie de la population se trouve en Europe, et qui possède une riche expérience en matière de participation aux structures européennes intégrées. Ces expériences ont été diverses – bonnes comme mauvaises. Aujourd'hui, Moscou souhaite utiliser le caractère unique de sa position pour apporter à la région Asie-Pacifique ce que l'expérience d'intégration européenne compte de bon, tout en laissant de côté ce qu'elle a de mauvais.

Pour s'en tenir à la seule coopération interparlementaire, cette expérience s'est accumulée en Europe durant des décennies. On y trouve diverses structures interparlementaires, qui englobent aussi bien la totalité du continent que des groupes de pays, certaines fonctionnant même sur une simple base bilatérale. Si je ne me trompe pas, poursuit Igor Rogatchev, le Conseil de la Fédération a déjà plus d'une centaine d'accords avec des Parlements européens. Pour ce qui est de la région Asie-Pacifique, nous n'en sommes qu'à la première étape de création d'un tel type de structures et d'associations, et cela concerne avant tout le FPAP.

On prépare actuellement des projets visant à faire du FPAP un forum interparlementaire permanent au sein de la structure de la plus puissante des organisations intégrées du Pacifique – l'APEC (organisation de Coopération économique Asie-Pacifique). Il est possible, par la suite, que ce forum interparlementaire puisse avoir son secrétariat et son propre personnel, qu'un pays hôte soit désigné pour l'accueillir. Ce sera une sorte de réplique de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (l'association parlementaire du Conseil de l'Europe). Il est prévu également de créer une organisation du même type que l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Il convient de noter que la Russie, comme nous l'avons dit précédemment, possède une expérience difficile de participation aux deux structures européennes susmentionnées. Moscou sait pertinemment comment ces structures sont utilisées par la majorité américano-européenne en leur sein pour tenter de faire pression, d'imposer sa politique et ses standards. Mais Moscou sait aussi comment on peut éviter ces problèmes qui ont été placés au fondement même de la base juridique et organisationnelle de l'APCE et de l'OSCE.

La Russie, au demeurant, est prête non seulement à apprendre des choses à l'Asie, mais aussi à apprendre auprès d'elle. Ce n'est pas un secret : l'expérience asiatique a été utilisée par la Russie, la Chine et des pays d'Asie centrale pour créer l'Organisation de coopération de Shanghai. Cette expérience asiatique, c'est celle de l'ASEAN (Association des Nations de l'Asie du Sud-Est), et de ses bonnes traditions de création non seulement de l'organisation elle-même, mais aussi d'un esprit de communauté des intérêts et de coopération qui maintient son unité.

L'ancien ambassadeur en Chine relève aussi que dans ces efforts, et dans d'autres également, Moscou "est bien épaulé par nos partenaires chinois". Nous avons beaucoup de consultations avec eux, explique-t-il, et globalement, sur la scène internationale, nous ne nous sommes jamais aussi bien compris que ces dernières années. Igor Rogatchev estime que cette pratique se développe aussi dans le cadre du FPAP. L'an dernier, à Djakarta, où il participait pour la première fois à ce forum au sein de la délégation parlementaire de son pays, Russes et Chinois avaient des échanges quotidiens, notamment quand a été discuté le problème du Proche-Orient. Si bien qu'à l'arrivée, c'est la résolution que défendaient Moscou et Pékin qui a été adoptée, une résolution qui stipulait que les problèmes de la région devaient être résolus en accordant un rôle prépondérant au Conseil de sécurité de l'ONU.

Ces structures d'intégration du Pacifique ne sont pas mises en place, il faut le souligner, pour lutter contre d'autres ou imposer son point de vue, mais pour développer une coopération sur un pied d'égalité entre tous les pays de la région. C'est cet état d'esprit qui guide non seulement Moscou et Pékin, mais quasiment tous les participants à ce processus. C'est en cela que réside le secret de sa réussite.



Jeudi 18 Janvier 2007

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires