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« MONTREZ-MOI LE CAPITALISTE, JE VOUS MONTRERAI LE VAMPIRE ! » OU LA REPONSE A SARKOZY


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DIALOGUE ENTRE SARKOZY ET MALCOM X PAR LA
JUXTAPOSITION DE DISCOURS DU GRAND HOMME ET DU PETIT.


Samra Sta
Lundi 25 Juillet 2011

« MONTREZ-MOI LE CAPITALISTE, JE VOUS MONTRERAI LE VAMPIRE ! » OU LA REPONSE A SARKOZY

« Les esclavagistes ne sont pas morts. Ils se sont transformés en spéculateurs boursiers. » Olai Siene

La plupart des États d’Afrique noire, nés de la décolonisation des années soixante, n’ont jamais connu d’indépendance véritable. Lorsque les Occidentaux, souvent pour des raisons de convenance et poussés par les mouvements de résistance, ont renoncé à l’occupation territoriale, l’État colonial est resté intact, les maîtres ayant simplement changé de masque.

En juillet 2007, le président Nicolas Sarkozy fit son premier voyage officiel en Afrique noire à Dakar et tint un discours à l’université Cheikh Anta Diop devant des étudiants, des enseignants et des personnalités politiques. Bien avant cela, et presque en prévision de ce discours raciste et colonial, Malcolm X (1925-1965), figure incontournable des militants noirs américains, formula une réponse à ce petit personnage. En avril 1964, il débute de grandes tournées en Afrique et au Moyen-Orient dans le but de préparer l’unité des Noirs et d’internationaliser leur lutte pour la liberté. Sa vision historique et analytique de la situation accompagnée de l’intérêt qu’il porte au continent africain nous offrent une réponse appropriée au discours de Sarkozy mais aussi et surtout à tous ceux qui adhèrent à la théorie des bons colons et de l’Africain sauvage.

Sarkozy : « Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu parler repentance. » Il se lance ensuite dans une tirade destinée à réhabiliter les colons : « Il y en avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice,
des hommes qui croyaient faire le bien. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition et de la servitude. Ils croyaient donner de l’amour [...]. La colonisation fut une faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait tant. »

Malcolm X répondait à cela : « L’Afrique occupe une position stratégique ; géographiquement, elle est située entre l’Est et l’Ouest. On ne peut se rendre à l’Est ni de l’Est à l’Ouest, sans passer par l’Afrique. Les ressources naturelles nécessaires à l’Europe ne peuvent venir d’Asie en Europe qu’en contournant l’Afrique, en la survolant, ou en passant par le canal Suez, qui se trouve à la pointe de l’Afrique. Elle
peut priver l’Europe de pain. Elle peut la condamner au sommeil du jour au lendemain, comme ça. Parce qu’elle est en mesure de le faire ; le continent africain est en mesure de le faire. Mais on veut nous faire croire que l’Afrique est une jungle sans aucune valeur et sans la moindre importance. Parce qu’on sait que, si vous conceviez toute la valeur de l’Afrique, vous comprendriez pourquoi ils sont,
là-bas en ce moment, occupés à tuer les nôtres, que ce n’est pas pour des motifs ou des raisons d’humanité. Les puissances occidentales ne pouvaient plus se maintenir par la force. Étant donné leur propre économie, l’économie de l’Europe et celle des
Etats-Unis dépendaient du maintien de leur influence sur le continent africain, elles devraient trouver un moyen de rester en Afrique. Ce moyen c’était le jeu de l’amitié. Ces puissances abandonnèrent l’attitude ouvertement colonialiste et impérialiste qu’elles avaient eu jusqu’alors, pour adopter une attitude bienveillante : on vit apparaître le colonialisme bien intentionné, le colonialisme philanthropique,
l’humanitarisme, et le dollarisme.

Tandis que Sarkozy verse dans le confusionnisme larmoyant : « Cette souffrance de l’Homme noir c’est la souffrance de tous les hommes. »

Malcolm X tranchait : Pour diriger un système capitaliste il faut une âme de vautour; le capitaliste se nourrit du sang d’autrui. Montrez-moi
le capitaliste, je vous monterai le vampire. Le capitaliste doit aller chercher le sang ailleurs que chez lui, et c’est ce qu’il fait : il prend le
sang d’autrui. C’est cela qui intéresse « l’homme ». Ce qu’il veut « l’homme », c’est vous tenir occupé ici avec une tasse de café, pendant que sur votre continent d’origine, il s’empare de minerais si précieux qui font courir le monde entier. Les industriels occidentaux ont besoin de toutes ces ressources naturelles pour maintenir le rythme de leurs activités industrielles. La chute de ces pays voudrait dire que la source de matières premières, les ressources naturelles, quelques-uns des plus riches dépôts de minerais du monde,
échapperaient à l’économie européenne. Sans liberté d’accès à cette source, l’économie de l’Europe ne vaudrait pas un sou.

Mais Sarko tente d’approfondir son analyse, en tant que sociologue émérite qu’il n’est pas, des causes du « drame africain » : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature [...] dans cet imaginaire où tout commence toujours, il n’y a pas de place pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès [...] jamais l’homme africain ne s’élève vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin »

Énervé, le point levé, Malcolm X rétorquait : « L’africain veut sa liberté, et tout de suite. Le stade extérieur de la révolution manifeste dans l’attitude et l’action présente des Africains, est passablement inquiétant. Mais les puissances commencent aujourd’hui à comprendre que cette lutte qui mène les Noirs au-dehors affecte, infeste les Noirs qui se trouvent à l’intérieur de la structure [...]. Les peuples qui
viennent de s’éveiller dans le monde entier sont un problème pour ce que l’on appelle les intérêts de l’Occident, c’est-à dire pour l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, pour tous ces « ismes » négatifs, pour tous ces « ismes » de proie. Le simple fait de défendre l’idée d’une coalition des Africains, des Afro-américains, des Arabes et des Asiatiques qui vivent à l’intérieur de la structure a suffi à déranger la France, que l’on dit être l’un des pays les plus libéraux du monde, et à lui faire abattre son jeu. »

Pour apaiser les tensions, Sarko fait mine de trouver « la » solution : « Voulez-vous que sur la terre africaine, il n’y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir. Si c’est ce que vous voulez, jeunes d’Afrique, la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir. »

Loin d’être dupe, Malcolm X voyait les choses autrement : « Le continent américain et le continent européen s’effraient également de voir l’Afrique tenter de s’industrialiser. Que signifie le fait que ces nations africaines se mettent en mesure d’accroitre leurs ressources
énergétiques et de s’industrialiser? Cela signifie que si ces pays constituent actuellement un marché pour la marchandise et les produits finis de l’Europe, une fois qu’ils seront à même de fabriquer eux même les produits finis, leurs produits leurs reviendront moins
cher, parce que ce sont leurs matières premières qui sont incorporées dans les produits. Le système sera alors tout entier caractérisé par un haut niveau de vie, mais un niveau moins coûteux. Je pourrais rappeler que le colonialisme, ou l’impérialisme comme on appelle
le système esclavagiste de l’Occident, n’est pas limité à la Grande-Bretagne ou à la France ou aux État-Unis. Les intérêts des Etats-Unis sont liés à ceux de la France et à ceux de la Grande-Bretagne. Tout cela forme un seul et immense complexe : il ne s’agit pas d’un pouvoir américain, ou français mais un pouvoir international. Ce pouvoir international sert à réprimer les masses à peau sombre du monde entier et à exploiter leurs ressources naturelles, tant et si bien que nous vivons dans une ère qui, en particulier depuis 10 ans, a vu le soulèvement des Noirs d’Afrique contre ce pouvoir. »

Partant des postulats édictés par Sarko, l’idée d’une non-égalité entre l’homme occidental doué et autonome et l’homme africain dépourvu de toute envie, ne s’en fait que plus ressentir. « Remplir une mission civilisatrice » induit que celuidont on va à la rencontre n’est pas civilisé, et donc, de fait, est barbare. Le fait que cette expression soit encore utilisée aujourd’hui nous éloigne bien des philosophies humanistes, et de toutes les études anthropologiques apportées à la civilisation africaine d’avant la colonisation paraissent désuètes.
Aujourd’hui encore, cette idée d’aller aider l’Afrique à entrer dans son siècle des Lumières, lui dire comment se tenir droit, et comment la France et les puissances occidentales sont heureuses de posséder la bombe nucléaire, supplante toute critique des méfaits de la colonisation occidentale en Afrique. Cette obsession du conformisme occidental comme levier émancipateur, et générant le meilleur dont est capable l’homme, a causé et cause encore aujourd’hui dans les anciennes colonies un mépris de l’homme pour l’homme.
Mettre dans le même sac et l’action des colons et ce qu’ont subi les colonisés bafoue la mémoire et souffrance de l’Afrique. Bourreaux et victimes, même souffrance, et précisément parce que ce destin douloureux est commun, les bourreaux n’ont aucune raison de faire amende honorable. Le sentiment de dépossession de soi dont sont victimes les populations issues de l’esclavage et du colonialisme, les perturbations et les traumatismes profonds subis pendant des siècles peuvent aussi fonder une véritable rage identitaire, qu’elle soit d’ordre ethnique, religieux ou culturel. La haine de l’Occident pour les populations colonisées a pour facteur premier la non-reconnaissance des effets de la colonisation et de sa perpétuation non plus physique mais politicoéconomique, qui engendre encore plus de dégâts sur le sol africain. Le martyre de la faim? Les carnages, les spoliations, les destructions liées à la colonisation? Le travail forcé, les mains coupées des collecteurs de caoutchouc ou de coton ne remplissant pas le quotat fixé par le contremaître? Ne sont-ils que des dommages collatéraux ?
Ne sont-ils pas une page longue de l’histoire qui refuse de se tourner. Une Histoire qui se trouve aujourd’hui mise de côté comme n’étant qu’une suite logique d’événements. Il est simple d’entrer d’avantage dans l’histoire : il suffit de se soumettre à l’Occident. L’Occident est le maître. Sa civilisation, intimement liée au système capitaliste, a vocation à s’étendre sur la planète toute entière. Cette vision de l’homme africain décrit un homme simplet qui ne saurait être un chercheur, un savant, mais qui s’auto-contenterait de répéter indéfiniment et inlassablement depuis des siècles des modes de vie ancestraux. En opposition, « l’Homme » occidental, le savant fou, celui qui progresse, fait avancer le monde, cet homme libre de s’inventer un destin. Seul un homme libre peut s’inventer un destin, faire des choix, avoir la possibilité de... L’Homme africain : un Homme libre?

Particulièrement cocasse fut le moment où Sarkozy s’en prit aux « mythes » de l’identité négroafricaine. Car dans la bouche du président de la République française, ces mythes seraient responsables des maux actuels du continent noir. Sarkozy parlait à l’université Cheikh Anta Diop : nom d’un historien et anthropologue sénégalais qui mit l’accent sur l’apport de l’Afrique et en particulier de l’Afrique noire à la culture et à la civilisation mondiale, et qui défendit l’idée d’une identité négro-africaine singulière et irréductible, et la nécessité du développement économique auto-centré et non pas exogène. En pure démagogue, le colon reprochera à l’autre de ne pas se débrouiller tout seul, mais l’Homme noir n’étant décidément pas résolu à trouver subsistance tout seul, la France l’aidera.

L’une des causes du désastre économique de l’Afrique est la politique de « dumping » agricole pratiquée par les États Occidentaux. Ces derniers versent en effet à leurs propres agriculteur des milliards d'euros-dollars chaque année au titre de l’aide à la production et l’exportation. L’un des secteurs les plus touchés par cette politique de dumping est le secteur avicole. Ce secteur connaît actuellement la crise la plus grave de son histoire. Des importations massives de poulets violant les principes d’un commerce loyal, faussent les conditions des échanges. Les critères d’exigence des consommateurs occidentaux aisés poussent les chaînes de production de supermarchés, selon des critères de qualité et de goût, à considérer comme impropre à la consommation une grande partie des morceaux de poulet.
L’exportation de ces ”surplus” vers les pays pauvres, et essentiellement vers les pays africains, constitue une mise à mort de l’élevage des producteurs locaux. Ainsi les puissances occidentales sous l’égide de l’Europe vendent à des prix défiant de loin les prix appliqués par les producteurs locaux, dominent le marché et peuvent ainsi vendre tout ce que nous, Occidentaux, ne nous sentons pas dignes de manger, et ainsi faire des profits faramineux sur la pauvreté des autres. La plupart des élevages familiaux de poulets appartiennent aux couches les plus pauvres de la société africaine. Les éleveurs de poulets, et autres acteurs à faibles revenus, doivent faire face à de nombreux obstacles pour toucher un minimum de ressources financières, et sont de plus en plus vite entraînés vers la faillite. Le commerce de poulets congelés en morceaux venus d’Europe met ainsi en danger le développement local dans son ensemble et paupérise toute une frange de la population.

Et oui, la politique de dumping occidental détruit l’agriculture vivrière en Afrique. L’exploitation des matières premières en Afrique est souvent le fait de compagnies étrangères, venues d’Europe ou d’Asie. Dans le passé, celles-ci ont négocié avec des États peu regardant des contrats très avantageux pour elles. Les profits réalisés par ces compagnies qui contrôlent les cours mondiaux ont toutefois incité certains gouvernements à imposer de nouvelles obligations fiscales. Onze pays africains producteurs de matières premières ont par exemple décidé de remettre à plat les contrats qui les lient aux compagnies exploitantes... pour finalement aboutir à des accords qui laissent la part belle aux compagnies, leur donnant ainsi encore plus de légitimité. Les matières premières dont regorge l’Afrique représentent des enjeux considérables, et ne laissent pas indifférents les organismes financiers régionaux et internationaux, tels que la banque mondiale, la banque africaine de développement, qui envisageaient de créer un cadre pour l’ensemble des pays miniers d’Afrique de l’ouest. Et quand bien même ces gros bonnets de la finance parvenaient à un accord, ce dernier sera évidemment (pas besoin d’être devin) à l’avantage des compagnies multinationales, et les problèmes de l’Afrique auront encore de beaux jours devant eux!
Le développement économique de l’Afrique pourra bientôt être possible...mais lorsque chacun de ces « vautours » aura pris sa part du gâteau!




Lundi 25 Juillet 2011


Commentaires

1.Posté par joszik le 25/07/2011 18:04 | Alerter
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Est-ce bien la peine de nous rabâcher cette guimauve Sarkosiènne car personne ici n'aura eu la triste idée d'associer, d'une manière ou d'une autre, MalcomX et Sarkosy, car on ne joue pas dans la même cour.
comparer le valet de la mort avec Malcom est une insulte à l'intelligence.
Il n'aura l'envergure de personne...juste de son ombre.

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