Ce n’est pas pour la première fois que les leaders britanniques menacent Bruxelles de la sortie du pays de l’UE. Or, dans la situation présente, ces menaces renferment un nouveau contenu et prêtent à être considérées avec une attention particulière.

Tout d’abord, cette rhétorique du ministre des Finances de Grande-Bretagne retentit au moment de la campagne dans l’UE en prévision des élections au Parlement européen de mai prochain. Des experts et des sociologues prédisent un déchaînement sans précédent des passions et parlent de l’imprévisibilité de l’issue du scrutin. Sur une telle toile de fond, les voix des censeurs se font entendre toujours mieux que les habituelles incantations des bureaucrates européens sur la sortie de la récession et les « germes » d’une croissance d’après-crise.

Qui plus est, l’idée concrète formulée récemment par le Premier ministre britannique David Cameron pourrait elle aussi séduire de nombreux dans l’UE. En cas de victoire aux élections, certes nationales, de 2015, et non européennes, il s’est dit prêt à tenir un référendum sur le statut de son pays dans l’UE.

Les fonctionnaires à Bruxelles sont habitués organiser des référendums nationaux sur leurs propres projets. Comme l’a montré la pratique de l’adoption du Traité de Lisbonne, de telles consultations populaires peuvent se tenir à nouveau au cas où il s'avèrerait impossible d’assurer le résultat voulu par Bruxelles dès la première fois. Tandis qu’un plébiscite contraire – concernant la sortie, la suspension ou la participation « réduite » d’un tel ou tel autre pays à l’UE – est capable de tourner en un vrai cauchemar pour Bruxelles. On ne doit pas oublier que l’actuelle crise dans l’UE a moins une dimension économique et financière que politique, a remarqué Nadejda Arbatova, en charge des études politiques à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales auprès de l’Académie russe des sciences :

« De mon point de vue, la crise traversée par l’UE n’est pas simplement une question de survie de la même zone euro. Il en va de la viabilité des conceptions fondamentales et des principes de l’intégration européenne. L’interrogation majeure en Europe porte sur l’aptitude de l’Etat à gouverner. »

Comme il se doit, dans un contexte de crise, toutes les parties concernées ont leurs arguments. La direction de l’UE a également des choses à objecter à M. Cameron et Cie. Car avant même le plébiscite sur la participation de la Grande-Bretagne à l’UE, une autre consultation populaire pourra se tenir sur les îles Britanniques – celle touchant la sortie de l’Ecosse du Royaume-Uni. De cette façon, on ne sait pas encore qui sortira vainqueur de la « guerre des référendums », si elle éclate en effet en Europe dans les années qui viennent.  N