EUROPE

Lettre ouverte d'étudiants et experts sur l'Ukraine, à propos de la "loi anti-communiste"



Thomas Jadot
Mercredi 13 Mai 2015

Lettre ouverte d'étudiants et experts sur l'Ukraine, à propos de la "loi anti-communiste"

Lettre ouverte d'étudiants et experts sur l'Ukraine, à propos de la "loi anti-communiste"

Au président de l'Ukraine, Petro O. Poroshenko, et au Responsable du Conseil Suprême d'Ukraine (Verkhovna Rada), Volodymyr B. Hroysman:

Nous, les soussignés, vous demandons de ne pas passer en loi, les propositions de loi (no. 2538-1 et 2558) adoptées par la Verkhovna Rada le 9 avril 2015. En qualité d'étudiants et d'experts, intéressés à la régénération du pays et la liberté, nous avons à propos de ces lois, un mauvais pressentiment. Leur contenu et leur esprit contredisent un droit politique fondamental : le droit à la liberté de parole. Leur adoption soulèverait de sérieuses questions au sujet de l'Ukraine et son attachement aux principes du Conseil de l'Europe et l'OSCE, ainsi qu'un grand nombre de traités et de déclarations solennelles adoptés depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991. Leur impact sur l'image de l'Ukraine et sa réputation en Europe et en Amérique du Nord serait profond. Et pas le moins de tout, ces lois donneraient des arguments à ceux qui cherchent à diviser l'Ukraine. Nous sommes aussi troublés par le fait que ces lois passent sans aucun réel débat, sans vote d'opposition et avec un nombre important de députés ne prenant pas part aux sessions à la Rada.
  1. Concernant l'inclusion de groupes tels que l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) et l'Armé Ukrainienne des Insurgés (UPA) en qualité de "combattants pour l'indépendance": L'article 6 de cette loi criminalise le déni de légitimité de la "bataille pour l'indépendance de l'Ukraine au 20e siècle" ainsi que le déni publique est sensé être vu comme une insulte à la mémoire des combattants. En questionnant simplement ce fait, et implicitement en questionnant peu importe ce que ce groupe aurait fait, on tombe sous le coup d'une offense criminel. 
  2. La Loi 2558, le bannissement de la propagande "des Régimes Communiste et National-Socialiste” criminalisent comme une offense le déni "incluant dans les médias, le caractère criminel du régime totalitaire communiste de 1917-1991 en Ukraine.”
Les conséquences potentiels de ces deux lois sont dérangeantes.Non seulement, cela serait un crime de mettre en question la légitimité de l'UPA qui tua des dizaines de milliers de polonais dans un des actes de haine et de nettoyage ethnique les pires de l'Histoire en Ukraine, mais en plus il serait impossible d'être critique vis-à-vis de la OUN, un des groupe politique les plus extrême en Ukraine de l'Ouest de l'entre-deux-guerres, et un de ceux qui collabora avec les Nazis jusqu'à leur retrait en 1941 avec l'invasion soviétique. Ils prirent aussi part aux pogroms anti-juifs, dans le cas du groupe Melnyk, qui resta allié avec le régime d'occupation toute la guerre.

Même s'il s'agit de nobles tentatives, la condamnation complète de l'entièreté de la période Soviétique, comme étant une occupation de l'Ukraine aurait des conséquences injustes et incongrues. Tout le monde portant une attention au développement de l'Ukraine, sa culture et sa langue dans les années 20, pourrait se trouver condamner. Le même s'applique à ceux qui voit la période de Gobratchev comme une période de changement progressif au bénéfice de la société civile ukrainienne, de groupes informels et de partis politiques, incluant le mouvement Perestroika. (Rukh)

Durant les 15 dernières années, la Russie de Vladimir Poutine a investi d'énormes ressources dans le politisation de l'Histoire. Cela serait ruineux si l'Ukraine empruntait le même chemin, même en partie. Toute tentative de distorsion légal ou administrative de l'histoire est une attaque contre le droit à l'expertise savante : la recherche de la vérité. Toute attaque contre la vérité historique est injuste. Les contentieux difficiles et problématiques doivent rester une matière à débat. Les 1,5 millions d’ukrainiens morts dans leur combat contre les Nazis, étant enrôlés dans l'Armée Rouge, ont droit au respect. Ceux qui voyaient la victoire de l'Allemagne Nazie comme un pivot historique, ne doivent pas se sentir intimidé, ni exclus de la nation.

Depuis 1991, l'Ukraine a été un état incluant et tolérant, un état (selon les mots de la Constitution) pour "les citoyens de l'Ukraine de toutes les nationalités". Si elles sont signées, les lois du 9 avril seraient un cadeau pour ceux qui veulent monter l'Ukraine contre elle-même. Elles vont aliéner beaucoup d'Ukrainiens qui se trouveront de facto sous occupation. Elles vont diviser et décourager les amis de l'Ukraine. En résumé, elles vont endommager la sécurité nationale de l'Ukraine, et pour cette raison avant tout, nous vous pressons de les rejeter.


Signataires (par ordre alphabétique):


David Albanese, Ph.D. Candidate, Department of Soviet and Russian History, Northeastern University, USA
Tarik Cyril Amar, Assistant Professor of History, Columbia University, USA
Dominique Arel, Chair of Ukrainian Studies, University of Ottawa, Canada
Eric Aunoble, Researcher and Senior Lecturer in Ukrainian History, Geneva University, Switzerland
Martin Aust, Visiting Professor of History, University of Basel, Switzerland
Mark R. Baker, Assistant Professor, Koç University, Istanbul, Turkey
Omer Bartov, John P. Birkelund Distinguished Professor of History and Professor of German Studies, Brown University, USA
Harald Binder, Ph.D., Founding President, Center for Urban History of East Central Europe, Lviv, Ukraine
Marko Bojcun, Director of the Ukraine Centre, London Metropolitan University, UK
Uilleam Blacker, Lecturer in Comparative East European Culture, University College London, UK
Jeffrey Burds, Associate Professor of Russian and Soviet History, Northeastern University, USA
Marco Carynnyk, Independent Scholar, Toronto, Canada
Heather J. Coleman, Canada Research Chair and Associate Professor, Department of History and Classics, University of Alberta, Canada
Markian Dobczansky, Ph.D. candidate, Department of History, Stanford University, USA
Sofia Dyak, Director, Centre for Urban History of East Central Europe, Lviv, Ukraine
Maria Ferretti, Professor of Contemporary History, Università della Tuscia, Viterbo, Italia
Evgeny Finkel, Assistant Professor of Political Science and International Affairs, George Washington University, USA
Rory Finnin, University Senior Lecturer in Ukrainian Studies, University of Cambridge, UK
Christopher Ford, Lecturer in Trade Union Education, WEA London, UK
J. Arch Getty, Distinguished Professor of History University of California Los Angeles (UCLA), USA
Christopher Gilley, Research Fellow, University of Hamburg, Hamburg, Germany
Frank Golczewski, Professor in the Program in History, University of Hamburg, Germany
Mark von Hagen, Professor of History, School of Historical, Philosophical, and Religious Studies, Arizona State University, USA
André Härtel, Lecturer in International Relations, Department of Political Science, University of Jena, Germany
Guido Hausmann, Ludwig-Maximilian University, Munich, Germany
John-Paul Himka, Professor Emeritus, Department of History & Classics, University of Alberta, Canada
Adrian Ivakhiv, Professor of Environmental Thought and Culture, University of Vermont, USA
Kerstin S. Jobst, Professor of East European History, University of Vienna, Austria
Tom Junes, PhD (historian) - Imre Kertész Kolleg, Jena, Germany
Andreas Kappeler, Professor Emeritus of History, University of Vienna, Austria
Ivan Katchanovski, Adjunct Professor, School of Political Studies, University of Ottawa, Canada
Padraic Kenney, Professor of History, Indiana University, USA
Olesya Khromeychuk, Teaching Fellow, University College London, UK
Oleh Kotsyuba, Ph.D. Candidate, Department of Slavic Languages and Literatures, Harvard University, USA
Matthew Kott, Researcher at Centre for Russian and Eurasian Studies, Uppsala University, Sweden
Mark Kramer, Program Director for Cold War Studies, Davis Center for Russian and Eurasian Studies, Harvard University, USA
Nadiya Kravets, Postdoctoral Fellow, Ukrainian Research Institute, Harvard University, USA
Olga Kucherenko, Independent Scholar, Cambridge, UK
John J. Kulczycki, Professor Emeritus, Department of History, University of Illinois at Chicago, USA
Victor Hugo Lane, York College, City University of New York, USA
Yurii Latysh, Taras Shevchenko National University, Kyiv, Ukraine
David R. Marples, Distinguished University Professor, Department of History & Classics, University of Alberta, Canada
Jared McBride, Visiting Assistant Professor of History, Columbia University, USA
Brendan McGeever, Early Career Research Fellow, Birkbeck, University of London
Javier Morales, Lecturer in International Relations, European University of Madrid, Spain
Tanja Penter, Professor of Eastern European History, Heidelberg University, Germany
Olena Petrenko, Ph.D. Student, Department of East European History, Ruhr University Bochum, Germany
Simon Pirani, Senior Research Fellow, Oxford Institute for Energy Studies, and Lecturer on Russian and Soviet History, Canterbury Christ Church University, UK
Yuri Radchenko, Senior Lecturer, Kharkiv Collegium Institute of Oriental Studies and International Relations, and Director of Center for Inter-ethnic Relations in Eastern Europe, Kharkiv, Ukraine
William Risch, Associate Professor of History, Georgia College, USA
Grzegorz Rossolinski-Liebe, Research Fellow, Freie Universitaet Berlin, Germany
Blair Ruble, Political Scientist, Washington, DC, USA
Per Anders Rudling, Associate Professor of History, Lund University, Sweden
Martin Schulze Wessel, Chair of Eastern European History, Ludwig-Maximilian University, Munich, Germany
Steven Seegel, Associate Professor of History, University of Northern Colorado, USA
Anton Shekhovtsov, Visiting Senior Fellow, Legatum Institute, London, UK
James Sherr, Associate Fellow, Chatham House, London, UK
Volodymyr Sklokin, Researcher, Center for Urban History of East-Central Europe, Lviv, Ukraine
Iryna Sklokina, Researcher, Center for Urban History of East-Central Europe, Lviv, Ukraine
Yegor Stadny, Ph.D. Student, Department of History, Kyiv-Mohyla Academy, Ukraine
Andreas Umland, Senior Research Fellow, Institute for Euro-Atlantic Cooperation, Kyiv, Ukraine
Ricarda Vulpius, Research Fellow, Department for the History of East- and Southeastern Europe, Ludwig-Maximilian University, Munich, Germany
Lucan Way, Associate Professor of Political Science, University of Toronto, Canada
Zenon Wasyliw, Professor of History, Ithaca College, USA
Anna Veronika Wendland, Research Coordinator, The Herder Institute for Historical Research on East Central Europe, Marburg, Germany
Frank Wolff, Assistant Professor of History and Migration Studies, Osnabrück University, Germany
Christine Worobec, Professor Emerita, Northern Illinois University, USA
Serhy Yekelchyk, Professor of Slavic Studies and History, University of Victoria, Canada
Tanya Zaharchenko, Postdoctoral Fellow, Center for Historical Research, Higher School of Economics, Saint Petersburg, Russia
Sergei Zhuk, Associate Professor of History, Ball State University, Indiana, USA

Traduit par TJ, cet article peut-être reproduit à condition d'en donner l'URL

article source : http://krytyka.com/en/articles/open-letter-scholars-and-experts-ukraine-re-so-called-anti-communist-law
http://vodkaetpelmini.blogspot.de/2015/05/lettre-ouverte-detudiants-et-experts.html
 


Mercredi 13 Mai 2015


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