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Les morts de Manchester : des victimes des opérations britanniques de déstabilisation au Moyen‑Orient


De nouveaux détails ont émergé sur la familiarité préalable des agences de renseignement britanniques avec le kamikaze de Manchester, Salman Abedi, dont l’assaut meurtrier lundi soir a coûté la vie à 22 personnes.


Robert Stevens
Dimanche 28 Mai 2017

Theresa May avec le chef de la police de Manchester, Ian Hopkins,
Theresa May avec le chef de la police de Manchester, Ian Hopkins,
Compte tenu des liaisons d’Abedi et de ses déplacements précédant l’attaque, la seule explication pour l’avoir laissé en liberté pendant si longtemps est qu’il était une source protégée – une partie d’un large réseau d’opérateurs utilisés par la Grande-Bretagne et les États-Unis pour mener leurs opérations néfastes au Moyen-Orient.

C’est la révélation de ces opérations qui explique la fureur de la Première ministre Theresa May à l’égard des États-Unis qui ont laissé filtrer des informations de leurs services de renseignement sur l’enquête menée par le Royaume-Uni sur cet attentat-suicide. Quelles que soient les raisons spécifiques de ces fuites, elles ont complètement discrédité les affirmations initiales de l’autorité britannique selon lesquelles Abedi était un « loup solitaire » inconnu. Au contraire, il est maintenant clair que les personnes tuées et mutilées lors d’un concert pop sont victimes de la politique britannique de changement de régime au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Nous savons maintenant que les renseignements britanniques avaient reçu au moins cinq avertissements dans des occasions distinctes au cours des cinq dernières années qu’Abedi présentait un danger, y compris qu’il avait parlé d’un attentat-suicide.

Selon de nouvelles divulgations jeudi, Abedi a beaucoup voyagé dans la période précédant l’attaque, il a notamment pris l’avion d’Istanbul vers le Royaume-Uni via l’aéroport allemand de Dusseldorf. Pendant des années, la Turquie a été utilisée comme point de transit en Syrie par les djihadistes européens, pour se joindre aux efforts dirigés par l’Ouest pour renverser le régime de Bachar Al-Assad.

Plusieurs sources, y compris le renseignement français, ont rendu publiques leurs conclusions selon lesquelles Abedi a été en Syrie et y avait reçu un entraînement. Le Financial Times a également rapporté qu’un « responsable turc » a déclaré qu’Abedi avait transité par Istanbul au moins deux autres fois au cours de cette année. Le journal a déclaré : « À la mi-avril, il a pris un vol d’Amsterdam vers la Libye, alors que vers la fin mai de 2016, il a pris un vol de Manchester vers la Libye, en transitant par l’aéroport Atatürk à Istanbul à chaque occasion. »

Abedi pourrait avoir traversé au moins deux pays de l’Union européenne sur sa route allant de la Turquie à Manchester. Le journal berlinois Der Tagesspiegel a rapporté qu’Abedi a pris un vol de Dusseldorf à Manchester le 18 mai, quatre jours avant l’attaque. Le journal a cité des sources de renseignements allemands qui affirment qu’il est arrivé en Allemagne de la Libye via Prague.

Le Guardian a rapporté, « On sait que cet homme de 22 ans a voyagé en Allemagne au moins deux fois, y compris une visite à Francfort, la ville de la haute finance. » Il a ajouté : « Düsseldorf est dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, où Anis Amri, l’attaquant du marché de Noël de Berlin, a séjourné un temps. »

D’autres divulgations ont été signalées par le magazine allemand, Focus. Citant des sources du renseignement allemand, il a dit qu’Abedi a pris un vol vers Francfort depuis la Grande‑Bretagne en 2015. Focus a déclaré que la BKA, un service de renseignement allemand, avait été informée par la police du Royaume-Uni que cette visite a eu lieu avant qu’Adedi suive un entraînement paramilitaire en Syrie. Il a rapporté qu’il n’avait pas été appréhendé en Allemagne, car il ne figurait sur aucune liste de surveillance.

Il n’y a pas d’explication innocente au fait qu’Abedi ait pu voyager en Libye, en Syrie, en Turquie et au Royaume-Uni sans entrave. Cela n’a rien à voir avec les affirmations fallacieuses au sujet des « frontières poreuses » du Royaume-Uni, ou sur le manque de gardes-frontières. La capacité d’Abedi à passer par la douane sans être inquiété ne peut que signifier qu’il avait reçu un feu vert.

Pendant des décennies, des gouvernements britanniques successifs ont travaillé avec des groupes jihadistes, prêts à commettre des atrocités pour atteindre leurs objectifs. Cela impliquait que, derrière la « guerre contre le terrorisme » et l’assaut implacable contre les droits démocratiques que cela a entraîné, les autorités britanniques ont abrité des militants extrémistes islamistes et des groupes qui peuvent être mis en jeu au moment propice, suivant les objectifs de la politique étrangère de l’impérialisme britannique.

Des groupes tels que le Groupe islamique armé algérien (GIA), le Groupe de lutte islamique libyen (LIFG), le Jihad islamique égyptien et Al-Qaïda avaient tous des bases à Londres. Al-Qaïda a considéré Londres comme le centre névralgique de ses opérations en Europe, et les services de sécurité ont collaboré avec certaines de ces organisations et leurs dirigeants, dont les plus connus étant Abu Hamza et Abu Qatada.

De même, l’impérialisme britannique a travaillé en étroite collaboration avec les islamistes libyens, les soutenant dans leur opposition au chef libyen, le colonel Mouammar Kadhafi. Comme l’ancien agent du MI5 David Shayler l’a révélé, le MI6 a collaboré avec une telle organisation, le Groupe de lutte islamique libyen (LIFG), dans la tentative d’assassinat de Kadhafi en 1996.

Pendant des années, un groupe de membres du LIFG était actif dans le quartier de Whalley Range à Manchester, proche de la maison de Salman Abedi. Le père de Salman Abedi, Ramadan Abedi, agent de sécurité de l’aéroport, était un membre du LIFG. Lui et sa femme, Samia Tabbal, une scientifique nucléaire, ont fui Tripoli en 1991 après avoir été arrêté par le régime de Kadhafi. Il avait travaillé au service de sécurité interne du régime et aurait été soupçonné d’avoir prévenu des membres de groupes islamistes anti-Kadhafi concernant des raids imminents de la police. Le Daily Mail a rapporté, « Il semblerait que la vie de Ramadan se soit concentrée à certaines époques sur le renversement de Kadhafi ».

Après avoir fui la Libye, Ramadan et sa femme ont vécu en Arabie Saoudite pendant une période. Puis, Ils sont tous deux partis au Royaume-Uni où ils ont demandé et obtenu l’asile politique. Ils ont vécu d’abord à Londres et ont ensuite déménagé dans le sud de la région de Manchester, qui devint un centre pour de nombreux éléments anti-Kadhafi avec lesquels le renseignement britannique a maintenu les liens les plus étroits.

Ramadan est rentré en Libye à un moment donné en 2011 pour se battre dans la guerre impérialiste par procuration qui a entraîné le renversement et le meurtre de Kadhafi en octobre de cette même année par des « rebelles » soutenus par les États-Unis et le Royaume-Uni. Cela a eu lieu après une campagne de bombardement de l’OTAN pendant huit mois dans tout le pays, où un nombre incalculable de personnes ont été tuées. Par la suite, Ramadan est devenu directeur administratif de la Force centrale de sécurité à Tripoli, l’une des nombreuses milices qui rivalisaient pour le contrôle du pays.

Samia, la mère d’Abedi, est une amie proche d’Umm Abdul Rahman, la veuve d’un ancien commandant d’Al-Qaïda, Abu Anas al-Libi, accusé d’avoir participé aux attentats de 1998 contre les ambassades des États-Unis. Le Daily Mail a rapporté que al-Libi « a passé cinq ans à Manchester, ayant obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne en 1995. […] Abdul Rahman était à l’université dans la capitale libyenne avec la mère d’Abedi, qui étudiait l’ingénierie nucléaire. Elle [Rahman] a déclaré que les deux femmes ont également vécu ensemble à Manchester pendant un certain nombre d’années. »

Al-Libi fut arrêté par les forces américaines à Tripoli en octobre 2013 et est mort en 2015 d’un cancer du foie avant d’être jugé. Après l’attentat de Manchester, Ramadan Abedi et son plus jeune fils Hashem ont été arrêtés à Tripoli mardi soir.

Salman Abedi était également connu pour avoir été un proche collaborateur de l’un des principaux recruteurs de l’État islamique au Royaume-Uni, Raphael Hostey, qui a été tué dans une frappe par drones en Syrie en 2016. Hostey a grandit à Moss Side, à seulement un kilomètre de la maison d’Abedi dans le quartier de Fallowfield.

Dans une déclaration sur l’attentat, le gouvernement d’Abdullah Thinni à Bayda, en Libye, a dit qu’il avait averti le gouvernement britannique que ce dernier abritait des terroristes. Le gouvernement de Thinni fut chassé de Tripoli en 2013 par des extrémistes islamistes, dont des exilés libyens basés au Royaume-Uni. Il a accusé David Cameron, le prédécesseur de Theresa May, de soutenir les groupes terroristes qui « détruisent nos villes dans une tentative de transformer la Libye en un exportateur de terreur sur toute la planète. »

(Article paru en anglais le 26 mai 2017)


Dimanche 28 Mai 2017


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