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Les loups sont entrés dans la ville


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Salim Metref
Samedi 2 Février 2013

Il y a quelques décennies de cela, on nous surnommait « la Mecque des révolutionnaires ». Tout le monde était déjà venu  nous voir, se réfugier chez nous où tout simplement nous rendre visite et  apprendre de nos expériences passées. Notre lutte anticolonialiste et notre héroïque combat pour l’indépendance nationale ont fini par nous conférer le statut de modèle révolutionnaire et avaient même forcé le respect de ceux qui nous jalousaient où ne nous aimaient pas.  Le non-alignement était la doctrine politique convenue du tiers-monde qui devait apprendre à résister aussi bien aux turbulences de la guerre froide qu’aux effets pervers d’un monde désarticulé entre l’est pro-soviétique et l’ouest pro-américain.  
Le Che nous avait déjà rendu visite, Carlos aussi. Et de sa voix sublime Myriam Makeba  chantait en arabe l’Afrique. Puis vinrent les têtes pensantes de l’ETA basque, les panthères noires américaines, la résistance chilienne, les différents mouvements de libération africains, les différents fractions Palestiniennes, peut-être sans doute l’IRA irlandaise et tous les autres, de toutes races et de toutes couleurs, qui étaient aussi parmi nous mais dont on ne parlait jamais.
L’espoir a fleuri  au Portugal et le temps a passé. Beaucoup de pays sont devenus indépendants où se sont tout simplement libérés de leurs dictatures et de leurs dictateurs. D’autres réfugiés ont préféré changer d’air et se sont installés sous d’autres cieux.  Mandela  est sorti de prison et Soweto est devenu une légende. Puis petit à petit, d’autres «Mecque des révolutionnaires » ont commencé à essaimer. Après Alger, vinrent Damas, Téhéran, Bagdad, Beyrouth, Tripoli et parfois Tunis. Et ceux qui après avoir longtemps vécu  à Alger préférèrent, sans doute effrayés par la tragédie algérienne, s’en aller. La guérilla était désormais toujours dans nos gènes et d’autres ne comprenaient déjà plus que tout pouvait déjà recommencer. Ils oublièrent sans doute que les mêmes causes provoquent toujours les mêmes effets. La guerre d’Algérie ne finissait décidément plus ! Entre temps, la guerre froide a fondu sous les assauts bouillonnants des révolutions de velours, le mur de Berlin s’est écroulé  et le monde a révélé sa véritable face hideuse.
La bipolarisation entre l’est et l’ouest n’était finalement qu’un leurre et sur terre l’on ne pouvait plus être désormais que du nord où du sud. La pauvreté, les maladies, la faim, la misère, les bidonvilles, l’eau polluée et les guerres civiles étaient le breuvage des plus humbles. Le sud était pourtant infiniment plus riche, regorgeant toujours de plus de ressources et de ce qu’il faudra encore sûrement découvrir. Mais le sud était toujours affaibli, dépossédé et exproprié. Et  l’ordre et la raison étaient toujours du coté du plus fort. Mais personne ne vint nous chercher et nul besoin d’éventail. Nous fûmes devenus les supplétifs et les artisans de notre propre aliénation!
Notre réveil fût brutal lorsque nous découvrîmes qu’il ne pouvait y avoir finalement d’autres Mecque que celle vers laquelle nous orientons nos prières. Arabes, berbères, africains, méditerranéens, nous  étions  surtout musulmans et cet héritage commun devenait le meilleur attelage pour nous rassembler,  nous redéployer et nous reconstruire. Longtemps refoulée, ignorée, blessée, malmenée, contenue, notre foi ressurgit comme peut l’être le feu de l’espérance et la lumière de la voie enfin retrouvée. Et beaucoup découvrirent qu’elle seule nous libéra de toutes les soumissions et de toutes les servitudes et qu’elle seule peut encore nous libérer. Mais ils vinrent nous dire que nous ne devions surtout pas changer et qu’il ne pourrait y avoir d’autre modèle que le leur. Alors ils profanèrent nos certitudes et souillèrent le blanc immaculé de nos profondes convictions.
Ils violèrent nos consciences et nous enivrèrent de leur hymne à l’universalité. Puis ils nous inoculèrent l’antidote à l’authenticité, au retour aux sources et à la libération. Ils décidèrent ensuite, pour mieux se venger de notre entêtement à récuser la soumission, que nous devions vivre la tragédie de la désintégration. Ils nous surnommèrent ensuite « La Mecque du terrorisme » et décrétèrent qu’en la matière nous devions devenir un modèle. Alors ils envoyèrent leurs spécialistes, leurs fins limiers et leurs stratèges pour nous ausculter et nous observer pour mieux identifier le mal dont nous souffrions et nous prodiguer les soins sans lesquels nous pourrions, selon eux, sombrer. Mais ici, la désintégration ne se produisit pas. Du moins pas comme ils l’auraient souhaité. Et la résilience de ce peuple, qui possède la faculté mystérieuse et innée de se diviser puis,  miracle du ciel, de se rassembler, se révéla tenace et difficile à vaincre. Et les loups se mirent de nouveau à penser. Et ils réinventèrent la guerre pour mieux nous surprendre.
Comme ailleurs, les prétextes étaient tous déjà trouvés. L’œuvre de la dépossession et de l’aliénation ne devait jamais s’interrompre mais se poursuivre. Les nouveaux croisés sont ici, déjà là, à nos portes et notre pénitence est leur appétit insatiable. Ils veulent posséder notre or, notre uranium, notre pétrole, notre gaz et nos richesses. L’immensité de nos terres les rend fous. Ils veulent que nous payions le prix de leur décadence, de leur décrépitude, de leur déchéance et de leur désarroi. Ils enverront aussi leurs drones assassins déjà déployés si prés de chez nous, leurs avions pour larguer leurs bombes au phosphore, tuer des civils, des enfants, commettre l’irréparable et l’innommable qu’ils nommeront quand même bavures involontaires où effets collatéraux. Ils ne seront jamais, eux, des terroristes. Ils sont ici pour, prétendent-ils, nous sauver et nous civiliser, eux qui nous ont souvent ôté le pain de la bouche.
Mais nous, nous  continuerons toujours de croire qu’il n’y aura de Mecque que celle que nous continuerons de chérir et d’aimer et vers laquelle seront toujours orientées nos prières. Ils sèmeront partout le désordre et la désolation. Et pendant que le Sahel deviendra le nouvel abcès de fixation des stratèges du chaos, l’opinion internationale aura de quoi de se délecter la vue, oublier ses angoisses et dissertera à propos des mausolées maraboutiques de Tombouctou.


Et pendant ce temps là, El-Qods bénie, elle, pourra être détruite. Et personne ne dira que cette destruction est l’œuvre de fanatiques, ni ne condamnera la suppression des lieux saints de Jérusalemm, de ses monuments et ses autres antiquités arabo-islamiques. Quant à nous et pour survivre, il nous faudra désormais apprendre aussi à penser, à réfléchir et à agir pour sauver notre peau. Les loups sont déjà là. Les loups sont entrés dans la ville. Demain, ils pourraient être parmi nous!
 
 

Les loups sont entrés dans la ville


Samedi 2 Février 2013


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