Lobbying et conséquences

Les "antisémites" peuvent-ils travailler à la poste ?


Dans la même rubrique:
< >

Mardi 16 Octobre 2018 - 06:15 Impunité « made in Europe »


Cette phrase est inspirée d’une remarque de Norman Finkelstein (*) politologue, spécialiste du conflit israélo-palestinien et auteur entre autres de "L’industrie de l’holocauste", qui disait qu’il n’était pas simplement sans emploi mais "non employable", à savoir qu’il ne pourrait plus trouver d’emploi, non seulement à l’université (évidemment), mais même "à la poste". Ou n’importe où ailleurs.


Jean Bricmont
Samedi 17 Mai 2014

Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, au lieu de simplement regarder votre CV et vos lettres de recommandation, l’employeur potentiel "google" votre nom. Et dans le cas de gens comme Finkelstein, on tombe vite sur des accusations de négation de l’holocauste, de supporter du nazisme ou du terrorisme. Et aucun employeur ne va prendre le risque d’engager un candidat pareil. Ayant été chassé de l’université suite à une campagne hystérique de la part de militants pro-israéliens, Norman Finkelstein est, probablement jusqu’à la fin de ses jours, non employable, en tout cas aux Etats-Unis.

Bien sûr il n’est pas le seul. Son cas est exceptionnel, parce que non seulement ses deux parents étaient des survivants de l’holocauste, mais parce que ses positions sur le conflit israélo-palestinien sont en fait très modérées (il est par exemple fort critique à l’égard de la campagne BDS). Si je devais chercher un emploi, j’aurais le même genre de problème. Combien de fois des amis bien intentionnés ne m’ont-ils pas mis en garde contre le fait de toucher à des sujets comme la Palestine, ou le rôle des lobbys, bien sûr, mais même la liberté d’expression ?

Quantité de gens sont victimes de l’accusation d’antisémitisme (ou celles, associées, d’être d’extrême-droite, négationniste etc.) et de facto inemployables ; et il n’y a qu’à voir les campagnes contre Pascal Boniface ou, plus récemment, contre Aymeric Caron, pour se rendre compte qu’il n’y a pas besoin d’être Dieudonné ou Soral pour subir ce genre d’attaques.

Les pires attaques sont celles qui viennent des milieux qui s’auto-proclament "juifs progressistes" ou "pro-palestiniens" : en effet, si même eux, qui ne peuvent supposément pas être suspectés de sionisme (mais uniquement en vertu de leurs auto-proclamations) vous clouent au pilori, quelle défense pouvez-vous invoquer ?

Néanmoins, le problème fondamental ne vient pas des sionistes, ou des "juifs progressistes", mais des gens qui ne sont ni l’un ni l’autre. Pourquoi ne font-ils pas respecter leurs propres droits et ceux de leurs concitoyens ? Pour certains, la majorité sans doute, par peur d’être soi—même trainé dans la boue, et, pour les plus naïfs, parce qu’ils ont intériorisé des slogans du genre "l’antisémitisme rappelle les heures les plus sombres de notre histoire".

Mais bien sûr, il n’y a rien d’antisémite à défendre la libre expression d’opinions et, ce qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, c’est plutôt le climat de terrorisme intellectuel dans lequel nous vivons. Pour ce qui est de mes amis bien intentionnés, ils ne peuvent pas à la fois me donner les conseils qu’ils me donnent ET nier l’existence de ce climat.

Pourtant, il serait très simple de sortir de cette situation, mais cela nécessiterait un effort collectif. Il suffirait d’accepter trois règles simples :

- que l’on définisse précisément ce que l’on entend par antisémitisme. La critique d’Israël ou des associations communautaires est-elle antisémite ?

- que les accusations d’antisémitisme soient fondées sur des écrits ou des paroles publiquement disponibles et non sur des ragots.

- finalement, que la personne accusée ait la possibilité de se défendre.

Alors que peut-être nous pourrons re-postuler à des emplois, et pas seulement à la poste.


(*) Voir :
An Alienated Finkelstein Discusses His Writing, Being Unemployable, And Noam Chomsky
http://urbantimes.co/2014/01/norman-finkelstein-interview/

Les "antisémites" peuvent-ils travailler à la poste ?
Professeur de physique théorique et mathématique, Université de Louvain, Belgique. Auteur de plusieurs articles sur Chomsky, co-directeur du Cahier de L’Herne n° 88 consacré à Noam Chomsky. Il a publié notamment avec Alan Sokal Impostures intellectuelles (1997), À l’ombre des Lumières avec Régis Debray (2003) et Impérialisme humanitaire (2005). Son dernier ouvrage : La République des censeurs. Editions de l’Herne, 2014.


Samedi 17 Mai 2014


Commentaires

1.Posté par Aldamir le 17/05/2014 15:38 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

A souligner que :Le terme antisémite est faussement utilisé à la place d’antisioniste, suite à l’amalgame ridicule qui assimile une religion à une race et que l’on cherche à imposer par un matraquage incessant pratiqué à tous les niveaux et à toutes les occasions et manifestations..

2.Posté par Depositaire le 18/05/2014 11:04 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Pour compléter le commentaire de Aldamir, je dirais que non seulement le terme "antisémite" est utilisé à la place "d'antisioniste", (et bien parti pour être légalisé en tant que tel si on en croit les propos récents de Valls qui assimile clairement l'antisionisme et toute attaque verbale contre israël comme de l'antisémitisme), mais de plus est un terme dont le sens est complètement inversé.

En effet qu'est-ce qu'un sémite ? Un juif ? Mais ce n'est pas répondre à la question, car il faudrait alors demander qu'est-ce qu'un "juif" ? Si on répond : "un sémite", on tourne en rond. Alors répondons autrement.

Un juif est soit quelqu'un qui est de "race sémitique", soit quelqu'un qui pratique, ou, à tout le moins, qui se recommande du Judaïsme. Bien. Prenons le premier cas et demandons-nous s'il existe des ethnies, "races", si on veut, sémites ? Réponse affirmative. Ce sont les peuples qui vivent au Proche Orient et qui sont essentiellement arabes ou assimilés. Mais d'où vient le terme "sémite" ? Tout simplement de la Bible et d'un des fils du Prophète Noé qui s'appelait SEM. Seulement, on est bien obligé de constater que cela date terriblement, de plusieurs milliers d'années. Et compte tenu, surtout dans la région, du brassage de populations des différentes invasions et des émigrations plus ou moins importantes qui se sont déroulées au cours des millénaires, autant dire que le métissage est assez prononcé chez ces peuples. Ils sont subis les invasions mongoles, romaines, grecques, perses...sans compter tous ceux qui sont venus vivre dans la région venus de bien d'autres pays et régions du globe et qui se sont mélangés aux populations locales.

Autant dire, qu'en ce sens, la notion de "sémite" ne veut plus dire grand chose. Et, à tout le moins, les arabes peuvent assurément revendiquer cette appartenance bien plus que les juifs, comme nous le verrons plus loin.

Si on considère que juif est être de "race sémitique", ça reviendrait à dire que les sémites sont une race et on a vu plus haut à quel point cette notion est à relativiser, (et d'ailleurs, si sémite vient du fils de Noé qui s'appelait SEM, celui-ci de quelle race était-il ? Surement pas "sémite", puisque le terme est venu après lui. Et ses frères, étaient-ils des sémites, ou en tout cas leurs descendants ?). Du coup, on doit admettre que le Judaïsme qui la religion des juifs est intimement lié à la race. De sorte que juif = sémite, serait juste.

Admettons. Mais alors je voudrais bien que l'on m'explique cette contradiction flagrante : les juifs européens et slaves, (c'est curieux que l'on admette qu'ils puissent être slaves et en même temps "sémites", c'est contradictoire), sont clairement des gens d'ethnie turco slave. Leur physique, autant que leur histoire, d'ailleurs est connue. Ils sont issus de l'ancien empire Khazar qui s'était converti au Judaïsme pour des raisons d'opportunisme politique. Mais si on les comparent aux juifs d'Afrique du nord, il est flagrant que le type ethnique, racial, morphologique est sensiblement différent. Et pour cause, ces derniers sont d'origine berbères ou arabo/berbères. Mais alors, que dire des juifs persans, qui vivent en Iran, des juifs arabes qui vivent au Yémen ou en Palestine, en Syrie, ou en Irak, et enfin les juifs sénégalais et éthiopiens qui sont noirs et morphologiquement africains ? Il me semble même qu'il y a des juifs chinois !

On pourrait aussi ergoter sur la langue, sauf que si l'hébreu est une langue sémite, l'arabe aussi. En réalité, ces langues appartiennent toutes au groupe linguistique auquel appartiennent l'arabe, l'hébreu, le syriaque, l'araméen. Donc, cette revendication ne tient pas la route.

En conclusion, cette notion de sémitisme et d'antisémitisme est un concept qui, aujourd'hui, ne veut plus rien dire. D'ailleurs, pourquoi faudrait-il distinguer un "racisme" particulier pour les juifs ? Puisque, on vient de le voir, ils ne constituent en aucune façon une "race". Ou on est "anti juif", on fait dans ce cas là de la "judéophobie", comme on fait de "l'islamophobie" ou de la "christianophobie", même si le terme "phobie" n'est pas approprié. On devrait plutôt parler de haine pour telle ou telle appartenance religieuse et cette haine assimilée à une pathologie mentale. Condamnée par la loi lorsqu'elle se manifeste par des attaques physiques ou des propos calomnieux ou haineux susceptibles de dériver vers des attaques physiques.

Par contre, dénoncer de manière ferme le sionisme est chose admissible, dans la mesure où cette idéologie est d'ordre strictement politique. Même chose pour israël qui n'est que la colonisation sous des prétextes aussi farfelus que fallacieux et mensongers de la Palestine historique et de la violence exercée contre ses citoyens d'origine qui sont les palestiniens, qui sont, d'ailleurs, comme le démontre Shlomo Sand, historien juif, dans son excellent livre : "comment le peuple juif a été inventé", les véritables descendants des peuples qui suivaient le Judaïsme en tant que religion et qui se sont convertis au cours du temps, d'abord au Christianisme, puis à l'Islam.

Par voie de conséquence et au vu de l'analyse que je viens de faire, il en résulte que la notion "d'antisémitisme", pour qualifier les attaques verbales ou physiques contre des juifs ou des institutions juives, n'est pas fondé. Que même le terme "antisémite" est à peu près vide de sens de nos jours. Que la haine contre les juifs est toute aussi condamnable que celle à l'encontre des musulmans et des chrétiens ou de toute autre appartenance religieuse. Que la condamnation du sionisme en tant que projet politique pour justifier la colonisation de la Palestine, ne saurait s'assimiler en aucune façon à une condamnation du Judaïsme et de ses pratiquants. Et que si nous étions dans un véritable pays de droit et où le droit du pays tout comme le droit international était parfaitement respecté, (ce qui est fort loin d'être le cas), la condamnation du sionisme non seulement ne devrait pas être condamnée mais en plus elle devrait faire l'objet d'une résolution contraignante de l'Onu et obliger les colons sionistes installés en Palestine de la quitter.

Que l'on m'excuse de la longueur de ce commentaire, mais j'ai voulu démonter de manière difficilement réfutable toute l'absurdité de l'accusation d'antisémitisme à quiconque condamne le sionisme et israël, et d'autre part, à quel point la subversion des valeurs s'est installée dans le monde, puisque ce qui est par nature condamnable doit être considéré comme recommandable et ce dernier condamnable. C'est à ce niveau là surtout que le débat devrait se tenir. Tout le reste n'est au mieux que périphérique.

Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS


Publicité

Brèves



Commentaires