En 2011, la Commission mondiale pour la politique des drogues, qui se compose d’anciens et d’actuels hauts fonctionnaires des Nations Unies, a encouragé les pays à expérimenter la réglementation juridique de l’utilisation de certains types de drogue, dont la légalisation serait possible, dans le but de lutter contre les trafics. Selon l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants des Nations Unies, environ 250 millions de personnes consomment de la drogue à travers le monde, près de dix millions sont toxicomanes et des millions sont impliqués dans la culture, la production et la vente des produits de base ou des stupéfiants eux-mêmes. De nombreux médicaments contiennent des opiacés qui engendrent une dépendance, alors que la marijuana peut aider à résoudre ces mêmes problèmes avec des risques moindres pour la santé. Les gangs criminels, à qui profite le caractère illégal de la production et de la vente de stupéfiants, demeurent le principal problème pour de nombreux Etats. En raison de l’interdiction de la marijuana, des produits chimiques analogues mais plus nocifs apparaissent sur le marché noir. C’est pourquoi de nombreux pays sont maintenant arrivés à la conclusion suivante : légaliser les drogues douces s’avère économiquement et socialement plus efficace.

Bientôt, la France pourrait faire son entrée dans la liste des pays ayant légalisé les drogues douces. Un vif débat est en cours depuis longtemps déjà. La première étape a été franchie : un médicament à base de marijuana va prochainement être vendu dans les pharmacies du pays. Son efficacité a été prouvée dans la lutte contre la sclérose en plaques et comme moyen de soulager la souffrance des patients atteints de cancer. Début 2014, l’Etat américain du Colorado, qui a rejoint la liste des 20 Etats qui ont acté la légalisation, a officiellement autorisé la consommation de marijuana.

Les avantages économiques sont évidents. Après l’ouverture de 24 magasins vendant de la marijuana dans le Colorado, en un jour seulement, leur recette a dépassé les deux millions et demi de dollars. Les experts s’attendent à ce que les recettes provenant de la vente de marijuana aux Etats-Unis atteignent 2,34 milliards de dollars en 2014. Selon le politologue russe, Segueï Mikheev, l’Etat plie sous la pression de la subculture du cannabis :

« La révolution narcotique a eu lieu depuis longtemps déjà. Depuis que les stupéfiants font, de fait, partie d’une subculture mondiale qui a commencé dans les années 1960-1970. Et quand est apparue la mafia mondiale des narcotrafiquants, c’est alors que s’est produite la révolution narcotique mondiale. Ce qui se passe à présent, c’est plutôt le repli de l’Etat dans un certain nombre de pays face à la pression de la révolution de la drogue. D’une part, la subculture de la drogue impose déjà ses concepts et valeurs propres. Et de l’autre, l’Etat signe son incapacité à contrôler ces processus. »

Parallèlement à cela, les drogues ont toujours été utilisées par l’homme à des fins médicales. Et dans les pays tels que le Mexique où l’utilisation des drogues douces, mais aussi des drogues dures, a été légalisée, ces mesures aident les autorités à lutter contre le crime organisé. C’est pourquoi il ne s’agit pas d’une révolution mais de la recherche d’une issue au problème, estime Alexander Gusev, directeur de l’Institut de la planification stratégique :

« Depuis qu’elles ont été découvertes, les drogues ont en réalité été utilisées à des fins médicales et sont aujourd’hui prescrites aux personnes gravement malades. L’Etat va bien sûr s’efforcer de lutter contre la diffusion des drogues dures, en particulier chez les jeunes. En ce qui concerne la légalisation des drogues douces, certains pays se sont déjà lancés dans cette voie, en particulier dans des Etats des Etats-Unis ou aux Pays-Bas. A cela il faut ajouter les Etats d’Amérique latine. Plusieurs d’entre eux ont déjà légalisé les drogues douces, mais les Etats luttent néanmoins activement contre le narcotrafic. »

Dans le monde, la drogue engendre pour les Etats un problème à la fois social, économique et politique. Par conséquent, il n’est pas possible de libéraliser complètement sa distribution. Les drogues naturelles agissent sur les gens de façon différente. En définitive, la légalisation repose sur l’éternelle question du contrôle et de l’autocontrôle, comme dans le cas de l’alcool : la consommation de marijuana ne devrait pas se faire sans encadrement auprès de cette partie de la population qui n’est pas responsable de ses actes et pourrait facilement se marginaliser.

C’est justement pour cela que de nombreux pays ont choisi la voie des prescriptions médicales. En Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique et dans plusieurs autres pays européens, la culture et la consommation de cannabis sont autorisées sur ordonnance. La détention d’une petite quantité de marijuana n’est pas considérée comme un crime. En France, la vente du spray contenant du cannabis ne se fera que sur prescription médicale et comme l’indique le ministère français de la Santé : « dans le cas où d’autres méthodes antidouleurs se sont révélées inefficaces ».   N