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Le tribunal du blog acquitte Standard & Poor’s !


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Gilles Devers
Lundi 16 Janvier 2012

De toute urgence, j’ai demandé à la police spéciale du blog d’aller arrêter Standard et Poor’s au motif de flagrant délit d’outrage à Notre-Bien-Aimé-De-Sa-Dame Président de la République. Sitôt dit, sitôt fait, et voici le susnommé devant le tribunal du blog. 

-       Nom, prénom ? pn_poire.jpg

-       Standard &  Poor’s

-       Qualité ? 

-       Très gentil, car j’aide les peuples vertueux à négocier de bons taux d’emprunts auprès de leurs banquiers, qui eux ne rêvent que les voir dans la mouise pour mieux les plumer.

-       Depuis combien de temps exercez vous votre métier de bienfaiteur ?

-       C’est très ancien, mais depuis vingt ans, les Etats ont oubliés qu’ils étaient des Etats, et ils sont allés draguer les banques pour négocier les prêts comme s’ils étaient des entreprises privées. Les banques étaient très contentes car les Etats empruntent comme des fous. Ca a asséché le crédit aux entreprises, mais c’est la nouvelle raison d’Etat : « Gouverner, c’est emprunter ».

-       Qu’en pense Monsieur le Procureur ?

-       Ce sont là des discours aussi nuls que la campagne des présidentielles. Venons-en aux faits, qui sont graves. Il en va de l’autorité de Notre-Bien-Aimé-De-Sa-Dame Président de la République, que je salue affectueusement.

-       Le premier chef d’accusation concerne le sommet de l’Union européenne du 9 décembre 2011. Standard & Poor’s, qu’avez-vous a déclarer ?

-       Les conclusions du sommet de l’Union européenne du 9 décembre 2011 et les communiqués des décideurs politiques qui ont suivi nous ont conduit à penser que l’accord ne représentait pas une percée d’une importance et d’une ampleur suffisantes pour répondre entièrement aux problèmes financiers de la zone euro. Pour nous, l’accord atteint au niveau politique n’apporte pas assez de ressources ou de flexibilité opérationnelle supplémentaires pour renforcer les opérations européennes de sauvetage ou pour soutenir suffisamment les pays de la zone euro soumis à un accroissement des pressions des marchés.

-       Qu’en pense Monsieur le Procureur ?

-       C’est absolument scandaleux. Comment jeter ainsi le discrédit sur une telle réussite… Prenez n’importe quel Français, il est en encore ému !... Ah, mon substitut me passe des notes (Il les parcourt en vitesse, et prend grise mine). Bon en effet, je vois que rien n’a encore été mis en œuvre de ce plan. L’Allemagne n’en fait qu’à sa tête, et la Grande-Bretagne mène ses affaires dans son coin. D’ailleurs, le plan de la Grèce adopté il y a six mois n’est toujours pas effectif, et la seule réponse a été, il y a quinze jours, d’annoncer une réforme des traités européens. Rien de flexible, ni d’opérationnel… Bon, j’abandonne ce premier grief, mais vous verrez, Monsieur le président que la suite est accablante.

-       Le deuxième grief concerne la recherche des causes de la crise et les remèdes mis en place. Standard & Poor’s, qu’avez-vous a déclarer ?02a.jpg

-       Nous estimons également que l’accord repose sur une vision seulement partielle des origines de la crise (que la crise financière actuelle vient essentiellement du gaspillage budgétaire à la périphérie de la zone euro). Pour nous toutefois, les problèmes budgétaires que la zone euro doit affronter sont tout autant la conséquence de l’accentuation des déséquilibres et des divergences en matière de compétitivité entre le cœur de la zone euro et sa prétendue « périphérie ». À cet égard, nous estimons qu’une réforme reposant sur le seul pilier de l’austérité budgétaire pourrait avoir un effet contraire à ses intentions, avec une chute de la demande intérieure résultant de la montée des préoccupations des consommateurs sur l’emploi et leurs revenus disponibles, avec pour conséquence une érosion des recettes fiscales nationales.

-       Qu’en pense Monsieur le Procureur ?

-       C’est absolument scandaleux. C’est toute la glorieuse politique économique de France qui est bafouée. Ah, mon substitut me passe des notes (Il les parcourt en vitesse, et prend grise mine). Oui, effectivement, il y a un loup. Si on se colle une cure d’austérité, on va casser la consommation, et les entreprises qui vendront moins n’auront pas trop envie d’embaucher. Nos amis allemands sont à 3% de croissance, ce qui suffit pratiquement à dégonfler la dette, pendant que nous nous pataugeons entre 0 et 1%. Tout est dit dans cette phrase : « Une réforme reposant sur le seul pilier de l’austérité budgétaire pourrait avoir un effet contraire à ses intentions ». On étrangle la croissance avec cette cure d’austérité, ce n’est pas compliqué ! Même notre moine heureux Saint-François Hollande est obligé de revoir le programme qu’il n’a pas encore écrit. Bon, j’abandonne ce deuxième grief, mais vous verrez, Monsieur le président que la suite est accablante.

-       Le troisième grief concerne les perspectives de la France. Standard & Poor’s, qu’avez-vous a déclarer ?

La perspective de la note à long terme de la France est négative, ce qui indique qu’il y a une chance sur trois que nous puissions l’abaisser encore en 2012 ou 2013 si :

* ses finances publiques devaient dévier du chemin tracé en matière de consolidation budgétaire. Les mesures budgétaires annoncées à ce jour par le gouvernement français pourraient être insuffisantes pour respecter les objectifs de déficit en 2012 et 2013 au cas où la croissance tomberait sous les actuelles prévisions de 1 % et 2 %, respectivement. Si le déficit public de la France devait rester proche de ses niveaux actuels, conduisant à une augmentation graduelle de la dette publique nette au-delà de 100 % du PIB (contre juste au-dessus de 80 % actuellement) ou si la croissance économique devait rester faible pour une période prolongée, cela pourrait conduire à un abaissement (de la note) d’un cran.

* si une intensification des risques financiers et économiques dans la zone euro devait conduire à une augmentation significative de ses engagements ou à une aggravation de ses conditions de financement extérieur.

-       Qu’en pense Monsieur le Procureur ?cf2218567ed2e896155c3dc234685f36.jpg

C’est absolument scandaleux. C’est une attaque en règle contre la France, un véritable attentat à sa sûreté économique. Ah, mon substitut me passe des notes (Il les parcourt en vitesse, et prend grise mine). Ouaip… Effectivement, on y arrive à la dette qui fait 100% du PIB : pas de croissance et une économie éreintée par l’austérité, c’est mécanique. On emprunte pour rembourser les intérêts, et de ce fait la masse du crédit disponible va partir pour l’Etat, ce qui va finir de planter les entreprises. Ajoutons que l’Europe est en ébullition, avec de grandes économies comme l’Italie ou l’Espagne qui sont chancelantes. Bon, j’abandonne ce troisième grief, mais vous verrez, Monsieur le président que la suite est accablante.

-       Le dernier grief concerne le scénario alternatif. Standard & Poor’s, qu’avez-vous a déclarer ?

 

-       Inversement, ses notes pourraient se stabiliser à leur niveau actuel si les pouvoirs publics réussissent à réduire encore le déficit public de manière à stabiliser le ratio de la dette publique (vis à vis du PIB) dans les deux à trois prochaines années et à mettre en œuvre des réformes favorisant la croissance économique. 

-       Qu’en pense Monsieur le Procureur ?... Mais où est passé-t-il passé ? Monsieur le Substitut, savez-vous où est parti Monsieur le Procureur ?...

-       Il vient de partir, mais il m’a laissé un mot à l’attention du tribunal : « J’en ai ras-le-bol d’être dirigé par des incompétents, je suis parti me faire embaucher chez Standard & Poor’s. Amitiés ».

-       Plus de procureur, et les griefs abandonnés, c’est bien fâcheux. Standard & Poor’s levez-vous, je vais rendre mon jugement.

 

Le tribunal du blog,

Attendu que selon le proverbe chinois, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt,

Attendu le tribunal, même s’il n’est pas toujours sage, n’est toutefois pas idiot, et qu’il va donc regarder la lune,

Attendu que l’économie française est dans le bousin, et qu’elle y a été conduite par ses dirigeants,

Attendu que le tribunal du blog a encore les oreilles charmées par les beaux discours tenus par les dirigeants politiques depuis le deuxième septennat de Tonton, sur les vertus magiques du libéralisme économique,

Attendu que le tribunal du blog a encore les oreilles charmées par les beaux discours de la campagne des présidentielles de 2007 qui clamaient la nécessité de limiter l’endettement, pour ne pas laisser la dette aux enfants, et autres couplets du même acabit,

Attendu que loin de ces belles résolutions, tout a été de mal en pis,

Attendu que les dirigeants de l’Etat ont renoncé au rôle régulateur de la puissance publique,

Attendu que désormais la première dépense de l’Etat est le remboursement des intérêts de la dette, et que l’Etat doit emprunter pour rembourser ces intérêts, du délire quoi,

Attendu que ce résultat était inévitable, dès lors que l’Etat pendant des années a dépensé plus qu’il ne gagnait,

Attendu que deux et deux font quatre, et qu’il faut remercier l’accusé Standard & Poor’s de nous l’avoir rappelé,

Attendu que le principe de la légalité des délits et des peines ne permet de condamner que si les faits correspondent à une qualification légale,

Attendu que le tribunal du blog va donc relaxer l’accusé Standard et Poor’s,

Attendu qu’en cas d’innocence proclamée, il n’y a plus lieu d’appliquer le principe de la légalité des délits et des peines qui a juste pour objet de protéger la présomption d’innocence

Attendu que la France est notre mère patrie, et que si ça continue, on va tous plonger, ce qui impose de savoir prendre quelques mesures de bon sens, car on ne peut pas rester gouvernés par des pieds nickelés.

Par ces motifs

Vu le proverbe chinois

Relaxe Standard et Poor’s et le déclare innocent
Mais, la patrie économique étant en danger

Condamne Standard et Poor’s à un travail d’intérêt général qui consistera à mettre en place la politique qu’il préconise, à savoir la rigueur budgétaire, la relance de l’économie et le renforcement de l’Europe.
Et ce sera justice.

http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/
 

 

Le libéralisme économique, il n'y a que ça de vrai
Le libéralisme économique, il n'y a que ça de vrai


Lundi 16 Janvier 2012


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