ALTER INFO

Le temps des généraux : L’Armageddon



Phil Butler
Dimanche 17 Septembre 2017


    Dans une pièce profondément enfouie quelque part dans le Pentagone, des généraux et des amiraux se sont réunis récemment pour préparer une évaluation destinée au Comité des services armés du Sénat des États-Unis. Parmi les présents, il y avait le général Mark Milley, chef d'état-major de l'armée de terre, l'amiral John Richardson, chef des opérations navales, Robert Neller, commandant du corps de Marine, et David L. Goldfein, chef d'état-major de l'armée de l'air. Il ne fait aucun doute que Joseph Dunford, général du Corps de Marine, assistait à cette réunion, puisqu’il est président des chefs d’état-major interarmées. L'ordre du jour de cette réunion était extrêmement grave : Les militaires les plus brillants et les plus puissants des États-Unis se réunissaient ce jour-là pour parler de l’Armageddon.


    Les procès-verbaux de cette fatidique réunion sont classés top secret. À peine une poignée de gens connaîtront un jour ce qui s’est dit. Mais le résultat final de ces assises stratégiques a été révélé aux Étasuniens le 15 septembre 2017. Les plus hauts généraux de la nation la plus puissante sur Terre, ont dit au Congrès que les États-Unis avaient effectivement la capacité de vaincre la Russie et la Chine dans une guerre totale. Ce devait être une scène tirée directement du film Docteur Folamour de Stanley Kubrick. N’étant pas là-bas, je ne puis qu'imaginer le rassemblement de faucons, l'expertise stoïque et l'intellect militaires, et l'arrogance obtuse propagée ce jour-là à travers le forum du Congrès. Cette vision me fait me demander, « Qui diable, en premier lieu, a ordonné de faire pareille évaluation ? » Mais je pense que nous connaissons tous la réponse.


    Évoquant le « manque de ressources et de formation de l'armée pour mettre à exécution sans grand risque militaire la stratégie de sécurité nationale », le général Milley exprimait son unique souci quant à la troisième guerre mondiale. L'amiral Richardson était d'accord avec Milley, mais son degré de confiance envers la domination de la marine de guerre étasunienne, semblait pourtant plus grand. Voici ce que Richardson a dit au comité :

    Je suis d'accord avec le général Milley. Si nous nous engageons dans l'un de ces conflits, nous gagnerons, mais cela prendra beaucoup plus de temps que nous le voudrions et cela coûtera bien plus cher en dollars et en pertes.


    Proclamant que les rangs militaires actuels des États-Unis sont « efficaces » contre les forces rebelles à travers le monde, Neller, le général du corps de Marine, a répété comme un perroquet ces opinions, mais avec la stupidité et la bravade maladive typiques du Marine étasunien. Je suppose que le général veut dire que les Talibans regagnent à présent du poil de la bête en Afghanistan, qu’Al-Qaïda est soutenu en Syrie et que l'ennemi ultime, l’État islamique, a quasiment été éliminé du terrain par la Russie. Je ne vais pas commencer à m’intéresser à la mentalité des Marines, ce sont après tout mes camarades de bord. Quant au général David L. Goldfein de l'armée de l'air, son évaluation d'ancien pilote de chasse a montré que le pilotage d'un avion ne qualifiait pas pour la comptabilité militaire. Le général Goldfein était aussi d'accord avec les autres, mais d'une manière fort alambiquée, comme s'il était le trésorier du groupe. En bref, abattu au-dessus de la Serbie quand les États-Unis ont détruit la Yougoslavie, l'homme a gagné sa paye le 15 septembre, en disant simplement l’évidence : « La Troisième Guerre mondiale est une entreprise à haut risque. » Sans déconner mon général !


    Camarades terriens, à l’évidence, le complexe militaro-industriel dirige désormais les États-Unis. La réunion devant le Sénat n’était que formalité. Une intrigue entre psychopathes se déroule devant un public endormi sur les sièges au fond du théâtre. Avec Vladimir Poutine de Russie, dont chaque souffle appelle au dialogue et au bon sens, et après que la machine militaire russe a été forcée de se mettre en alerte maximale, les hauts généraux étasuniens ont été mis aux manettes du pays. Laissez-moi citer le prétexte de Milley, le général de l'armée, pour son appel à davantage d'argent et d'armes pour minimiser les « conséquences épouvantables » de cet Armageddon :

    La facture de la boucherie est payée par le sang des soldats des forces armées étasuniennes non préparées. Nous avons de longs antécédents : Passe de Kasserine, Guadalcanal, Okinawa, Tarawa, unité opérationnelle Smith dans la guerre de Corée. Rappelons-nous tous la bataille de Bull Run, quand Lincoln pensait entamer une guerre de 90 jours. On pense souvent que les guerres seront brèves à leur début ; elles ne le sont jamais. On pense souvent qu’elles seront moins onéreuses que ce qu'elles finissent par coûter et, au final, leurs résultats et les tournures qu’elles prennent ne sont jamais prévus. C'est chose dangereuse.


    À ce propos, permettez-moi de clarifier les choses. Le comité du Sénat n’attendait pas des évaluations « pondues par des généraux », car les sénateurs travaillent en collusion avec l'armée et le complexe industriel. Tout le monde le sait. Ce cirque a été monté pour un public bien précis, les idiots qui croient que nos institutions marchent comme elles le devraient : les Étasuniens. Jetez un coup d’œil sur ce qui est annoncé. Ce ne sont que relations publiques et propagande ; des boniments scolaires pondus pour apaiser les employés des magasins de proximité. Une « chose dangereuse », en effet. Milley a continué à se préoccuper de la toute nouvelle course aux armements, de la toute nouvelle guerre froide, en suggérant que l’armée soit développée et rééquipée pour ce conflit majeur. Nous repartons directement dans l'initiative « Star Wars » de Ronald Reagan. Pour ceux d'entre vous qui croient qu’il s’agit juste d’un jeu de durs, ce rapport de la DIA (Agence de renseignement de défense) nous montre que les patrons de l’industrie militaire et le président sont conscients de l’issue ultime. Une partie du rapport aborde la « préparation » de Vladimir Poutine en cas d'Armageddon, dans la mesure où il se préparerait précisément à cette éventualité au cas où. Fait notable, les profonds bunkers souterrains de l'industrie de la défense étasunienne, dits être la « protection contre l'Armageddon de Poutine », furent construits pendant l'ère soviétique.


    Enfin, si vous lisez le nouveau rôle du président des chefs d’état-major interarmées, le général Joseph Dunford, vous comprendrez que la prise en main de la politique étasunienne par l'État profond est totale. Pendant que ses collègues étaient occupés à lécher les bottes du public pour avoir d’autres armes, navires et missiles, ce grand général s’adonnait à des politicailleries en Asie, avec des bureaucrates de carrière, comme le Sud-coréen Moon, le Président chinois Xi Jinping et le général Fang Fenghui, chef d'état-major général de l’Armée de libération du peuple chinois. Ainsi, avec la Corée du Nord, la Russie et l'Iran dans le collimateur des nouvelles sanctions étasuniennes, l'administration Trump braque aussi de vraies armes. Des généraux jouant les diplomates et, à l'ONU, une ambassadrice idiote, Nikki Haley, jouant la meneuse de ban du tournoi guerrier décisif ? De nos jours, sur le cadran de l’indicateur de la réalité, l’aiguille pointe sur « Folie Dantesque ». La moitié du monde est sur le point de crever de faim, tandis que la plupart des autres ont l’impression d’être traits à sec par l'ordre infernal. Aussi, tout naturellement, il faut que la Troisième Guerre mondiale éclate. Tout ce qu’il me reste à offrir est ceci :

    J’ai vu que partout dans le monde les publications sont gravement restreintes par l'autocensure, la censure économique et politique, tandis que le complexe militaro-industriel se développe à vitesse grand V, et que la masse de données qu'il recueille sur tout est largement au-delà de ce que peut imaginer le public.
– Julian Assange


    Phil Butler, chercheur politique et analyste, politologue et expert ès Europe de l'Est, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.


NEO, Phil Butler, 15 septembre 201

Original : journal-neo.org/2017/09/15/the-day-of-the-generals-winning-armageddon/
Traduction Petrus Lombard




Dimanche 17 Septembre 2017


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