Néolibéralisme et conséquences

Le scénario chypriote pour la Roumanie ?


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Mardi 2 Avril 2013

Le scénario chypriote pour la Roumanie ?

Le vendredi 29 mars, des informations ont commencé de parvenir sur des signes de panique dans des banques roumaines : les gens retiraient leur argent des banques moyennes et petites au profit de grandes banques, des dépôts supérieurs à 100 000 euros étaient abaissés au-dessous de cette somme ou tout simplement fermés.

« C'est l'effet du boomerang chypriote », estime le chef du département économique de l'Institut d'énergie et des finances, Marcel Salikhov :

« La décision initiale de taxer à 6,75 % les dépôts bancaires en-dessous de 100 000 euros et à 9,9 % les dépôts supérieurs à 100 000 euros à Chypre devait provoquer la panique dans certains pays européens. En effet, cette décision a été remaniée et seules deux principales banques chypriotes ont été sanctionnées. Mais les Européens ont retenu le signal : les garanties d'inviolabilité des dépôts n'existent plus. La panique peut-elle gagner d'autres pays, outre la Roumanie ? Oui, c'est tout à fait possible. En Espagne, par exemple. Les comportements paniques ressemblent à une épidémie. Ils peuvent se manifester au Portugal, en Slovénie et à Malte. Bien que le plus souvent c'est l'Ukraine qui soit nommée, le pays qui n'entre pas dans l'Union européenne. Bruxelles a commis une erreur grossière ayant porté un coup à la confiance envers l'ensemble du système financier de l'Europe ».

Pourquoi les Roumains sont-ils devenus les premiers à réagir d'une façon si nerveuse ? Selon Sergue Outkine, chef de section de l'euro-intégration à l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales de l'Académie des sciences de Russie :

« C'est un maillon des plus faibles de l'Union européenne. La situation économique et politique y est marquée par de graves problèmes. Des gouvernements se succèdent. Le système de gestion est très faible. Le pays est en proie à la corruption résultant de l'impossibilité, pour des raisons économiques, de payer un salaire décent aux fonctionnaires publics. L'élite locale est irritée par l'incompréhension de l'UE. Les fonctionnaires européens, pour leur part, ne croient pas dans la capacité des autorités roumaines de réaliser des réformes indispensables. La situation est aggravée par la personne du président Basescu. Celui-ci suscite le mécontentement aussi bien en Roumanie, qu'ailleurs. Son départ et l'élection d'un nouveau chef de l'Etat pourraient symboliser un renouveau de la politique roumaine. Cela ne saura bien-sûr pas annuler l'action des lois macro-économiques. Mais cela pourra baisser la tension au sein de la société et poser des forndements des réformes qui se heurtent à tant d'obstacles ».

La Roumanie a trois mois pour remplir les conditions de bailleurs de fonds en échange de la troisième tranche de 20 milliards d'euros d'aide débloqués. Ces conditions sont la diminution de 25 % des salaires dans la fonction publique, celle de 15 % des retraites, l'augmentation de la TVA de 4 % à 24 % et des coupes sombres dans plusieurs programmes sociaux que les syndicats qualifient de « génocide social ». En 2013, le pays doit trouver 5,2 milliards d'euros pour rembourser la dette extérieure. Cela dans le contexte où le système bancaire subit des pertes records. Qui sait, peut-être les Roumains ont raison d'avoir peur de la répétition dans leur pays du scénario chypriote.

L'économiste en chef de la société d'investissement Troïka-dialogue Evguéni Garilenkov conseille :

« Retenons que les problèmes de Chypre tiennent au fait que les actifs du secteur bancaire sont sept fois environ supérieurs au PIB. En Roumanie, la situation est tout à fait différente. Le secteur financier y est sensiblement inférieur au PIB pour la seule raison qu'il n'existe que depuis 20 ans en tant que branche commerciale indépendante. Des problèmes de banques isolées peuvent avoir lieu. Mais je n'attends pas une importante crise systémique à l'instar de celle de Chypre. La question est ailleurs. Pourquoi a-t-il fallu provoquer la méfiance envers le système financier de Chypre ? Quelle était la raison d'annoncer initialement les mesures pour lesquelles l'Argentine avait été stigmatisée il y a une dizaine d'années. A l'époque les autorités argentines ont tenté de résoudre les problèmes du système bancaire national par des méthodes similaires. Une telle inconséquence de l'UE et du FMI est surprenante, pour ne pas dire plus ».

Les finances européennes sont des vases communicants. A Moscou, on discute de la situation d'Uniastrum bank, une filiale de Bank of Cyprus. Mais Uniastrum bank est financée indépendamment et elle n'a que 6 % de ses moyens sur les comptes de correspondant à Chypre. Mais quel est ce pourcentage chez la banque Marfin Romania dont le principal actionnaire est Laiki bank vouée à la liquidation ? Le président de la Banque natioanale de Roumanie a assuré que l'Etat garantissait les dépôts, dans Marfin Romania à problèmes compris. Il a cependant ajouté : il n'y a en Roumanie que 12 000 détenteurs des dépôts supérieurs à 100 000 euros. Comme quoi, si même il y a des victimes, elles ne seront pas nombreuses.

http://french.ruvr.ru



Mardi 2 Avril 2013


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