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Le « retour de l’antisémitisme » : discours rituel au dîner annuel du CRIF


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Vendredi 6 Mars 2009

Le « retour de l’antisémitisme » :  discours rituel au dîner annuel du CRIF

Lundi 2 mars avait lieu à Paris le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions

juives de France (CRIF). Constatant une forte hausse des actes antisémites recensés par le

ministère de l’Intérieur au début de l’année 2009, son Président, Richard Prasquier, y a

déclaré que « L'antisémitisme est de retour » et que « aujourd'hui beaucoup de juifs en

France ont peur », a relaté le lendemain matin l’ensemble de la presse écrite, des radios et des

télévisions. Une fois de plus, l’on joue ainsi à effrayer l’opinion publique en agitant le

fantasme d’un « retour » des horreurs du passé. Ces amalgames, qui durent depuis des années,

sont pourtant critiquables et l’on voudrait rapidement expliquer pourquoi.

Mais, avant tout, donnons nos sources. Il existe en France un organisme public qui

collecte, entre autres, les données statistiques et études diverses relatives à l’évolution du

racisme et de l’antisémitisme, c’est la Commission Nationale Consultative des Droits de

l’Homme (CNCDH). Cette commission, créée en 1984, a reçu par la loi du 13 juillet 1990 la

mission de présenter un rapport annuel faisant le point à la fois sur les actes et sur les opinions

racistes et antisémites. Et de fait, cet organisme publie de très volumineux rapports annuels

qui sont une mine de renseignements et que l’on trouve accessibles en ligne sur le site de la

commission (www.cncdh.fr) et sur celui de son éditeur La Documentation française

(www.ladocumentationfrancaise.fr). Le prochain rapport (sur l’année 2008) devrait paraître

dans quelques semaines au plus tard. C’est principalement de la lecture de ces rapports, et sur

quelques études scientifiques publiées ces dernières années que l’on tire le présent texte.

1) Le pic d’actes antisémites effectivement constaté en janvier 2009 s’explique par

une raison conjoncturelle bien précise : la guerre de Gaza

La forte augmentation du nombre d’actes antisémites recensés au mois de janvier 2009 est

un fait, mais qui ne traduit pas un quelconque « retour de l’antisémitisme ». Elle a une

explication conjoncturelle bien précise : la Guerre de Gaza. Et ceci n’est pas nouveau du tout,

le même phénomène ayant déjà été observé au cours la deuxième Intifada en 2000. Le rapport

de la CNCDH de l’année 2000 terminait le chapitre Antisémitisme sur ces mots : « Quant à la

violence qui a marqué le dernier trimestre, elle est à mettre essentiellement à l’actif de

2

milieux issus de l’immigration qui ont trouvé là un exutoire à leur mal-être et à leur sentiment

d’exclusion. Rapidement retombée pour devenir résiduelle dans les derniers jours de l’année,

cette flambée d’agressions concentrées contre les membres et les biens de la communauté

juive est de nature à se développer à nouveau au gré de l’évolution de la situation au Proche

Orient, conclut le ministère de l'Intérieur » 1. Et depuis cette date, la corrélation entre le

nombre d’actes antisémites enregistrés mensuellement et la situation au Proche-Orient n’a

cessé de se vérifier. Le mois de janvier 2009 le confirme simplement une fois de plus. Il n’y a

(hélas) rien de nouveau sous le soleil.

2) Il n’y a pas d’augmentation tendancielle de l’antisémitisme en France, c’est le

contraire qui est vrai et c’est ailleurs que se situe une évolution préoccupante

Il faut en finir avec ce fantasme d’un « retour de l’antisémitisme ». Il y a maintenant dix

ans que les politologues ont montré quatre choses :

- premièrement des opinions antisémites existent encore mais elles ne cessent de diminuer

très fortement depuis la Seconde Guerre mondiale : « En 1946, un peu plus du tiers de la

population adulte considérait qu’un Français d’origine juive était ‘aussi Français qu’un autre

Français’. À l’automne 2000 plus des deux tiers approuvaient l’opinion ‘les Juifs sont des

Français comme les autres’. Aujourd’hui ils sont près de 90 % », écrit Nonna Mayer 2.

- deuxièmement ces opinions sont très minoritaires et la France n’est absolument pas un

pays antisémite, l’on a même pu même parler un jour d’une opinion « philosémite » 3. A titre

d’exemple, et pour rester dans la triste actualité de l’affaire de l'évêque négationniste Richard

Williamson, le sentiment qu’on parlerait « trop » de l’extermination des Juifs par les nazis

(manière détournée de banaliser voire de nier Auschwitz) ne concerne que 17 % des

personnes sondées, 80 % estimant au contraire qu’on en parle « ce qu’il faut » voire « pas

assez » 4. Apportons même ici une précision importante. Il est incontestable que les opinions

antisémites sont plus élevées chez les Français « issus de l‘immigration », surtout ceux qui se

1 La lutte contre le racisme et la xénophobie. Rapport d’activité de la CNCDH, 2000, p. 8.

2 N. MAYER, « L’antisémitisme en France à l’aune des sondages », Hommes et Libertés, 2004, 127, p. 38-

40.

3 O. DUHAMEL, « Une opinion philosémite », dans Sofres, L’état de l’opinion 1999, Paris, Seuil, 1999, p.

177-186.

4 N. MAYER, « Antisémitisme et judéophobie en France en 2002 », in La lutte contre le racisme et la

xénophobie. Rapport de la CNCDH, 2002, p. 98.

3

déclarent musulmans pratiquants 5. Mais il n’en reste pas moins que, chez les personnes

« issues de l’immigration » également, l’opinion antisémite demeure minoritaire et décroît

fortement avec les générations (les plus antisémites sont les plus récemment arrivés en

France) 6.

- troisièmement, l’hypothèse d’une « nouvelle judéophobie » qui permettrait un retour de

l’antisémitisme sous couvert de critique de la politique israélienne, et qui traduirait un

déplacement de l’antisémitisme de l’extrême droite vers l’extrême gauche, est invalidée par

les travaux scientifiques 7. Ces travaux montrent en effet que, dans les opinions d’extrême

droite, on observe bien une conjonction ou un amalgame entre antisémitisme et antiisraélisme,

mais que c’est le contraire dans les opinions de gauche et d’extrême gauche : les

plus hostiles à la politique de l’Etat d’Israël sont souvent en même temps les moins

antisémites 8. L’antisémitisme demeure bien une opinion corrélée avec l’âge (les plus âgés

sont les plus antisémites), avec le niveau de diplôme (les moins diplômés sont les plus

antisémites) et avec les préférences politiques (les plus à droite sont les plus antisémites).

- quatrièmement, s’il fallait chercher absolument une évolution récente un peu inquiétante

de l’opinion française en matière de racisme, c’est un fait qu’on l’a trouverait plutôt du côté

du racisme anti-Maghrébin ou plus exactement anti-Musulman. En effet, si la France n’est pas

davantage un pays globalement raciste à l’encontre des Musulmans, la communauté faisant le

plus l’objet de craintes et de rejet est bien en réalité la communauté musulmane. Et cette

tendance ne s’améliore pas, au contraire. Comme le relatent les deux derniers rapports (2006

et 2007) publiés par la CNCDH : « Si l’on constate globalement une plus grande acceptation

des minorités, ces propos doivent cependant être nuancés quand il s’agit de l’Islam et les

musulmans. Depuis quelques années on note une certaine méfiance, voire un rejet, des

populations musulmanes. […] De toutes les religions, c’est celle qui suscite le plus d’images

négatives, avec un niveau d’opinions positives inférieur de 11 points à celui de la religion

5 Pour l’analyse statistique des opinions, on se reportera à S. BROUARD, V. TIBERJ, Français comme les

autres ? Les citoyens d’origine maghrébine, africaine et turque, Paris, Presses de Science-Po, 2005, p. 99-

108. Et pour des analyses qualitatives : M. WIEVIORKA, La tentation antisémite. Haine des juifs dans la

France d’aujourd’hui, Paris, Lafont, 2005 ; D. LAPEYRONNIE D, Ghetto urbain. Ségrégation, violence,

pauvreté en France aujourd’hui, Paris, Robert Laffont, 2008, p. 380-397 et E. MARLIERE, La France nous

a lâchés ! Le sentiment d’injustice chez les jeunes de cités, Paris, Fayard, 2008, p. 124-135..

6 S. BROUARD, V. TIBERJ, Français comme les autres ?, Op.cit..

7 C’est l’hypothèse soutenue par P.-A. TAGUIEFF (La nouvelle judéophobie, Paris, Mille et une nuits, 2002,

ainsi que Les prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004)

et reprise par la plupart des discours sur le « retour de l’antisémitisme ».

8 N. MAYER, « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004, 16, p. 91-103 ;

ainsi que N. MAYER, « Transformations in French anti-Semitism », International Journal of Conflict and

Violence, 2007, 1, p. 51-60.

4

juive et de 22 points à celui de la religion catholique. De plus, 48 % des sondés considèrent

que les musulmans forment un groupe à part dans la société. […] On note par ailleurs, que si

84 % des personnes interrogées considèrent que les Français juifs sont des Français comme

les autres, la proportion de personnes qui considèrent que les Français musulmans sont des

Français comme les autres n’est que de 69 % » 9. Rappelons enfin que, si la proportion de

personnes se disant d’accord avec la proposition « Il y a trop d’immigrés en France » baisse

elle aussi en tendance historique, cette baisse est beaucoup moins rapide et cette proportion

est encore majoritaire : elle était de 57 % en 2007 10. Et derrière cette notion d’« immigrés »

se cachent bien évidemment d’abord les populations d’origine maghrébine et/ou de confession

musulmane.

Comprenons-nous bien : il ne s’agit nullement de rentrer dans le mauvais jeu de la

hiérarchisation des racismes, toute forme de racisme étant également odieuse. Mais, encore

une fois, il nous a paru intéressant de noter que, si l’on voulait absolument chercher une

évolution globale un peu inquiétante des opinions générales en France, c’est du côté de

l’islamophobie qu’on la trouverait.

3) L’antisémitisme est déjà puni de la manière la plus sévère qui se puisse concevoir

La stratégie du CRIF consiste manifestement à entretenir le plus possible une pression sur

le gouvernement français, et cette stratégie fonctionne. C’est ainsi que le Premier ministre

François Fillon vient à nouveau de déclarer lors de ce dîner du 2 mars que « une des

premières manières de mener cette lutte, c’est de durcir la répression des actes racistes et

antisémites ». De tels propos font en réalité partie du rituel, mais ils sont également

critiquables en ce qu’ils peuvent laisser penser que la répression des actes racistes et

antisémites ne serait pas déjà « dure », voire que l’on n’aurait pas fait grand chose à ce sujet

ces dernières années. Or c’est le contraire qui est vrai. Au cours des dernières années, la

France s’est dotée d’un arsenal juridique sans précédent pour sanctionner les actes ou les

simples propos racistes ou antisémites. La loi du 3 février 2003 a créé de nouvelles

circonstances aggravantes pour les actes ou les propos à caractère raciste, xénophobe et

antisémite, elle a aggravé les peines de prison et les amendes encourues et elle a aggravé aussi

les qualifications juridiques de ces actes en requalifiant en crimes ce qui n’était auparavant

que délits (notamment les dégradations de biens privés par des moyens dangereux comme

9 La lutte contre le racisme et la xénophobie. Rapport d’activité de la CNCDH, 2006, p. 84 et 2007, p. 76.

10 V. TIBERJ, La crispation hexagonale, Paris, Plon et Fondation Jean Jaurès, 2008, p. 51.

5

l’incendie d’un lieu de culte qui devient un crime passible de 20 ans de réclusion). Ensuite, la

loi du 9 mars 2004 a encore renforcé cet arsenal en étendant la liste des infractions

susceptibles d’être aggravées par le mobile raciste et en allongeant les délais de prescription

pour certaines infractions prévues par la loi sur la presse. Sait-on que l’insulte « sale Juif » est

aujourd’hui passible de 6 mois de prison et de 22 500 euros d’amende ? Que veut-on de plus ?

Et ces textes ne sont pas restés lettre morte. En 2005 a aussi été créé la Haute Autorité de

Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) qui développe de nombreuses

actions contre les différentes formes de racisme et de discriminations. Le 14 décembre 2007,

le ministère de la Justice a signé une convention avec la LICRA et avec SOS Racisme pour

mobiliser officiellement les associations dans la lutte contre le racisme, augmenter les plaintes

en justice et sensibiliser encore davantage les professionnels (policiers et magistrats). Enfin,

de nombreuses circulaires sont venues ces dernières années rappeler et inciter les parquets à

poursuivre toujours plus et toujours plus sévèrement ces actes ou ces propos. Et de fait, le

nombre de condamnations augmente régulièrement : il a plus que doublé depuis le début des

années 2000.

Voilà une évolution dont on ne peut que se féliciter et encourager la poursuite, plutôt que

de faire comme si elle n’existait pas déjà.

4) Ces discours rituels masquent une incapacité des institutions juives de France à

prendre leurs distances vis-à-vis de l’Etat israélien, ce qui est le pendant et

l’amplificateur de l’incapacité de nombreux Français maghrébins à distinguer la

politique israélienne de la communauté juive en général.

Il est clair que les auteurs d’actes ou de propos antisémites ont tendance à amalgamer en

permanence la politique de l’Etat d’Israël vis-à-vis des Palestiniens avec les opinions de

l’ensemble de la communauté juive, et ainsi à « faire payer » à leurs compatriotes Français de

confession juive le prix de la politique israélienne. Mais il est tout aussi clair que la plupart

des institutions juives ne font rien pour les en dissuader. Rappelons par exemple que, dans

l’interview qu’il donnait au journal Le Monde le 1er février 2009, au début de la guerre de

Gaza, le nouveau Grand rabbin de France Gilles Bernheim appelait encore à la solidarité

totale avec le peuple et avec le gouvernement israéliens. Dès lors, comment prétendre être

légitime à dénoncer les amalgames des autres lorsque l’on fait la même chose de son côté ?

Ne fait-on pas au contraire que les renforcer ? Et ceci ne risque t-il pas encore de s’aggraver à

présent que l’Etat d’Israël est dirigé par une coalition de droite et d’extrême droite dont

6

certaines composantes affichent clairement leurs opinions belliqueuses et souhaitent reprendre

la politique de colonisation de la Cisjordanie ? Jusqu’où les institutions juives de France

demanderont-elles à leurs membres d’être solidaires d’une telle politique ?

Pour finir, il nous semble que la seule attitude courageuse et responsable, visant à faire

baisser l’intolérance et le racisme entre les communautés juive et musulmane de France, doit

consister à renvoyer dos-à-dos ces identifications mythiques et émotionnelles, et à inviter les

divers représentants de ces communautés nationales à travailler ensemble d’une part pour

lutter contre les préjugés et les amalgames de tous types et d’autre part, si elles le peuvent,

pour aider la cause de la paix entre Israéliens et Palestiniens, dans le cadre des résolutions de

l’ONU consacrant le droit de ces deux peuples à avoir chacun leur terre et leur Etat souverain.

Laurent Mucchielli, sociologue, le 5 mars 2009



Vendredi 6 Mars 2009


Commentaires

1.Posté par IseeU le 06/03/2009 17:28 | Alerter
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Savent-ils au moins le mot sémite en langue des oiseaux? Je ne pense pas car ils trembleront de peur. Se servir de la vie pour renier la vie est une injustice éternelle.Tu n'avanceras pas avec un seul pied ....

2.Posté par fendettas le 08/03/2009 02:21 | Alerter
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Nourrir cette antisémitisme pour des intérêts...

3.Posté par DURANDUPONT le 12/03/2009 21:07 | Alerter
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C'EST LE SIONISME QUI FABRIQUE L'UNIQUE FORME D'ANTISEMITISME EXPLICABLE PAR L'IGNORANCE ET LA CONFUSION QU'IL ENTRETIENT SOIGNEUSEMENT A PROPOS DE LA DIFFERENCE ENTRE JUDAISME ET SIONISME..TOUTE AUTRE FORME D'ANTI JUDAISME EST TELLEMENT IMPROBABLE QUE SEULS LES SIONISTES S'ACHARNENT A LUI DONNER UNE PRETENDUE EXISTENCE..

4.Posté par dimaouakaf le 12/03/2009 22:03 | Alerter
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La france officielle vient d'intégrer l'otan, "pour réunir nos forces dixit sarki" mais contre qui? Exit les nobles idéaux de la france et le non alignement,..mais ce qui est dégeulasse c'est les socialaux putchistes et usurpateurs. Mais où est la différence entre les négationnistes et les droites gauches tirs aux buts?

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