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Le principe du cassis de Dijon met en péril la souveraineté alimentaire de la Suisse


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Reinhard Koradi
Mardi 9 Juin 2009

Le principe du cassis de Dijon met en péril la souveraineté alimentaire de la Suisse
Selon la volonté du Conseil fédéral et du Parlement, l’agriculture indigène devrait être exposée à une concurrence encore plus forte. Certes le Conseil des Etats devra, lors de la session d’été (25 mai – 12 juin), revenir sur la question car lors de la session d’avril, le débat au Conseil national a laissé apparaître quelques divergences par rapport aux décisions du Conseil des Etats. Mais comme il ne s’agit pas de divergences fondamentales, on peut s’attendre à ce que la Révision partielle de la Loi fédérale sur les obstacles techniques au commerce soit adoptée par les parlemen­taires. Ce sont les citoyens qui auront le dernier mot. Ils devront se poser la question de savoir s’ils vont demander par référendum une votation populaire sur cette révision décisive pour la population suisse.

par Reinhard Koradi


La loi sur les obstacles techniques au commerce

Les obstacles techniques au commerce sont utiles pour protéger le peuple, l’Etat et l’environnement. Par conséquent, savoir s’il convient d’introduire ou de supprimer des mécanismes protecteurs est toujours une question politique. Ces obstacles touchent certes à des intérêts commerciaux – avant tout à ceux du commerce d’import-export, mais il ne faut en aucun cas les réduire à cet aspect économique. Ils cachent des questions politiques fondamentales en matière d’Etat, de sécurité, d’emploi et de santé publique. Et précisément dans le domaine sensible de l’alimentation – c’est de cela qu’il s’agit dans la révision de la loi – le débat doit être de nature politique et non commerciale. Aussi est-il tout à fait inacceptable de prétendre que le projet de révision est nécessaire dans la lutte contre l’«îlot de cherté suisse». Avec cette déclaration de guerre, on sacrifie aux intérêts commerciaux d’une minorité la protection de la population, des animaux et de l’environnement, le maintien des emplois et le droit des peuples à déterminer eux-mêmes la production, la transformation et la distribution des produits alimentaires, droit si nécessaire à notre époque.
Dans la propagande en faveur de l’adoption unilatérale par la Suisse du principe européen du cassis de Dijon, le Conseil fédéral promet aux consommateurs une réduction des prix des denrées alimentaires de l’ordre de 2 milliards de francs. Si elle avait vraiment lieu – ce qui, quand on connaît les mesures de libéralisation prises jusqu’ici – ne s’est jamais produit, cela réduirait le budget annuel des ménages suisses de quelque 200 francs par habitant dans la mesure où ils n’achèteraient plus que les produits meilleur marché provenant des pays membres de l’UE et ceux des producteurs suisses qui auraient adapté leurs critères de production et de qualité à ceux de l’UE.


Victime de la libéralisation, l’Argentine importe des produits alimentaires
L’Argentine – qui autrefois nourrissait le monde entier et était célèbre pour la qualité de sa viande de bœuf – ne peut plus nourrir sa population avec sa propre production. L’agriculture, autrefois garante du succès de son économie, fait face à une grave crise due à une mauvaise politique agricole. Une longue période de sécheresse, une baisse des prix et de la production due au pillage des ressources naturelles et aux méthodes industrielles de culture et d’élevage, ont détruit les fondements de l’approvisionnement et contraint le gouvernement argentin à frapper les exportations alimentaires de lourds droits de douane. L’approvisionnement insuffisant dû aux mauvaises récoltes et au nombre élevé de bovins morts doit être compensé par des importations.

Tenir compte des recommandations du Rapport sur l’agriculture mondiale

Le Rapport sur l’agriculture mondiale, publié en avril 2008 et signé également par la Suisse, est sans ambiguïté sur les orientations futures de la politique agricole des pays. Il affirme tout d’abord que le libre échange agricole n’a pas apporté de solution au problème de l’alimentation et qu’il entraîne surtout les pays les plus pauvres dans la faim et la pauvreté. L’industrialisation de l’agriculture liée à la libéralisation des marchés a conduit à un épuisement des ressources et a privé les petits agriculteurs de leurs moyens d’existence.
En Afrique également, les Etats industrialisés et les multinationales agroalimentaires ont acheté de vastes terres afin de parer aux risques de difficultés d’approvisionnement dans leurs pays ou pour permettre aux multinationales d’optimiser leurs profits en misant sur la faim. Certes, les conséquences du sacrifice de l’agriculture dans les pays industrialisés peuvent encore être compensées par le pouvoir d’achat, mais uniquement aux dépens de ceux qui vivent dans les régions du monde les plus pauvres. Cependant qui sait si la crise financière et économique ne va pas nous rattraper et nous confronter bientôt à la faim et à la pauvreté?
En raison des résultats extrêmement négatifs de la politique agricole menée jusqu’ici, le Rapport sur l’agriculture mondiale demande un changement de cap radical, c’est-à-dire la multifonctionnalité (agriculture respectueuse de l’environnement remplissant également une fonction culturelle) fondée sur des petites et moyennes exploitations familiales (petites dans les régions les moins développées).
Dans l’intérêt de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, il faut remplacer l’agriculture globale libérale par une production et un approvisionnement alimentaires à caractère régional et local (autosuffisance). Au lieu d’une plus grande ouverture aux marchés, on devrait proposer au peuple suisse une politique agricole d’avenir qui tienne compte des conclusions du Rapport sur l’agriculture mondiale et donne un contenu aux notions de sécurité et de souveraineté alimentaires. Cela signifie que la Suisse utiliserait les ressources naturelles du pays avant tout pour nourrir sa population et renoncerait à faire main basse sur les produits étrangers bon marché (et à détruire les structures de production naturelles). Le développement de l’autosuffisance traduit en même temps notre solidarité envers ceux qui souffrent de la faim. Cependant, nous ne pourrons assurer l’autosuffisance que si dans notre pays les paysans, les transformateurs de produits et les entreprises situées en amont ont de réelles perspectives qui reposent fondamentalement sur un réseau de production et de distribution constitué de petites structures. C’est pourquoi, en Suisse, la protection et l’entretien de ces structures naturelles de production, de distribution et de logis­tique constituent la première des priorités. En politique agricole, il ne peut jamais s’agir de «produire au meilleur marché».
Il s’agit plutôt de protéger les structures de production et de préserver, voire de développer les normes de qualité et de sécurité.
En adoptant de manière unilatérale le principe du cassis de Dijon, la Suisse s’engage non seulement dans une voie de négociation fâcheuse avec l’UE. Elle court également le risque sérieux de perdre sa souveraineté alimentaire. Ce n’est vraiment pas une option d’avenir pour notre pays.

Pourquoi pas plus de travail manuel en agriculture?

Ceux qui ont déjà travaillé dans une exploitation agricole connaissent le dur labeur de nos paysans et paysannes. Tous les moyens techniques contribuent à alléger ce travail et doivent être utilisés. Cela vaut également pour les entreprises en amont et en aval. Mais pourquoi l’homme ne pourrait-il pas remplacer les machines quand cela permet de respecter l’environnement, d’améliorer le bien-être des animaux et de réduire le déséquilibre entre le volume de la production et la demande? Dans la production alimentaire, il y a toujours du travail. Elle représente un secteur économique où les emplois – la plupart du temps répartis entre des petites et moyennes entreprises – sont à l’abri des crises. Mais cela uniquement aussi longtemps qu’elles ne sont pas exposées à une concurrence destructrice et au processus de rationalisation qui en résulte. Du point de vue de l’économie et de la politique de l’emploi, il vaudrait la peine de se demander si les chômeurs, dont le nombre augmente, ne pourraient pas être employés judicieusement dans la production et la logistique de l’approvisionnement alimentaire. Ce serait un moyen de créer des emplois utiles et proches de la nature, mais il faut pour cela que les structures soient encore opérationnelles et que nous attribuions moins d’importance aux prix les plus bas qu’à notre qualité de vie (au sens général du terme) et avant tout à celle des habitants des pays moins développés.


Mardi 9 Juin 2009


Commentaires

1.Posté par Thierry le 30/09/2009 15:19 | Alerter
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Peuh! Ca fait des années que les paysans suisses ne produisent que de la merde....chère de surcroit!

De plus, les terres suisses sont archi-polluées. Si on ne les gave pas d'engrais, rien y pousse.

Pour donner un ordre de grandeur, il faut 6 à 8 fois plus d'engrais en Suisse qu'en Roumanie ou en Pologne, par exemple.

En ce qui me concerne, je préfère largement acheter de bons produits européens bon marché plutôt que de mauvais produits suisses chers!

La question est donc règlée.

De plus, comme de l'environnement, je m'en fiche comme d'une guigne. On est surpeuplés, plus on polluera, plus on diminuera vite la population mondiale et plus l'humanité aura de chances de survivre...et tant pis si je ne suis pas parmi ceux-là...

2.Posté par Thierry le 30/09/2009 15:21 | Alerter
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Petite précision que j'oubliais :

Ne pas oublier non plus que la Suisse est une tique suceuse de sang vivant sur la peau du dos du reste du monde.

Napoléon a crée la Suisse en 1850, par un traité confédéral provisoire qui a fort bien fait son travail. Maintenant, il est temps de dissoudre cette gabegie minuscule qui apporte tout un tas de maladies à toute la planète.

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