EUROPE

Le massacre en Libye déclenche un tollé sur la forteresse Ue


L’UE, préservation d’un angélisme humaniste de façade et poussière hypocritement balayée sous le tapis…


Alison Tamizian Meuse
Mardi 9 Juillet 2019

Les appels se multiplient en faveur de la fin de la politique de rétention des migrants en Libye soutenue par l’UE, après que 53 personnes aient été tuées et plus de 130 blessées lors d’une frappe aérienne contre leur centre de détention.

C’était la deuxième fois que les installations de Tajoura, à l’est de la capitale Tripoli, étaient touchées par une frappe aérienne, selon Médecins sans frontières (MSF). Au lendemain de la frappe de mercredi, quelque 250 migrants, dont beaucoup de femmes et d’enfants, étaient encore dans le centre de détention, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Alors que la frappe elle-même a été imputée aux forces loyales au seigneur de la guerre Khalifa Haftar – soutenu par la France, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte dans sa tentative de prendre Tripoli – le fait que tant de personnes aient été des victimes collatérales, en pleine guerre civile, a été directement imputé à l’Union Européenne.

L’UE, à savoir l’Italie et la France, finance les garde-côtes libyens, qui sont chargés de refouler les réfugiés et les migrants tentés de traverser la Méditerranée pour se rendre en Europe. En mars, Human Rights Watch a demandé à la France de suspendre la livraison de six navires aux gardes-côtes et de permettre des opérations de sauvetage et leur débarquement dans des ports sûrs.

« Au cours du conflit, qui fait rage depuis trois mois dans la ville de Tripoli, nous avons vu des milliers de personnes interceptées en mer et renvoyées dans des centres de détention alors même que des conflits font rage dans la ville », a déclaré Sam Turner, responsable des opérations de MSF en Libye, à PRI.

Turner a dit que lorsqu’il a visité le centre de détention de Tajoura après l’attaque aérienne précédente en mai, il avait vu un éclat d’obus qui a traversé le toit de la section des femmes et s’était posé à un mètre de l’endroit où un bébé avait dormi.
Il accuse les politiciens de l’UE de « complicité ».

« Ils pensent que cela a pour effet de dissuader d’autres réfugiés et migrants de tenter la traversée, » a-t-il dit.

Ce raisonnement est similaire à celui du président américain Donald Trump, qui a tweeté la semaine dernière, au milieu des protestations au sujet des séparations familiales et du surpeuplement, du harcèlement et des pratiques insalubres dans les centres de détention des USA, que si les migrants ne souhaitent pas connaître de semblables conditions, ils ne doivent pas essayer d’entrer aux États-Unis.

« Tous les problèmes seront résolus ! » a dit le leader américain.



L’UE campe sur ses positions

Après le massacre des migrants, l’Organisation internationale pour les migrations et le Conseil des droits de l’homme des Nations unies ont appelé à « mettre fin immédiatement à la rétention des migrants et des réfugiés » en Libye.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, s’est fait l’écho de cet appel.

« J’ai demandé à plusieurs reprises la fermeture de tous les centres de détention de migrants en Libye, où le personnel de l’ONU chargé des droits de l’homme a documenté de graves cas de surpopulation, de torture, de mauvais traitements, de travail forcé, de viol et de malnutrition aiguë, parmi d’autres violations graves des droits humains.

« Je réitère également mon appel en faveur de la libération d’urgence des migrants et des réfugiés détenus et de leur accès à une protection humanitaire, à des abris collectifs ou à d’autres lieux sûrs, loin des zones qui risquent d’être touchées par les hostilités », a-t-elle dit.

Le chef de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a déclaré qu’il y avait trois leçons clés à tirer de la mort de ces migrants.

« Ils ne doivent PAS être détenus ; les civils ne doivent PAS être une cible ; la Libye n’est PAS un lieu sûr où les renvoyer », a-t-il tweeté.

L’Union européenne a dénoncé l’attaque contre le centre de Tajoura, mais a semblé rejeter les appels visant à mettre fin au renvoi des migrants en Libye.

Bruxelles a souligné que plus de 45 000 migrants ont été autorisés à retourner dans leur pays d’origine tandis que d’autres ont été évacués d’urgence vers un centre au Niger, dans la perspective d’une future réinstallation.
L’UE alimente la guerre

Koert Debeuf, qui suit les politiques européennes envers la Libye dans le journal en ligne EU Observer, affirme que le bloc est à blâmer non seulement pour avoir renvoyé des migrants vers la mort, mais aussi pour avoir alimenté la guerre.

Alors que Bruxelles, comme la plupart de la communauté internationale, souligne son soutien au gouvernement soutenu par l’ONU à Tripoli, dans la pratique, les capitales européennes sont divisées.

« Ils disent toujours qu’ils soutiennent l’ONU. Mais en même temps, l’Italie et la France se battent pour le pouvoir – pas seulement le pouvoir, mais le pétrole et le gaz. La France soutient militairement et politiquement Haftar, tandis que l’Italie soutient [le Premier ministre de Tripoli] Sarraj. C’est un vrai cirque », a dit Debeuf.

Haftar et son armée nationale libyenne – un regroupement de milices – ont lancé en avril une tentative de prise de Tripoli, où le Premier Ministre Fayez al-Sarraj dirige le Gouvernement intérimaire d’Accord national. Des milliers de personnes ont été déplacées et des centaines d’autres tuées, avec l’attaque contre le centre d’accueil des migrants de Tajoura comme principal responsable de la majorité des pertes de vies civiles.

« Le gros problème d’arrêter ces gens et de les renvoyer en Libye, c’est que ce n’est pas un endroit sûr. Il y a une guerre en cours, le chaos, l’anarchie et un énorme problème de traite d’humains. Ce que fait l’UE, c’est renvoyer les gens en enfer », a-t-il déclaré.

Debeuf affirme que l’Europe doit mettre fin à sa lutte pour le pouvoir en Libye et élaborer une politique migratoire durable.

« Je comprends qu’après 2015 et l’arrivée d’un million et demi de personnes en Europe (…), cela ait compliqué la politique. Mais pour l’instant, ils ne font que créer un grand mur au lieu d’avoir une politique migratoire – il n’y a pas de politique », a-t-il déclaré à Asia Times.

Pas plus tard que la semaine dernière, le chaos a atteint les côtes européennes lorsqu’un capitaine de navire militant allemand a défié un blocus naval italien et est entré dans le port de Lampedusa avec 42 migrants à bord. Elle les avait secourus au large des côtes libyennes, après quoi ils étaient restés bloqués en mer sans port d’entrée.

« Depuis deux semaines, nous informions les autorités que la situation des personnes à bord devenait de plus en plus critique et que les conditions médicales des migrants s’aggravaient, jour après jour », a déclaré le capitaine, Carola Rackete, au journal The Guardian. « Mais c’était comme parler à un mur. »

Le vice-premier ministre italien de droite populiste, Matteo Salvini, qui a juré d’empêcher les navires de sauvetage militants de s’amarrer en Italie – un pays qui commence à peine à émerger de sa troisième récession en dix ans – a été mis en colère par cette action.

Si ces migrants avaient été interceptés par les garde-côtes libyens, l’UE n’aurait pas eu à faire face à la polémique de leurs demandes d’asile – et c’est précisément la raison pour elle finance ces gardes-côtes.


Paru sur Asia Times sous le titre Libya massacre sparks outcry over Fortress Europe

Traduction Entelekheia
Photo Enrique Meseguer/Pixabay


Lundi 8 Juillet 2019


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