RELIGIONS ET CROYANCES

Le jeûne en Islam : une éducation, un moyen d'action


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Jamel El Hamri
Jeudi 2 Août 2012

Le jeûne en Islam : une éducation, un moyen d'action
" En vérité, Dieu ne change pas l'état d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même" (1)

Dieu nous révèle dans ce verset coranique que c'est à partir de l'âme humaine que se déclenche tout processus de changement. Le jeûne en islam est une des purifications de l'âme pour tous les croyants. Cette pratique peut contribuer, avec d'autres, au changement psychologique à même de déclencher ladite promesse Divine afin que la oumma musulmane joue pleinement son rôle de nation-témoin de l'humanité.

En islam, le mot siyam, l'équivalent de jeûne en langue arabe, désigne le fait de s'abstenir de tout ce qui rompt le jeûne du lever de l'aube jusqu'au coucher du soleil, en en ayant préalablement formulé l'intention. Nous verrons que ses finalités dépassent de loin sa primaire définition.

En effet, selon le Professeur Tahar Mahdi (2)," le musulman essaye d'être l'homme de la contemplation et de l'action en même temps", de plus, en parlant du jeûne, "cette pratique cultuelle n'est pas une fin en soi, mais le modelage de l'homme à travers le temps et l'espace pour remplir sa mission de calife agissant".

Il incombe donc aux musulmans de reconsidérer le jeûne comme à la fois un moyen de s'éduquer et un moyen d'agir.


Le jeûne comme moyen d'éduquer l'homme.


Comme nous l'enseigne le Professeur Tariq Ramadan (3), à travers le siyam, "Aujourd'hui comme hier , sans boire , ni manger , loin des habitudes de la vie quotidienne et de ses plaisirs , les musulmans cherchent à se rapprocher de Dieu ". Autrement dit, le jeûne éduque l'homme dans son cheminement vers son Seigneur. Le croyant doit faire don de soi pour s'élever spirituellement en donnant de son temps, de sa personne et de son argent pour satisfaire son Créateur.

Ce dépassement de soi est d'ailleurs largement récompensé puisque Dieu expie les fautes des croyants, exauce leurs invocations et augmente leurs ressources.

Ces sacrifices lui permettent de méditer sur les rapports qu'il entretient avec son égo, ses passions, les mondes des choses, des personnes et des idées. Dans un cercle vertueux, l'homme agit sur sa personne et se forge une volonté. Il sacralise moins ce qu'il possède comme argent ou biens et développe sa générosité envers les hommes.

De plus, le siyam incite l'homme à vivre pleinement sa liberté car sa soumission au Divin le libère des humains, des choses, de son égo et de ses passions.

Cette expérience de privation a des conséquences bien évidemment sociales puisque, en citant à nouveau le Professeur Ramadan (4), "Durant ce mois, plus que durant tout autre, les musulmans doivent s'unir pour défendre la justice sociale[...] pour tous les musulmans , c'est le rappel qu'il existe des droits élémentaires et qu'il convient de se mobiliser ensemble contre les fléaux de la misère et de la sous-alimentation. Cette dimension de solidarité participe du même acte de culte, de la même sacralité, elle en épouse tous les contours et inscrit en l'homme, au moment même de sa reconnaissance du Créateur, la réalité de son destin avec les hommes."

De nos jours, nous assistons à une surconsommation de nourriture avant et après le siyam. Des tables plus garnies qu'à l'accoutumée, des menus plus étoffés que d'habitude et surtout des yeux écarquillés devant le festin. Les musulmans s'incitent mutuellement à se surpasser dans une ambiance où le culturel a pris le pas sur le cultuel.

Il est surprenant de constater, à une époque où l'on glorifie le paraître, que bon nombre de musulmans prennent du poids en période de Ramadan par exemple. Le siyam ne devrait il pas être le régime approprié pour affiner sa silhouette ou liquider ses kilos superflus ?


Le jeûne comme moyen d'action


Il s'agit ici de proposer de nouvelles pistes à explorer et à creuser afin que le jeûne devienne un moyen efficace d'action pour les humains au nom du Divin.

Si l'une des idées du boycott est de s'abstenir de consommer une chose que l'on juge contraire à nos principes, alors les musulmans devraient être en mesure de s'abstenir de consommer, comme ils le font d'ailleurs durant le siyam, des produits venant de pays coloniaux comme Israël ou de firmes multinationales comme Coca Cola et Mac Donald par exemple.

Or, nous voyons beaucoup de musulmans pratiquer à la lettre le siyam et ne plus se sentir concernés par l'idée du boycott. Pour eux, le jeûne ne s'exprimerait que dans une relation verticale à Dieu dans une période limitée (le mois de Ramadan) et n'aurait que peu d'implications sociales envers les hommes le reste de l'année.

Pourtant le jeûne participe d'une conscientisation du musulman à être solidaire de causes justes et boycotter des firmes comme Coca Cola, Mac Donald ou Nike, pour ce qu'elles sont et font, doit être encouragé par les savants musulmans.

De nombreux militants font aussi entendre leur voix en faisant des grèves de la faim. Pourquoi les musulmans n'envisagent ils pas de faire des journées de jeûne en faveur de cause politique noble et juste comme la libération de la Palestine occupée, la Tchétchénie ou encore la Birmanie ?

Ce serait une manière de dire aux peuples musulmans opprimés que même si nous n'avons pas la force politique aujourd'hui pour vous aider comme nous le voudrions, nous sommes dès maintenant avec vous de là où nous sommes et avec ce que nous avons. Dignement.

La cause politique peut être locale également comme lors d'un plan social injuste. Les travailleurs musulmans manifesteraient, en jeunant, leur désaccord tout en continuant à travailler. Un rapport de force original et novateur se créerait lors des négociations avec les actionnaires.

Le siyam peut aider chaque peuple à s'émanciper du consumérisme à outrance et à surmonter toute période de crise en diminuant le budget de nourriture des ménages. La maîtrise du désir de consommer gagnerait son combat pluriséculaire contre la tyrannie du désir...

Le siyam peut ainsi potentiellement rendre l'homme plus fort individuellement, le peuple plus résistant contre toute tentative de domination des élites et ces dernières contre toute forme de cupidité et despotisme.




Jamel El Hamri
Master Civilisation Musulmane
Université Ouverte de Catalogne




(1) Coran S 13 V 11

(2) http://taharmahdi.free.fr/articles.php?lng=fr&pg=83

(3) Tarik Ramadan lien Autres Temps. Cahiers d'éthique sociale et politique lien Année 1999 lien Volume 62 lien Numéro 62 lien pp. 19-20

(4) Tarik Ramadan lien Autres Temps. Cahiers d'éthique sociale et politique lien Année 1999 lien Volume 62 lien Numéro 62 lien pp. 19-20

Réf : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/chris_0753-2776_1999_num_62_1_2117


Jeudi 2 Août 2012


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