International

Le dialogue Russie – Europe a besoin de nouvelles règles


Le 1er février, la Russie devient officiellement membre du GRECO, le Groupe d'Etats contre la corruption du Conseil de l'Europe.


Andreï Vavra
Mercredi 31 Janvier 2007

Andreï Vavra, RIA Novosti







Fondé sur décision du Conseil de l'Europe, le GRECO ne se fixe pas pour tâche d'aller "combattre sur le terrain". Mais il aide ses membres à évaluer la mise en œuvre des engagements pris par les Etats en matière de lutte contre la corruption. Il cherche à renforcer l'efficacité de cette activité par le biais d'un processus d'évaluation réciproque. Ce mécanisme doit contribuer à identifier les lacunes dans les dispositifs nationaux contre la corruption. Et, par conséquent, de stimuler la mise en œuvre des réformes législatives, institutionnelles et pratiques qui s’avèrent nécessaires.



Le thème de la corruption est incontestablement épineux pour la Russie où ce phénomène prospère. Cette situation gâte indéniablement l'image du pays, assombrit la question des relations avec la Russie. Mais, surtout, elle freine sérieusement le développement de l'économie nationale. Et il sera très utile d'écouter les conseils sur les ratées des dispositifs contre la corruption.



Il est facile de prévoir l'avalanche d'exigences et de reproches qui va s'abattre sur la Russie, sur "la nouvelle". Le thème de la corruption est en effet un bon prétexte pour revenir encore une fois sur les lacunes de la Russie, ses malheurs et ses problèmes. Et le GRECO a tout pour être le lieu où la Russie sera la cible de critiques assidues. Ce qui a de quoi sérieusement inquiéter étant donné la campagne lancée par les médias étrangers sur la nouvelle menace mondiale que représenterait la Russie, ses péchés réels ou imaginaires parfois. Les coups de dents ne manqueront pas, nous montrerons les dents et pour quoi faire, quel sens cela a-t-il ? La recherche de la compréhension mutuelle, une coopération constructive seraient bien plus utiles.



Le caractère constructif dépendra pour une large part du ton que prendront les partenaires de la Russie pour parler de ses problèmes de corruption. Il ne répond pas vraiment aux attentes pour l'instant.



D'où vient, aujourd'hui, ce manque de confiance perceptible, où sont les divergences prennent-elles racine ?



Il faut remonter au début des années 90, lorsque s'est formée l'image de la nouvelle Russie. D'un pays qui avait tourné le dos à son passé totalitaire et pris de lui-même le chemin de la liberté et de la démocratie. La Russie était alors perçue comme une sorte de mauvais élève attardé qui devait retourner sur les bancs de l'école. Pour qu'on lui mette dans le crâne l'abc de la démocratie et les règles du monde civilisé. En un mot, pour lui faire entendre raison et, en cas de laisser aller, s'il se défilait ou tirait au flanc, redoubler de sévérité à son encontre.



On pensait que, pour des raisons objectives, le processus traînerait en longueur (ce que, en quelque sorte, l'année 1998 confirma une fois de plus) bien que les recettes les plus qualifiées aient été fournies, qu'un soutien méthodologique extrêmement professionnel ait été fourni. Mais les recettes ne marchaient pas et le soutien n'apportait guère de résultats.



Le pays commença malgré tout à gagner rapidement en force. C'est là que commencèrent les problèmes. Chacun sait que, pour les parents, leur progéniture a beau avoir grandi, avoir elle-même des rejetons, elle reste toujours un enfant. C'est le même schéma d'inertie qui a joué dans le cas de la Russie. L'Occident aurait bien voulu, comme au début des années 90, traiter la Russie comme un écolier attardé dans les petites classes. Peut-être pas un cas désespéré mais très en retard. Nous changions, mûrissions, grandissions, mais on continuait à voir en nous un "petit" ne réussissant guère et se comportant mal. Cela ne correspondait nullement à la perception que la Russie avait d'elle-même.



Nous disons : nous sommes déjà adultes, déjà capables de vivre comme nous l'entendons. Vous avez aujourd'hui à faire à un tout autre pays. Et l'on nous répond : non, ce n'est pas vrai, vous n'avez pas fait toutes vos classes, il faut faire comme ci et comme ça.



En résultat, une certaine tension psychologique est devenue perceptible chez nos partenaires occidentaux, européens en premier lieu. Il s'est passé si peu de temps et il faudrait de nouveau changer notre rapport à la Russie ? Nous nous étions préparés à un apprentissage patient et long, à devoir lui faire entendre raison, que devons-nous faire maintenant ?



En résultat, la Russie a montré elle aussi qu'elle pouvait avoir des réactions émotionnelles et se vexer. L'élan qui la portait vers la liberté et la démocratie s'est finalement dissout dans le tas des exigences à son égard. Est-ce vraiment juste ?



L'Occident n'a pas, à mon sens, adopté le bon ton dans le dialogue avec la Russie. Plus exactement, il n'en change pas au fur et à mesure que son partenaire évolue. Il continue de penser que le mieux est de prendre un ton professoral sévère. Et de s'appesantir sur sa volonté de mettre en lumière et de souligner les lacunes et les insuffisances. La Russie change, mais pas le ton du dialogue.



L'incompréhension mutuelle qui naît suscite une irritation grandissante des deux côtés.



Pour ce qui est du problèmes en débat, j'aimerais faire remarquer que le pouvoir russe n'a pas l'exclusivité de la tâche congénitale de la corruption. Elle est propre également à des pays où les traditions démocratiques sont bien plus anciennes qu'en Russie, où le respect des lois est cultivé depuis des temps anciens, voire des siècles. En a-t-on chassé les corrupteurs ? Non. D'une manière générale, s'il y avait une recette universelle de lutte contre la corruption, nous aimerions bien la connaître. Mettre en prison ? Nous mettons en prison. Fusiller ? La Chine recourt de façon massive à cette mesure d'exception. Compter sur l'efficacité de la législation ? Mais, dans quel pays de bonnes lois anti-corruption ont-elles réussi à éradiquer les concussionnaires ?



Dès qu'il existe un pouvoir d'Etat de qui dépend l'autorisation ou l'interdiction, la décision de donner ou non, il se trouve obligatoirement des structures et des citoyens qui vont tout faire pour en tirer un profit personnel. Ainsi que des fonctionnaires qui iront au devant de leurs désirs. C'est aussi immuable et incontournable que les lois de la physiologie.



La Russie doit indéniablement contribuer à la lutte contre la corruption. Et elle acceptera avec reconnaissance l'aide et le soutien du GRECO. A condition que l'on ne lui fasse pas la leçon comme à un élève rétif, qui se fait sans arrêt remarquer par sa mauvaise conduite et que l'on voudrait bien mettre au coin…



Mais la Russie n'ira pas au coin, c'est clair.


Mercredi 31 Janvier 2007

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