Sciences et croyances

Le catastrophisme de Cuvier et Schaeffer présageait la nature électrique de l’Univers



Peter Mungo Jupp
Samedi 23 Janvier 2016

Antique construction égyptienne : Kom Ombo, 1838. David Roberts.
 

    Critique, ostracisme, raillerie, mépris et remontrances, Cuvier et Schaeffer subirent tout.
 

    Ces deux génies excentriques français opposaient leurs nouveaux paradigmes pragmatiques aux enseignements aseptisés de la science acceptée par la Royal Society. Georges Cuvier et puis plus tard Claude Schaeffer, osèrent remettre en cause les enseignements actualistes bornés exigés par Hutton et Lyle, les géologues adulés par la Royal Society. Ces derniers soutenaient que le développement du monde suivait un lent processus évolutif de constants changements réguliers s’étendant sur des millions d'années. Cette idée influença par la suite Darwin, qui expliqua que l'évolution est le fruit de la lente « sélection naturelle » qui, par chance, fabrique une progéniture supérieure et de nouvelles espèces de A à Z, grâce au mécanisme de la « survie du plus apte ». Une simplification grossière qui survit sous la forme d’un dogme prisé, implanté dans chaque facette de la science moderne.
 

    Mais qu’est-ce qui distingue nos deux génies pragmatiques français ?
 

    Georges Cuvier était un enfant des révolutions française et américaine autour des années 1800. Probablement nourri par cette période chaotique de renversement des dogmes, dédaignant les convenances, il put étudier les couches de gisements de fossiles incroyablement riches autour de Paris et au-delà. Ces couches remarquables révélaient de nombreux gisements de fossiles, recouverts chacun par une succession de phylums de flore et de faune marines puis terrestres, éteintes et vivantes. Ces séparations franches étaient la marque de séries de destructions de masse alternées de nouvelles spéciations soudaines. Il attribua ces extinctions notamment à de catastrophiques inondations, mais lors de ses divers voyages aux Etats-Unis, il fut intrigué par la mythologie des Amérindiens. Ils parlaient de la foudre cosmique qui détruisit la mégafaune et préalablement l'homme.
 

    D’après [la tradition de] la nation Lakota, citée par Erdoes et Oritz :

    Entonnant le chant de la destruction, le créateur fit descendre les féroces Oiseaux tonnerre pour combattre les autres êtres humains et les animaux géants dans une grande bataille. Finalement, au plus fort de l’action, les Oiseaux tonnerre jetèrent soudain leurs plus puissants coups de foudre, tous à la fois. L'explosion extrêmement forte secoua le monde entier, renversa les chaînes de montagnes et mit le feu aux forêts et prairies. Les flammes jaillirent vers le ciel dans toutes les directions, les lacs du monde bouillaient et les animaux géants et le peuple malfaisant se consumaient là où ils se trouvaient. La Terre fendue lâcha de grands torrents à travers le monde entier. Les survivants découvrirent les ossements blanchis des animaux géants enfouis dans la boue et la roche partout dans le monde. 

 

    Dans ses écrits sur les tout premiers pionniers blancs chasseurs de fossiles, Adrienne Mayer affirme qu'ils ont décrit l'Amérique comme un continent recouvert d’ossements fossiles d'anciens géants éteints. Les paradigmes fondamentaux de Cuvier décrivent une série d'extinctions de masse séparées par des dépôts marins et terrestres. De nouvelles espèces suivent chaque bouleversement. Ses dissections d’os retraçaient cela dans les plus infimes détails. Il examinait avec un professionnalisme obsessionnel chaque détail de forme et fonction. Observation extraordinairement méticuleuse, restes préservés et déduction comparative validaient ses conclusions. Non seulement ce qu’il constatait ne concordait pas avec les dernières théories de Hutton et Lyle, mais cela désavouait même les théories fondamentalistes de l'évêque Usher, à propos de la Terre vieille d’à peine sept mille ans, lessivée jadis par un déluge biblique.
 

    Grâce à ses premières fouilles à Ras Shamira, en Syrie, et à Enkomi, à Chypre, l'admirable Claude Schaeffer, qui avait de nombreuses qualités pratiques de Cuvier, révéla une succession de civilisations séparées, délimitées par six destructions. Bien que les artefacts du genre poteries et bijoux étaient utiles pour distinguer les différentes périodes de développement culturel, il était davantage intrigué par la cause de la disparition instantanée de ces civilisations bien distinctes. C’était généralement attribué à des hordes d’armées destructrices et d’attaquants déterminés à piller, détruire, mettre à sac et violer. En principe, ils brûlaient et détruisaient les villes de leurs ennemis.
 

    Schaeffer vit ce que les autres ne voyaient pas. La nature avait joué un rôle majeur dans ce drame. Les murs et les villes avaient été pliés et tordus par des tremblements de terre. Les feux violents avaient laissé parfois plusieurs mètres d'épaisseur de cendres, que ne pouvait expliquer la combustion des maisons de bois. Des dépôts dus à des tsunamis étaient facilement perceptibles à Enkomi, à Chypre. Les dépôts dus au vent violent et aux inondations destructrices avaient pu être disséminés dans les ruines. Des changements climatiques et le retour au nomadisme pouvaient même être déduits de marques d'abandon manifestes et de reconstruction. Il cite des signes de catastrophes climatiques dans les analyses de pollen, la chute du niveau des océans et l’engloutissement de terres. Il examina plus de 90 sites au Moyen-Orient et au-delà, et conclut que, dans la période de l'âge du bronze seule, il y avait eu six couches de destruction d'intensité variable. Mais surtout, il soutint qu’aucune catastrophe de cette ampleur n’avait été observée dans les époques récentes. Tout cela était clairement expliqué dans son œuvre épique, Stratigraphie Comparée et Chronologie de l'Asie Occidentale.
 

    Chose curieuse, Immanuel Velikovsky – lui aussi stigmatisé – était arrivé à des conclusions similaires à partir de preuves distinctes. Velikovsky s’appuyait sur les témoignages anciens et les idées de nombreuses sources antiques. Mais il comprit aussi que la mécanique céleste était mue fondamentalement par l’électromagnétisme. Une chose méconnue de la plupart des cosmologues.
 

    Schaeffer, un archéologue qui se retroussait les manches, s’appuyait sur des observations concrètes. Mais, comme Velikovsky, lui aussi reconnut l'importance des écrits anciens dans la recherche des causes fondamentales. Frustrés par les dogmes du moment, ils devinrent amis. Schaeffer fit remarquer à Velikovsky :

    Vous travaillez dans la bonne direction et le temps aidera à montrer la réalité de cataclysmes planétaires. Déjà, comme je l'ai démontré par mon travail stratigraphique au Proche-Orient, les catastrophes continentales ne peuvent être mises en doute.

 

    Tous deux appréciaient la valeur de l’œuvre fondamentale de Cuvier :

    Vous parlez très bien des vues de Cuvier qui sont trop souvent oubliées de nos jours. Je pense exactement la même chose, je sais que ces immenses crises et cataclysmes ont bien eu lieu.

 

    Ces grands esprits, Cuvier et Schaeffer, étaient entièrement d’accord sur la réalité des crises, et tous deux cherchaient pareillement mais en vain leur cause originelle. Velikovsky n’était certainement pas le premier à proposer une cause céleste, mais il était sûrement le premier à viser juste avec l’électromagnétisme comme principe fondamental de la dynamique planétaire, et à proposer que le chaos dans le cosmos est entraîné par des irrégularités naturelles. Ainsi, au milieu de beaucoup d'autres, ces trois hommes se sont réunis pour proposer un nouveau paradigme régissant la condition de l'humanité.
 

    Mais les derniers mots de Schaeffer à Velikovsky montrent que faire admettre le nouveau paradigme ne sera tâche aisée :

    Beaucoup de mes collègues ne sont pas facilement accessibles aux nouvelles notions et usent de leurs arguments pour discréditer l'idée même de la réalité des crises d’ampleur continentale. Les événements catastrophiques antérieurs, il y a des millénaires, perturbent leur vue conservatrice et accommodante sur les événements historiques. Il faudra plus de temps pour que la nouvelle idée prenne racine. Mais la vérité prévalant toujours à la fin, elle finira par s’enraciner.

 

The Thunderbolts Project, Peter Mungo Jupp, 20 janvier 2016

Original : www.thunderbolts.info/wp/2016/01/20/cuvier-and-schaeffers-catastrophism-the-opening-of-the-key-to-the-electric-universe/
Traduction Petrus Lombard

 

Dernier article apparenté traduit

L’océan, un organisme vivant ?  : Les microstructures océaniques.



Samedi 23 Janvier 2016


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