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Le Système retourné contre lui-même par la Russie


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Vendredi 17 Octobre 2014

Le Système retourné contre lui-même par la Russie

Philippe Grasset, Dedefensa
 
Pour illustrer semble-t-il notre article du 14 octobre 2014, nous présentons plusieurs situations exemplaires illustrant le climat de la Russie sous l’influence de cette “dimension spirituelle” dont nous parlons dans le texte cité. Ces situations sont très diverses et touchent différentes activités, et souvent des activités développées selon des modèles-Système. On a alors des situations singulières où l’application de procédures ressortant d’activités-Système courantes produit des situations d’influence et des courants psychologiques collectifs chargés de sentiments patriotique, de volonté de rétablir les puissantes racines culturelles russes, d’opposition au bloc BAO au nom de la patrie russe, etc., c’est-à-dire au bout du compte d’un ensemble formant une dynamiques spécifiquement antiSystème.
 
• L’anniversaire de Poutine (62 ans) a été fêté par un déferlement d’achat de vêtements dans les magasins à la mode à Moscou, précisément des T-Shirt à l’effigie du président russe, et hostiles aux sanctions du bloc BAO. Le succès de ces ventes de promotion a été extraordinaire autant que leur organisation, signifiant que le monde en général hostile aux valeurs qui sont ici référencées en question (le patriotisme et tout ce qui a rapport à lui), que ce soit la mode, le prêt-à-porter, le corporate power qui est derrière, a réussi cette opération en épousant justement des thèmes absolument contraires à ceux que prône le Système, et rencontrant complètement le sentiment du public. C’est un aspect remarquable quand on connaît le nivellement transnational, le conformisme-Système pseudo-progressiste autour des mêmes thèmes sociétaux et déstructurants de ces activités, – dont la mantra anti-poutinienne est la plus remarquable aujourd’hui, – et ces activités faisant partie de la partie du monde de la communication le plus asservi au Système. Qu’il s’en soit devenu complètement étranger comme on l’a vu à Moscou témoigne de la puissance du courant patriotique auquel nous nous référons.
 
Le court reportage de Reuters, retransmis le 7 octobre 2014 par le Washington Post, est surtout accompagné de nombreuses images montrant l’affluence des acheteurs, mais également des photos classiques de ce genre de reportages de jeunes et ravissants mannequins présentant les T-Shirt poutiniens, c’est-à-dire une représentation d’un patriotisme russe nécessairement de type néo-conservateur traditionnaliste. Cela forme un contraste saisissant avec les mêmes habitudes du même monde dans le bloc BAO où ce qui est montré dans les mêmes démonstrations est complètement anti-poutinien, ce même monde du bloc BAO avec lequel pourtant la partie moscovite a des liens de connivence depuis vingt ans... Mais le cas est justement celui où la pression culturelle pour le patriotisme, le conservatisme culturel, est la plus forte, et par conséquent la rupture est totale.
 
«Lundi soir, les Russes ont fait la queue à GOUM, le centre commercial à la mode de la place Rouge, pour acheter la dernière édition de fierté nationale : des sweatshirts et autres vêtements représentant le président russe, Vladimir Poutine, en tenue militaire ou de hockey, tenant des chiots et des léopards, et faisant savoir que l'ancien officier du KGB lit dans vos pensées. La vente a été orchestrée pour coïncider avec le 62è anniversaire de Poutine, mardi dernier. Mais ce fût loin d'être la seule manifestation de fierté russe - ou de colère contre les Etats-Unis - à frapper l'univers du vêtement depuis que la relation entre la Russie et l'Occident a tourné à l'aigre sur fond de crise ukrainienne.
 
»Il y a deux semaines, deux femmes ont lancé une campagne, appelant les Russes à venir échanger leurs T-shirts portant des insignes et des slogans occidentaux contre des vêtements plus "patriotiques" avec des messages assez ouvertement anti-occidentaux. Soutenue par des grandes entreprises – y compris un grand aéroport moscovite – la campagne “La bonne réponse c'est : Non aux Sanctions!” a placardé des affiches, organisé des réunions publiques pour échanger des T-shirts “patriotiques” contre des T-shirts occidentaux et annoncé 30 000 échanges en une seule semaine.  Cela fait 30 000 T-shirts de moins portant des logos de marques ou des drapeaux occidentaux dans les rues de Russie; à la place il y a maintenant des T-shirts portant des messages comme : “Topol [comme dans les missiles Topol] n'a pas peur des sanctions,” “Sanctions? Ne faîtes pas rire mon Iskander [comme dans missiles Iskander],” et “On peut s'amuser sans votre Coca Cola.”»
 
• Le 9 octobre 2014, Damir Marinovic présente, sur le site Inside Russia, une école privée qui rétablit les traditions du Lycée Impérial tsariste. Cette école est financée par le jeune (39 ans) oligarque Konstantin Malofeev. Elle reçoit en général les enfants des élites moscovites, y compris de familles d’oligarques...
 
«Voilà un aperçu intéressant de la manière dont la société russe évolue. L'école St. Basil, dans les faubourgs de Moscou, essaie de ranimer les traditions du Lycée Impérial Tsariste où des écrivains et des hommes d'état célèbres comme Alexandre Pouchkine ont été éduqués. Son  fondateur, Konstantin Malofeev, un homme d'affaire russe florissant, explique les valeurs de l'école: 
 
»“Les élèves du Lycée apprennent à devenir de bons chrétiens et des patriotes. Je pense que si on en fait de bons patriotes et s'ils croient en Dieu, ils feront beaucoup plus pour l'avenir de la Russie que des enfants dont le seul objectif est d'avoir de bons résultats aux examens. Former des gens au caractère solide et bien élevés est plus important que l'éducation, et c'est ce que notre école fait”.»
 
• C’est le même Konstantin Malofeev qui est le financier à la base de la construction de deux parcs à thèmes historiques et traditionnalistes, à Moscou et à Yalta, en collaboration avec Philippe de Villiers, selon le modèle de son parc à thème de Vendée. Malofeev représente un type d’oligarque extrêmement inhabituel, comme on en trouve quelques-uns en Russie. Ayant construit une fortune respectable dans les pratiques les plus extrêmes (finance) du Système, il a orienté le plus clair de ses activités dans une action générale de rénovation des valeurs traditionnelles russes où il “investit” des sommes conséquentes. (On trouvera dans l’article que lui consacre Wikipédia diverses indications à ce sujet.) Il semble qu’on puisse tenir Malofeev comme l’un des principaux financiers du mouvement anti-Kiev du Donbass. En ce sens, Malofeev tient un rôle activiste semblable dans la forme à celui que tiennent certains milliardaires US, mais inverti dans le sens : les rapports relatifs des uns et des autres font évidemment que l’action de Malofeev est nécessairement antiSystème, tandis que les autres sont de purs soutiens du Système.
 
C’est à nouveau Damir Marinovic, toujours sur Russia Inside, qui présente la cérémonie d’accueil de Villiers à Moscou, le 14 octobre 2014 (texte de présentation plus DVD). On y voit l’homme politique français, secondé par une ravissante interprète russe du type Scarlett Johansson qui aurait bien tourné, parler essentiellement de la proximité de l’âme française et de l’âme russe, et citer Chateaubriand et Alexandre Dumas, Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Tchaïkovski et Rachmaninoff. Bien entendu, de telles évocations font rappeler la proximité d’âme des Français et des Russes, et le rôle fondamental antiSystème que devrait tenir aujourd’hui la France, et qu’elle ne tient pas, entraînée dans les abysses par des élites-Système qui semblent avoir trouvé dans une sorte d’hystérie aux manifestations contenues dans un comportement de notaire de province (notre président-poire, si complètement louisphilippard), cela comme une fatalité maléfique, la formule de l’inversion totalitaire. Lors de sa campagne de promotion et de développement de ses parcs à thèmes, Villiers a rencontré Poutine et a reçu son soutien complet, le président russe considérant cette initiative comme allant complètement dans le sens de sa politique de rénovation culturelle du patriotisme russe.
 
• Le 14 octobre 2014, le Saker US présente une émission télévisée d’information sur une station télévisée nationale, menée par le fameux présentateur Vladimir Soloviev. Il s’agit d’un document impressionnant pour notre propos et pour notre enquête. La puissance et la détermination des propos de cinq commentateurs politiques de la presse russe, sur le thème de “Nous sommes en guerre avec les USA”, sont particulièrement impressionnantes. Elles montrent un degré de documentation du comportement US, et de conviction face à ce comportement, qui est tout aussi révélateur du climat régnant en Russie que le reste. Effectivement, comme l’observe le Saker, peu importe que ces commentateurs soient d’une opinion favorable à la politique russe actuelle, ce qu’il importe de mettre en évidence c’est la puissance et la qualité du propos par comparaison au discours stéréotypé et pavlovien de nos organes de communication de type presse-Système, dont fort peu sont public et d’État mais dont tous sont absolument engagés dans leur servilité absolument démocratique au service du Système... Présentation du Saker :
 
«L'émission en question qui s'appelle “Dimanche soir avec Vladimir Soloviev” est une des émissions les plus populaires de la TV russe. Elle est diffusée en prime time, juste après le journal du dimanche soir. Les invités de l'émission sont des personnalités connues qui discutent des sujets brûlants de l'actualité. Ce que je veux dire, c'est que cette émission est un très bon reflet de l'état d'esprit qui règne en Russie. Vous allez me dire : “Mais c'est une chaîne de TV contrôlée par l'état!”. Oui, c'est sans doute le cas. Mais justement, est-ce que ce n'est pas intéressant de voir quelles sortes d'idées l'état essaie de vendre au public? C'est pareil pour l'argument “chaîne de TV contrôlée par des oligarques”. Qu'est-ce que les oligarques financent? Et en fin de compte, si cette chaîne essaie d'attirer le grand public russe, alors elle révèle ce qu'il veut entendre. En réalité, c'est une chaîne contrôlée par l'état, une chaîne très “grand public” et “dans la ligne”, mais aussi très populaire. L'animateur, Vladimir Soloviev, est un Russe juif très patriote qui s'en prend régulièrement aux Russes “libéraux” (en Russie cela veut dire les russophobes pro-USA) et qui ne cache pas son dégoût pour la junte ukrainienne.  
 
»S'il vous plaît, regardez cette discussion grand public et "dans la ligne gouvernementale" et posez-vous les questions suivantes: a) Si le Kremlin voulait poignarder la Novorussia dans le dos – laisserait-il diffuser une telle émission en prime time? b) Qu'arrivera-t-il à Poutine s'il laisse les escadrons de la mort nazis écraser la Novorussia? c)Voyez-vous le moindre signe de fatigue, de peur, de démoralisation, de renoncement ou de faiblesse qui laisserait penser que “les sanctions ont de l'effet” et que l'opinion publique russe en a assez ou est prête à négocier avec l'Ukraine, l'UE ou les Etats-Unis?
 
«Je le répète, cette émission est très “grand public”, j'aurais pu facilement en trouver une beaucoup plus “patriotique” ou “anti-Nazi”. Mais je voulais partager avec vous quelque chose tout à fait “dans la moyenne”, la partie émergée d'un bien plus gros iceberg...»
 
Notre intention, dans ces divers comptes-rendus commentés, est de mettre en évidence à la fois la progression de l’affirmation du courant patriotique russe, à la fois sa parfaite connaissance des enjeux qu’il doit affronter, des buts qu’il doit poursuivre, de la sorte d’obstacle qu’il doit écarter, à la fois la détermination de ce courant. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que ces diverses scènes ne montrent nullement un pays archaïque en situation de protestation dépassée par rapport à un courant irrésistible (de “modernité”, évidemment), mais bien un pays qui a intégré tous les attributs d’activité du Système (moyens de communication économique et sociétal, moyens de communication de l’information et du show-business, moyens d’enrichissement individuel, etc.) et qui se lève contre le Système après voir mesuré les effets de son action, et qui développe une action antiSystème avec les moyens que le Système a mis à sa disposition. (Manœuvre classique du “faire aïkido”.)
 
On a ainsi le spectacle de l’intégration de la Russie dans une dynamique qui est absolument antiSystème, et qui s’oppose désormais frontalement et ouvertement au bloc BAO et à sa fonction de zélateur, d’adorateur et de porte-flingue du Système. Le temps de l’incertitude et de l’ambiguïté est complètement dépassé et dissipé : à la “haine-Système” antirusse et anti-Poutine s’oppose désormais une détermination et une conviction qui sont fondées sur le patriotisme russe, sur la “dimension spirituelle” dont nous parlons, c’est-à-dire une détermination et une conviction complètement structurées dans une situation principielle propre à la Russie. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un affrontement de nations, d’un affrontements d’idéologies, d’un affrontement de cultures, d’un affrontement de sens, même si tous ces caractères sont présents dans la dynamique en cours, mais bien d’un affrontement d’une communauté principielle et spirituelle constituée en antiSystème contre un monstre (le Système) qu’on ne peut identifier avec les seuls caractéristiques terrestres. Sans nul doute, le plus impressionnant dans le phénomène russe actuel, qui a des aspects d’une sorte de “révolution” contrôlée et mesurée par rapport aux normes-Système et contre eux, c’est la conscience totale, à tous les échelons de la société, de l’enjeu de la bataille qui est celui de la détermination de l’orientation du monde, de l’intensité de la bataille qui est celle d’une guerre totale, des moyens de la bataille qui sont les références à l’Histoire, à la spiritualité, aux principes structurants. Face à cela, seul le Système a conscience de tous ces aspects structurants alors qu’il sait parfaitement que son but est de les détruire. Les directions-Système sont totalement conduites par leurs narrative qui n’ont jamais été aussi proliférantes et aussi addictives, c’est-à-dire aussi puissamment trompeuses mais également aussi fragiles dans la validité de leur tromperie, – ce qui indique qu’il y a là des vulnérabilités remarquables dans le chef de la cohésion de ce personnel. Les populations du bloc BAO sont en plein désarroi, étant à la fois les victimes du Système avec une haine instinctive contre lui, et leur complice obligé dans certaines de ses entreprises. Face à la Russie, elles ont les moyens de déterminer par elles-mêmes certaines vérités de situation qui leur permettraient d’adopter un comportement activiste antiSystème aussi déterminant par sa conviction et sa détermination que celui qu’on trouve en Russie.
 
Pour terminer, on citera Féodor Loukianov, commentateur connu à Moscou mais aussi dans le bloc BAO, commentateur du type “réaliste” et qu’on ne peut soupçonner d’enthousiasmes patriotiques excessifs. On peut même considérer qu’il s’agit d’un commentateur qui n’est pas loin de se situer proches de ceux qui ont jusqu’ici défendu l’intégration de la Russie dans le bloc BAO. Son commentaire du 2 octobre 2014 dans The Moscow Times est absolument sans appel : tout est fini, la rupture est consommée, une époque s’achève et une autre commence par conséquent...
 
«Les événements actuels pourraient être comparés à un autre moment crucial de l'histoire russe, 1917 — le moment où l'Empire russe a disparu pour toujours et l'état qui lui a succédé est devenu un paria international. Frappé de sanctions qui ont fondamentalement modifié sont statut dans le système international, la Russie Soviétique a pris le partie de l'autarcie en développant une économie autosuffisante et fermée. Je ne dis pas que la Russie post-Crimée est identique au pays qui a émergé des flammes de la  révolution de 1917. Je dis que, une fois que les autorités d'un pays ont été déclarées inaptes par leurs partenaires étrangers, la relation ne peut jamais être entièrement rétablie... [...]
 
»A la fin de la Guerre Froide, le dialogue de la Russie avec l'Occident en général et avec l'Europe en particulier s'est fondé sur l'idée que la Russie ferait un jour partie de la “société occidentale” au sens large, même si les deux camps avaient une idée différente de la manière dont cela se produirait et du rôle que Moscou y jouerait. Quoiqu'il en soit l'idée d'un “partenariat stratégique,” s'est installée et une relation s'est développée basée, sinon sur la confiance mutuelle, du moins sur un silence mutuel qui masquait des soupçons persistants. Les sanctions ont mis fin à tout cela...
 
»Aujourd'hui un seul homme personnifie le système politique russe tout entier. Les efforts occidentaux pour faire pression sur lui se sont muées en mesures punitives tout à fait prévisibles contre des individus et contre le gouvernement. Mais à la différence des anciens présidents d'Irak et de Serbie, le président Poutine a à sa disposition des outils politiques et économiques de taille pour mettre en place des mesures de rétorsion dissuasives. Il est clair que les sanctions occidentales ont pour but de renverser la personne même qui détermine seule la trajectoire politique de la Russie. Pour Poutine, ce n'est pas simplement une question de gagner ou de perdre une position tactique dans une partie. C'est sa survie politique qui est en jeu et, par extension, le futur politique de la Russie. Les enjeux étant ce qu'ils sont, comment peut-on s'attendre à d'importantes concessions de sa part, d'autant qu'il est parfaitement conscient que sa relation avec l'Occident est irréparable?...»
 
 
 
Lien; http://www.dedefensa.org/article-le_syst_me_retourn_contre_lui-m_me_par_la_russie_16_10_2014.html
 
Traduction des parties en Anglais: Dominique Muselet
 


Vendredi 17 Octobre 2014


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