Proche et Moyen-Orient

Le Qatar crache le morceau sur la guerre en Syrie



Tyler Durden
Lundi 30 Octobre 2017

Conférence de presse à Londres en 2013 : Premier ministre qatari, Cheikh Hamad ben Jassim ben Jabr al-Thani, et John Kerry, secrétaire d'Etat étasunien. Un courriel de Hillary Clinton de 2014 a confirmé que le Qatar sponsorisait l’État islamique à la même période.


    L’interview télévisée d'un haut responsable qatari avouant la vérité cachée à l’origine de la guerre en Syrie, est en train de faire un tabac sur les médias sociaux arabes. La semaine même, un document secret éventé de la NSA a confirmé que, dès le début des années de conflit, l'opposition armée syrienne était directement sous les ordres de gouvernements étrangers.


    Et selon un analyste syrien bien connu, un conseiller économique en étroit contact avec le gouvernement syrien, cette interview explosive constitue « un aveu public de haut niveau sur la collusion et la coordination de quatre pays visant à déstabiliser un État indépendant, et sur leur éventuel soutien à Nusra/al-Qaïda. »


    Il est important de noter que « cet aveu aidera à constituer le dossier de ce que Damas considère être une atteinte à sa sécurité et à sa souveraineté, et que ce dossier appuiera les demandes d'indemnisation. »


    Tandis que la guerre se poursuit au ralenti en Syrie, il semble que de nouvelles informations apparaissent presque chaque semaine sous la forme de témoignages de hauts responsables impliqués dans la déstabilisation de la Syrie. Il y a même parfois des fuites de courriels et de documents qui détaillent les opérations secrètes de changement de régime contre le gouvernement Assad. Bien qu'une grande partie de cet article serve à confirmer ce que savaient déjà tous ceux qui n'ont jamais gobé la propagande simpliste culminant dans les grands médias, les pièces du puzzle qui s’assemble toujours fournissent aux futurs historiens une illustration plus limpide de la véritable nature de la guerre.


    Comme prévu, cette œuvre de clarification a été aidée par les luttes intestines entre d’anciens alliés du Conseil de Coopération du Golfe, l’Arabie Saoudite et le Qatar, chacun accusant l'autre de financer l’État islamique et les terroristes d’al-Qaïda (ironiquement, les deux l’ont fait). Le monde voit de plus en plus de déballage de linge sale, et après les années où quasiment toutes les monarchies du Golfe ont financé les mouvements djihadistes dans des pays comme la Syrie, l'Irak et la Libye, le Conseil de coopération du Golfe implose.


    Depuis 2013, The Intercept (+Wachington Post ?) cache des documents de la NSA qui montrent que les Saoudiens ordonnaient les attaques des « rebelles » contre Damas. Ces documents sont désormais publiés. https://t.co/0PZrBKpJCw
– Julian Assange ???? (@JulianAssange) 24 octobre 2017


    Le haut responsable qatari n'est autre que l'ancien Premier ministre Hamad ben Jassim ben Jaber al-Thani. Jusque 2013, c’est lui qui supervisait les opérations en Syrie pour le compte du Qatar (en tant que ministre des Affaires étrangères au début), et on le voit sur la photo ci-dessous de janvier 2010, avec la secrétaire d'État Hillary Clinton (rappelons que le Comité pour la Coupe du monde 2022 du Qatar a fait don de 500 000 dollars à la fondation Clinton en 2014).



    Mercredi, lors d’un entretien sur Qatari TV, ben Jaber al-Thani a révélé que dès le début des événements (en 2011), aux côtés de l'Arabie Saoudite, de la Turquie et des États-Unis, son pays a commencé à envoyer des armes aux djihadistes.


    Al-Thani a même comparé l'opération secrète à un safari – le gibier étant le Président el-Assad et ses partisans – dont le « gibier », reconnaît-il, s’est échappé (el-Assad est toujours au pouvoir ; il a employé le mot al-sayda du dialecte arabe du Golfe, qui sous-entend qu’il s’agissait d’une chasse aux gros animaux pour le sport). Bien qu’al-Thani ait nié les allégations crédibles de soutien à l’État islamique, ses paroles impliquaient la réalité du soutien direct du Golfe et des États-Unis à al-Qaïda en Syrie (Front al-Nusra) dès les premières heures du conflit, et des documents prouvent que la guerre avait été planifiée pour mettre en œuvre le changement de régime.


    « Nous nous disputions la proie et la proie s'est sauvée. » Mesdames et messieurs, pour ces gens, la Syrie et el-Assad n'étaient rien d’autre qu’un putain de safari https://t.co/w4oKO5TTK6
– EHSANI2 (@ EHSANI22) 27 octobre 2017


    D’après la traduction de Zero Hedge, tout en reconnaissant que les pays du Golfe armaient les djihadistes en Syrie, avec l'approbation et le soutien des États-Unis et de la Turquie, al-Thani a dit : « Je ne veux pas entrer dans les détails, mais nous avons de nombreux documents sur la prise en main des choses [en Syrie]. » Il a affirmé que le roi Abdallah d'Arabie saoudite (qui a régné jusqu'à sa mort, en 2015) et les États-Unis, ont donné au Qatar le rôle principal dans les opérations secrètes de la guerre par procuration.


    Bien que très révélateurs, les commentaires de l'ancien Premier ministre visaient à défendre et excuser le soutien du Qatar au terrorisme et à critiquer les États-Unis et l'Arabie saoudite pour l’avoir laissé porter le chapeau dans la guerre contre el-Assad. Si al-Thani s'en prenait aux Étasuniens et aux Saoudiens, qui « étaient avec nous dans la même tranchée », c’est parce que le Qatar finançait toujours les insurgés armés en Syrie, alors que les autres pays ont par la suite fini par réduire progressivement leur énorme soutien.


    Lors d’une précédente interview télévisée aux Etats-Unis, qui est passée largement inaperçue, interrogé sur les allégations de soutien du Qatar au terrorisme, voici ce qu’al-Thani a confié à Charlie Rose : « En Syrie, tout le monde a fait des erreurs, y compris votre pays. » Il a dit aussi qu’au début de la guerre en Syrie, « pour les opérations, tous se servaient de deux salles de travail, une en Jordanie et l’autre en Turquie. »


    Il y a ci-dessous la partie clé de l'interview de mercredi. Elle a été traduite et sous-titrée par @Walid970721. Zero Hedge a révisé et confirmé la traduction, mais comme l'a reconnu le traducteur de la traduction originale faite à la hâte, al-Thani ne dit pas Lady mais prey [al-sayda] – car el-Assad et les Syriens étaient chassés depuis l’extérieur, par d’autres pays.


    L'ex-Premier ministre du #Qatar dit que le soutien qatari aux djihadistes, dont Nusra en #Syrie, se faisait en coordination avec l'Arabie saoudite, la Turquie et les États-Unis via @BBassem7 pic.twitter.com/tu8IMRI7IP
– Walid (@ walid970721) 27 octobre 2017


    Voici la traduction partielle de l’interview :

    Au début des événements en Syrie, je suis allé en Arabie Saoudite où j'ai rencontré le roi Abdallah. Je l’ai fait sur ordre de Son Altesse le prince, mon père. Il [Abdullah] a dit « nous sommes derrière vous. Vous avez finalement décidé de mener ce projet et nous allons nous coordonner à vous, mais vous dirigerez. » Je ne vais pas entrer dans les détails, mais nous avons de nombreux documents. Tout ce qui a été envoyé [en Syrie] devait passer par la Turquie en coordination avec les forces étasuniennes. Et tout a été distribué via la Turquie et les forces étasuniennes. Et nous, les militaires, avons été impliqués avec tous les autres. Il y a peut-être eu des erreurs et la mauvaise faction a été soutenue… Peut-être y avait-il des rapports avec Nusra, c'est possible, mais je ne le savais pas… nous nous disputions la proie [al-sayda], et la proie s’étant désormais sauvée, nous nous disputons encore… et maintenant Bashar est toujours là. Vous [les États-Unis et l'Arabie Saoudite] étiez avec nous dans la même tranchée… Je n'ai aucune objection envers les revirements, si vous trouvez que ça ne va pas, mais informez en au moins votre partenaire… par exemple, laisser Bachar [el-Assad] ou faire ceci ou cela. Mais la situation qui a été créée ne permettra jamais aucun progrès au sein du Conseil de coopération du Golfe, ni aucun progrès sur quoi que ce soit, si nous continuons à nous battre ouvertement.


    Il est désormais bien connu que la CIA a été directement impliquée dans les tentatives de changement de régime en Syrie, en partenariat avec ses alliés du Golfe. Ce fait est confirmé par des notes de service du renseignement étasunien qui ont été ébruitées et levées du sceau du secret. Le gouvernement étasunien a compris en temps réel que les armements sophistiqués fournis par le Golfe et l'Ouest, allaient à al-Qaïda et à l’État islamique, malgré les dires officiels qu’ils allaient aux rebelles soi-disant « modérés ». Par exemple, une note du renseignement de 2014, envoyée par courriel à Hillary Clinton et qui avait été ébruitée, reconnaissait que les Qataris et les Saoudiens sponsorisaient l’État islamique.


    Voici ce que disait en langage clair et sans équivoque le courriel :

    …les gouvernements du Qatar et de l'Arabie saoudite, qui fournissent de l’appui financier et logistique clandestin à l'État islamique et à d'autres groupes sunnites radicaux dans la région.


    Par ailleurs, un jour avant l'interview du Premier ministre al-Thani, The Intercept a publié un nouveau document top secret de la NSA déniché dans des fichiers du renseignement fournis par Edward Snowden. Il montre clairement que l'opposition armée en Syrie était sous le contrôle direct des gouvernements étrangers dès premières années de la guerre qui a maintenant coûté un demi-million de vies.



    Le document de la NSA fraîchement publié, confirme qu'une attaque des insurgés de 2013, avec des roquettes sol-sol sophistiquées contre des secteurs civils de Damas, dont l'aéroport international, a été directement couverte et ordonnée par l'Arabie Saoudite, avec le renseignements étasunien qui était déjà parfaitement au courant. Comme le confirme également l'ancien Premier ministre qatari, les Saoudiens et le gouvernement étasunien ont pourvu en personnel des « salles de travail » pour superviser ces atroces attentats à l’époque de l'attaque contre l'aéroport de Damas, en 2013.


    Il ne fait aucun doute qu'il reste un filon de témoignages accablants qui continueront à sortir lentement dans les mois et les années à venir. À tout le moins, la guerre diplomatique entre Qatar et Arabie saoudite portera d’autres fruits, puisque chaque partie met sur pied un dossier accusant l’autre de soutenir le terrorisme. Et comme on peut le voir dans cette dernière interview télévisée qatarie, les anciens alliés s’entre-déchirant, les États-Unis eux-mêmes ne seront pas épargnés dans cette nouvelle ère de déballage de linge sale en public.


Zero Hedge, Tyler Durden, 28 octobre 2017

Original : www.zerohedge.com/news/2017-10-28/shocking-viral-interview-qatar-confesses-secrets-behind-syrian-war
Traduction Petrus Lombard




Lundi 30 Octobre 2017


Commentaires

1.Posté par Joshua le 30/10/2017 20:21 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ce déballage calculé sur la place publique des tenants et aboutissants de la tragédie syrienne n'aura de sens que lorsque le personnage principal sera désigné, il est pourtant là, comme le nez au milieu de la figure, mais lui ne sera jamais inquiété, les Arabes sont là pour payer la facture.

2.Posté par Agadir le 30/10/2017 22:13 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

La vérité est comme le soleil et il vient de sortir dans la guerre contre la Syrie.

3.Posté par spitit le 31/10/2017 08:01 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

de la matière pour les historiens .. , certes .. mais rien pour les juges pour ce qui relève finalement de la justice poétique ?

« Laissons faire, car là est l'amusement : faire sauter l'ingénieur par son propre pétard ! » dixit un certain Shakespeare.

Ce n'est que du dépit de la part du Qatar - il ne s'agit là que d'aveux cyniques du jeu de dupe dans lequel les pays de la région se sont retrouvés, et on ainsi entraîné leur peuple dans cette tragédie.

La fitna semble avoir atteint un autre degré.

Un vrai massacre sur la place publique. A cette échelle, il a bel et bien débuté, à qui veut le voir. La vérité est pourtant .. évidente, en ce qui concerne cette tragédie et ce, depuis un 11 septembre.

4.Posté par titi le 31/10/2017 10:19 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

et israel ?

5.Posté par Bina le 31/10/2017 22:10 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Is***hell est le reflet de l'Occident au Moyen-Orient et en conséquence un point de ralliement et de ravitaillement...

L'article n'est pas complet et omissions (volontaires?) il y a.

6.Posté par Saber le 31/10/2017 23:28 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ces pingouins du désert ont-ils eu connaissance du plan Oded Ynon ?

Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES


Publicité

Brèves



Commentaires