Néolibéralisme et conséquences

Le Pacte budgétaire européen


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Le gouvernement socialiste de François Hollande s’apprête à faire adopter par voie parlementaire le Pacte budgétaire européen, également appelé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) lequel, en plus d’instaurer définitivement une politique d’austérité, porte atteinte à l’indépendance de la France qui ne pourrait plus décider souverainement de son budget national.


Salim Lamrani
Dimanche 30 Septembre 2012

Le Pacte budgétaire européen
Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), imposé par l’Allemagne d’Angela Merkel, adopté au niveau européen, est en passe d’être ratifié par la France de François Hollande. Ce texte introduit la dénommée « règle d’or » devenue obligatoire pour tous les pays membres de la zone euro et instaure de facto une politique d’austérité, empêchant les Etats de présenter un budget avec un déficit supérieur de 0,5% au Produit intérieur brut[1].

Adopté le 2 mars 2012 par Nicolas Sarkozy et 24 autres dirigeants européens, le TSCG sera bientôt soumis au parlement français dominé par le Parti socialiste, par une procédure de majorité simple des deux assemblées, sans qu’aucune modification n’ait été apportée au traité. La règle d’or deviendrait alors loi et interdirait tout déficit public, sous peine de graves sanctions de la part de l’Union européenne[2].

Plus grave encore, la France perd une grande partie de sa souveraineté avec le TSCG. En effet, le parlement français devra obligatoirement soumettre son budget annuel à la Commission européenne, dont aucun membre n’est issu du suffrage universel. Ces derniers pourront effectuer les arbitrages qu’ils jugeront nécessaires, sans avoir aucun compte à rendre aux citoyens, et décider de l’avenir de la nation. Ainsi, le TSCG rend obligatoire l’application de politiques d’austérité en Europe, sans qu’aucune autre voie alternative puisse être explorée[3].

Pour la France, alors que le pays se trouve à la limite de la récession et qu’il conviendrait en toute logique d’injecter des fonds dans l’économie, le retour à l’équilibre budgétaire imposé par le TSCG, qui implique de revenir à un déficit de 3% en 2013, signifie que 33 milliards d’euros redistribués par l’Etat doivent être retirés de l’économie nationale. Cela est valable uniquement si les hypothèses de croissance de l’ordre de 1% sont confirmées, ce qui est loin d’être le cas. Cela suppose que l’Etat réduira inévitablement ses dépenses publiques, ce qui aura un impact social[4].

De la même manière, pour revenir à l’équilibre budgétaire en 2017, comme s’est engagé le président français François Hollande, il faudrait retirer 60 milliards d’euros de la circulation économique. Cela équivaut à la moitié de la somme prévue par le Plan de Relance qui est de 120 milliards d’euros (inférieur à 1% du PIB européen) adopté par l’Union pour tous les pays de la zone euro, destiné à stimuler la croissance[5].

Le Mécanisme européen de stabilité (MES) est officiellement censé venir en aide aux pays en difficulté. Il est néanmoins uniquement destiné aux nations ayant adopté le TSCG. Il s’agit en réalité du moyen trouvé par les partisans du néolibéralisme, symbolisés par Angela Merkel, pour imposer des politiques d’austérité, qui en plus d’avoir de graves conséquences sociales sur les populations, sont économiquement inefficaces[6].

En effet, partout où les plans d’austérité ont été appliqués, que ce soit en Grèce, en Italie, en Irlande, au Portugal ou en Espagne, la crise de la dette, loin de se résorber, s’est aggravée et les conditions de vie des habitants se sont considérablement dégradées, avec une explosion du chômage et une destruction organisée du système de protection sociale et de l’Etat providence.

Les exemples les plus emblématiques sont la Grèce et l’Espagne, où ces remèdes de choc ont été imposés de force. Les résultats sont catastrophiques d’un point de vue politique, économique et social.

Ainsi, en Grèce, après l’application de neuf plans d’austérité avec une hausse massive d’impôts dont la TVA, une hausse des prix, une réduction des salaires (jusqu’à 32% sur le salaire minimum !) et des pensions de retraite, un recul de l’âge légal de départ de la retraite, la destruction des services publics de première nécessité tels que l’éducation et la santé, la suppression des aides sociales et privatisations des secteurs stratégiques de l’économie nationale (ports, aéroports, chemins de fer, gaz, eaux, pétrole), la production a reculé de 20%, le chômage a explosé et la crise de la dette n’a fait que s’aggraver. En effet, celle-ci est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle était avant l’intervention des institutions financières internationales en 2010[7].

Après le désastre grec, causé par les politiques d’austérité de la Troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et Fond monétaire international), l’Espagne se trouve à son tour au bord de l’abîme. La même thérapie de choc néolibérale a été appliquée de force au peuple espagnol, avec les mêmes conséquences désastreuses. Le gouvernement de Mariano Rajoy a imposé aux citoyens un « plan de rigueur colossal » selon le journal économique La Tribune, avec une baisse des dépenses de 102 milliards d’euros d’ici 2014 : baisse drastique du nombre de fonctionnaires, des budgets de l’éducation et de la santé et diminution des salaires, hausse des impôts dont la TVA et réduction des allocations familiales, des indemnités de chômage et des pensions de retraite, entre autres. Tout cela, dans un pays frappé par un taux de chômage record de 25%, avec une explosion du taux de pauvreté. De son côté, la Commission européenne, loin de se préoccuper des conséquences sociales et humaines engendrées par ces mesures, « salue l’adoption en Espagne du plan pluriannuel[8] ».

Le TSCG, qui impose les politiques d’austérité comme la seule norme possible, est voué à l’échec et aggravera inévitablement la crise économique en Europe, déjà en pleine récession. En effet, le concept de la « règle d’or » est douteux puisqu’en réduisant la capacité des Etats à s’endetter, on les prive de toute possibilité de réaliser des investissements qui relanceraient la croissance. Les conséquences sociales désastreuses entraîneront une crise politique d’envergure dont nul ne peut prédire l’issue, dans un contexte de résurgence de l’extrême droite partout dans le continent.

Le gouvernement socialiste de François Hollande a l’obligation morale de soumettre le TSCG au peuple par référendum, après un vaste débat public contradictoire sur les enjeux en question. Il en va de l’avenir de la démocratie en France, déjà passablement ébranlée par l’adoption par voie parlementaire du Traité de Lisbonne en 2007, alors que le peuple l’avait rejeté deux années auparavant par référendum.



Article original publié en portugais :

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/24575/pacto+orcamentario+europeu+atenta+contra+independencia+da+franca.shtml



Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

[1]Union europénne, « Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance », 2012. http://www.touteleurope.eu/fr/organisation/droit-de-l-ue/les-traites/presentation/le-traite-sur-la-stabilite-la-coordination-et-la-gouvernance-2012.html (site consulté le 29 août 2012).

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Jean-Luc Mélenchon, « Discours de Jean-Luc Mélenchon en clôture des estivales citoyennes du Front de Gauche », Le Parti de Gauche, 26 août 2012. http://www.dailymotion.com/video/xt3yj5_discours-de-jean-luc-melenchon-en-cloture-des-estivales-citoyennes-du-front-de-gauche_news?search_algo=2 (site consulté le 29 août 2012).

[5] Ibid.

[6] Conseil de l’Europe, « Mécanisme européen de stabilité », 2012. http://www.european-council.europa.eu/media/582863/06-tesm2.fr12.pdf (site consulté le 29 août 2012).

[7] Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers monde (CADTM), « Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés », 10 mars 2012. http://www.cadtm.org/Le-CADTM-denonce-la-campagne-de (site consulté le 29 avril 2012).

[8] La Tribune, « L’Espagne s’impose un plan de rigueur colossal », 3 août 2012.




Dimanche 30 Septembre 2012


Commentaires

1.Posté par Depositaire le 30/09/2012 09:57 | Alerter
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Encore une fois, faut-il le répéter sans cesse, ce modèle économique d'économie de marché a fait la preuve la plus totale et la plus spectaculaire de sa totale inefficacité et de son aspect délétère, encore que le mot soit un peu faible pour définir les dégâts causés par son application.

Quand donc comprendra t-on qu'une croissance exponentielle dans un monde aux ressources limitées est totalement absurde ! Ce qu'un enfant de 10 ans est capable de comprendre.

Quand donc les peuples cesseront de se faire "rouler dans la farine", comme on dit, en croyant que tous ces gens se préoccupent de leur bien être. Non ! Leur seule et unique préoccupation est la cupidité ! S'enrichir encore et encore, indéfiniment au détriment de l'immense majorité des peuples qui ne compte pas pour eux.

Ces individus, politiciens, commission européenne, actionnaires des multinationales, sont des individus abjects, malades mentaux. Au mieux leur place est dans un hôpital psychiatrique, au pire, en prison à vie. Ce ne sont que des psychopathes.

Il est temps que les peuples se réveillent, mettent dehors ces individus fous dangereux, avant qu'ils n'entrainent l'humanité dans un conflit mondial qui anéantira les trois quart de tout ce qui vit sur Terre !

Bien des gens n'osent pas agir se disant que si on met dehors ces infâmes individus, la situation sera pire encore. La réponse à cela est non ! Ce ne sera pas pire, car il existe des solutions de remplacement. Certes, il y aura surement une période éprouvante, mais entre ça et le risque d''un conflit mondial nucléaire, ou alors une pollution telle qu'il faudra vivre avec des combinaisons et des masques à gaz, ou alors empoisonnés par leur nourriture aux pesticides et engrais chimiques, et aux OGM, empoisonnés aussi par les vaccins et médications chimiques. Il faut faire un choix drastique : Ou nous choisissons la vie dans tout ce qu'elle peut avoir d'épanouissant, ou une vie d'esclaves de psychopathes sans scrupules qui nous feront mourir à petits feux dans de grandes souffrances physiques et morales ! A chacun de choisir. mais que l'on ne vienne pas dire après être resté passif, "Ah si j'avais su !" Mais vous saviez, et vous n'avez rien fait !

Comprenons-nous bien. Il ne s'agit pas de sortir dans la rue et de mener une insurrection généralisée par la violence. Il s'agit d'un refus net et sans appel de ce type de politique et de paradigme économique absurde, dans la dignité, d'exiger une autre manière de concevoir la vie en société. De faire appel à toutes les forces et moyens qui visent à l'épanouissement de l'être humain. Être ferme mais non violent. la violence fait le jeu de cette oligarchie subversive, qui profitera du prétexte pour restreindre encore plus les libertés, ou pour réprimer dans le sang la révolte.

Il ne faut pas oublier qu'un article de ce traité infâme, que l'autre infâme Sarkozy a fait voter par le parlement en changeant la constitution pour que le peuple n'ait pas son mot à dire, (et dire qu'il existe beaucoup de gens qui ne jurent que par Sarkozy ! C'est dire à quel point ils sont "lobotomisés"), donc, cet article stipule qu'en cas de danger pour l'ordre de la société, les forces de l'ordre pourront utiliser des armes létales. Bien entendu, le concept de désordre de la société sera interprété au gré des pouvoirs. Donc, en un mot, c'est l'autorisation de tuer tout individu que l'on estimera vouloir causer des troubles dans la société. Alors, pensez, une révolte populaire violente...ils ne vont pas s'en priver, histoire de faire réfléchir ceux qui voudraient suivre l'exemple.

2.Posté par bitat le 30/09/2012 16:25 | Alerter
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Avant Fançois Hollande le socialiste, François Mitterand et le parti socialiste au pouvoir à l'époque, portaient déjà l'essentiel de la responsabilité historique de l'élaboration et de la ratification du traité de Maastricht, véritable trahison nationale et républicaine qui, dès février 1992, prétend rendre cette situation irréversible et condamner à perpétuité le peuple de France à un Capitalisme de plus en plus sordide.

Dans la continuation du processus de renoncement national et républicain, la " Constitution Européenne " de Giscard toujours un socialiste, va encore plus loin et prétend institutionnaliser l'Union Européenne. Le texte rejetée par le peuple français en mai 2005 qui soulignait ainsi la progression de sa prise de conscience sur le caractère délétère de L'UE. Ce même texte quasiment non modifié, sous la dénomination de traité de Lisbonne a été imposé par une ratification par voie parlementaire et de façon illégitime, par Sarkozy l'Américain, en violation de la décision du peuple souverain en février 2008.

Il n'y a rien à attendre de bon de la sociale démocratie..., néolibérale et atlantiste, elle est de plus en plus discréditée aux Yeux du peuple de notre pays auquel aura fait tant de mal au nom de la gauche, tout en se drapant mensongèrement dans des grands principes Hypocrite.

Une dictature " régionaliste " , peut être qu'il nous prépare déjà aux Etats-Nations morcelés en régions leurs idées de l'Europe du futur, c'est plus d'Europe, moin d'étas centraux et plus de gouvernements territoriaux. Une Europe plus fédérale avec plus de pouvoir à Bruxelles, Tel-Avive, New-York et moin de pouvoir à Paris, Madrid, Berlin. Après le (MES), mécanisme européen de stabilité voter par le Bundestag qui déjà représente un abandon presque total des droits de souveraineté. En particulier, il empitète largement sur le droit " régalien " de chaque parlement de voter le budjet de l'Etat. Le (MES) reprend aux peuples la plus grande partie de ce qui leur reste de souveraineté et les soumet à un Conseil des Gouverneurs et à un Directoire aux pouvoir dictatoriaux. Le (MES) nous mène dirèctement dans " l'opréssion " et " l'asservissement par une puissance étrangère. Le rapport entre l'abandon de la souveraineté et la soumission à l'hégémonie d'une puissance étrangère était évident. Une nation qui perd sa souveraineté ne peut plus prendre de décisions indépendantes, ni en politique intérieur ni en politique exterieur. Et maintenant les socialistes qui s'apprête à faire adopter par voix parlementaire le Pacte Budgétaire Européen ou traité sur la stabilité, le (TSCG) une autre ame de destruction Massive pour qu'il ne reste vraiment plus rien de souverainté nationale, pour surtout dans le secteur budjétaire, (ce qui mènera forcément à une Union Politique pour L'OTAN, Israél et les Américains).

Plus d'un demi siècle après, l'économie de marché est passé du Libéralisme au Capitalisme sauvage néo-libéral et toujours plus barbare, en éliminant par étapes toute régulation et le rôle des Etats-Nations comme celui des peuples. Cette dérégulation caractéristique de cette mondialisation néo-libéral conduite par l'impérialisme des Etats-Unis, est l'une des causes principale de la crise économique systémique et de longue durée que vit actuellement le Capitalisme. Soumise à la volonté et aux impératifs des grandes entreprises transnationales, à la finance mondialisée, aux dictats de L'OMC, du FMI, de la banque mondiale, cette" Construction Européenne " , véritable révolution supranationale, n'a dans les faits, jamais cessé d'être un outil de la mondialisation Américaine.

3.Posté par bob le 01/10/2012 08:52 | Alerter
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L’austérité est non seulement inacceptable sur le plan social, mais elle ne permet pas de sortir de la crise : les revenus des ménages stagnent ou baissent comme leur consommation ; les investissements des entreprises sont au plus bas ; l’activité économique ralentit, entraînant une baisse des recettes fiscales, d’où des difficultés supplémentaires pour diminuer le déficit public, à l’opposé du but visé. Les États empruntent alors aux marchés financiers, ce qui accroît l’endettement et sert de prétexte à ces marchés pour exiger un nouveau tour de vis. La règle qui oblige les États à se financer auprès des marchés financiers, ce qui leur offre une rente sur un plateau, est un pouvoir exorbitant, et doit être changée. Cette situation n’a rien d’inéluctable, elle est le résultat des choix politiques qui ont été faits pour la construction néolibérale de l’Europe.
http://2ccr.unblog.fr/2012/09/27/tscg-non-a-l%E2%80%99austerite-a-vie/

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