Sciences et croyances

Le Nobel scientifique n’est pas gage d’intelligence



William F. Engdahl
Vendredi 8 Juillet 2016

Le Nobel scientifique n’est pas gage d’intelligence
 

Selon un article du Washington Post, exactement 107 des scientifiques lauréats de prix Nobel vivants ont fait précisément ceci : Ils ont signé une lettre exhortant bêtement Greenpeace d’arrêter de s’opposer aux organismes génétiquement modifiés (OGM). La lettre demande spécifiquement à Greenpeace de cesser d’essayer de bloquer l'introduction de la variété de riz génétiquement modifiée dite « Golden Rice », capable prétendument de réduire les carences en vitamine A chez les nourrissons qui poussent dans le monde. Cela démontre soit que ces 107 nobellisés n’ont guère d’intelligence, soit qu'encore un autre groupe de scientifiques est prêt à prostituer leur réputation contre quelques shekels de Monsanto & Co, soit les deux.
 

    Voici la lettre des vachement pas nobles scientifiques nobellisés : « Nous exhortons Greenpeace et ses partisans à réexaminer l'expérience des agriculteurs et des consommateurs du monde entier avec les cultures et les aliments améliorés grâce à la biotechnologie, à accepter les conclusions des corps scientifiques faisant autorité et des organes de réglementation, et à abandonner leur campagne contre les « OGM » en général et le Golden Rice en particulier. » La lettre s’adresse « Aux dirigeants de Greenpeace, à l'Organisation des Nations Unies et aux gouvernements du monde entier. » Elle se termine par un appel déchirant, « Combien de pauvres gens devront mourir dans le monde avant que nous considérions ce "crime contre l'humanité " ? » C'est du lourd, du très lourd n’importe quoi.
 

    Il y a un hic dans l'appel des 107 scientifiques nobellisés. Du début à la fin, leur lettre est un non-sens scientifique. Tout ce qu'ils écrivent sur les OGM a scientifiquement et à plusieurs reprises été révélé faux. Concentrons-nous sur leur argument principal, le bêta-carotène de l’OGM Golden Rice.
 

Le Golden Rice a raté son coup

 

    Un bref historique aidera à comprendre le degré d’idiotie de leurs affirmations sur le Golden Rice, qui corrigerait la carence en vitamine A dans les pays pauvres d'Asie et d'Afrique, et épargnerait ainsi la vie de millions d'enfants.
 

    Le monde OGM est une création de la fondation Rockefeller. En 1985, elle lança la première étude à grande échelle sur la faisabilité de modifier génétiquement les plantes à des fins commerciales. À l'époque, elle appela cela, « engagement majeur permanent pour l’implantation du génie génétique ». Les fonds de la fondation Rockefeller fournirent le catalyseur essentiel pour la recherche scientifique mondiale et le développement qui conduirait à la création de plantes génétiquement modifiées, la « révolution génétique ».
 

    Au cours des vingt ans suivants, la fondation exonérée d'impôt des Rockefellers dépensera directement plus de 100 millions de dollars, et indirectement plusieurs centaines de millions, afin de catalyser et propager la recherche sur le développement du génie génétique et ses applications dans la transformation des produits alimentaires du monde. Il s’agissait manifestement d’un point très important de leurs plans stratégiques. Cette même fondation Rockefeller finança notamment la recherche eugénique d'Hitler durant la majeure partie du Troisième Reich, jusqu'au déclenchement de la guerre en 1939, quand cela devint embarrassant. À la fin de la guerre, après le procès de Nuremberg, un associé intime des Rockefeller, Frederick Osborn, alors président de l'American Eugenics Society, claironna, « Dorénavant, l'eugénisme portera le nouveau nom de génétique. »
 

    Dit sans détour, à la manière très élégante et froide dont le prince Philip décrivit autrefois l’eugénisme-massacre de gent humaine : Priver le monde de nourriture est le véritable ordre du jour de la manipulation génétique. Les sceptiques ou les curieux pourront consulter mon livre, OGM : semences de destruction : L'arme de la faim, pour connaître les détails référencés de cette opération « scientifique » parfaitement grotesque de la fondation Rockefeller.
 

Raisonnement par l’absurde

 

    Dans les années 1930, le physicien Warren Weaver, alors président de la fondation Rockefeller, dirigea le nouveau programme de biologie de la fondation. Au cours de la Grande Dépression, du simple fait qu'elle avait des fonds à distribuer aux principaux chercheurs scientifiques à un moment de forte pénurie, grâce à sa largesse dans le financement de projets de recherche scientifique, la fondation obtint de l’influence dans la conduite de la science. De 1932 à 1957, la fondation Rockefeller distribua en subventions la somme impressionnante de 90 millions dollars, afin de soutenir la création de la nouvelle discipline de biologie moléculaire. Avec son inséparable travail sur les gènes, la biologie moléculaire est une création de la fondation Rockefeller, avec tout ce qu’implique cette expression. Par tous les moyens, depuis au moins les années 1920, cette même fondation et la famille Rockefeller s’escriment avec amour à dépeupler le globe.
 

    En 1982, un groupe de conseillers de la fondation exhorta la direction à consacrer des ressources à l’application de la biologie moléculaire pour la sélection végétale. En décembre 1984, les administrateurs de la fondation Rockefeller acceptèrent de financer l'application des techniques de biologie moléculaire pour la sélection du riz, aliment de base de la majorité de la population du globe. Telle est l'origine du riz dit doré, qui, selon les 107 nobellisés, pallierait prétendument au manque de vitamine A.
 

    La méthodologie du génie génétique appliquée au riz remonte à ce que René Descartes appelait le « réductionnisme », et à la méthode de Charles Darwin, à savoir que les êtres vivants seraient des machines dont l’unique but serait la reproduction génétique – une question de chimie et de statistiques. La méthodologie des Rockefeller perpétuait la croyance selon laquelle toute forme de vie complexe morte se réduit à une structure de blocs élémentaires ou de « germes élémentaires », à partir desquels toutes ses caractéristiques sont déductibles. À la fondation Rockefeller, il importait peu à Weaver et aux autres que le réductionnisme scientifique ait été réfuté point par point. Tel que l’a dit le professeur Philip Regal, expert en biosécurité reconnu sur le plan international : « ...Weaver contribua à créer le réseau de ceux qui, appelés un jour biologistes moléculaires, n’ont que peu de savoir traditionnel sur les organismes vivants et les communautés d'organismes. Ils partagent la croyance en la théorie du réductionnisme et du déterminisme... Ils ont appris à se servir d’expressions de communication optimistes, qui leur valent subventions et standing. »
 

    Les fonds de recherche furent acheminés dans quelques-uns des plus grands laboratoires de recherche du monde, par l’intermédiaire d’une nouvelle entité, International Program on Rice Biotechnology (IPRB), créée par la fondation Rockefeller. Au cours des 17 années suivantes, sur ses fonds propres, la fondation dépensa la somme impressionnante de 105 millions de dollars, pour mettre au point le riz génétiquement modifié et le disséminer aux quatre coins du globe. En outre, en 1989, la fondation dépensa une somme supplémentaire de 54 millions de dollars par an – soit plus de 540 millions de dollars dans les dix ans suivants – pour « former et renforcer les capacités » à propager les nouveaux développements dans le génie génétique du riz. Leur projet favori était de mettre au point une variété de riz génétiquement modifié, nommée Golden Rice à cause de la couleur orangée pâle du bêta-carotène introduit génétiquement – qui aurait réduit la carence de vitamine A chez les nourrissons.
 

    Aux Philippines, la fondation Rockefeller créa International Rice Research Institute (IRRI), avec une banque de gènes contenant plus d'un cinquième des variétés de riz du monde. Cet institut devint le principal véhicule de prolifération de la nouvelle révolution génétique du riz de la fondation Rockefeller. L’IRRI détenait illégalement dans sa banque toutes les semences de chaque variété de riz importante connue. En 1993, sous les auspices de l'ONU, une Convention sur la diversité biologique convint de contrôler le pillage des ressources semencières du monde en développement. Toutefois, retouchant légèrement le texte original, Washington exigea que toutes les ressources génétiques détenues par le système GCRAI (dont l’IRRI fait partie) restent en dehors des règles. Cela concernait 40% du plasma germinatif des cultures vivrières uniques du monde contenu dans les banques de gènes. Cela signifiait que les entreprises agro-alimentaires, comme Monsanto ou Syngenta, étaient toujours libres de piller, puis de breveter.
 

    L’IRRI avait été utilisé par les commanditaires de la révolution verte pour centraliser le contrôle du trésor de semences irremplaçables des variétés de riz d'Asie, sous la ruse qu'elles seraient ainsi « protégées ». Le Golden Rice devint le symbole du génie génétique, son drapeau de ralliement, et la démonstration de ses promesses, même si celles-ci reposent sur des mensonges malveillants et la tromperie délibérée.
 

La vérité

 

    Le Dr Vandana Shiva, militante indienne pour la biodiversité, lors d’une critique cinglante de la promotion du Golden Rice faite par la fondation Rockefeller, fit remarquer que « le premier déficit de production de vitamine A du riz génétiquement modifié consiste à en éclipser les sources alternatives. » Mme Shiva observa, « Il existe de nombreuses solutions de rechange... pour se procurer de la vitamine A. La vitamine A est fournie par le foie, le jaune d'œuf, le poulet, la viande, le lait, le beurre. Le bêta-carotène, précurseur de la vitamine A, est fourni par les légumes à feuilles vertes, les épinards, les carottes, la citrouille, les mangues... »
 

    Et qui plus est, pour satisfaire la totalité des besoins en vitamine A, la quantité journalière de riz est faramineuse, humainement impossible à ingurgiter. L’estimation étant que l'Asiatique moyen devrait s’empiffrer de 9 kilogrammes de riz cuit par jour, juste pour obtenir la dose minimale requise de vitamine A. La ration quotidienne typique en Asie, 300 grammes de riz, fournirait à peine 8% des besoins quotidiens.
 

    En 2001, par un communiqué de presse, Gordon Conway, de la fondation Rockefeller, répondit timidement à ces critiques : « D'abord, il convient de préciser que nous ne considérons pas que le Golden Rice soit la solution aux problèmes de manque de vitamine A. Il fournit plutôt un excellent complément au régime de fruits, légumes et produits d'origine animale, et à divers aliments enrichis et aux suppléments vitaminés. » Il ajouta : « Je suis d'accord avec le Dr Shiva, le recours aux relations publiques est allé trop loin avec le Golden Rice. »
 

    Question indiscrète et toujours sans réponse, qui est vraiment derrière cette nouvelle tentative, après environ 16 ans d’insuccès à commercialiser le Golden Rice complètement discrédité, qui fait de cet OGM le centre d'un présumé miracle nutritionnel sauveur de vie humaine ? Les affirmations des signataires nobellisés sont complètement mensongères du point de vue scientifique. Quel argent est derrière la tentative de convaincre 107 scientifiques nobellisés, qui devraient notoirement être mieux au fait des choses – et devraient restituer l'argent de leur prix Nobel, si ce n’est pas le cas –, d’apposer leur nom sur un important document de propagande mensongère ?
 

    Est-ce une tentative de Syngenta, aujourd’hui en voie de rachat par ChemChina, pour relancer le projet Golden Rice raté ? Est-ce une tentative pour le même motif de Monsanto, bientôt disparu sous l'égide de l'eugéniste Bayer AG ? Quelle que soit la réponse, et nous la connaîtrons sans doute bientôt, les signataires de la Lettre ouverte à Greenpeace, à l'Organisation des Nations Unies et aux gouvernements du monde, prouvent au moins que les scientifiques nobellisés n’ont pas forcément de cervelle...
 

    Titulaire d'un diplôme en politique de l'université de Princeton, William F. Engdahl est consultant en risques stratégiques, conférencier et auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique. Ses articles sont diffusés à l’origine par le magazine en ligne New Eastern Outlook.
 

NEO, William F. Engdahl, 5 juillet 2016

Original : journal-neo.org/2016/07/05/nobel-science-prize-aint-no-proof-ya-got-a-brain/
Traduction Petrus Lombard



Vendredi 8 Juillet 2016


Commentaires

1.Posté par Clgs le 29/09/2016 04:09 | Alerter
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Ah!Ah!Ah! Il y a bien bien longtemps que Greenpeace n'a plus de scientifique en son sein. Ce mouvement n'a absolument aucune crédibilité sur les sujets d'ordre scientifique.
Il y a trois faits scientifiques qui militent en faveur du verdissement de l'ensemble de la terre : 1- la terre se réchauffe lentement depuis la fin du "petit âge glacière" i.e. depuis le milieu du 19 ème siècle. Et la résultante est plus d'évaporation au dessus des océans, donc plus d'humidité et donc plus de pluie. 2- la capacité des plantes à moins perdre d'eau quand la température augmente. (Très simple à vérifier en laboratoire) 2- la capacité des plantes à croître plus rapidement lorsque l'air contient plus de CO2 (Très simple aussi à vérifier en laboratoire) Explication : Le CO2 est la nourriture des plantes, le taux de concentration en CO2, pour une croissance optimale, se situe dans une fourchette entre 700 et 1000 parties par million (ppm). On est à 400 ppm et le plus bas connu sur la terre était de 270 ppm dans les années 1850. Et à 150 ppm il n'y a plus de plantes!
Le verdissement de la terre est une observation faite à partir des satellites sur une période de trente ans (depuis qu'il y a des satellites) et cela concerne toute la terre sauf les déserts absolus dont les zones qui restent glacées durant toute l'année.

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