Proche et Moyen-Orient

Le Hezbollah s’expose à Israël


En dépit des fanfaronnades habituelles contre Israël, l’Iran et le Hezbollah voient les rebelles syriens et l’Arabie saoudite comme une menace directe plus importante à l’heure actuelle


Sharif Nashashibi
Mardi 7 Juin 2016

un partisan du groupe militant chiite libanais Hezbollah brandit un portrait de son ancien commandant, Mustafa Badreddine, lors d’une cérémonie commémorative à l’occasion de la première semaine suivant sa mort survenue au cours d’une attaque d’artillerie près de Damas, dans la banlieue sud de Beyrouth, capitale libanaise, le 20 mai 2016 (AFP).
un partisan du groupe militant chiite libanais Hezbollah brandit un portrait de son ancien commandant, Mustafa Badreddine, lors d’une cérémonie commémorative à l’occasion de la première semaine suivant sa mort survenue au cours d’une attaque d’artillerie près de Damas, dans la banlieue sud de Beyrouth, capitale libanaise, le 20 mai 2016 (AFP).
Le 18 mai dernier, Middle East Eye a rapporté que le mouvement libanais Hezbollah a été chargé par son patron, l’Iran, de suspendre les opérations contre Israël et de cibler l’Arabie saoudite à la place.

La véracité de ce reportage, qui cite « des sources bien informées présentes au Liban », a fait l’objet de débats sur les réseaux sociaux. Le temps nous le dira, mais la réaction inhabituelle du Hezbollah à la mort à Damas de son haut commandant militaire Mustafa Badreddine étaie cette affirmation.

Le Hezbollah n’a pas pointé du doigt Israël, qui a refusé de commenter son implication ou non dans cette mort, bien qu’il ait assassiné d’autres personnalités du Hezbollah en Syrie et que le mouvement l’ait auparavant accusé d’autres assassinats. Parmi ces assassinats figurent celui de Samir Kantar et de huit autres personnes en décembre, celui de Jihad Moughnieh et de cinq autres personnes en janvier 2015, ainsi que celui d’Imad Moughnieh en 2008, sans parler des personnalités assassinées au Liban.

Au lieu de cela, le mouvement a déploré « un bombardement d’artillerie effectué par les groupes takfiris » et soutenu par Riyad, sans nommer un groupe en particulier. MEE a rapporté que « les paroles scandées par les membres du Hezbollah lors de l’enterrement de Mustafa Badreddine sont peu équivoques sur le fait qu’ils tiennent l’Arabie saoudite pour responsable ».

Et ce, malgré l’absence de revendication de la part d’une quelconque partie, alors que MEE a indiqué que « les sites les plus proches abritant l’artillerie de groupes adverses se situent à 20 kilomètres de là [et que] certains émettent des doutes quant au fait que leurs obus aient pu frapper si précisément depuis un point si éloigné ».

Le retournement de veste du Hezbollah peut avoir été conçu comme un casus belli visant l’Arabie saoudite ou les intérêts saoudiens. Celui-ci peut également, ou à la place, avoir été conçu pour sauver la face, dans la mesure où accuser Israël susciterait des menaces et des représailles attendues, ce que le Hezbollah aurait du mal à mener à exécution étant donnée son implication de plus en plus profonde dans le conflit syrien.

Des représailles seraient source de graves risques pour son armée, sous pression face à l’armée la plus puissante de la région, tandis que l’absence de représailles donnerait au Hezbollah un air de faiblesse contre un ennemi juré. Il est ainsi bien plus opportun d’accuser les forces qu’il combat déjà.

En ce qui concerne l’Iran, les chances de subir des frappes aériennes israéliennes ont reculé depuis l’accord sur le nucléaire signé l’an dernier, non pas parce qu’Israël s’en satisfait (bien au contraire), mais parce que cela provoquerait la fureur des alliés cruciaux qui ont contribué à la conclusion de l’accord.

Pendant ce temps, les tensions saoudo-iraniennes continuent de croître et la menace représentée par les rebelles syriens a augmenté étant donnée l’implication de plus en plus forte de Téhéran sur le terrain en Syrie, qui a entraîné une hausse des pertes iraniennes, parmi lesquelles des figures militaires de haut rang.

De ce fait, en dépit des fanfaronnades habituelles contre Israël, l’Iran et le Hezbollah voient les rebelles syriens et l’Arabie saoudite, qui a juré d’accroître le soutien pour ces derniers si Damas poursuit son intransigeance diplomatique, comme une menace directe plus importante à l’heure actuelle.

Ni Téhéran, ni le Hezbollah ne l’admettront un jour, ni ne reconnaîtront qu’ils se concentrent sur l’Arabie saoudite plutôt que sur Israël si cela a été décidé, car cela porterait atteinte à leur image de soi-disant « axe de la résistance » contre Israël. Néanmoins, les considérations mentionnées ci-dessus signifient que la décision de cibler l’Arabie saoudite plutôt qu’Israël, du moins pour le moment, n’est pas improbable.

Ces évolutions soulignent la mesure dans laquelle le Hezbollah a limité ses options vis-à-vis d’Israël en raison de son implication en Syrie, qui représente pour le mouvement un bourbier de plus en plus grand et sans fin. Le Hezbollah ne cherche pas à s’en extirper, bien au contraire.

Suite à la mort de Badreddine, décrite par Reuters comme « l’un des plus grands coups portés au leadership du groupe soutenu par l’Iran », le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a promis de renforcer sa présence en Syrie et d’y envoyer plus de dirigeants.

Cependant, le mouvement risque ainsi de s’éparpiller. Le Hezbollah a déjà envoyé des milliers de combattants en Syrie, tandis que Nasrallah a reconnu il y a un an que le Hezbollah combattait dans tout le pays plutôt que dans certaines régions, comme cela était affirmé précédemment.

De même, le déploiement de nouveaux combattants entraînera inévitablement plus de victimes. Nasrallah a reconnu la semaine dernière que le Hezbollah avait perdu « un grand nombre » de combattants en Syrie. Les estimations varient entre 1 200 et 2 000 morts, dont des personnalités de premier plan, tandis qu’en décembre, environ 5 000 combattants blessés ont été comptabilisés.

Le bilan des pertes encaissées jusqu’à présent par le Hezbollah au cours du conflit syrien éclipse celui de la guerre de 2006 contre Israël, compris entre 250 morts selon le mouvement et 600 morts selon l’armée israélienne. Enlisé en Syrie, le Hezbollah s’est dangereusement exposé à Israël, qui n’est pas étranger aux démonstrations de force subies par le groupe.

Si Israël décide d’agir contre le Hezbollah au Liban ou en Syrie, soit par des opérations individuelles, une escalade générale ou une guerre à part entière, il le ferait en sachant que le mouvement ne peut plausiblement pas combattre sur deux fronts et que sa popularité à l’échelle nationale et régionale a plongé en raison de son intervention en Syrie. Ces éléments pourraient s’avérer tentants pour Israël, qui n’a jamais réussi à vaincre le Hezbollah jusqu’à présent.

Le mouvement a dévié de sa raison d’être légitime, à savoir résister à l’agression israélienne, en préférant se concentrer sur le soutien à un dictateur qui opprime brutalement son propre peuple. C’est toutefois Israël, et non les rebelles syriens, qui représente une menace existentielle pour le Hezbollah, ce que le mouvement oublie à ses risques et périls.



Mardi 7 Juin 2016


Commentaires

1.Posté par Korburn le 07/06/2016 09:29 (depuis mobile) | Alerter
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Je me doutais depuis un moment. Le commentaire sur hzballah et une insulte à la raison,et a l''intelligence .

2.Posté par Depositaire le 07/06/2016 12:35 | Alerter
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voilà encore un article qui cherche à attiser les tensions entre communautés.

A supposer que le hezbollah centre son activité contre les milices takfiristes plutôt que contre israël, c'est on ne peut plus normal. Le hezbollah est certes bien armé pour se défendre contre israël, mais ne peut tout simplement pas engager une guerre directement contre cette entité pour la raison simple que les états unis, et bien des pays européens viendront la soutenir.

Par contre, l'Arabie saoudite est vraiment le pays de la subversion par excellence. Sa fourberie, sa violence intrinsèque, sa volonté de détruire la Syrie et, si possible, l'Iran, son soutien inconditionnel aux bandes takfiristes qui sèment le chaos en Syrie, en fait le pays le plus dangereux de la région. irsaël a l'otan derrière lui de sorte que l'on ne voit pas comment le hezbollah pourrait lutter contre tous les pays de l'Otan en plus des takfiristes qui seraient dirigés contre lui par l'Arabie saoudite.

3.Posté par war95 le 08/06/2016 02:17 (depuis mobile) | Alerter
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Ils ont oublier leur propre tékfire qui na pas d égale ni chez dahech ni chez nosra ect ses chiite imamites rendre mécréant (takfir) la majorité des compagnons et tous ceux qui les suive c.a.d +14 siécle des genération et des géneration de musulman

4.Posté par MED le 08/06/2016 12:16 | Alerter
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De quel Hizbollah s'agit'il!
Pour être objectif , il aurait fallu signaler les motivations propres du Hizbollah à la base de sa participation à la défense active de l'Etat Syrien. La Syrie était quand même la principale voie d'approvisionnement et la seule profondeur géographique pour le Hizbollah et donc pour le Liban
Au plan strictement militaire ,le choix opéré était donc incontournable et évident !
Ensuite, l'auteur qui se fait beaucoup de soucis pour le Hizbollah face à Israël , oublie de prendre l'avis des stratèges israéliens qui eux , sont plutôt affolés par l’expertise militaire acquise par Hizbollah ...Ils avouent que ce dernier a remporté "la plupart" des batailles auxquelles il a participé..."La plupart" ? Venant d'eux, on peut aisément traduire par la "totalité " Le front intérieur doit toujours être ménagé , non!
Remarquons aussi le glissement opéré dans le "judicieux" rappel de l'auteur qu'Israel reste l'ennemi existentiel du Hizbollah ...Tiens , Israel ne serait donc plus l'ennemi de la "Nation" arabo-musulmane!
Enfin , en basant l'analyse exclusivement sur les facteurs matériels , une pratique omniprésente chez les analystes, l'Article ignore l'essentiel chez le Hizbollah: ce dernier est d'abord une culture , pratiquement unique, fondée sur la Science et la technologie, sur l'observance des principes islamiques et sur le sens du sacrifice
suprême .Dés lors,le martyr de ses chefs combattants ne peut être fatal au Hizbollah ...On ne tue pas une
Culture qui fait la synthèse de tous ces facteurs de puissance!

5.Posté par sam le 10/06/2016 08:48 (depuis mobile) | Alerter
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la grande question que tout le monde devrait se poser,pourquoi les takfiristes et leurs alliés seoudiens ne cherchent ils pas à liberer la Palestine qui est un devoir sacré mais aussi une obligation morale et religieuse .

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