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Le Dromadaire et la suite de ses pérégrinations


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Mohamed Chetoui
Jeudi 1 Décembre 2011

Le Dromadaire et la suite de ses pérégrinations
D’après certains qui trouvaient en toute chose matière à contester, souvent à raison, la venue des « gens du cercle » avait été provoquée par un autre groupe de gens qui avaient longtemps été seuls à désigner ce qui était blanc de ce qui ne l’était pas et ce qui était noir de ce qui ne l’était pas. En moyens de techniques de leurs inventions, ils blanchissaient le noir et noircissaient le blanc à égarer l’œil le plus vigilent et le plus exercé dans la distinction des nuances. Ils avaient même réussi à égarer un œil exercé à distinguer quatre mille deux cents nuances de gris. Ils ne faisaient jamais rien et ne disaient jamais rien. Ils citaient les dires des autres : « On a entendu quelqu’un qui disait qu’il avait entendu quelqu’un qui disait qu’il avait entendu quelqu’un qui disait que le ciel rougit au coucher du soleil. Ou on a entendu quelqu’un qui disait qu’il avait rencontré quelqu’un qui lui avait raconté qu’il avait vu quelqu’un traverser la rivière en crue au gué des moutons où il n’y avait pas longtemps un troupeau et son berger avaient été emporté par des eaux beaucoup plus calmes qu’elles ne l’étaient cette fois-ci. »

 
 

Les mains propres, le regard probe, le port moulé dans la droiture, ils respiraient le « comme il faut » des pores de toute la surface de leur peau. En réalité, qu’appréciaient-ils le plus, le blanc ou le noir, la propreté ou la saleté, le bien ou le mal ? C’est dur à savoir, car pour vilipender ou salir les autres, ils généralisaient en étendant les sens des mots jusqu’à en faire des gouffres infranchissables et pour se congratuler ou se nettoyer, ils restreignaient leurs sens et les astiquaient pour les faire briller comme des diamants. Mais, qu’à cela ne tienne, les faits sont là : ces gens survécurent mais pas les « gens du cercle. » Ils survécurent parce qu’ils s’en tenaient à de simples mystifications qui leur permettaient de se présenter en détenteurs de la vérité, donc des êtres supérieurs et hors du commun. Comme les niais prêt à croire à m’importe quoi, souvent par nécessité que par aveuglement, n’en viennent jamais à manquer, ils n’avaient qu’à exceller dans l’invention de miroirs déformants.


Le ciel qui rougit au coucher du soleil est un phénomène naturel et accessible à tout un chacun pour le vérifier et l’admettre. Mais qu’en est-il d’un phénomène, d’un fait, d’un énoncé, d’une affirmation informative ou formative difficile à vérifier et à soutenir par soi-même ? Le seul moyen qui reste est de faire confiance et de croire celui qui le rapporte ou de rester sceptique. Celui qui rapporte devient le garant de la véracité de ce qu’il rapporte et pour ce, il doit être crédible ou qu’il le fasse croire. Que celui qui rapporte soit une personne ou une institution, qu’il soit vraiment crédible ou pas, cela importe peu. C’est l’image qu’il donne de lui-même qui importe. C’est son jeu d’acteur et les fortes émotions qu’il peut susciter, qui sont essentiels. Ces gens aux mains propres et au regard probe avaient découvert l’image et sa force de persuasion ou plutôt les avantages qu’offrait sa manipulation. Veiller à donner une image de soi qui soit distinguée, respectable, enviable ou séduisante selon le public visé et veiller à ce qu’on ne s’aperçoive pas de ses lacunes et visées, est suffisant pour convaincre, peu compte le reste. Acquérir une bonne réputation et l’asseoir est l’enjeu de tous les enjeux. Il est de même pour détruire quelqu’un, il faut commencer par détruire son image. Qu’on se garde d’accorder un pouce de vérité à l’idée que c’est parce qu’une chose est évidente qu’elle est accessible et facile à accepter ! C’est plutôt l’inverse qui se passe, on la nie. La chose qu’on prend pour évidente, le plus souvent, ne l’est pas, son apparente évidence tient surtout de l’intuition animale et non de la raison qui ne fait office que de décorum. Mieux vaut un pieux mensonge sécurisant qu’une vérité menaçante. La vérité menaçante, on la dit seulement lorsqu’on veut se présenter en protecteur et resserrer les rangs du troupeau, mais on ne vous croira pas si on ne croit pas en vous. Le véhicule ou le média fait la vérité mieux que peut la faire, la recherche, l’investigation, l’analyse ou une méthodologie scientifique aussi fine et laborieuse soit-elle. La manipulation de l’image n’était pas une chose nouvelle, toutes les aristocraties, autocraties, ploutocraties, méritocraties, canaillocraties, médiocraties du monde depuis que le monde est monde l’avaient exploitée au moyen des techniques et du savoir de leurs temps.


Le Dromadaire et moi, nous sommes l’équivoque que les gens du peuple de la tradition disparue appelaient « c’est lui et ce n’est pas lui. » Nous sommes deux êtres, l’un réelle et l’autre imaginaire, qui poursuivent des buts différents. L’un est dans sa légende et l’assume avec tout ce qu’elle peut lui donner comme espoirs ou lui infliger comme déboires. Et l’autre est à la recherche des fragments épars de cette légende, non pas pour en saisir le sens qu’il lui est d’accès impossible mais pour reconstituer quelques-uns des ses pans. L’un est ignorant du temps chronologique, du temps quantifiable, du temps logique le plus élémentaire comme hier est avant « aujourd’hui », mais sensible aux mouvements et aux changements des choses et des faits. Cette sensibilité aux mouvements et aux changements peut communiquer l’impression qu’il n’est pas complètement insensible au temps alors que si. Pour lui, le temps n’existe pas, c’est une supercherie commode mais une supercherie. Il n’existe en faite que le mouvement, le changement, la mutation et la répétition qui alterne entre une chose et ce qu’elle est et cette même chose et ce qu’elle n’est plus tout à fait en un endroit ou dans sa nature. Le changement est décomposable donc comparable, ce qui permet de lui attribuer un temps par comparaison à un autre changement plus au moins régulier et supposément perpétuel. L’autre n’ignore rien du temps commun, mais sa perception est quelque peu étrange. Il perçoit trois temps distincts qui progressent en désordre et ne vont pas au même rythme. Lorsque l’un des temps s’écourte, le deuxième s’allonge et le troisième va, vient et ne semble privilégier aucune direction. Lorsque l’un s’arrête, le deuxième s’affole, le troisième s’amuse à zigzaguer, à passer d’un temps à l’autre et à brouiller leurs traces. Lorsque l’un des temps bifurque ou disparaît, le deuxième continue tout droit ou se fait encore plus visible et le troisième fait le pied de grue. Qui est qui, qui est le personnage réel et qui est le personnage imaginaire ? Mystère !


Nous sommes l’ambiguïté des « gens du cercle » dont je ne parlerai plus, sauf de leur mutisme qui est celui de leurs tombes dont même la terre ne s’en souvient plus. La terre couvre d’oubli ses vrais amants comme pour les récompenser de s’être offert à elle sans cérémonies, sans résistance, sans fiel, le cœur léger ; insoucieux des bruits volatils des ostentations humaines, et attentifs à ceux de la vie qui se multiplie à travers une hallucinante variété de formes. Ne pas parler d’eux est le seul hommage qu’on puisse leur rendre, puisqu’ils le réclamaient en demandant à leurs disciples : « Entretenez-nous dans le silence de vos mémoires, qui mieux que le silence sait transmettre. Le silence ne s’alourdit pas de l’accessoire, il vise au primordial. A-t-on vu le silence s’encombrer de mémoires sanguinolentes, de mémoires qui répugnent même les hyènes de s’en approcher ? A-t-on entendu le silence mentir, se vautrer dans l’imbécillité docile et ricaner ? Jamais ! Le silence, quel bruit fracassant ! Il descend depuis les plus hauts sommets et s’étouffe dans les creux. Il monte des profondeurs et s’éteint sur les surfaces. Il s’étire avec la douleur et se ramasse dans la plénitude. Il s’entortille autour du cri d’une femme et se déploie sur le sanglot d’un enfant. Le silence, c’est le terminal du verbe qui déverse toutes les onomatopées, les abstractions sonores et les agrégats de mots et d’intonations. Entendez-le donc retentir et trôner sur le tumulte ».


Quelques disciples durs d’oreille se plaignaient et trouvaient leur demande inhumaine : « Vous exigez que nous nous transformions en pierre, mais comment faire pour perpétuer votre exemple et transmettre votre message ? » Ils leur répondaient, mais non sans une note de déception dans le propos : « Écoutez le grand bruit qui transporte tous les messages et tous les exemples. Toutes les indulgences et leurs refrains. Toutes les théories et leurs scories. Tous les itinéraires et leurs raccourcies insensés. Toutes les déchéances et leurs futiles sursauts. Toutes les croyances et leurs désobligeantes sornettes. Tous les mirages ainsi que les ouvertures et les meurtrières qui les laissent voir. Tous les panoramas et leurs angles morts. Participez de ce bruit, nous y seront, et nous et notre message. Les plus attentifs et les plus perspicaces parmi vous, nous reconnaîtrons et se reconnaîtrons. Le bruit, quelle que soit sa nature, retourne au silence et en est son appel. La mémoire, la grande mémoire est justement un grand silence. Ce que vous ne pouvez trouver dans le grand silence, vous ne le trouverez nulle part ailleurs. Le message est un : s’élever au-dessus de sa condition et transcender la bête. L’humain (el-in’s’an) n’est pas celui qui dit : je suis meilleur que la bête et je vais le prouver. Dans son empressement à le prouver, il hissera la bête et la fera planer haut au-dessus de lui pour en faire l’humain idéal, l’humain à atteindre. Être meilleur est une exigence de la bête, de la crapule qui aime agiter cette exigence comme une bannière…. Le meilleur, le vrai est une terrible exigence intérieure, qui tue qui n’a pas la force suffisante pour la supporter. Il plait à la bête de se confondre avec l’animal parce que cela fait son affaire, parce que cela lui permet de ruser à sa guise. L’animal n’est pas la bête.

 

L’animal est innocent et est voué au sacrifice. La bête n’a de raison que sa propre raison, une raison qui échappe à l’acception ou l’acceptation. Quand la bête crie : « À mort la bête », elle n’appelle pas à sa propre mort mais à la mort de l’animal, au sacrifice de l’animal. Quand la bête crie : « La bête est morte et tout le monde est libre », elle est vivante et plus que vivante, elle est à son apogée et fait dans l’autodérision. Nous n’avons jamais eu et nous n’avons pas la prétention de dire qui est l’humain comme nous n’avons jamais eu et nous n’avons pas la prétention de dire qui est la bête. Celui qui prétend dire qui est l’humain ou qui est la bête, celui-là ne dit rien d’autre que ce que lui susurre la bête. Ce qui ne se dit pas, ce qui ne peut même pas se dire, c’est à cela que nous vous invitons à accéder. C’est cela que nous vous invitons à découvrir. Une fois que vous l’aviez découvert, une fois que vous y aviez accédé, vous comprendriez le sens du silence. Vous comprendriez que ceux qui prennent la parole peuvent se prétendre de tout ce qu’ils veulent, mais au mieux, ils ne peuvent être que les porte-parole de la bête. Nous sommes humbles et terre à terre, nous n’entretenons aucun mystère pour attirer l’attention sur nous.

 

Passer du porte-parole de la bête au porte-parole du silence nécessite un long et pénible apprentissage. Stérile, fastidieux apprentissage, dit la bête pour décourager les bonnes volontés. Nécessité, nécessité, disons-nous, il y va de la survie de l’animal. Écoutez les bruits et intéressez-vous aux halos des silences qui les entourent, et curieusement, vous constaterez que ce qui entoure fait le fond et ce qui est entouré fait la forme. Le fond ou le contenu est plus dans ce qui nous échappe que dans ce que nous saisissons et isolons. Hélas ! La jeunesse est corruptible et la vieillesse est lâche. Il est toujours trop tard pour l’essentielle. Nous tardons à l’apercevoir et lorsque nous l’apercevons, il nous paraît flou et sans le moindre intérêt par perte de l’acuité visuelle dont nous ne savons pas faire bon usage et que nous usons à prendre des lucioles pour des étoiles. Comment parler et rendre compte du silence ? Par les bruits, bien sûr, et il y en a deux sortes. Il y a ceux qui masquent le silence et ceux, rares et insaisissables, qui le font découvrir et qui courent à ras de terre, à raz les corps célestes et à travers le vide interstellaire. Si les hommes ne les entendent pas, c’est parce qu’ils sont plus préoccupés par les chemins qui vont au ciel que par les chemins qui les font rencontrer. Pauvres qu’ils sont, de par leur station debout, ils croient que le ciel est en haut, alors qu’il n’est ni en haut ni en bas. Il commence à leurs pieds et s’étend au reste de l’univers.


Les hommes, ah !, les hommes, ces bâtisseurs de pyramides et de murailles, seules structures qui les confortent dans leurs certitudes et qui les sécurisent sur leur destin, sont incorrigibles et décevants. Ils oublient très vite que, si la pyramide est une structure inébranlable et qu’une muraille, plus elle est haute, épaisse et évasée à sa base plus elle est infranchissable et solide, il reste qu’elles se construisent sur quelque chose et non sur rien. Elles se construisent plus sur leurs bras ou ceux de leurs semblables que sur la terre. Après ils s’étonnent que leurs pyramides et leurs murailles s’affaissent. Ils construisent des pyramides de plus en plus hautes avec l’espoir qu’un jour, ils construiront celle dont le sommet touchera le ciel ou le dépassera. Pour se rendre au ciel, aucun sacrifice ne leur paraît excessif, qu’on sème la terre de cadavres, ou qu’on laisse barboter dans la misère noire ses semblables. Lorsqu’ils n’érigent pas les murailles et les pyramides concrètement, ils les érigent dans leur tête, ce qui est pareil ».

Le silence habituel n’est rien d’autre que les bruits qui nous sont inaudibles, mais il ya aussi d’autres silences que nous produisons en faisant les sourds d’oreilles (attention), de cœur (sentiment) et d’esprit (compréhension). Nos tintamarres d’humains sont des objets orientés et reflets de nos penchants, de nos limites et peurs. Les « gens du cercle » donnaient à ce mot « silence » une portée beaucoup plus vaste et plus profonde que celle apportée ici. Ils y incluaient l’ignorance sur soi, sur l’autre, sur la vie et ce qui la fait ou la justifie. Sur l’univers et sur tout ce qu’on ignore tout simplement. Nous ne nous arrêtons que sur ce qui heurte nos sens, notre esprit ou imaginaire sans plus.

Avant d’en finir avec les « gens du cercle » que je n’évoquerai que par le nom « des gens du silence », rappelons qu’ils étaient probablement à l’origine de la légende de l’homme-dromadaire ou du dromadaire mais les avis restaient partagés. Cela devrait venir du fait qu’ils utilisaient un dromadaire comme média sans infirmer ni confirmer qui du dromadaire ou de l’un d’entre eux caché avec lui dans la tente parlait.


Avant de poursuivre, il n’est pas superflu de s’attarder sur le mot « légende »et d’essayer de le dépouiller de ses connotations péjoratives et de sa surcharge de sens contradictoires et véhéments. Comme celles qui le renvoient systématiquement aux histoires farfelues à l’orée de l’insignifiance ou à ces histoires qui se disputent à coup d’arguments massue l’inconcevable, la pleutrerie et la dégaine. Les légendes, les vraies, sont les vérités fondatrices, novatrices ou destructrices (tout nouveau est destructeur de l’ancien en vrai ou seulement en apparence) avant de tomber en désuétude et de se faire remplacer par de nouvelles légendes. Une légende ne se dit pas légende tant qu’elle reste une vérité pour soutenir parfois des vérités immuables jusqu’à un certain degré, parfois pour soutenir tout simplement les appétences humaines où nécessités et abus s’amalgament jusqu’à constituer une bouillée indigestes. Les sciences, même les sciences prétendument exactes se basent sur des légendes dans la mesure où elles nous imposent d’admettre des choses qui n’ont aucune réalité matérielle ou cette réalité matérielle est insaisissable par un quelconque moyen. Ce sont certes des légendes modestes et sans prétentions autres que celles de vouloir nous éclairer sur certains phénomènes ou sur la marches des choses peu importe leur nature.


Les légendes les plus sournoises et les plus difficiles à détrôner sont les légendes fondatrices des ordres, des rapports sociaux ou des représentations du monde.

Des gens prétendant connaître un grand livre où tout est écrit du début à la fin sur ce qui est advenu et adviendra, rapportent pour l’y avoir lu ou seulement entendu dire que le dromadaire s’était mis au service de l’homme pour se punir ; ou pour faire pénitence d’un péché que ses ancêtres avaient commis. Ils avaient oublié l’adoration de l’ancêtre et le fait d’enterrer leurs morts, qui en découlait. D’après une autre interprétation toujours tirée de ce grand livre par d’autres gens, les ancêtres du dromadaire s’étaient laissé volontairement se faire domestiquer pour sauver une tribu humaine menacée de disparition. Et celle-ci, une fois qu’elle avait été tirée d’affaire, avait trahi la parole donnée de les libérer. Selon la première explication, le dromadaire mérite en plus d’être exploité d’être aussi maltraité pour expier son péché ou le péché de ses ancêtres. Selon la seconde, à l’inverse, le dromadaire, maintenu dans son statut d’exploité par trahison, doit être traité avec indulgence.


Quoi qu’il en soit, l’une et l’autre interprétation m’ont beaucoup moins impressionné et intrigué que ce grand livre sur lequel je n’ai jamais pu mettre la main dessus ; et continue à le chercher comme tant d’autres dromadaires ou personnes comme moi, qui en ont entendu parler. Il paraît que du moment où quelqu’un se met à griffonner des mots sur une surface sans être motiver par l’ambition du sorcier qui relève de la manipulation intéressée. C’est qu’il est à la recherche des vérités de ce grand livre qu’il en est conscient ou non, interpellé par une voix intérieure inaudible mais perceptible au touché par le cœur. Bien que ce livre soit traité comme un livre de prédictions par d’astucieux charlatans à des fins de lui conférer un aspect visible et utilitaire comme toute la bimbeloterie dont on s’entoure dans la vie. Il se pourrait qu’il n’existe que sous la forme d’un souffle sourd d’écritures en filigrane des expiations du vivant depuis son apparition sur terre. Ou d’un écho mystérieux rendu par l’agitation, le fourmillement, les bruits, les interférences, la marche cahin-caha des petites vies de misère ; les promiscuités calandrées à la banalité des incestes et les auto-encensements dont on ne se départit plus dés qu’on a un pied sur un étrier. Dans ce grand livre qu’on présente comme un livre unique ou comme un ensemble de livres formant une seule œuvre ; il y’aurait les réponses à toutes les questions sans limitation autre que celle de l’incapacité de l’esprit humain à pouvoir les formuler. En toute vraisemblance, ce livre ne serait que l’ensemble des réponses en forme d’ébauches ou élaborées, réfléchies ou spontanées, fondées sur des croyances ou des connaissances aux questionnements incessants des enfances. Depuis les balbutiements du premier anthropoïde, humanoïde, hominidé parlant ou homo sapiens. Ou depuis le premier souffle qui s’était reflété sur lui-même et s’était reconnu. Ou depuis que Hawa et Adam furent chassés du paradis. Au choix !


Quand les temps se gâtent et font chanceler les assises de la vie, les recours à des palliatifs fantasmagoriques à bien des égards et parfois sont salutaires. Et quand tout se recoupe avec l’indolence des dépérissements, le monde entier se montre sous le jour d’un grand livre d’images en surimpression ; exécutées sous la férule d’une passion morbide où déambule dans la boue impassible une énigme fière comme une hampe de drapeau par sa roideur ou un peuplier par sa force tranquille.


Les voyageurs d’autrefois qui écoutaient la pleine lune leur raconter ses voyages et les tenaient au courant en même temps des nouvelles du monde, appelaient cette énigme l’énigme du Dromadaire. Elle fut aussi très connue sous le nom de « mirna» par comparaison à une moisissure cotonneuse dont c’est le vrai nom, et qu’on pensait qu’elle poussait dans les poitrines et était à l’origine de ce qui enveloppait les poumons des grands nostalgiques, les leur compressait et leur rendait la respiration difficile. De même qu’elle était à l’origine de ce qui empêchait certains en raison de leurs prédispositions à être plus sensibles que d’autres à son influence de ne jamais retrouver le sommeil profond. Elle maintenait leur lucidité à son paroxysme jusqu’à ce qu’elle s’éteigne subitement comme une flamme de bougie qui se fait happer par un coup de vent sec et inopiné.


Les anciens savants qui étaient versés dans les sciences aveugles, quant à eux, désignaient l’énigme du Dromadaire par le paradoxe de la vérité. C’est de ce paradoxe qu’ils avaient déduit que la vérité est une chambre de zéro à plusieurs portes dont chacune s’ouvre sur une chambre de une à plusieurs portes en un processus infini. La chambre à zéro porte (ou sans porte), la vérité inaccessible. Celle à une porte, la vérité triviale. Celle à deux et plus, la vérité complexe qui, à son tour, pourra évoluer vers la vérité inaccessible si le nombre de portes devient de plus en plus grand. Ces anciens savants des sciences aveugles avaient le mérite d’avoir été parmi les premiers à distinguer la vérité de l’opinion. Et à se rendre compte que « la vérité ne motive pas trop de monde comme autant que l’opinion émanant des ténèbres des êtres et ne s’embarrassant ni de la contradiction ni de la compromission, ni des mensonges qui se changent en seconde nature ». Par les savants des sciences aveugles, on pointait des personnes qui, dans leur majorité, étaient dignes et authentiques, pour les exposer à la risée et la vindicte populaire. Des personnes qui se permettaient de débattre de tout sans balises étriquées ni malice, et n’abandonnaient nulle question, nul problème en jachère. Des personnes qui étaient horrifiés par les cloisonnements de la pensée, les hermétismes ou les bocaux à conserve, et encore plus par ces esprits qui se disent grands mais étranglent tout ce qu’ils saisissent. C’était pour les tourner en dérision que des théosophes communs les appelaient les savants des sciences aveugles. Il faut convenir qu’ils réussissaient bien et jappaient d’allégresse quand le temps leur confirmait un malheur qu’ils avaient prévu. Les savants des sciences aveugles avaient bien des défauts, mais leur naïveté était le défaut qui les surpassait tous, une naïveté qui leur faisait croire que le domaine de la pensée est un domaine en friche où il est permet à chacun de s’emparer de la parcelle de son choix pour la mettre en valeur. Ils confondaient rêve et réalité, possible et patent, souhaité et prédéterminé comme tous ceux qui se confectionnent des ailes avec des idéaux, séduisants par leur transparence et traîtres par leur fragilité.


Le domaine de la pensée est le domaine de l’interprétation où la gratuité et l’innocence n’ont pas leurs places, et combien, l’apprennent à leurs dépens avant de se mettre à l’écart ou de se convertir à leur tour contraints et déçus en théosophes communs, et ce, en ne parlant que des gens consciencieux. Le domaine de la pensée est fort enténébré comme tout domaine où viennent se heurter et s’entremêler les intérêts et les ambitions humaines, et dans lequel les théosophes s’engouffrent en s’acharnant à tenir le haut du pavé et à en faire une chasse gardée. Ce qui caractérise les théosophes, ce n’est pas leur appartenance à une culture, ni à une religion, ni à un domaine spécifique de la connaissance, ni à une aire géographique, ni à une époque particulière de l’histoire. C’est une certaine constance, un certain entêtement à croire que la vérité comme n’importe quel animal est domptable et que cela n’exige le plus souvent que d’avoir sous la main une bonne muselière et une laisse solide. Les théosophes sont éternels comme est éternelle la peur. La peur d’ici, la peur de l'au-delà, la peur du commencement, la peur de la fin. Leur obsession, c’est l’efficacité, le direct, le but rond comme le cercle dessiné sur le cœur d’une cible d’entraînement. Coup parti, cible touchée. Pas de zigzags, pas de tergiversations. Leur technique, c’est la persuasion par la répétition. Répéter et tenir pour dit, tenir pour vrai, tenir pour sacré tout ce qui peut servir de brides pour guider les pauvres têtes qui, de leur point de vue, ne demandent qu’à être guidés, sans que celles-ci ne les aient délégués leurs guides. Leur pain béni, c’est la crédulité populaire, elle les fait vivre et ils l’entretiennent avec force astuces.

Leurs ennemis, ce sont les sceptiques irréductibles, une chance qu’ils sont rares et que leurs entreprises se terminent comme par enchantement en aventures d’un Don Quichotte de la Manche ou en aventures d’un Mani qui s’est fait tuer en voulant réconcilier l’irréconciliable et dont la pensée a été réduite à un schéma décevant et contraire à sa vraie pensée. Mani n’était pas manichéen. Qu’on se méfie deux fois plutôt qu’une ! Les théosophes sont plus malins pour s’affubler de ce nom générique de théosophe, ils arborent d’autres noms aux sonorités chatoyantes et à la mode. On ne va la leur faire, ils imitent à merveille les prouesses du caméléon. Pour changer de couleur, ils font danser les mots. Ils s’incrustent dans toutes les formes de pensées et se tiennent debout à côté des plus puissants, convaincu d’être imbibé de la vérité divine et du feu sacré qui vient avec.

 

Les gnostiques, les cabalistes, les spirites, les soufis, les cénobites, les bouddhistes, les illuminés, les théophilanthropes, les « théo-fêlés », les « théo-télés », les « théo-scientistes », les « théo-humanistes », les « théo-psy », les « théo-intellos », les « théo-anthropologues », les « théo-sexologues »… ne sont pas plus ni moins théosophes que d’autres qui se disent libres-penseurs, précurseurs, innovateurs, originaux, évaluateurs, « nommeurs des choses et inventeurs de mots »… parce que les temps sont aux honneurs et aux récompenses. Mais ç’aurait été bourreaux, dénonciateurs qu’on les aurait connus, si les temps étaient à l’horreur et aux têtes décapitées. Tout récupérateur et recycleur des désuétudes, tout harnacheur de punaises et autres parasites, tout cerveau bouffi qui se grise aux secrets frelatés des alcôves est un théosophe. Mais il y en a d’autres dont la mémoire est sélective et désappointée et qui sont innocents comme le crime et impavides comme l’ordure. Peu, peu nombreux sont ceux qui soutiennent les prophètes à leur début mais nombreux sont ceux qui les rejoignent après que leur message eut transpiré et gagné en notoriété. Ils se bousculent pour devenir les gardiens du message et le clôturent pour mieux contrôler ses entrées et sorties. Mais les prophètes eux-mêmes, qui sont-ils ? Ce ne sont que des inventeurs de nouvelles libertés pour de nouvelles contraintes ou de nouvelles contraintes pour de nouvelles libertés.

 

Si par théosophe, on entend habituellement « tout adepte de doctrines visant à la connaissance de Dieu, de la sagesse par différentes approches et croyances », il n’y a qu’à remplacer Dieu, sagesse par vérité, raison, science, ou ce qu’on veut, pour se retrouverez en face d’une autre catégorie de théosophes usant des mêmes procédés pour les mêmes fins. Le préjugé veut que le discours de ces théosophes soit hermétique, ce qui n’est pas le cas, il n’est fait plutôt que de clarté et de certitude. Il ne flirte pas avec les zones d’ombres qui peuvent l’entacher et le rendre inaccessible.



L’énigme du Dromadaire avait subi différentes fortunes d’interprétation, inspirées, équivoques ou tout à fait farfelues comme celles de la comparer au mal de vivre ou de mer (la naupathie) à cause d’une vague ressemblance entre les symptômes. Les apothicaires et les herboristes étaient unanimes sur les causes du mal de mer, et à leurs patients ils prescrivaient le même remède à base de deux plantes en infusion, le chih* et zaatar (le thym), à boire chaud et à volonté. Ils pensaient que les personnes qui souffraient du mal de mer, manquaient de liquide dans le cerveau pour amortir les chocs de celui-ci contre la paroi du crâne. (Ils ignoraient encore le rôle de l’oreille interne et ses incidences sur le sens de l’équilibre.) Au sujet du mal de vivre, les avis entre les deux corporations de la santé étaient partagés, opposés, et chacune proposait plus de deux cents remèdes différents.

D’un autre côté, bien que l’énigme du Dromadaire eût préoccupé les esprits des apothicaires et des herboristes au plus haut point comme curiosité scientifique, ils avaient de la difficulté à la percevoir comme une maladie ou quelque chose de proche. Ils n’avaient pas tort dans la mesure où elle échappait à toute forme de diagnostic et ne présentait aucun symptôme catégoriquement identifiable en dehors de quelques céphalées aux origines hypothétiques. Leurs recherches n’avaient abouti sur rien qui n’était déjà connu de tout le monde, à savoir qu’elle grandissait dans les cœurs, noyait les personnes dans leurs peines et leur faisait paraître tout étranger étrange. « La paix vaut toutes les richesses », disaient les anciens d’avant l’invention de Gutenberg et ceux d’après qui ne l’avaient pas connue pour la conjurer lorsqu’ils leur arrivaient d’en parler. « C’est ce que nous aurons sous-estimé qui nous crèvera les yeux. De ce que nous voyons, nous voyons peu car l’essentiel nous demeure cacher. » Par ces deux sentences et d’autres formules de politesse, ils concluaient leurs échanges de paroles.


Les « avertis et interprètes des signes » parmi les anciens attribuaient l’énigme du Dromadaire aux signes des temps qui sont les signes les plus imperceptibles que tout le reste des signes immatériels et matériels. Ces signes ont fait l’objet d’imposants et constants efforts pour les détecter et les interroger, mais sans résultats probants. Les moyens et les entremises convoqués dans ce but surclassent, et de loin, toute faculté de discernement. Les énumérer seulement est en soi assez harassant. En bref, comme moyens et entremises, des matrices opaques, des objets disparates et insolites, des symboles incarnés par des annelés, des arthropodes, des reptiles, des gastéropodes, des mollusques, des animaux à ailes, à pattes, à nageoires ; des plantes, des noms de fleurs, des prénoms de femmes et d’hommes, des météorites, des comètes, des étoiles, des chiffres et des lettres dans tous leurs feux d’artifice, dans tous leurs assemblages et désassemblages… ont servi et servent toujours. Les « avertis et les interprètes des signes » parmi les anciens minimisaient l’importance de l’énigme du dromadaire. De leur avis, elle pèse peu par comparaison au signe qui voit les nantis s’étrangler de leur opulence et les pauvres envier la mort comme un bien précieux. « La pauvreté d’esprit affectant sans distinction les esprits faibles comme les esprits forts, est la pire des pauvretés, il n’existe aucune richesse matérielle en mesure de la combler», soutenaient-ils pour bien souligner l’importance de ce qu’ils avançaient.


Les anciens distinguaient trois groupes de personnes dans la sphère culturelle et cultuelle : a) les gens du savoir et la science, b) les gens de la raison et la devise, c) les gens des assemblées lesquels jouaient le rôle de courroie de transmission des idées, de moyen de vulgarisation du savoir sous des formes souvent inattendues, inédites. Y voisinaient des poètes, des calligraphes spécialisés dans les épitaphes. Des orateurs volubiles qui avaient un avis sur tout, de la grossesse de la cousine au grand mystère de l’univers en passant par les meilleures recettes de cuisine qui rendaient les femmes belles et les hommes intelligents. Des charismatiques qui pompaient l’air aux autres. Des cabotins indécrottables. Des charlatans aux vociférations légendaires. Des praticiens maîtres dans les différentes techniques de traire les mules. Des femmes proposant toutes sortes de projets dont elles avaient rêvé, et par ce fait même, fatidiques. Des méchants moustachus et grossiers, dont les grossièretés restaient suspendues aux poils du nez et pendaient avec ceux de la moustache. Des méchants sans moustaches et exaspérés, dont l’exaspération coulait de leurs fronts en sueur froide qui les picotait aux yeux et les leur faisait cligner ; et qui croyaient que l’intelligence et le sexe augmentaient en puissance et en intensité proportionnellement aux nombres de gens qu’on pouvait truander, duper, trucider, embourber ou avilir. Des artistes aigris et floués, des artistes portés au firmament, des lettrés, des illettrés, des penseurs, des chasseurs de têtes d’imbéciles, des chasseurs de belles pour des mariages arrangées. Des escrocs professionnels avec expérience au service de roi et roitelet. Des calomniateurs aguerris et spécialisés dans la fabrication de toxines verbales. Des défenseurs d’herbes médicinales, d’arbres sacrés et centenaires, du libre négoce et de la liberté de se raser ou ne pas se raser le poil pubien. Des défenseurs de scarabées, de bigorneaux, de patelles…. Des défenseurs d’institutions et de reliques. Des faiseurs de miracles surveillant de près leurs selles sur lesquelles apparemment ils n’avaient pas de pouvoir…. Et des commerçants propriétaires de grands bazars qui faisaient la promotion de produits périssables comme les fruits, les légumes, les salaisons et les mensonges politiques.


Les gens des assemblées se recrutaient parmi le tout-venant de la société sans aucun préalable formel à ce qu’il semble. Ils intervenaient et jouaient le rôle de rassembleurs et d’animateurs lors des manifestations publiques, cérémonies, rituels, actions et fêtes diverses. Ceux qui émergeaient du lot des gens des assemblées, qui se montraient résolus, persévérants et dont les interventions rassurantes et stabilisatrices étaient reconnues et faisaient l’unanimité, formaient une élite qu’on classait parmi la catégorie des gens de la raison et la devise. En période de calme et de relative stabilité, leur notoriété et efficacité diminuaient avec la coïncidence de leur rôle avec celui du pouvoir et augmentaient dans le cas contraire ou de contre-pouvoir. Ils étaient appréciés pour leur esprit d’indépendance, leur attachement à la justice et leur lutte éclairée pour la paix sociale. En situation de crise, ils étaient les premiers à pâtir de ses contrecoups. En dehors de ceux qu’ils tenaient déjà en mains, les pouvoirs soudoyaient ou contraignaient les plus passionnés et les plus virulents à se convertir en zélateurs acharnés de tout ce qui était appelé à être muselé ou anéanti. Une technique simple, une version améliorée de celui qui accuse son chien de rage pour le tuer. Pour exterminer tout un chenil ou une meute, on ne procède pas différemment. Il suffit d’accuser un seul chien de la meute pour que toute la meute y passe.


Lorsque les gens du savoir et la science n’étaient ni de l’une ou l’autre de ces deux catégories qui viennent d’être présentées et qu’ils étaient boudés par le pouvoir parce qu’il n’en savait que faire ; ils étaient plutôt considérés comme une espèce d’êtres qu’on ne comprenait pas et dont on vénérait l’intelligence sans plus. Si bien sûr, entre-temps, on ne les avait pas déjà cloués au pilori, qu’on ne leur avait pas coupé la langue et les mains. Ou qu’on ne les avait pas poussés au suicide pour signifier aux récalcitrants qu’on ne badine pas avec les vérités qui fondent le pouvoir.


Dans les cultures à domination orale, on parlait par la bouche des anciens pour y puiser la symbolique et le sens de ce qu’on avait à dire en privilégiant l’écoute, la méditation et l’intérêt aux vibrations des symbioses. Plus ou moins, on s’en tirait avec bonheur pour peu qu’on reste circonspect, ouvert à la critique et l’échange. Tout allait bien ou semblait l’être jusqu’au moment où, sous les oripeaux de l’inquiétude, une vision jusqu’à lors latente et réduite aux artifices des débats contradictoires se mettait à pousser droit vers la lumière du jour. Tout en attirant des adeptes dont le nombre grossissait à vue d’œil et qui parlaient des anciens comme s’ils avaient énoncé et épuisé toutes les vérités du monde et qu’il n’y avait plus rien à rajouter. En soi, il n’y avait rien de mal. On pouvait en convenir tout au moins formellement. Les choses prenaient une autre allure lorsqu’on reprenait, citait ces vérités en omettant leur contexte historique, en les amputant d’une partie de leur sens, et en s’en servant comme boucliers contre le changement. Paradoxalement les cultures à support matériel subissaient le même sort par d’autres procédés. Comme quoi, l’alternance entre le rêve et le cauchemar fut, est et sera de toujours, et avec elle l’énigme du Dromadaire. De la caverne au building, le liant avec lequel on construisait et reconstruisait la maison Monde n’avait pas beaucoup varié, un liant friable, sensible à l’érosion, à l’altération, et composé du mythe et du sublime.

Il fallait attendre l’invention de Gutenberg pour voir se multiplier les possibilités de fabrications de ce liant dans des proportions jamais observées et de plus en plus sans limite au point de faire perdre l’alphabet, le nord et le chemin qui ramène chez soi à ceux qui restaient en marge de ce processus. Des barrières et des tabous sautaient et se faisaient remplacer par d’autres avec l’impression que rien ne disposait d’assez de temps pour se mettre en place. La course effrénée à tout transformer en marchandise jusqu’à la mort elle-même et le petit sourire d’une jolie femme ne pouvait que renforcer le parti des sceptiques, écœurer ses propres acteurs. Et faire dire à ceux qui prenaient comme livre de prédictions le grand livre où tout est écrit du début à la fin sur ce qui est advenu et adviendra, que le dernier des signes avant-coureurs de la fin du monde venait d’apparaître. Ce signe fut identifié aux années de peste, de choléra, aux printemps et étés de sirocco, à l’éclipse du soleil, à l’apparition des comètes. Et au fait que les femmes portaient des bikinis, se doraient au soleil et donnaient des biberons avec du lait de vache à leurs bébés au lieu de les allaiter elles-mêmes. Tous les signes annonciateurs de la fin du monde furent répertoriés et connus depuis fort longtemps, excepté le dernier auquel on attribuait le rôle de détonateur et qu’on traquait à la loupe, aux jumelles ordinaires ou à infrarouges. À l’aide du marc de café, des éclaboussures de plomb qu’on versait liquéfié dans un ustensile plat rempli d’eau et d’un tas d’autres moyens.

Le dernier signe est celui qui devrait annoncer la venue du messie ou quelqu’un de semblable en se présentant sous une forme d’épreuve ultime et signal aux avertis pour se préparer à bien recevoir l’avènement imminent. Était visé tout ce qui sortait de l’ordinaire et sur lequel ne brillait pas le lustre des années et des siècles. Force est de constater que chaque fois qu’un fait nouveau fut pointé du doigt et désigné avec des commentaires convaincants, des démonstrations géniales et, en toute logique, irréfutables comme étant ce dernier signe ; il ne résistait que peu à l’épreuve du temps en laissant sa place vacante à un autre plus troublant ou plus dérangeant. Ils ne cessaient pas de répéter que les desseins de Dieu sont impénétrables, mais s’empêcher de pronostiquer l’avenir était au-dessus de leurs forces. Avec le virus du sida et ses conséquences, on était à un cheveu près de croire que cette calamité allait balayer les humains et avec eux la vie sous n’importe quelle forme. Progressivement et efficacement de l’intérieur en empruntant les voies secrètes de leur reproduction et en partant à l’assaut de leur descendance encore sous forme de goutte de sang. Au début, tout laissait croire qu’il allait se propager d’abord dans les milieux corrompus et chez les riches et les puissants qui les généraient volontairement ou non, avant de s’étendre au monde. Parce que ce ne serait que vengeance divine contre des êtres aussi arrogants et peu enclins à la modération. Des êtres qui voyaient des ennemis partout en leurs propres ombres, allant jusqu’à leur demander de gesticuler pour leur faire peur. Et qui inventaient des diables qu’ils engraissaient en secret avant de s’en retourner contre eux publiquement et se poser en défenseur du bien ou en croisés contre le mal. Surtout, c’était parce qu’on savait que lorsque les riches et les puissants toussaient, les pauvres mouraient. Il était évident que la fin du monde ne pouvait commencer ailleurs qu’en son noyau.

Contre toute attente, la maladie du sida s’était propagée selon ses propres règles et les réalités des terrains en obligeant les présages à s’adapter ou à s’éclipser. Ne s’avoueraient-ils donc jamais vaincus ces oiseaux de mauvais augure ? Il y avait déjà assez de malheur sur terre pour en ajouter par des prophéties abracadabrantes. Ceux qui se posaient en défenseur du bien ou en croisés contre le mal comme ces hallucinés participaient à la même mascarade, maintenir le singe sur son arbre en lui faisant peur pour le pouvoir et la pérennité de la bêtise. Une vieille bouffonnerie aussi vieille que le monde qu’on vernissait selon les âges ; et qu’on trouverait fort sympathique sans ses dessous de sperme, de sueur et de sang qui rentrent en éruption et se dégagent en volutes de détractions folles et en nuages de poudre de perlimpinpin.


Des individus qui d’ordinaire avaient un mal fou à défendre une cuillerée de soupe de lentille ou de riz, où nageaient trois à cinq grains de lentille dans une eau aussi claire qu’une eau puisée à la source, se lançaient les yeux fermés pour aller défendre la première cause qui se présentait avec la promesse de les hisser à un rang supérieur et de les arracher à leur crasse. Ils tenaient à être respectés et libres, à ne pas ressembler à la bête quitte à sombrer dans la démence et trahir leur cause dans une confusion totale. Cercle infernal, cercle douteux. Ils n’étaient rien. Ils n’étaient que des enfants tristes qui chérissaient la nuit pour ses étoiles depuis qu’ils avaient entendu dire que « les étoiles ne peuplent pas le ciel pour rien, mais pour s’acquitter d’une mission. Une grande mission à la grandeur de leur souveraineté. Elles viennent chercher les âmes pures pour les emmener dans les cieux lointains qui leur étaient réservées. Les âmes impures, trop pesantes de tourments, d’angoisses et autres vicissitudes pour que les étoiles puissent les transporter, sont condamnées à rester ici bas et à gigoter dans la fange. Naissant fragiles, les âmes résistent difficilement aux tentations qui les poussent à commettre des trahisons, à se souiller et à s’alourdir. À partir d’un certain stade, l’irrécupérable s’enracine et les trahisons rentrent dans un procès irréversible et commencent à s’engendrer les unes par les autres. Afin de les alléger et éviter d’endurer leurs trahisons, il convient de veiller à leur épuration par tous les moyens et avec intransigeance. Tôt c’est, mieux c’est ».


Épurer. Épurer. À la fin, Ils arrivaient à ne voir dans la vie qu’une affaire de filtres, de centrifugeuses, de bassins de décantations, d’alambics et de grilles de calibrage et de sélection. En abusant de promesses vides, on élevait des enfants cruels. Le rêve chez eux quittait l’effort et s’envolait pour rallier les faces cachées de leurs espoirs déçus comme des lunes errantes et orphelines de leurs planètes. D’une expérience à l’autre, s’effritaient leurs mémoires et graduellement, ils oubliaient l’éducation qu’ils avaient acquise à même le sein maternel. Sein qu’ils recevaient longuement avant qu’il ne se dessèche dans leurs bouches et leur annonce le sevrage forcé, faute de lait. Ils s’agrippaient à quelques bribes de paroles des anciens dont ils ne saisissaient ni la force ni la profondeur. Le temps étant à la conquête de la vitesse, ces bribes de paroles sonnaient le ralenti. Des bribes d’une langue qu’ils avaient désapprise comme ils avaient désappris de ne pas toucher au feu les mains nues et le nom du pain. Ils n’étaient rien. Ils n’étaient que des enfants avec des poitrines d’oiseaux qui mouraient en vol. Ils avaient des poitrines d’oiseaux avec des grands cœurs qui les trompaient outrageusement sur leurs capacités à réaliser des volontés grandioses : construire et marcher sur des ponts tranchants comme des lames de rasoirs, faire le tour du monde sur l’aile d’un papillon, tenir en respect la foudre par la main droite ouverte comme pour faire un serment ou tenir en lisières les réprobations.


Là-haut. Là-haut. C’était vers là-haut qu’ils tendaient leurs index rouges de henné et poussaient des cris de lionceaux trahis et expulsés de leurs tanières. Généralement, on fuyait vers les horizons, mais eux fuyaient vers des jardins interdits où des serpents veillaient sur des trésors d’anciens guerriers, morts oubliés de tous. N’ayant pas payé la dîme de l’orphelin, ces guerriers étaient condamnés à errer dans le Tiers-Vide du monde et leurs trésors maintenus intacts sous la garde de serpents terrifiants jusqu’au jugement dernier. Des serpents qui s’étanchaient du sang et se nourrissaient de la chair de ceux qui enfreignaient l’interdit.


«Oh, les pauvres ! On les avait trompés, on leur avait menti, on aurait dû leur dire la vérité ! », diront certains. Mais qui est « on » ? Ma vérité, ta vérité, sa vérité, mais où est la vérité ? De la vérité, partout au monde et tout le monde s'en proclame, mais personne ne la dit. Accoutumés à la brandir à la pointe du sabre ou sur la bosse du gourdin ; s’attendre à la voir gambader sur la langue de l’homme dangereusement glissante par une assidue pratique de l’hypocrisie, c’est s’attendre à y voir des poils pousser. Que le gourdin s’appelle la bombe à neutron, cela ne le rend que plus persuasif. Ceinturé par des réflexes de brousse dont il ne peut se défaire, sauf miracle, il part guerroyer au nom du bien pour faire du mal et au nom de la liberté pour faire des esclaves. Et c’est beaucoup moins par faute d'avoir essayé de se débarrasser de ses réflexes de brousse que par la faute de son regard. Un regard embué par les vapeurs utérines de sa propre tribu qui le gênent d’embrasser l’humanité entière comme une et une seule tribu sans condescendance ni imposture.



Une fois, à une époque de plusieurs époques défraîchies et différentes où une myriade d’orients se télescopaient dans le brasero des réminiscences et des parjures et où un occident dodu, grisé par sa mécanique et ses dualismes réducteurs uniformisait à bras raccourcis. Le Dromadaire, tandis qu’il était entraîné sur l’erg de ses errances à résoudre son énigme à travers ce qu’avait engrangé le sommeil des millénaires comme bavardages, avait entendu parler d’une nouvelle idéologie qui prônait la fin des idéologies – ce qui revient à dire le triomphe d'une idéologie et l'émiettement des autres. D’une histoire qui annonçait la fin de l’histoire et d’un psaume ou verset sur le choc des civilisations.


Se méfiant des tracts officiels de tous les règnes et confiant dans l’indicible des usures en mouvement brownien, des palimpsestes et des psittacismes, il avait plus tiqué pour cette histoire de la fin de l’histoire que pour tout le reste. Il allait abandonner son voyage, il n’avait plus de raison de le poursuivre. « Avec la fin de l’histoire, on a qu’à se croiser les bras et regarder le temps passer maintenant qu’il va se mettre à tourner avec la terre autour du soleil sans être perturbé. C’est la fin de l’histoire antre de la terreur et le commencement de l’histoire demeure de la coopération, du dialogue et de la quiétude. L’humanité serait donc en train de franchir le pas le plus extraordinaire de tous les temps, celui à tout jamais le sommet. De réaliser l’espoir de tous les êtres sensés qu’elle avait vu naître dans son giron, et mille fois plus important que celui de son premier pas sur la lune. C’est à vous couper le souffle, à mourir de joie. Remarque, c’est possible. Le tragique n’est certainement pas inscrit dans les gènes de l’humain. Cela ne sera pas parfait, mais on peut faire avec et les bonnes idées ne manqueront pas de jaillir. » Se surprit-il à rêvasser, car il est dans son habitude de rêver au lieu de penser.


Douga, Douga. Doucement, doucement. Poursuivant son errance et ses chimères, il rencontra des nomades fuyant leur destin de personnes à civiliser et de victimes d’une liberté qui ressemblait à des pruneaux, à des objets contondants, tranchants et à des grands concombres en métal : en jargon militaire, obus ou bombes. Ils lui avaient dit qu’il existait des ou un pays super puissant et très riche où même les animaux avaient des droits et des associations qui les défendaient contre les mauvais traitements. Les animaux y étaient choyés et adorés. Ils jubilaient d’aise, respiraient le bonheur par les poumons ou par les branchies. L’argent débordait des poches des citoyens contribuables, tombait et jonchait l’asphalte des rues, ruelles, la pelouse des jardins et des parcs publics. Il suffisait de se pencher pour le ramasser. Si ce n’était pas exactement comme cela qu’on le lui avait dit, c’était presque.

 

Pour le Dromadaire, c’en est une ritournelle qu’il avait entendue à ne plus se souvenir du nombre de fois, depuis la route de la soie et ses haltes aux caravansérails de Bassora et Samarkand. Elle lui donnait des bourdonnements d’oreilles et de la fièvre toutes les fois qu’on la lui répétait. Il savait que cette ritournelle avait assailli les esprits des mécontents, de la plèbe, des zébrés au fouet et des castrés de tous les continents et qu’ils étaient prêts à tout subir pour se rendre en ces ou ce pays mirage. À se faire détrousser, couper la tête par des bandits de grands chemins, se faire mordre par des serpents venimeux, attraper des maladies étranges, servir d’appât aux flibustiers. À mourir étouffés dans la citerne d’un train ou d’un camion, de soif ou de faim dans un container ou les cales d’un bateau cargo, de froid dans le train d’atterrissage ou dans quelque réduit de la soute à bagages d’un avion. À servir de festin aux poissons, à se faire prendre et refouler aux frontières. Ceux qui réussissaient à parvenir au bout de leurs aventures et de leurs illusions, les attendaient encore un autre parcours : celui de la désillusion, des sans-papiers et de l’adaptation à de nouvelles illusions comme celle de gagner le gros lot à la loterie réelle ou de la vie. Ils découvraient une population ou une plèbe, comme la leur, qui avait toujours été là, qu’ils rejoignaient à contre cœur et à laquelle ils ne pouvaient s’identifier. Parce qu’elle avait droit à la carotte en plus du bâton (ou à la propagande et ses dérivées : les aliénations), et qu’eux n’avaient droit qu’au bâton et aux restes de la carotte. Avec le temps, ils finissaient au gré des indices économiques à se faire un trou à l’ombre à défaut d’une place au soleil et à s’estimer heureux, ce qui n’était pas rien et valait l’aventure. Ceux qui échouaient d’une manière tragique, qu’ils eussent été fervents croyants ou non de la réincarnation, quelque part en chacun d’eux, devraient avoir été bercés par ce ténu espoir qu’ils se réincarneraient peut-être en un animal qu’on adopterait avec déférence et considération. Pour nous rappeler que le comique et le tragique s’écoulent de la même veine, des histoires ne manquent pas de survenir comme celle de ce jeune homme qui avait battu un record unique en son genre.

 

En clandestin, il avait débarqué dans une vingtaine de ports du monde dans des conditions rocambolesques et chaque fois, il s’était fait arrêter et remballer comme une marchandise douteuse ou avariée. Quand on lui posait la question : pourquoi te donnes-tu autant de mal ? Il répondait : « Parce que je suis le benjamin d’une famille de quatorze membres dont l’ensemble des membres me déteste. Ma famille est détestée par tout mon quartier qui est détesté par toute ma ville qui est détestée par tout mon pays qui est détesté par le monde entier. » C'est une réponse tout à fait logique et explique bien son action. Il doit se rendre au monde et pour cela, il doit traverser la frontière de la famille, la frontière du quartier, de la ville et en dernier celle du pays. Mais où est le monde ? Est-il à ceux à qui il appartient ou à ceux qui y vivent ?


Cette fois-ci plus que toute autre fois, il décela un changement profond, une étrangeté jamais repérée auparavant depuis plus de dix mille ans qu’il connaissait et fréquentait les nomades, dans leur façon de regarder le ciel. Une façon qui trahissait les hommes dans leur dignité, les femmes dans leur pudeur et les enfants dans leur innocence. Ils attendaient du ciel la descente des anges, des archanges, de la clémence et du rappel à Dieu, mais ils ne s’attendaient pas à une liberté en forme de concombres en métal. Qu’elle eût jailli des entrailles de la terre comme un volcan, elle les aurait surpris tout naturellement, mais une fois l’effet de surprise passé, ils auraient trouvé que c’était de l’ordre du naturel, de l’éventuel. Mais qu’elle fût tombée (tombe) du ciel, elle ne pouvait être interprétée que comme la pire des malédictions. Quels péchés avaient-ils commis ? Quelles règles divines n’avaient-ils pas respectées ? Quel, quelle, quels, quelles… ?

La liberté, ils la connaissaient. Ils la chantaient et dansaient. Leurs tentes étaient toujours ouvertes aux quatre vents et accueillaient sans discrimination et avec les mêmes honneurs riches, pauvres, rois, reines, fous, vagabonds, voyageurs, guerriers, aventuriers, bandits, seigneurs et étrangers, en précisant que ce dernier mot chez eux ne s’appliquait que Djinns. Tout au plus, il suffisait à leur hôte de se montrer un tant soit peu amène. Il observa des manquements à leur code d’honneur qui leur auraient arraché les cheveux s’ils n’étaient pas rentrés dans un état second à leur insu. Avant, lorsque quelqu’un était au fait d’un crime de peu de gravité comparativement à celui du sang, crime exécrable, il était tenu de le garder secret, surtout s’il y avait un risque d’être à l’origine d’un autre crime plus grave. En tel cas, c’était comme s’il l’avait commis lui-même. Pour garder son secret sans qu’il continuât à lui torturer les pensées, il le confiait à la terre en quelques gestes : retourner une pierre ou creuser un trou, souffler dedans et recouvrir. On ne médisait jamais d’une personne en son absence ni on ne gardait de noirceur en soi. On donnait et recevait avec simplicité. Tout acte était dénué d’arrière-pensées. On recevait le mal, le bien, le malheur, la joie et le bonheur avec la même état d’esprit : un certain recul positif (à la manière qu’on le fait pour céder le passage à une personne qu’on reçoit au seuil de la porte et invite à rentrer) et une confiance en ce qu’octroyait ou arrachait le destin. La notion d’appartenance à un territoire, l’idée de propriété en dehors de ce qu’on portait sur soi et de ce dont on avait besoin pour se nourrir, leur paraissaient méprisables et une entorse au règne de la Providence.

 

Chez eux, c’était partout sur terre où le soleil se levait et se couchait. Plus tard, alors que cette tradition du code d’honneur était oubliée et enterrée ; quand on marchait sur une pierre et qu’elle se retournait, on sursautait en disant qu’elle cachait un secret sur un crime du sang qui lui pesait de garder. Molle et flottant vestige. Non, la pierre ne cachait aucun crime de sang. Mais un passé qui n’arrivait pas à retrouver son sommeil en se sentant trahi par un présent dont la règle de conduite était dominée par la bassesse. Et où la grandeur anti-image par essence flétrissait dans l’isolement en ne pouvant lutter contre la bassesse avec les mêmes armes sans la rejoindre. C’était, peut-être, cette peur sans nom qu’ils ne s’expliquaient que par d’autres extravagances qui la compliquaient encore plus. Cette peur de disparaître qui avait fini par les mettre dans une agitation permanente, désordonnée et sans but, que même lorsqu’ils s’assoyaient, ils donnaient l’impression de s’être assis sur des clous ou des ronces. Leurs langues, avec cette impression de s’être frottées aux feuilles de l’ortie, sautaient dans leurs palais et laissaient entendre un baragouin palatal et mécanique. Ceux qui ne savaient pas de quoi cela tournait s’imaginaient en se piégeant par leurs imaginations qu’ils faisaient des discours interminables à la profondeur des sujets qu’ils abordaient sur le transport de l’énergie sans perte d’énergie et sur les techniques de transformation du sable en eau. Ce qui se déroulait devant ses yeux ou qu’il entendait dire, dépassait et prenait une avance redoutable sur tout ce dont il avait pris faits et actes en cours de ses multiples pérégrinations.

 

Cela dépassait de loin ce qui s’était passé au douar Macondo* ; quelque part du côté des Caraïbes où il avait séjourné en compagnie des marchands arabes ambulants qui s’y rendaient pour échanger leurs pacotilles contre des perroquets avant de s’y fixer et ouvrir boutiques. Il était rentré en animal exotique et s’était retiré tel en emportant avec lui le souvenir de son passage. En ce comportant ainsi, il avait permis à l’auteur de « Cent ans de solitude » de ne pas s’encombrer d’un cliché qui l’aurait contre son gré forcé à le planter dans un décor d’arrière scène. Si le douar Macondo baignait dans une atmosphère de réalisme fantastique et fabuleux ; ici, en ce nulle part d’une rencontre avec des nomades fuyards, s’amenuisait la production du sens au profit d’une négation éclatée ouvrant la voie à différentes formes d’excès et de mystifications.

 

Ce sont ces nomades qui avaient inventé le téléphone arabe qui fonctionne encore de nos jours en tirant le meilleur des technologies nouvelles, fibre optique, cellulaire, web, et avenir probablement. Pour s’interpeller, parler à courte distance, ils avaient inventé aussi le premier porte-voix. Ils prenaient leurs deux mains, les joignaient pouce contre pouce, index contre index, et formaient ainsi un pavillon qui portait la voix en le plaçant devant la bouche, mais beaucoup bien avant d’inventer le téléphone arabe. C’était à l’époque où ils parlaient parce qu’il faisait chaud, parce qu’il faisait froid, parce qu’ils avaient faim, parce qu’ils étaient fatigués ou parce qu’ils avaient sommeil. On ne savait jamais à quel moment ils parlaient pour dire quelque chose ou pour se réconforter. Eux s’en rendaient compte sur une subtile et simple fluctuation de la tonalité de la voix. En règle générale, ce qui importait était de laisser s’installer une concordance des sons de leurs voix jusqu’à atteindre l’effet d’un orchestre musical psychédélique, envoûtant et transporteur, qui mouillait les femmes et faisait descendre sur le désert le voile orange de la sérénité de l’air et de la paix des minéraux.

 

Quiconque ayant perdu sa foi en quelque chose, la retrouvait face à ce voile orange, couleur de feu. Couleur de sang, lorsque le sang, de simple liquide courant les veines et les artères, se muait incommensurablement en un souffle de rapprochements où l’acte d’amour pouvait se réduire à une seule expérience d’une plénitude définitivement irremplaçable. Totale au-delà du point de rupture du plus puissant imaginaire. En ces circonstances, ceux parmi eux qui jugeaient qu’il était temps de se préparer à l’ultime voyage, en profitaient pour le faire le plus discrètement possible pour ne pas éveiller les soupçons et rompre la magie de ces instants.

 

Mohamed Chetoui

http://www.liberation-opprimes.net



Jeudi 1 Décembre 2011


Commentaires

1.Posté par joszik le 01/12/2011 10:35 | Alerter
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Splendide

2.Posté par omara le 01/12/2011 22:30 | Alerter
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Toute cette prose se résume finalement à peu de choses : un homme aigri du comportement de ses contemporains (il est vrai qu'il y a de quoi), qui ne comprend plus le monde , la société. On parle d'intevention humanirtaire et on tue délibérément des dizaines de milliers de personnes pour s'emparer des richesses d'un pays, asseoir sa domination sur la région, préparer le terrain pour le grans projet de dominatin mondiale au profit de quelques psychopathes... Sans doute les choses sont plus complexes, mas comment en est-on venu là ? Les choses ne se font pas toutes seules ! Par ailleurs faire l'malgame entre les soufis, les prêtres, les rligions et traditions et le spiritisme, par exemple, est vraiment un signe manifeste de confusion mentale ou d'ignorance crasse. Il est vrai qu'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et pire aveugle qui ne veut pas voir ! Le spiritisme comme toutes choses semblables est une monstruosité et une immense sottise. La rélaité c'est qu'il y a des gens qui sont derrière tout ce désordre (même si cela est dans l'ordre des choses) c'est ce que l'on appelle la contre initiation. c'est des gens qui foncièrement, conciemment oeuvrent pour le mal et s'appuient pour cela sur des forcesvéritablement sataniques (il est vrai que pour des "esprits éclairés" ce n'est là qu'épouvantails à moineaux). Il serait aisé de démonter la preuve de tout cela, mais outre le fait que cela demanderait toute une étude qui ne peut se faire dans un forum ce sont des choses très dangereuses à révéler au grand public, car ces forces démoniaques n'ont aucun scrupule et sont placées en des lieux que l'on imagine pas. Les réactions en retour feraient des dégats. A l'inverse il y a des gens qui oeuvrent au bien et s'ils n'étaient pas là, l'humanité auraient disparue depuis longtemps. Ce qu'i lfaut faire pour tout un chacun, c'est s'informer, comprendre tous les enjeux derrière tout cela et ne pas faire d'amalgame ou de racourcis comme l'auteur de cet article. On peut écrire de belles proses propres à épater les gogos mais la réalité et bien différente. Car ces amalgames et racourcis font le jeu de l'adversaire et ainsi l'auteur concours à accentuer le désordre au lieu d'y remédier. Bien sûr le pseudo utiliser pour mon intervention n'est pas mon nom véritable ni de près ni de loin. J'interviens très rarement et sous des noms différents, cela impoirte peu au fond, l'essentiel est de mettre ne garde les gens contre certains commentaires de belle apparence qui cache des intendtions plus sournoises et parfois même à l'insu de celui ou celle qui fait les dits comentaires, ce qui un paradoxe ! A bon entendeur, salut. Omara.

3.Posté par Toufaha le 22/05/2012 06:53 | Alerter
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J'ai hate de lire la SUITE...!

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