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Le 8 mai 1945 en Algérie et le PCF


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salah sakhri
Mercredi 8 Mai 2013

Le 8 mai 1945 en Algérie et le PCF
Le 8 mai 1945 en Algérie et le PCF.

Avertissement.

Ce texte a déjà été publié le 8 mai 2005, à l’occasion du 60e anniversaire de l'événement. Ce texte après 8 années a été révisé et sa qualité littéraire améliorée. A l’époque, cela m’avait valu des critiques de certains mauvais défenseurs du PCF, qui considéraient que la critique même justifiée est une insulte ou un tort à la cause. Cette façon de penser est étrangère au communisme qui érige la critique et l’autocritique en moteur de la connaissance et du progrès en général. Le communisme qui est la logique vivante et agissante de la démocratie -dixit Honoré de Balzac- se situe toujours dans le camp des opprimés et à ce titre il ne peut accepter d’être déconsidéré par ceux-là qui disent penser et agir selon ses conceptions, ses tendances et ses buts émancipateurs. Marx qui avait une confiance totale dans le développement intellectuel de la classe ouvrière concevait ce développement comme le résultat de la synthèse de l'action et de la discussion. C'est ce qui fait que le communisme est la liaison intime entre la théorie et la pratique ; c’est sa critique des idées et des conceptions surannées du monde ; c’est son souci de dire la vérité aussi amère soit-elle aux masses. Nous allons confronté au cours de ce bref et succinct exposé ce que le PCF aurait dû faire et ce qu’il a fait réellement durant les sanglants événements de Sétif, Guelma et Kharrata. D’autre part, il serait erroné de mettre sur le même plan la politique coloniale en zigzague du PCF et la politique coloniale de la droite et de la social-démocratie. La droite mena les plus grandes conquêtes coloniales, tandis que la social-démocratie au pouvoir a tentait de rendre acceptable, si l’on peut parler ainsi, l’odieux système colonial. C'est pour cela qu'on ne peut mettre sur un pied d'égalité, comme le font les trotskistes et autres anticommunistes de tout bord, le PCF et ces deux partis du Capital.

Maintenant, venons-en à la révolte du 8 mai 1945 en Algérie.

Le 8 mai 1945, le fascisme hitlérien capitule sans conditions, après avoir déclenché et perdu une guerre d'une envergure sans précédent, qui a charrié plus de 60 millions de morts dont l'URSS avec ses 25 millions de morts paya le plus lourd tribut.
Au moment où les vainqueurs fêtaient la victoire sur la «bête immonde», ce même jour en Algérie, se déroulèrent des manifestations pour célébrer l’évènement proprement dit et revendiquer l’indépendance du pays.
A Sétif, ville des Hauts Plateaux, eu lieu une manifestation ressemblant plus de 10 000 personnes. L'indépendance du pays et la libération de Messali Hadj étaient les principaux mots d'ordre que scandés la foule. La police française charge le cortège et abat froidement d'une balle de révolver le jeune peintre en bâtiment de 22 ans, du nom de Bouzid Saal. De violents heurts s'ensuivent et s'étendent comme une traînée de poudre. Le nord constantinois est en proie à la révolte contre le système colonial, ce mélange «de coups de fusils, de coups de bâtons et de rapports paternalistes». Le lendemain l'état de siège, c'est-à-dire l’état de guerre, était décrété aux contrées frondeuses et tous les moyens militaires (marine, aviation, artillerie, blindés) aux mains de l’armée française seront employés pour «envoyer les Arabes à la niche !». C'est sous ce mot d'ordre raciste que va se mener pendant deux semaines un massacre d’une cruauté et d'une ampleur inouïes.
Les croiseurs français, le Triomphant et le Duguay-Trouin, bombardent et incendient une cinquantaine de villages avec leurs obus ; l'aviation bombarde et mitraille tout ce qui bouge y compris les animaux domestiques. La légion étrangère, la milice fasciste des colons «la main rouge», les tirailleurs sénégalais, les tabors marocains, les prisonniers de guerre allemands et italiens, armés pour la circonstance, se livreront du 8 au 22 mai à un véritable génocide. Le carnage se mesure au nombre des victimes : plus de 45 000 morts côté algériens, 109 côté français. Une telle hécatombe, accomplie par le gouvernement de la France libre allant de la droite gaulliste aux socialistes et communistes, fait de l'événement l'un des forfaits les plus sanglants de l'histoire coloniale.
Les courants de la bourgeoisie réformiste algérienne, l'UDMA, les Oulamas et «le Parti communiste algérien» (l’appellation PCA est à mettre entre guillemets car ce parti ne voulait pas à ce moment l’indépendance de l’Algérie) abandonnèrent lâchement la paysannerie algérienne aux baïonnettes coloniales qui ont eu momentanément raison de son ardeur révolutionnaire. Le gouvernement français rejetait toute idée d’une séparation de l'Algérie. Pourtant, la France avait signé la charte de l'Atlantique de 1942, élaborée par les alliés, en vue d'accorder l'indépendance aux colonies une fois la guerre anti-fasciste terminée. Sous la pression de l’URSS, la charte déclarait : «L'ère de l'impérialisme est terminée. Le droit des peuples à l'indépendance doit être reconnu».
Après la libération de la France, il n'était plus question de séparation de l’Algérie ou d’autres colonies françaises, mais de supprimer certaines tares de la colonisation en aidant à la formation «d'élites indigènes». L'entreprise d’assimilation forcée du peuple algérien se poursuivrait avec des moyens plus civilisés et plus raffinés. Pour paraphraser Marx on voulait pérenniser la paix dans l'esclavage.
Le général Duval, le chef du massacre, écrira dans un rapport remis au massacreur en chef, le général de Gaulle, cette phrase: «je vous ai donné la paix pour 10 ans, mais il ne faut pas se leurrer car tout doit changer en Algérie».
Il ne croyait pas si bien dire, dix années plus tard, le 1er novembre 1954, la force révolutionnaire du peuple algérien le Front de Libération Nationale (FLN) déclenche la révolution qui conduira huit années plus tard l'Algérie à recouvrer son indépendance politique.

Lénine et Thorez sur la question coloniale.

Pour Lénine, la révolution nationale démocratique des peuples coloniaux est une partie intégrante de la révolution prolétarienne mondiale. Conformément à cette thèse, on aurait pu s'attendre à une condamnation des massacres de Sétif, de Guelma et de Kharrata par le «PCA» et le PCF. Et bien, non ! Dans un communiqué de presse paru dans l'Humanité du 12 mai 1945, ce parti considérait que le soulèvement impulsé par le Parti du Peuple algérien (P .P .A) était fomenté par : «Les mêmes criminels qui ont trahi la France (qui) mettent en oeuvre les mêmes méthodes que la Gestapo pour empêcher l'union entre les populations musulmanes et le peuple français, (provoquer) une rupture entre les populations algériennes et le peuple de France et trouver prétexte à l'instauration d'une dictature séparatiste». Et, il poursuit son plaidoyer colonialiste et chauvin en écrivant : «Voudrait-on entendre la voix des communistes algériens. Celle de la raison : dans i'intérêt de l'Algérie, châtier les traîtres et les provocateurs et pratiquer à l'égard des populations musulmanes une politique d'humanité et de démocratie dans notre intérêt commun.». Ainsi, pour le PCF de l’époque il n’était pas question que le peuple algérien dispose comme le peuple français de son propre Etat. D’autre part, nous ne trouvons dans ces commentaires un mélange de rapports paternalistes et de bons sentiments, mais aucune proposition positive n'apparaît, comme celle d'organiser un référendum d’autodétermination exclusivement réservé aux populations musulmanes algériennes.
Le paternalisme du journal Humanité, transparaissait nettement quand il employait le terme de population pour désigner les Algériens et de peuple pour désigner les Français. Sa non reconnaissance du peuple algérien portait l'empreinte du secrétaire général du parti, Maurice Thorez, qui avait qualifié l'Algérie de «nation en formation dans le creuset de vingt races» en 1939.
N'est ce pas une curieuse façon de raisonner que celle de dire qu'on veut la libération des colonies tout en soutenant son propre impérialisme. Si le PCF n'avait pas abandonné la 8e condition d'adhésion à l'Internationale Communiste, il aurait cherché à soutenir en paroles et en faits le mouvement de libération des colonies opprimées par son propre impérialisme. En tournant le dos à l’indépendance des colonies (mot d’ordre qu’il remplace un moment par son mot d’ordre social chauvin «Union française») il reniait en fait le principe marxiste qui dit tout peuple qui en opprime d’autres ne saurait être un peuple libre ! Avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de trouver dans la politique coloniale du PCF, après le congrès d'Arles de 1937, un rejet et une condamnation du colonialisme, au contraire, elle nous donne l'impression qu'elle ressemble étrangement à la politique coloniale du renégat Kautsky qui conseillait « d'élargir au plus tôt le droit des indigènes à s'administrer eux-mêmes. »
Les 130 000 Algériens qui participèrent dans les rangs de l’armée gaulliste pour libérer la France du joug nazi avaient l'espoir d'obtenir en échange la libération de l’Algérie, pas son maintien sous le joug colonial. Le journal l'Humanité, est revenu ces dernières années sur l'attitude opportuniste du PCF en esquissant une timide autocritique. C'est un pas indispensable dans la quête de la vérité afin de mener à bien le combat pour exiger des excuses et des réparations de l'Etat français.
Ce dernier a reconnu le 27 février 2005 à Sétif, par son ambassadeur que le massacre était «une tragédie inexcusable». Ce petit pas vers la reconnaissance et la condamnation par l’Etat français de la colonisation doit s'accompagner d'une demande de pardon similaire à celui que l'Etat français a exprimé vis à vis de la déportation des juifs dans les camps de concentrations nazis.

Conclusions.

La bourgeoisie algérienne veut effacer de la mémoire collective la colonisation française et ses innombrables crimes la culture, la langue arabe et son riche patrimoine architectural arabo-musulman. Son représentant, l’actuel président Abdelaziz Bouteflika avait déclaré en 2005, quelques temps avant son hospitalisation à l’hôpital militaire du Val de Grâce à Paris, que : «Les plaies de la colonisation étaient fermées». A lui et sa classe la honte nationale au «peuple» le serment de ne pas oublier ou faire commerce du sang de nos martyrs.

Lille, le 7 mai 2013.

Salah Sakhri





Mercredi 8 Mai 2013


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