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Laura Ginsberg : « Le lancement d’un mandat d’arrêt argentin contre l’ancien président iranien est une décision sur mesure pour Bush et l’État d’Israël »


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La Vredad Obrera

Traduit par Maria Poumier et révisé par Fausto Giudice


La Vredad Obrera
Mercredi 15 Novembre 2006

Laura Ginsberg : « Le lancement d’un mandat d’arrêt argentin contre l’ancien président iranien est une décision sur mesure pour Bush et l’État d’Israël »

Le juge argentin Rodolfo Canicoba Corral a délivré jeudi 9 novembre un mandat d’arrêt international, transmis à Interpol, contre l’ancien président iranien Ali Rafsanjani, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati, l’ancien ministre des Renseignements Alí Fallahian. Sont aussi visés par la mandat Mohsen Rezai, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, Moshen Rabbani, ex-conseilelr culturel de l’ambassade d’Iran en Argentine, Ahmad Reza Ashgari, ex-scerétaire de cette même ambassade, Ahmed Vahidi et le Libanais   Imad Fayez Moughnieh, ancien responsable du service de sécurité extérieure du Hezbollah. À cette liste  impressionnante s’ajoute le nom de Hadi Soleimanpour, ancien ambassadeur d’Iran en Argentine. Tous ces hommes sont soupçonnés par la justice argentine d’avoir organisé l’attentat contre le siège de l’AMIA,  le centre communautaire juif de Buenos Aires en juillet 1994.Le gouvernement iranien a aussitôt riposté avec l’annonce d’un mandat d’arrêt international contre le juge argentin Galeano et ses complices (voir la dépêche de l’AFP à ce sujet, reprise par La Croix : http://www.la-croix.com/afp.static/pages/061112183424.qi610ovc.htm


Entretien avec Laura Ginsberg, présidente de l’APEMIA , Association pour l’enquête sur le Massacre Impuni du Centre communautaire AMIA de Buenos Aires, qui fit 85 morts en 1994, par La Verdad Obrera, organe du Parti des Travailleurs pour le Socialisme, 2 novembre 2006.



La Verdad Obrera : Que faut-il penser de la décision des procureurs Nisman et Martinez Burgos, qui accusent l’Iran d’être responsable de l’attentat contre AMIA [et qui ont lancé des mandats d’arrêt internationaux contre l’anicien président Rasfanjani et d’autres hauts responsables iraniens]?


Pour nous, c’est une nouvelle escroquerie gouvernementale contre ceux qui demandent une enquête sérieuse et le châtiment des coupables. Rappelons que Nisman travaillait pour le juge Galeano [destitué ensuite pour irrégularités] au début de l’année 2003. A ce moment, ils avaient déjà tenté de lancer un mandat d’arrêt contre des fonctionnaires iraniens, mais la procédure a échoué, parce qu’ils n’avaient pas pu étayer leur accusation. Maintenant, ils recommencent sur les instructions reçues d’Interpol, Nisman lui-même le reconnaît. La décision peut bien adopter des formes juridiques, c’est en fait un acte purement politique. Nisman fait preuve de docilité face à l’insistance des pressions qu’exercent sur le gouvernement argentin le Département d’État des USA, l’ambassade de l’État d’Israël et les organisations judéo-américaines, que Kirchner a rencontrées à Buenos Aires et à Washington.
Cette accusation politique contre le régime iranien n’a rien à voir avec la recherche de la vérité sur le massacre de nos proches dans l’attentat contre l’AMIA, mais fait partie d’une opération pour utiliser l’affaire de l’AMIA de façon à déclencher la guerre au Moyen Orient, contre l’Iran et le Hezbollah. C’est le résultat des manœuvres du président Kirchner pour transformer l’Argentine en pays de référence pour l’Amérique latine en matière de lutte contre le terrorisme international. Il s’agit d’un simple alignement sur la politique de Bush. Cela contribue en fait à étouffer l’affaire de l’attentat ; notre gouvernement a remis en liberté, après un procès frauduleux, les principaux inculpés pour le crime, et ne poursuit personne, même pas ceux qui ont commis des « irrégularités » au cours de l’instruction. Le juge Galeano n’a pas été arrêté, et le conseil de la magistrature laisse tranquille Bonadío, un autre des juges complices. Kirchner fait le jeu des USA, et il consacre l’impunité. Ce qui est grave, dans le cas de Nisman, c’est que sa décision se base sur une information secrète fournie par les services de renseignement étrangers.


LVO : Y a-t-il un rapport entre la décision de Nisman et les agissements de Galeano ?


Absolument. Nisman reprend les mêmes méthodes et les approfondit. Il a prétendu se distinguer de l’ex-juge, mais il agit de façon à lancer une accusation politique plus profonde. Il a rendu publique sa décision quand le gouvernement lui a donné le feu vert, parce qu’il avait tout mis au point avec ses interlocuteurs aux USA et en Israël. A la différence de Galeano, il est soutenu par tous les autres pour « oublier » que le Tribunal Oral a déjà déclaré nulles une bonne partie des accusations instruites par le procureur lui-même, et les remises en liberté des individus censés constituer le « réseau local ». Notre collectif APEMIA continue à protester, car le gouvernement cache des archives, qui restent secrètes. Et il y a d’autres dossiers en rapport avec l’affaire AMIA en Israël et aux USA. Il s’agit donc pour Kirchner de préparer le terrain pour faire ce que même Bush ne parvient pas à faire aux USA, c’est-à-dire accuser sans fournir de preuves. Un point très grave, c’est la modification de la loi sur les services secrets nationaux. Les associations Memoria Activa et le CELS ont font connaître leur inquiétude à la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH). Nous avons pris la peine de comparer le texte de la loi en vigueur avec celle dont ils ont convenu avec le ministère de la Justice, et qu’ils ont transmise à la CIDH. Selon la nouvelle mouture, même les juges ne vont pas avoir accès à l’information des services de renseignement et aux preuves éventuelles. L’accès à l’information secrète leur sera interdit.
Il s’agit donc, dans l’opération conduite par Nisman, de satisfaire aux exigences de l’ambassade d’Israël, du lobby judéo-américain et du Département d’État, pour aligner l’Argentine sur leur politique belliciste, avec le prétexte de la lutte contre le terrorisme ; il s’agit de valider une méthodologie qui est illégale, dans n’importe quel pays au monde, telle que l’accusation sur la base d’informations secrètes des services de renseignement. Un exemple : Nisman affirme avoir des preuves – qu’il ne montre pas, naturellement – sur une réunion des ex-fonctionnaires iraniens mis en cause, dans la ville iranienne de Mashad le 14 août 1993 ; c’est là qu’ils auraient décidé de commettre l’attentat contre l’AMIA. Or - et il le cache bien- les mêmes services secrets avaient reconnu que l’État argentin, Israël, et le Brésil, savaient six mois avant cette date (depuis février 1993) qu’il se préparait un attentat à Buenos Aires. Il cache aussi une information qui est du domaine public : en 2004, un ex-directeur du FBI a déclaré au Brésil que l’attentat contre l’AMIA avait été préparé au Brésil.


LVO : Que penser des positions de la DAIA (Délégation d’Associations Israélites Argentines) et de l’AMIA ?

Les représentants de la communauté juive, des associations comme Memoria Activa, le gouvernement israélien et celui des USA ont félicité ensemble Nisman et l’État argenin. Nous rejetons ce comportement des représentants de la communauté juive, et d’autres associations de parents des victimes ; c’est le point d’orgue à la « performance », au show consistant à soutenir sans limite le gouvernement de Kirchner. Je considère qu’ils ont renoncé à chercher la vérité sur le massacre et à punir les coupables. Il s’agit d’une affaire pour laquelle il n’y a pas une détention, pas un condamné, pas un suspect, même pas en matière de  complicités (la complicité est un délit mineur, dans le cadre de la gravité du crime commis il y a douze ans). Douze ans sont passés, et vous verrez que le gouvernement va finir par dire qu’il n’est pas obligé de poursuivre qui que ce soit parce qu’il y a prescription. Or ce que cherche l’État argentin, c’est à être lavé de sa propre responsabilité criminelle. C’est l’État argentin, le coupable du massacre, non seulement à titre de complice, mais aussi pour sa responsabilité criminelle directe. Il savait que l’attentat était en cours de préparation, il a mis ses forces de sécurité à disposition pour qu’il se réalise, et il a couvert le tout pendant douze ans. Ses complices et compères pour occulter les faits sont les USA, le Brésil, la Grande Bretagne, l’Israël et l’Allemagne.
Nous lançons une accusation formelle contre ces États, et particulièrement l’État argentin, qui compte sur le soutien des organisations locales [juives] DAIA, AMIA ; Memoria Activa, etc.


LVO : Quelle solution souhaitez-vous, pour faire avancer l’enquête ?


Le procès pour le massacre de l’AMIA devrait être une cause nationale, une priorité dans le contexte des affrontements sociaux et politiques argentins. Si on nous impose une législation antiterroriste au nom de l’affaire de l’AMIA, en validant les méthodes illégales de la SIDE [Services secrets] et des forces de sécurité, les problèmes vont recommencer. Le plus grave, c’est qu’il n’y aura pas de jugement ni de sanction pour les coupables. Ce n’est pas la vérité sur l’attentat qui intéresse le gouvernement et ceux qui le soutiennent. Nisman et le gouvernement veulent nous mener à l’impunité totale. Nous disons qu’il y a des solutions très simples, pour les problèmes graves que pose l’affaire de l’AMIA : il faut exiger l’ouverture des archives, et leur analyse par une commission d’enquête indépendante de l’État.
Toutes les manœuvres que l’État argentin et ses comparses à l’étranger a effectuées depuis la présidence de Carlos Menem suffisent à prouver que l’État argentin est impliqué dans l’attentat. La solution, pour faire avancer l’enquête, c’est l’ouverture immédiate des archives, et la destitution de Nisman. Nous avons une bonne occasion d’intervenir sur cette base. Le moment est grave parce que les manœuvres du gouvernement en soutien à Nisman n’ont pas seulement pour but de satisfaire aux exigences des USA et d’Israël : il s’agit de bâtir une jurisprudence pour l’utiliser ultérieurement contre le peuple argentin.


Quelques dates clé


1995 : Le juge Galeano, le ministre de l’intérieur Carlos Corach, la SIDE, le président de la DAIA Rubén Beraja, l’ambassade d’Israël et le Département d’État US entreprennent d’occulter les responsabilités : un revendeur de voitures volées du nom de Carlos Telleldín est arrêté et accusé d’avoir fourni une camionnette à partir de laquelle aurait eu lieu l’explosion. [Or les témoins interrogés avaient été unanimes : il n’y avait pas eu la moindre camionnette sur les lieux ; et les experts argentins avaient immédiatement conclu à une explosion à l’intérieur du bâtiment].


1996 : Le juge Galeano donne US$400 000, fournis par la SIDE, à Telleldín, pour qu’il accuse faussement des membres de la police de Buenos Aires, qui sont arrêtés.


1997 Projection à la télévision d’une vidéo qui a enregistré l’offre monétaire faite à Telleldín. Malgré le scandale, Galeano garde le soutien de l’État. Le procureur Alberto Nisman s’intègre à l’équipe de collaborateurs de Galeano.


1998 : L’ambassadeur d’Israël Itzhak Aviran remercie le gouvernement de Menem pour ses efforts dans la recherche des responsables de l’attentat.


2000 : Les irrégularités commises par Galeano sont dénoncées devant le juge Claudio Bonadío, collaborateur de Corach ; mais au bout de 5 ans d’inaction totale, il a été révoqué par le conseil de la magistrature.


2002 Galeano met en scène une « piste syrienne » et ordonne la capture de douze fonctionnaires iraniens. INTERPOL rejette la requête comme injustifiée.


2003 Galeano est dessaisi de l’affaire, le juge Canicoba Corral prend la relève. Une nouvelle unité du Parquet sous la responsabilité de Nisman est mise en place.


2004 Non-lieu dans le procès contre les policiers impliqués.


2006 : Nisman ressort la « piste syrienne » de Galeano, sans nouveaux éléments de preuves, et accuse l’Iran d’être responsable de l’attentat.



La Verdad Obrera

Traduit de l’espagnol par Maria Poumier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.
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Mercredi 15 Novembre 2006

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