EUROPE

La répression des protestations des étudiants italiens : le spectre d’un Etat policier



Marc Wells
Mercredi 29 Décembre 2010

Les protestations contre la « réforme » de l’éducation et le gouvernement du premier ministre Silvio Berlusconi ont fait face mardi à Rome à la violence brutale de la police et des unités paramilitaires italiennes.
Les protestations faisaient partie d’une vaste opposition à l’encontre de la politique droitière du gouvernement Berlusconi qui, le même jour, avait réussi à survivre à une courte majorité à un vote de défiance au parlement italien. Ce résultat a surpris et frustré tous ceux qui étaient descendus dans la rue pour célébrer la chute de l’impopulaire gouvernement.
Rome est devenu mardi le théâtre de tensions, de la colère et de confrontations violentes. Un aspect frappant des événements était l’énorme recours à la violence contre les jeunes (voir les vidéos ci-dessous). Ce n’était pas la conséquence de quelques « brebis galeuses » au sein de la police mais le résultat d’une politique qui caractérise ces deux dernières décennies alors que l’Italie est entrée dans une crise socio-économique d'une grande intensité.
En l’espace de quelques heures, une centaine de personnes ont été blessées et 41 interpellées dont 23 ont fait l’objet de poursuites. Le bureau du procureur a intenté contre ceux placés en garde à vue ce qui est connu comme un «  processo per direttissima », un procès express – une procédure pénale extraordinaire employée en cas d’arrestation en flagrant délit de crime ou de confession – consistant en une procédure accélérée. Certains stages préliminaires (telle l’enquête préliminaire) sont ignorés au motif que l'on dispose de preuves puissantes. Souvent un juge décide presque immédiatement de la sentence ou de la peine à infliger.
Le recours à ce genre de procédure pénale expéditive appliquée à l’encontre de manifestants est une attaque contre les droits démocratiques et un pas vers l’illégalisation de l’opposition politique.
Tous ceux qui ont été interpellés à Rome, sauf un, ont été relâchés deux jours plus tard sous diverses conditions probatoires. Mario Miliucci a été assigné à résidence. Selon son avocat il avait été accusé d’avoir fait un graffiti avec une bonbonne de peinture en aérosol sur la vitrine d’une banque et d’être en possession de deux grosses pierres, une accusation qu’il rejette.
Il est significatif que la réaction de l’establishment politique va vers des méthodes de plus en plus répressives. Le maire de Rome, le néofasciste, Gianni Alemanno, a exprimé son mépris explicite pour la façon « timide » dont le tribunal traite les arrestations, en déclarant : «Je proteste au nom de la ville de Rome contre cette décision, il y a un profond sentiment d’injustice parce que ce qui est arrivé requiert un autre genre de fermeté. »
Une autre figure de l’ultra-droite, Gianfranco Fini, le nouveau « rival » politique de Berlusconi, a déclaré que les protestations de mardi étaient « criminelles. »
Maurizio Sacconi, le ministre italien du Travail et des politiques sociales et membre du parti de Berlusconi a même été plus direct : « Il y a une menace ‘rouge’ [de gauche] allant de la menace à des formes plus extrêmes que l’Italie a déjà connues. » La cible des poursuites politiques sera la vaste majorité de la population qui est en train d’opérer un virage vers la gauche en s’opposant à la politique du gouvernement.
La confirmation que les tactiques de la police font partie d’une politique parfaitement bien orchestrée est venue du ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, de la xénophobe Ligue du Nord (Lega Nord). Il a fait état de son « appréciation du traitement équilibré et attentif montré [par les autorités] à chaque stade de la manifestation. »
Le rôle de la soi-disant « gauche » italienne vaut la peine d’être examiné.
Le Parti démocrate de centre-gauche (Partito Democratico, PD) est au fond en accord avec l’appel en faveur de d’avantage de mesures répressives. Pier Luigi Bersani, le secrétaire général du PD, s’est plaint qu’« il était intolérable et incroyable que des casseurs, des éléments violents et le Black Bloc (bloc noir) [éléments anarchistes] ai trouvé une place au sein de la manifestation. » Il a ensuite exprimé sa « solidarité avec la police qui a été attaquée et blessée. »
Une autre clarification de la position de la « gauche » traditionnelle a été fournie par Nichi Vendola, président de la région des Pouilles et dirigeant de Sinistra, Ecologia e Libertà (le parti Gauche, écologie et liberté –SEL). Le jour où les forces de police attaquaient brutalement les manifestants, il a déclaré « il n’y a pas de doute, le centre-droite n’existe plus. Aujourd’hui, il en existe une miniature et une partie se dirige vers le pôle du centre. »
C’est là un mensonge pour défendre ses intérêts et en anticipation des nouvelles élections. Contrairement à cette position, l’ensemble de l’establishment politique, y compris le propre groupe de Vendola et son gouvernement aux Pouilles, est en train de virer à droite pour la défense des relations capitalistes.
Si l’on examine de plus près la soi-disant « gauche radicale », la faillite politique est tout aussi prononcée. Paolo Ferrero, secrétaire général du Parti de la refondation communiste (Rifondazione Comunista), se qualifie lui-même de dirigeant d’une nouvelle « gauche qui a pour objectif le retrait de Berlusconi et du Berluconisme. » En d’autres termes, pour cet ancien ministre du gouvernement bourgeois de Prodi, les problèmes de l’Italie auraient été résolus si le parlement italien avait voté la motion de censure.
La réaction sociale apparaît sous des formes diverses et variées. FIOM, la fédération des syndicats nationaux des métallurgistes qui s’était dernièrement posée en défenseur des travailleurs de FIAT (voir : "Unprecedented attacks on Fiat workers" http://www.wsws.org/articles/2010/nov2010/fiat-n10.shtml), a prononcé son jugement sur l’épisode de Rome. Son secrétaire général, Maurizio Landini, s’est plaint que « les épisodes violents sont de toute manière inacceptables. » Pour lui, « il faut condamner » de tels conflits.
Le lendemain des affrontements à Rome, le Sénat italien a approuvé un décret sur la sécurité attribuant aux maires des pouvoirs exécutifs sans précédent tel que l’application d’interpellations et de procédures judiciaires à l’encontre des étudiants. Cette loi a été adoptée à une écrasante majorité.
Les étudiants et les travailleurs doivent tirer de sérieuses leçons de ces expériences. L’évolution logique de la crise économique qui engloutit l’Italie tout comme le reste du monde, entraînera une intensification du conflit de classes. D’un côté, la bourgeoisie recourra à des mesures extrêmes et répressives pour étouffer les menaces politiques à l’encontre de ses intérêts de classe. De l’autre, la classe ouvrière résistera inévitablement et s’opposera aux attaques.
Mais une rupture avec les agents et les représentants de la bourgeoisie, qu’ils soient de droite ou de « gauche », devient une condition préalable pour faire avancer la lutte. Les mobilisations de masse ne peuvent être victorieuses que si elles se fondent sur une véritable perspective socialiste prolétarienne reconnaissant le besoin d’unir les travailleurs et les étudiants qui subissent des attaques dans chaque pays, pour renverser non seulement Berlusconi mais l'ensemble de l'establishment politique italien. L’établissement d’un gouvernement ouvrier doit être l’objectif de telles mobilisations.



Mercredi 29 Décembre 2010


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