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« La place de l’Afrique dans le paysage médiatique occidental » à Vienne : Symposium ou palabre ?


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Une idée magnifique, du moins à première vue. La journée de la presse africaine est effectivement une occasion rêvée d’organiser un symposium chargé d’établir une expertise scientifique de l’image que donnent de l’Afrique les médias occidentaux et tout spécialement autrichiens. Le sujet (« La place de l’Afrique dans le paysage médiatique occidental ») est bien choisi, la date (23 et 24 septembre 2010) déjà fixée, les organisateurs (chancellerie fédérale, Radio publique autrichienne (ORF), l’Institut de recherches sur le journalisme, l’Institut Renner du SPÖ, c’est à dire du Parti socialiste autrichien (au pouvoir actuellement), AfrikaNet Info, « La Presse » - le très renommé journal du Parti populaire autrichien, également au pouvoir - , l’OIM - l’Office International des Migrations, organisme intergouvernemental célèbre pour son organisation des retours « volontaires » des migrants dans leur pays, le Vienna Institute for International Dialogue and Cooperation [VIDC] et même l’ambassade des USA sont des institutions très en vue et l’éclat de l’événement assuré. Ceux qui souhaitent y assister pour jouir de la présence de Leurs Excellences doivent banquer : droit d’inscription 100 euros ! Sauf bien sûr pour les étudiants. Un « billet d’entrée » ne leur coûtera que... 25 euros.

Traduit par Michèle Mialane
Edité par Fausto Giudice


Vladislav Marjanović
Lundi 18 Octobre 2010

« La place de l’Afrique dans le paysage médiatique occidental » à Vienne : Symposium ou palabre ?
Jusque-là, très bien. Mais quid du contenu ? Le site Internet de Radio Afrika TV annonce trois sujets : la couverture de l’Afrique dans les médias occidentaux, la politique médiatique et ses coulisses et enfin la part accordée dans le paysage médiatique aux migrants et migrantes. Vastes sujets, qui nécessitent une analyse scientifique tout aussi vaste. Cela sera-t-il possible ? L’annonce faite sur le site de RATV datant du 10 août 2010, il est à craindre que le temps ne manque pour préparer tous les exposés.
 
D’autre part, les noms des intervenants, qui n’ont été publiés sur le site de Radio Afrika TV que début septembre, peuvent certes impressionner par leur nombre, mais non par leur compétence scientifique. Si l’on veut bien considérer que sur les 17 intervenants annoncés, deux seulement (ou peut-être trois) sont membres d’une institution universitaire ou scientifique et que tous les autres gravitent dans les domaines du journalisme ou de la politique, on peut difficilement attendre de ce symposium des analyses possédant un solide fondement scientifique.
 
Possible qu’on y trouve beaucoup d’expériences, de vécu et de réflexions personnelles. C’est sans aucun doute intéressant. Mais cela nécessite-t-il un symposium, de surcroît beaucoup trop court pour cela ? Un symposium ne doit pas seulement servir à exposer un problème, mais aussi à en indiquer les multiples causes, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles recherches dans un domaine précis. Cela exige une recherche scientifique difficile, longue et sérieuse, seul moyen d’aboutir à des résultats sérieux, objectifs et impartiaux. Mais aussi une bonne préparation, une préparation professionnelle, ce qui dans ce cas n’est, de toute évidence, guère possible.
 


Dov Fedler
, Afrique du Sud

 
Calmons-nous. Nous vivons un temps où symposiums, conférences, congrès et autres évènements pharaoniques de toute sorte sont in, y compris au niveau international. On trouve toujours des occasions, jubilés ou journées internationales quelconques, à fêter par des rencontres quelconques de VIP. Ce qui s’y dit est secondaire. L’important, c’est de se rencontrer, fût-ce pour des raisons scientifiques. Plus c’est solennel et imposant et mieux c’est. Somme toute nous célébrons une fête, et avec des institutions proches de l’establishment et/ou des partis politiques qui gouvernent l’Autriche. Au reste, le mot grec de « symposion » ne signifie-t-il pas « beuverie » ?
 


Damien Glez
,
France /BurkinaFaso

 
On peut pourtant se demander : combien de symposiums n’ont-ils eu d’autres résultats que des notes de frais? Toutes ces dépenses étaient-elles nécessaires ? Radio Afrika TV devrait être la première à y réfléchir. Pourquoi un média devrait-il organiser des symposiums exigeant de pareilles dépenses et un tel investissement ? Pour marquer la Journée africaine de la presse ? Un débat en studio serait plus efficace et, d’un point de vue professionnel, mieux approprié. Moins spectaculaire, accordons-le, mais plus adapté et surtout moins cher. Un/e bon/ne journaliste aurait pu fournir des informations pertinentes quant à la placede l’Afrique dans les médias occidentaux en posant des questions bien choisies à un petit nombre de spécialistes sans être obligé/e de présenter des exposés fondés scientifiquement comme dans un symposium. En organiser un à l’occasion d’une journée internationale revient plutôt, pour Radio Afrika TV, à se positionner en politique qu’à servir la connaissance, et à se mêler d’un domaine qui n’est pas le sien. Que Radio Afrika TV demande une participation pour un tel événement montre son manque de professionnalisme. L’information et le savoir ne doivent en effet pas être vus comme des marchandises, mais comme des biens communs qu’on doit accroître en tant que tels. Faire de l’argent avec eux renvoie une image douteuse de cette manifestation, de toute évidence davantage conçue pour taper dans l’œil que pour servir les médias et les savoirs. Les conséquences pourraient être pires encore si les exposés n’apportaient rien de vraiment neuf sur la placede l’Afrique dans le paysage médiatique occidental. Dans ce cas il s’agira plutôt d’une palabre sans intérêt que d’une rencontre à caractère scientifique. Ce ne serait pas rien de neuf à notre époque postmoderne, très douée pour draper du manteau de la science l’indigence des contenus. Mais ne devrait-on pas de se détourner enfin de ces pratiques ? Il est grand temps d’y réfléchir. Pour Radio Afrika TV aussi.
 
P.S. : Le patron de Radio Afrika TV y a visiblement réfléchi, dès que ce texte a été publié en commentaire sur le site de Radio Afrika TV il a été supprimé le jour même (6 septembre 2010) et le forum est resté fermé à tous les lecteurs jusqu’à la fin du symposium ! De la censure à l’état pur comme dans une « démocrature » et un exemple parfait de la manière dont les partisans de ce système traitent la liberté de la presse et les voix critiques, parce que ce qu’ils craignent, au fond, c’est de perdre leur crédit. C’est précisément pour cela qu’il ne faut pas « ficher la paix »  (comme le Président de Radio Afrika TV le demandait par mail à l’auteur de ce texte le 6 septembre 2010) à ceux qui agissent ainsi   mais combattre de façon argumentée leurs atteintes à la liberté de la presse avant qu’il ne soit trop tard.

Merci à l'auteur
Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1681
Date de parution de l'article original: 05/10/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1937



Lundi 18 Octobre 2010


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