Diplomatie et relation internationale

La période Don't trust


Dans la même rubrique:
< >

Mardi 16 Avril 2019 - 00:25 U.S.A : Ne sont plus des « Tovarishch »


On peut par quelques phrases définir ce que devrait être la diplomatie entre deux pays, mais il est clair que les sourires faussés et les longues poignées de main ne suffissent pas toujours à détendre les relations entre deux pays. Quand nos démocraties occidentales nous servent leur diplomatie "amicale" comme étant une discussion d’égal à égal, Yanoukovitch, représentant d'un pays de 45 millions d'habitants, a du trouver qu'il s'agissait plutôt d'une discussion entre un chef et son subordonné lors des négociations sur le traité de coopération avec l'UE.


Thomas Jadot
Jeudi 12 Mars 2015

Serions-nous entrés dans une nouvelle période diplomatique?

La période Don't trust
Serions-nous entrés dans une nouvelle période diplomatique? On peut par quelques phrases définir ce que devrait être la diplomatie entre deux pays, mais il est clair que les sourires faussés et les longues poignées de main ne suffissent pas toujours à détendre les relations entre deux pays. Quand nos démocraties occidentales nous servent leur diplomatie "amicale" comme étant une discussion d’égal à égal, Yanoukovitch, représentant d'un pays de 45 millions d'habitants, a du trouver qu'il s'agissait plutôt d'une discussion entre un chef et son subordonné lors des négociations sur le traité de coopération avec l'UE.
 

Souvenons-nous de la phrase attribuée à un grand démocrate, comme Churchill, sur sa diplomatie: "Un bon diplomate est quelqu'un qui peut égorger son voisin sans qu'il s'en aperçoive." Et surtout Clausewitz: "La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens".

Une solution diplomatique n'est possible que quand les parties sont décidées à discuter ensemble. Ce qui fait se rendre au but les parties impliquées, c'est la confiance. Lorsque cela échoue, c'est le point de rupture qui fait passer ces négociations dans un nouveau champ, celui de la guerre.
 
Il serait bon de se demander également si la guerre arrive parce qu'elle était inévitable, ou bien parce qu'un camp veut la rendre inévitable, parce que la guerre lui est utile. Ce qui est souvent reproché à un Empire, comme celui imposé par la Pax Americana, c'est de mener une diplomatie à sens unique afin d'atteindre un objectif stratégique par la guerre, ce qui amène à une perte globale de confiance dans la diplomatie internationale.
 
Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu waves as he steps to the podium prior to speaking before a joint meeting of Congress on Capitol Hill.
Natanyahu lors de son speech au congrès
Lors de sa visite au Congrès étasunien, sans demande officielle préalable faite au président Obama, Netanyahu a dû passer par la petite porte pour faire un speech incendiaire au Sénat de la plus grande démocratie au monde, les USA. Je reprendrai juste un article de Sayed7Hasan et cette phrase, issu de: De Soljenitsyne au discours de Netanyahu au Congrès : « Ne soyez jamais le premier à vous arrêter d’applaudir ! »
 
 "Et ne soyez jamais le premier à vous arrêter d'applaudir !", parce que oui, "Netanyahu a pu obtenir pas moins de 43 ovations – soit plus d'une par minute, la plupart debout – de la part des membres du Congrès américain".
 
D'un côté, Obama ne venant pas assisté au discours, ayant pris soin de signifier son mécontentement, répond à Netanyahu: I don't trust you. La tactique diplomatique plus dégoulinante de Natanyahu est à rapprocher d'une sorte de deal : "Je m'invite chez toi pour dormir avec ta femme, je te laisse le salon, ajoutant en passant: "Can you please trust me, my friend, "yes, you can"?". Les deux finiront par se battre, afin de savoir qui a été le plus desservi par cette intervention, Obama ou Bibi, voir les deux? Imaginez-vous ce drame vu de Chine, qui critiqua Obama à la conférence de l'APEC, parce qu'il avait un chewing gum à la nicotine en bouche. Là, on s'invite au Congrès sans le prévenir, comment cela est-il vu de Chine? Should we trust that weak guy?
 
Spiritual leader of Iran Ayatollah Sayed Ali Khamenei
Ayathollah Khameni d'Iran
On peut poser la question de savoir dans quelle direction vont ces Don't trust que nous voyons dernièrement apparaître, celui de plus de diplomatie ou bien de plus de guerre. Alors, vers où semblons-nous nous diriger? Qui va gagner dans cette guerre? Les personnages agressifs comme Netanyahu ou alors ceux comme Obama, qui se laisse faire?
 
Dans un autre article de SputnikNews, "Senators write open letter to iranian leader : Don't trust Obama. An Open Letter to the Leaders of the Islamic Republic of Iran,” the letter begins, and goes on to deliver a not-so-subtle message: when the president goes, you’ll still have us to contend with."
 
Arkansas Senator Tom Cotton, the letter's organizer.
Tom Cotton, organisateur de la lettre
Si cela ne suffisait pas aux malheurs d'Obama ou de Netanyahu [on ne sait plus trop finalement], 50 sénateurs du 'Politburo' washingtonien se permettent d'envoyer une lettre ouverte à l'Iran, contournant de nouveau l'homme le plus puissant du monde [sauf vu d’Israël et de Chine, NdT]. Khameni va-t-il être mis en confiance par ce genre de lettre? Rien n'est moins sûr. L'axe Russie-Iran-Syrie-Hesbollah ne va pas être remis en question par une lettre du Politburo étasunien, ou bien les USA auraient-ils pris au sérieux une lettre ouverte venant de Moscou en 1985, changeant de stratégie envers l'URSS suite à une lettre ouverte?
 
 
Puis ce n'est pas tout, on a aussi nos Don't trust à nous en Europe, sur la crise ukrainienne, on se demande si la diplomatie fonctionne encore, vu que c'est un professeur d'Histoire qui s'en mêle, envoyant lui aussi, sa lettre ouverte à Poroschenko:
  
"German professor of history Michael Pesek wrote an open letter to Petro Poroshenko, in which he advised the Ukrainian President not to expect a long-lasting friendship with the United States, as the White House could change its attitude towards him in the blink of an eye when political trends shift Washington." (...) In particular, the historian reminded Poroshenko of Saddam Hussein, who was Washington’s close ally in the Middle East during the 1980s.
 
Voila, encore un Don't trust, gracieusement envoyé à Poroschenko par un professeur allemand d'Histoire. Apparemment, les USA collectionnent ces faveurs ces derniers temps. L'Allemagne étant un allié soumis des USA, elle ne se permet pour le moment que des critiques indirectes, mais elle a elle-même critiqué le Général de l'OTAN Breedlove, lui retirant sa confiance (Don't trust him) à cause d'une propagande trop visible, dans ce qu'il racontait de son pupitre à l'OTAN.
 
Apparemment, une période nouvelle est apparue dans la diplomatie, celle de la diplomatie multi-polaire. Habitué que nous sommes en Occident à avoir un seul point de vue, cela nous semble chaotique, mais non, pas du tout, c'est entièrement normal. Reste à espérer que cette perte de confiance entre l'auteur de la Pax Americana, ses partenaires vassalisés, ajouté aux ennemis de toujours [le très utile, Axe du Mal, NdT], ne nous mène pas tout droit vers une guerre. Il  a deux sortes d'alliés qui risquent d'apparaître lors de cette débandade, les fous-furieux avec en tête d'affiche Netanyahu. A côté de cela, les autres, plus attentifs et posés, pour qui la diplomatie compte encore, parce qu'elle est le seul moyen de discuter d'égal à égal, sans s'entre-tuer. Prenant exemple sur la Russie, ils ne se permettront pas d'humilier leurs partenaires, parce qu'il y a une chose que la Russie a compris: si les mauvaises manières diplomatiques des USA sont exaspérantes, ce n'est pas par l'humiliation diplomatique qu'on préserve la paix. En espérant qu'il reste aux USA plus qu'uniquement un "In God we trust" sur le billet vert.

http://vodkaetpelmini.blogspot.ru/2015/03/la-periode-dont-trust.html

 


Jeudi 12 Mars 2015


Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale


Publicité

Brèves



Commentaires