RELIGIONS ET CROYANCES

La musique, sa portée et l'islam


Chose étrange que cela. Chose littéralement étrange que de sentir l'extase monter à l'esprit quand, en lisant un texte profond, mettons de philosophie ou d'histoire, une musique (ou une chanson) adoucit au même moment l'humeur tout en impulsant cette excitation de la connaissance dans le sujet pensant qui reçoit simultanément, et la musique, et l'écrit. En effet, comment se fait-il qu'elle a ce pouvoir surpuissant d'accentuer la contingence actuelle de l'écrit quand il est lu, c'est-à-dire de lui donner cette portée limitée au présent en ce qui regarde la lecture immédiate, comme si rien n'existait autour, sauf l'assimilation profonde d'un savoir appris à l'instant ? Pourtant, au même moment, ces deux ingrédients, mis ensemble, semblent porter la pensée non encore exprimée ni structurée du lecteur à l'infinité de l'univers. Car cette situation accentue rien moins que l'idée immensément conséquente qu'une lecture d'un texte est une étape, de soi, comme du monde, dans le chemin pluriséculaire de la connaissance. Et que tant que cet écrit existera, il en sera toujours ainsi. La musique dit cela en effet à tout homme à la recherche du savoir et qui apprécie simultanément une écoute musicale.

Mais tout de même, redevenons terre-à-terre après cette rêverie à la fois artistique et philosophique. Revenons à la religion islamique telle qu'elle est connue sur cette terre. Elle semble interdire la musique, sauf dans deux cadres selon un certain nombre de hadiths rapportés, qui sont la célébration d'un événement important (type mariage ou fêtes religieuses), ou pour amortir, par son pouvoir de pénétration de l'esprit qu'il occupe alors, les durs labeurs que l'homme est obligé d'entreprendre dans l’amélioration, et de son quotidien, et de sa société (voir le lien suivant pour prendre connaissance de l'acuité des avis religieux sur la question : http://www.muslimfr.com/modules.php?file=article&name=News&sid=139).

Comment concilier les deux points de vue : la musique comme source d'impulsion vers la connaissance, chose qui m'est évidente dans les idées sentimentales qui se mêlent, en moi, au sérieux de mon esprit. Ou la musique comme vecteur du mal sauf en de rares occasions, comme clamé par l'islam, ma religion ?

Que difficile est une réponse conciliante à cette question. Essayons de raison garder pour surmonter la difficulté et tentons de regarder les choses en face, sans honte de ce à quoi l'on pourrait aboutir si tant est nous sommes sûrs que nous aboutissons à la réalité.


Adel TAAMALLI
Samedi 7 Septembre 2013

La musique, sa portée et l'islam
1. La musique et le mal


Dans notre monde actuel, comme dans l'ancien, beaucoup de fois la musique a pu être le prétexte à l'amoralité du monde. Un seul exemple : "sexe, drogue et rock'n'roll" sont liés dans une maxime populaire de notre temps incessamment asséné, en tout cas dans notre civilisation occidentale. Et, tandis que beaucoup semblent s'en accommoder, d'autres, non moins nombreux, en sont scandalisés à l'excès...

La musique véhicule une contre-culture. Cela est vrai dans le rap ou la musique pop. Elle est devenue un marché mondialisé où, alors qu'il y a encore quelques années, dépasser les frontières signifiait changer d'aire musicale, et rencontrer une scène chansonnière différente, aujourd'hui, les Top 50 de tous les pays du monde présentent de plus en plus les mêmes classements, et ce, au même moment, marque de l'instantanéité croissante permise par les outils de communications satellitaires. Une exception à cela est justement l'exception culturelle, celle défendue par le Canada et surtout la France à l'OMC. Celle-ci a son pendant dans la musique et la chanson, de telle sorte qu'en France, par exemple, la loi imposant un minimum de productions nationales devant être mises écoute par les stations radios F.M., la scène française rencontre un public grandissant, même si la concurrence, et de la musique américaine, et du téléchargement illégal, malgré Hadopi, est de plus en plus rude.

Cette contre-culture initiale, devient donc, au fil de la popularité grandissante accentuée par la mondialisation et la technique de diffusion, une norme de culture au sein des populations. La musique, devenue incontournable, fait partie de nos sociétés dont elles contribue à constituer les normes et valeurs (l'amour, le culte du corps, la nudité, le sexe). Et c'est là que le bât blesse ! La musique et la chanson, en touchant un large public, ont cette influence que beaucoup d'hommes politiques ou d'intellectuels rêveraient de posséder. Surtout, elle impulse chez ses auditeurs des marqueurs identitaires complètement déconnectés de ce qu'ont pu ressentir nos ancêtres quand ils concevaient le monde. Que l'on songe donc à ces adolescentes innombrables, qui crient à tue-tête et perdent la boussole quand elles vont à un concert du groupe One Direction. Ou quand dans ces hommes et ces femmes qui ne jurent que par leurs chanteurs favoris, on ne voit autre chose que la perdition de leur vie ici-bas tellement ils passent à côté de ce qui est essentiel pour eux s'ils avaient seulement l'occasion ou l'intérêt de s'interroger sur leur existence et de ne pas oublier qu'ils sont mortels.

Est-ce donc cela que le secret de la musique populaire ? Un antidote à l'angoisse de la mort que tout le monde sait inéluctable mais que l'on tente d'oublier par tous les moyens ? Où sont donc les Montaigne et les Ibn Battuta, des modèles qui ont su se retirer du monde quand ils le sentaient nécessaires pour se préparer à la mort ? Mais écoutaient-ils seulement de la musique ? Ne nous égarons pas...


2. Le bon, la musique et l'islam


De notre histoire commune, il est sûr que de grands esprits ont su voir en la musique à la fois du beau, et un outil d'élévation intellectuelle et spirituelle. Ainsi de ce qui a introduit ce texte et que je sais ressentir, en toute sincérité. Ou encore de Mohamed Assad, qui a admiré les musiques populaires arabes lorsqu'il ne cherchait que la nomade pérégrination perpétuelle dans les déserts rocailleux ou sablonneux de la péninsule arabique. Il y admirait le son monotone qui ressortait des chants des hommes du désert , espace où l’acoustique est particulière du fait de l'absence d'obstacle naturelle et donc d'écho, ce qui donne un caractère net et arrêté à toute parole déclamée (Les chemins de la Mecque, 1976) ! Il y a vu un des aspects, certes non le plus important, mais existant tout de même, de la grandeur de la nation arable authentique, celle bédouine ou nomade du désert, qui vivait la foi musulmane simplement, sans besoin d’interrogations métaphysiques poussées autres que celles données par la dureté évidente de leur cadre de vie. Ou enfin la musique classique, qui est en fait la musique savante de l'Occident, tirée d'une véritable science, où de vrais génies ont déployé leurs capacités littéralement exceptionnelles, tels que Beethoven qui, devenu sourd à partir de 26 ans, n'en composa pas moins ses plus grands chefs d'oeuvre, ou, à un degré moindre mais tout de même révélateur de la grandeur de son esprit, Rousseau, qui, bien que n'y connaissant rien en la matière au départ, parce qu'il voulait être partie du monde, et même si la matière l'intéressait, a d'abord été imposteur, se présentant de village en village comme un expert sans l'être, avant de finir par rédiger des articles sur la musique dans l'Encyclopédie de Diderot, ainsi que des opéras, dont l'un, joué devant le roi Louis XV, atteignit une certaine renommée (les Confessions, publiées à titre posthume à partir de 1782).

D'où la question lancinante qui me taraude. Dieu interdit-il vraiment la musique ? Je ne puis répondre que de ma simple pensée et sans me considérer ni prendre la place d'un savant religieux que je ne suis pas, et que je veux pas être. Si elle est jouée dans un endroit où le mal se fait, pourvu que l'on s'entende sur ce que c'est que le mal en islam, il est clair que l'élévation de l'esprit n'a rien à y gagner. Mais quand elle suscite la noblesse de l'action et du cœur, qu'elle semble initier le mieux chez l'homme, que de la configuration unique de toute composition musicale, il en ressort dans le cerveau humain comme de l'ineffable, de l'impensé qui excite la pensée quand on veut justement les penser.

Ne doit-on pas, au contraire, l'encourager pour le mieux qu'elle semble apporter au genre humain ?


Conclusion


Quelle difficile question sur un sujet semble-t-il prosaïque mais en réalité si profond du fait même que les sons musicaux ont dû accompagner l'aventure humaine depuis le début ! Et nous, musulmans, il apparaît que sur ce sujet, comme sur d'autres, il importe de déserter l'attitude décontenancée pour gagner la pensée raisonnée et créer les concepts d'écoute de ce nouveau monde qui est le nôtre, et qui, dans son être même, est amené encore à plus se mondialiser dans un processus diachronique inédit au plus haut point.


Seul Dieu reste le Savant suprême

Adel TAAMALLI (32 ans, ancien étudiant en histoire, aujourd’hui travaillant dans l’organisation de voyages touristiques de groupes pour un tour-opérateur à Aix en Provence)

Le 05/09/2013


Samedi 7 Septembre 2013


Commentaires

1.Posté par eerrtt le 07/09/2013 21:24 | Alerter
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Et lorsqu'on leurs fait reproches,
Ils disent, nous ne sommes que des réformateurs.

Voilà l'argument que vous invoquer. Et Satan est dans les détails.

Ne tentez pas de pervertir cette religion en introduisant insidieusement à la manière des philosophes le doute sur des concepts établies depuis plus de 14 siècles. En ces temps troublés, gardez vous des questions inutile et non constructifs et consacrez votre temps et votre réflexion à des problématiques plus essentielles pour la communauté et pour votre salut.

2.Posté par Saber le 08/09/2013 02:01 | Alerter
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C'est légitime de s'interroger sur le fait d'écouter une musique, encore faut-il savoir que le mal n'est pas partout.

L'extase garantie. Bonne écoute.


http://www.dailymotion.com/video/x93uo1_oum-kalthoum-toulatia-moqadassa_music

3.Posté par ghuraba le 08/09/2013 06:02 | Alerter
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salam

si je puis me permettre, j'ai l'impression de lire un article traduit d'une autre langue par google, bizarre...

ceci dit le sujet est tout à fait digne d'intérêt et mérite qu'on s'y attarde. et ma question est depuis quand et sous l'influence de qui la musique a fini par prendre cette odeur de soufre ?

normalement en islam en dehors de ce qui est explicitement interdit par Allah rien n'est bon ou mauvais en soi mais c'est l'usage et l'intention qu'on y met qui détermine la tonalité morale que va prendre la chose ou l'action. c'est la différence qu'il y a à écouter barry white pour se détendre avec son conjoint et passer du barry white pour séduire une personne dans le but de commettre le zina.

oui, la musique peut être très puissante et néfaste, combien vont boire, fumer de la drogue, se suicider ou s'automutiler ou commettre d'autres méfaits en écoutant une musique dont le message incite à commettre tous ces méfaits ?

mais la musique peut aussi soigner, embellir l'humeur, élever l'état d'esprit. il y a une différence entre musique et chanson, différence entre musique à caractère purement commercial et oeuvre d'art. est ce qu'on est obligé de jeter le bébé avec l'eau du bain ? que proposent les musulmans partisans de l'interdiction pure et totale pour la remplacer dans tous les usages sociaux et fonctions qu'elle remplit ?

personnellement je préfère éduquer l'oreille et le coeur, faire preuve de discernement et leur donner des nourritures saines.
certains donnent comme argument que la magie du quran s'atténue pour celui qui écoute de la musique, ça se défend mais ça ne tient pas la route. le quran est la parole d'Allah, il est plus fort dans le domaine qui est le sien. on n'écoute pas le quran pour se distraire ou avoir des sensations. la musique oui.

avant de jeter l'anathème sur ceux qui interdisent et ceux qui autorisent merci de se rappeler que nous sommes tous de sensibilité différente, c'est à chacun de voir ce qui lui convient le mieux pour renforcer sa foi mais en dernier ressort c'est Allah qui déclare ce qui est licite et illicite et c'est Lui qui nous jugera sur nos différends.

salam

4.Posté par A.D le 12/09/2013 01:33 (depuis mobile) | Alerter
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La musique embelli ou enlaidi une action.Et ça change les moeurs c''est une arme de propagande très redoutable.Je trouve qu''il n''y a rien d''utile à écouter la musique, on ne peut pas analyser.correctement un document contenant de la musique.

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