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La moralité vide de Steven Weinberg : Le Bigot et le Boycott


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Par Robert Jensen > rjensen@uts.cc.utexas.edu
Robert Jensen est professeur de journalisme à l’Université du Texas (Austin), et il appartient au conseil d’administration du Third Coast Activist Resource Center (une base de données à l’usage des militants progressistes, ndt) http://www.thirdcoastactivist.org Il est l’auteur des ouvrages (en anglais) The Heart of Whiteness : Race, Racism, and White Privilege [Au cœur de la blanchitude : de la race, du racisme et des privilèges des Blancs], et Citizen of the Empire : The Struggle to Claim our Humanity [Citoyens de l’Empire : un combat en vue de recouvrer notre humanité].


Robert Jensen
Mardi 5 Juin 2007

 La moralité vide de Steven Weinberg : Le Bigot et le Boycott

Ayant lu l’affirmation de Steven Weinberg selon laquelle, en substance, ceux qui sont partisans d’un boycottage d’Israël souffrent d’une "cécité morale" que seul pourrait expliquer leur "antisémitisme", je me suis demandé comment il osait se prévaloir d’un haut standard moral, malgré un argument qu’il lui était arrivé de m’opposer, puant de parti-pris antipalestinien.


Je n’utilise pas le terme "bigoterie" à la légère ; c’est une qualification appropriée d’une remarque que m’a faite Weinberg, voici quelques mois de cela, à Austin.

Je n’avais jamais évoqué cette conversation publiquement – jusqu’à ce que j’aie lu, la semaine dernière, qu’il avait annulé une intervention à l’Université de Londres, en invoquant ce qu’il a qualifié de "vaste courant anti-israélien et antisémite dans l’opinion publique britannique."

Lui et moi, nous travaillons à l’Université du Texas, à Austin. Il est un des membres les plus éminents de la faculté – il est lauréat d’un prix Nobel de physique –, c’est un professeur qui est souvent mis sous les feux de la rampe par les administrateurs de notre université afin d’appuyer la prétention de l’UT d’être une université de "classe mondiale".
Personnellement, j’enseigne le journalisme, et, à tout le moins, je ne suis ni aussi accompli, ni aussi encensé qu’il peut l’être.

L’année dernière, j’ai invité Weinberg à venir donner une conférence dans le cadre d’une série organisée par ma paroisse. Bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés, je savais qu’il s’intéressait à des questions touchant à la foi et à la raison, et il accepta gentiment de faire une conférence sur le thème "Science et / ou Religion", en septembre 2006, donnant même le départ à tout le cycle de conf’s.

A un moment donné, dans cette causerie, dans le contexte de l’examen de l’importance de la religion pour la moralité, Weinberg attaqua l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis, en raison de ses critiques à l’encontre de la politique israélienne, et il suggéra l’idée que, loin de critiquer Israël, nous devrions… le soutenir !

Beaucoup, dans l’auditoire, furent interloqués de voir qu’une discussion sur la science et la religion dérivait pour se transformer en une autre conférence sur le conflit israélo-palestinien, et plusieurs membres de la congrégation croisèrent le fer avec lui, au sujet de ses affirmations éthiques et historiques, durant le débat qui s’ensuivit.

Après la conf’, j’ai dit à Weinberg que j’estimais que sa présentation du conflit était distordue et j’ai expliqué que j’étais un détracteur non seulement de la politique d’Israël, mais – plus important encore – parce que j’étais un citoyen américain – un détracteur du soutien apporté par les Etats-Unis aux crimes perpétrés par Israël. Bien sûr, Israël n’est pas le seul pays qui viole le droit international ou qui exploite les gens.

C’est d’ailleurs la raison qui fait que je ne soutiendrai pas un boycott d’Israël tant qu’il ne sera pas question de l’élargir à tous les pays voyous qui ignorent le droit international, y compris les Etats-Unis et la Grande-Bretagne !

Je lui ai expliqué que j’axais mon action politique sur cette question du soutien américain inconditionnel à Israël – incluant des millions de dollars, annuellement, en « aides » américaines – ce soutien qui a rendu possible le défi permanent des Israéliens, partie intégrante des efforts des Etats-Unis visant à dominer politiquement le Moyen-Orient.

Mon analyse l’a laissé de marbre. Tandis que nous prenions congé, il me dit, avec ce que j’ai perçu comme une insulte condescendante : « N’aies pas une vision romantique des Palestiniens au seul motif que ce sont des primitifs !... »

Primitifs ? Que pouvait-il bien vouloir dire par là ? Entendait-il seulement me provoquer, afin de voir de quelle manière je réagirais ?

Quelle que soit la réponse à cette question, j’ai eu bien du mal à croire qu’un lauréat du Prix Nobel pourrait – pour une raison quelconque – proférer quelque chose d’aussi horrible…

Aussi, quand j’ai lu, dans la presse britannique, que Weinberg chapitrait les British au sujet de leur moralité et de leurs préjugés, je fus ramené mentalement dans le passé ; non seulement à ses commentaires, mais à ma décision, prise voici près de neuf mois, de ne pas en parler.

Pourquoi n’avais-je rien écrit, à ce sujet, afin de rétorquer à sa critique morale de la politique de l’Eglise presbytérienne par son propre commentaire raciste ?
Sans me l’avouer vraiment, avais-je intégré une crainte d’être pris pour cible ?

J’ai écrit et je me suis exprimé afin de défendre l’application du droit international et des principes moraux en vue de réparer les crimes israéliens, mais étais-je réticent à me colleter avec un personnage célèbre, pour la simple raison que je ne voulais pas me voir taxer, à mon tour, d’"antisémitisme" ?

Nous sommes, là, en plein dans la campagne de nature insidieuse visant à mettre un signe d’égalité entre toute critique légitime de la politique israélienne et l’antisémitisme. Bien entendu, il y a des antisémites, dans le monde et, souvent, les antisémites critiquent Israël. Mais il est tout aussi évident qu’un tel parti-pris anti-juif ne porte en rien atteinte à la critique honnête de la politique israélienne, telle que formulée par des personnes faisant preuve d’intégrité morale.

Beaucoup d’éléments, autour de ce conflit, suscitent des débats intenses. Mais certaines choses sont parfaitement claires : des centaines de milliers d’indigènes palestiniens ont été chassés de chez eux lors de la création de l’Etat colonialiste d’Israël. Des millions de personnes souffrent, depuis des décennies, à cause de l’expansionnisme israélien.

Ces attitudes ne sauraient se perpétuer sans le soutien apporté à Israël par les Etats-Unis. Toute solution de ce conflit passe par la reconnaissance non seulement de l’humanité des deux peuples, des deux côtés, mais aussi par une reddition honnête des comptes des injustices perpétrées par Israël.

Je ne sais pas ce que Weinberg avait dans le cœur, quand il a qualifié les Palestiniens de "primitifs". Je ne sais pas ce qu’il pense, plus généralement, des Arabes.

Mais voici ce que je sais : Quelqu’un qui qualifie un groupe de personnes de "primitifs" est bien mal fondé à formuler des jugements sur les préjugés ou la bigoterie religieuse allégués d’autrui.

Source : http://www.counterpunch.org/
Traduction : Marcel Charbonnier


Mardi 5 Juin 2007

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