Reflexion

La magie de la narration comme tremplin pour la réussite sociale


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Il est courant d’admettre que les millénarismes ont pour ambition de créer l’homme nouveau capable de répondre aux défis de son époque. Pendant des centaines d’années, ce défi était dévolu aux philosophes et aux religions qui, chacune à sa façon ont tenté de rassurer l’homme sur sa mission sur terre. Le XXe siècle s’est, comme on le sait, clôturé sur de grandes interrogations


vdida2003@yahoo.fr
Mardi 23 Janvier 2007

Le besoin d’enchantement de l’homme

La magie de la narration comme tremplin pour la réussite sociale
Le besoin d’enchantement de l’homme

Introduction
Les multiples tensions çà et là ont profondément marqué les individus qu’ils soient du Nord ou du Sud, croyants ou non. On peut dire, en tentant de faire la même analyse qu’Osborne qui avançait la fin du XIXe siècle, au début de la guerre de 1914. que le XXIe s’est provisoirement clôturé le 11 septembre 2001. En Occident, espace repu et qui a bâti son développement sur les Suds épuisés et incapables de suivre le mouvement de la science et de la technologie. Il fut une époque où la population d’un pays était en principe son plus sûr garant contre les agressions extérieures. Ceci n’est plus vrai, la sécurité d’une nation ne dépend plus du nombre mais de la maîtrise de la technologie. Le salut est dans le qualitatif.
Dans ce monde de plus en plus crisique, il vient que l’individu éprouve le besoin d’un retour à des “ valeurs sûres ” qui lui font retrouver une identité religieuse que la modernité avait réduite. En Occident, le retour du religieux, n’a rien à voir avec les superstructures religieuses classiques représentées par les Eglises et les Temples. L’individu est devenu un SDF de la religion. Cette libération rend, naturellement l’individu “ libre ”, est-il pour autant, libéré et en paix avec lui-même ? A côté de cette errance religieuse induite par le millénarisme, une autre servitude attend l’individu- sujet. C’est l’asservissement au marché, au libéralisme sauvage. Pierre Bourdieu propose de concevoir le libéralisme comme un programme de "destruction des structures collectives" et de promotion d'un nouvel ordre fondé sur le culte de "l'individu seul mais libre". Pour Bourdieu, le néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives construites de longue date par exemple, les syndicats, les formes politiques , mais aussi et surtout la culture en ce qu’elle a de plus structurant et de ce que nous pensions être pérennes.(1) Il semble cependant nécessaire, pour Dany- Robert Dufour, de pousser la réflexion plus moins : peut-on penser que le néo-libéralisme, dans son oeuvre de destruction, puisse laisser intact, l'individu -sujet ?(2). L'émergence de ce nouveau sujet correspond à une cassure dans la modernité, L'entrée dans cette époque “ postmoderne ” se caractérise par l'épuisement et la disparition des grands récits de légitimation, notamment le récit religieux et le récit politique. D'autres éléments illustrent la mutation actuelle dans la modernité ; ils ne sont pas sans rapport avec ce que nous connaissons sous le nom de néolibéralisme. (3).
On sait enfin, que sous des airs avenants et démocratiques, cette nouvelle idéologie, probablement aussi virulente que les terribles idéologies comme le communisme et le nazisme, qui se sont déchaînées en Occident au XXe siècle, est en train de se mettre en place , car l’ultralibéralisme veut, lui aussi, fabriquer un homme nouveau. (...).La grande force de cette nouvelle idéologie par rapport aux précédentes tient à ce qu’elle n’a pas commencé par viser l’homme lui-même au moyen de programmes de rééducation et de coercition. Elle s’est contentée d’introduire un nouveau statut de l’objet, défini comme simple marchandise, en attendant que le reste s’ensuive : que les hommes se transforment lors de leur adaptation à la marchandise, promue dès lors comme seul réel.(4).
La fameuse “ perte de repères chez les jeunes ”, à la limite de deux mondes antagoniques, celui de la tradition des parents et celui de la liberté débridée, est de plus induite par la précarité de la vie temporelle et spirituelle, n'a alors rien d'étonnant : Les carrières autrefois toutes tracées se brisent de plus en plus sur l'écueil de la précarité. On constate une fragilité du présent et une incertitude du lendemain. Le monde vit au rythme de la terreur et non pas à celui de l’apaisement. Il est illusoire de croire que quelques leçons de morale à "l'ancienne" même dans les pays où la tradition et la religion tente encore de maintenir la structure sociale, pourraient suffire à enrayer les dommages. Dans cet univers de plus en plus changeant, la morale ne marche plus. La mondialisation et le néolibéralisme peuvent être tenus pour responsable de cette débâcle planétaire.

Le rêve raconté
Conter une histoire a de tout temps eu un effet magique sur les individus. Raconter une histoire c’est apaiser l’Autre , endormir sa méfiance et d’une certaine façon le subjuguer. Ainsi comme l’écrit Dany Robert Dufour, décrivant l’itinéraire de l’homme « il apparaît, alors, comme une suite de soumissions à de grandes figures placées au centre de configurations symboliques dont on peut assez aisément dresser la liste : la Physis dans le monde grec ; Dieu dans les monothéismes ; le roi dans la monarchie ; le peuple dans la république ; la race dans le nazisme ; la nation avec l'avènement des souverainetés ; le prolétariat dans le communisme...La laïcité dans la conception de la république en France. C’est chaque fois, des récits différents, qu'il fallut édifier à grand renfort de constructions, de réalisations, voire de mises en scène très exigeantes. C'est vers une condition subjective définie par un état-limite entre névrose et psychose que se définit désormais le sujet post-moderne, de plus en plus pris entre mélancolie latente, illusion de toute-puissance et fuite en avant dans des faux soi, dans des personnalités d'emprunt, offertes à profusion par le marché».
A côté de la thérapie l’ultralibéralisme, les gourous de la mainmise sur le pouvoir d’une façon pseudo-démocratique emportent notre adhésion en nous racontant des histoires. Ainsi comme l’écrit Christian Salmon : « A good story. » Voilà, selon les stratèges du Parti démocrate américain , ce qui aurait manqué à M. John Kerry pour remporter l’élection présidentielle aux Etats-Unis en 2004 (5). M. James Carville, l’un des artisans de la victoire de M. William Clinton en 1992, déclara à ce propos : « Je pense que nous pourrions élire n’importe quel acteur de Hollywood à condition qu’il ait une histoire à raconter ; une histoire qui dise aux gens ce que le pays est et comment il le voit. ». (6).
« Un récit, c’est la clé de tout », confirme M. Stanley Greenberg, spécialiste des sondages. Selon Evan Cornog, professeur de journalisme à l’université Columbia, « la clé du leadership américain est, dans une grande mesure, le storytelling ». En janvier 1985, le président des Etats-Unis prononce devant les deux chambres du Congrès son discours sur l’état de l’Union en racontant deux histoires comme les Américains aiment les entendre Reagan enchaîne alors sur une autre histoire. L’ancien acteur de Hollywood croyait au « pouvoir des histoires » sur les esprits. Mais c’est sous la présidence de M. Clinton que le storytelling politique est entré à la Maison Blanche, avec sa cohorte de consultants, de scénaristes hollywoodiens et de publicitaires. « Mon oncle Buddy m’a enseigné que chacun d’entre nous a une histoire », affirme M. Clinton, dès les premières pages de ses Mémoires (4). Avant de les terminer par ces mots : « Ai-je écrit un grand livre ? Qui sait ? Je suis certain en tout cas qu’il s’agit d’une bonne histoire. » (7).
Dès son entrée à la Maison Blanche en 2001, M. Bush avait fait connaître son cabinet à la presse en déclarant : « Chaque personne a sa propre histoire qui est unique, toutes ces histoires racontent ce que l’Amérique peut et doit être. » Et plus tard (en présentant M. Colin Powell comme secrétaire d’Etat) : « A great American story... » Puis il avait conclu en disant : « Nous avons tous une place dans une longue histoire, une histoire que nous prolongeons mais dont nous ne verrons pas la fin ». « Cette histoire continue » [This story goes on...]. » La fréquence d’apparition du mot story dans les discours de M. Bush ne doit rien au hasard. Elle révèle l’influence des consultants en management qui l’entourent. M. Stephen Denning, un ancien dirigeant de la Banque mondiale, est l’un de ces gourous qui ont contribué à populariser le storytelling management. Il a publié plusieurs livres, dans lesquels il se réfère à la narratologie de Roland Barthes ou encore How Narrative and Storytelling Are Transforming 21st Century Management. (6).
« Vous voulez savoir comment doubler vos ventes et quadrupler votre avance ? », demande M. Doug Stevenson, le président du Story Theater International. « Vous vendrez bien mieux en vendant une success story qu’en décrivant les caractéristiques et avantages de votre produit ou service. Une histoire, et c’est vendu. Les gens adorent les histoires (8). » Le succès du storytelling ne se limite pas à la direction d’entreprise et à la mercatique, il s’est imposé en dix ans à toutes les institutions au point d’apparaître comme le paradigme de la révolution culturelle du capitalisme. Selon la sociologue Francesca Polletta, « le storytelling se déploie dans des secteurs inattendus, les managers sont tenus de raconter des histoires pour motiver les ouvriers, et les médecins sont formés à écouter les récits de leurs patients. Les reporters se sont ralliés au journalisme narratif. Et les psychologues à la thérapie narrative. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes se rendent à l’International Storytelling Center de Jonesborough, dans le Tennessee, rejoignent le National Storytelling Network ou participent à plus de deux cents festivals de storytelling organisés aux Etats-Unis. Et un coup d’œil aux listes de best-sellers révèle les scores impressionnants de livres consacrés à l’art du storytelling considéré comme un chemin vers la spiritualité, une stratégie pour les postulants à des bourses, un mode de résolution des conflits, et une recette pour perdre du poids (9) ».
Raconter est devenu un moyen de séduire et de convaincre, d’influencer un public, des électeurs, des clients. Cela signifie aussi : partager, transmettre, des informations, une expérience. Configurer des pratiques, des savoir-faire. Formaliser des contenus, formater des discours, des rapports… La méthode employée, les interlocuteurs, les financements, le calendrier sont les mêmes et s’appuient toujours sur le modus operandi du storytelling, devenu le b.a.-ba de l’idéologie enseignée aux hommes politiques et aux chefs d’entreprise. Le storytelling envahit peu à peu des disciplines aussi diverses que la sociologie, l’économie, le droit, la psychologie, l’éducation, les neurosciences, l’intelligence artificielle...
La sociologie elle-même a recours aux récits de vie en vue de traiter des questions d’identités sociale ou professionnelle. L’approche narrative est devenu hégémonique dans les sciences sociales depuis le narrativist turn (10) des années 1990. L’économiste Deirdre N. McCloskey défend l’idée que l’économie est, elle aussi, essentiellement une discipline narrative. « Ce n’est pas un hasard, dit-il, si la science économique et le roman sont nés en même temps. » Le problème que doit résoudre Mitre Corporation, une société de recherche et développement, financée en partie par le département d’Etat, spécialisée dans les technologies de visualisation de l’information. est le suivant : la somme des connaissances double tous les sept ans, la puissance de traitement des processeurs tous les dix-huit mois... Dans un contexte de surinformation, de « harcèlement textuel », la capacité de sélection des individus est constamment sollicitée. Le storytelling désigne également des technologies utilisées dans le secteur en plein développement des « loisirs numériques ». des jeux vidéo ou encore de la télévision interactive. (6)
Le succès des blogs – une façon de se raconter de se découvrir à l’autre en étant caché derrière l’Internet- fournit un exemple frappant de cet engouement pour les histoires. Selon Pew Internet & American Life Project, il se crée actuellement un blog toutes les secondes. Onze millions d’Américains auraient déjà le leur, et trente-deux millions d’entre eux en liraient. Leur nombre doublerait tous les cinq ou six mois. La motivation des auteurs de blogs est sans ambiguïté. Ils « racontent leur histoire ». Le rapport, rédigé par deux chercheurs de Pew, Amanda Lenhart et Susannah Fox, publié en juillet 2006, s’intitule : « Blogueurs : un portrait des nouveaux conteurs d’Internet ».Etre soi ne suffit plus. Il faut devenir sa propre histoire. Fabriquez-vous un récit. La story, c’est vous ! (6).
Conclusion
Souvenons nous de « Quala raoui ya sada ya kiram ». «Le conteur dit , O gens nobles». C’est par ces mots magiques que le récitant des feuilletons libanais « El Amiratou el Hasna », nous transportait, dans les années ’70, dans le monde merveilleux du récit. La puissance magique du récit des Mille et une Nuits nous tient toujours en haleine. Le récit mène à tout. Nous éprouvions le même enchantement le récitant de l’Odyssée d’Homère. Heidi le dessin animé et même le premier dessin animé japonais des années 70 étaient autant de rêves éveillés.. . Nous avons connu dans le pay -en Agérie_ nous aussi une période d’éblouissement dans le premier mandat du président et nous étions pendu à ses discours qui bousculaient les préjugés les parti-pris. Le rêve fut interrompu brutalement, L'Homme a besoin de croire au merveilleux. Nous avons toujours besoin de resymboliser le monde du XXIe siècle. Il nous faut raconter les histoires et écouter celle des autres. C’est peut être cela l’altérité qui nous mènera à la paix
1.Pierre Bourdieu l'essence du libéralisme , le Monde Diplomatique mars 1998.
2.Dany-Robert Dufour Les désarrois de l'individu sujet Le Monde Diplomatique Fév2001. 3.Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Minuit, Paris, 1979
4.Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, L’Homme sans gravité, Denoël, Paris, 2002.
5. Francesca Polletta, It was like a fever. Storytelling in Protest and Politics, The University of Chicago Press, 2006.
6.Christian Salmon : Une machine à fabriquer des histoires Le Monde Diplomatique . Novembre 2006
(7) Bill Clinton, Ma vie, Odile Jacob, Paris, 2004.
(8) Doug Stevenson, Never Be boring Again : Make your Business Presentations Capture Attention, Inspire Action and Produce Results, Cornelia Press, Colorado Springs, 2004.
(9) Francesca Polletta, It was like a fever, op. cit. US News and World Report, New York, 27 octobre 2003.
(10) Martin Kreiswirth, Tell me a story : The narrativist turn in the human sciences, University of Toronto Press, 1995.


Professeur Chems Eddine Chitour


Mardi 23 Janvier 2007


Commentaires

1.Posté par Gilles COUTURIER le 09/08/2007 00:13 | Alerter
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J'avais trente ans, mon père entreprit pour la dernière fois de me convertir au catholicisme. Il m'envoya à un séminaire, rideaux fermés, matin et après midi à me faire engueuler par un curé comme si, de par ma faute, Jésus Christ avait souffert , il y a deux mille ans...

Lundi et mardi, à treize heures trente, je suis assis sur les marches, je vois passer: Dix mètres devant, le jeune chien, puis, le paysan de la propriété, et dix derrière, le vieux chien.
Mercredi, je me poste près de leur route, bonjour le chien, bonjour le maître, et je me penche sur le vieux.
C'était une jeune femelle, mais en la caressant, je m'aperçois qu'elle était couverte d'une vingtaine de tiques grosses comme la dernière phalange de mon petit doigt. J'ai fait un trou, les ai décrochées une par une, enterrées, rebouché, et bonne journée.
Le lendemain, jeudi, elle courait dix mètres devant son maître avec son compagnon...

Ce n'est pas la peine de se battre la coulpe parce que il y a deux mille ans...si on est pas foutu de voir la souffrance, là, devant soi, sous son nez, tous les jours, du lundi au dimanche !

Belle histoire, n'est ce pas ?

2.Posté par Daniel Milan le 09/08/2007 10:01 | Alerter
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Ru reste, qui nous empoisonne la vie avec des mythes ?

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