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La grande illusion monétaire


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Nicolas Jaisson
Samedi 13 Août 2011

La grande illusion monétaire
JC. Trichet et B. Bernanke prétendent de concert que leur rôle est d’assurer la stabilité et la confiance des marchés dans la solidité du système monétaire global. L’un comme l’autre ignorent la triste série de crises financières qui se sont succédées depuis la création de la FED en 1913 sur le modèle des banques centrales européennes dominées à chaque fois par un cartel de banques qui se sont vues transférées le privilège de la création monétaire normalement dévolue à l’Etat, comme faisant partie des droits régaliens dont la puissance publique est redevable devant le peuple. Or c’est bien là qu’existe un hiatus dans la compréhension du type de monnaie que la banque centrale est censée défendre contre les variations excessives de sa valeur. Lorsque l’Etat émettait de la monnaie sous la forme de dette contre un emprunt consenti par la banque centrale à zéro pour cent, la quantité de monnaie émise était sévèrement encadrée par le Parlement de manière à éviter tout risque inflationniste. Il en va tout autrement lorsque ce sont des banques privées rassemblées en cartel qui émettent de la monnaie vendue contre intérêts à l’Etat, lorsque celui-ci décide d’avoir recours à l’emprunt pour couvrir ses dépenses ou relancer l’économie par l’investissement productif. La quantité de monnaie émise n’obéit dans ce cas à aucune règle de limitation des déficits, tant il est vrai que les parlements nationaux ont abandonné ce pouvoir de contrôle à la banque centrale contrôlée elle-même par les émetteurs de monnaie sous forme de produits de dette. Dans le cas américain, le directoire de la FED est composé des représentants des grandes banques d’investissement, tandis que dans le cas européen, la BCE s’est accordée elle-même le droit de racheter des titres de dette émis par des banques privées, alors que le Traité de Maastricht ne lui reconnaissait que le pouvoir de fixer le taux d’intérêt interbancaire au niveau de la zone euro. La création de monnaie dette échappe donc complètement au pouvoir des représentants du peuple démocratiquement élus, pour être détenu par des institutions qui sont prétendument indépendantes, c’est-à-dire qui n’ont de comptes à rendre que devant elles-mêmes, puisqu’elles sont les garantes de l’orthodoxie monétaire dont elles déterminent les règles déontologiques. Tout cela resterait dans les bornes de la légalité, si les banquiers centraux étaient réellement indépendants des politiques, en particulier en Europe, puis que le principe d’indépendance est inscrit dans les statuts de la BCE. Or il n’en est rien puisque tous les mois on nous annonce que la banque centrale européenne a injecté des milliards d’euros sur les marchés financiers européens en rachetant des titres de dette pour permettre aux banques de se refinancer, ce qui est bien une forme de création monétaire échappant à son rôle de contrôle de la masse monétaire en circulation. Le poids de la masse monétaire supplémentaire créée par la BCE devra être supporté à la fois par le consommateur sous la forme de l’inflation des prix, une constante depuis l’introduction de la monnaie unique, et par le contribuable qui paie le service de la dette. Par ailleurs il s’agit de monnaie stérile dans la mesure où la monnaie créée sous la forme de dettes sert à rembourser d’autres dettes sans aucun effet économique autre que celui d’assurer la solvabilité des banques à court terme, de façon à leur permettre de continuer à assurer leur rôle de financement de l’économie réelle. Mais en rachetant massivement des dettes bancaires, les banques centrales n’ont fait que transformer un risque crédit privé en risque crédit public, puisque les dettes bancaires sont adjointes aux dettes nationales, faisant courir aux Etats le risque d’une dégradation de leur note financière. Et c’est à ce stade que se referme les mâchoires du piège dans lequel sont tombés les états impécunieux dont la croissance était tirée artificiellement par le crédit et l’accroissement sans fin de l’endettement public financé par les banques. En effet la dégradation de la note de crédit entraîne automatiquement une déprécation des bons du trésor qui servent aux banques de garantie contre le risque crédit encouru lorsqu’elles émettent des produit de financement ou de couverture du risque à fort effet de levier comme les swaps et autres dérivés de crédit. La conséquence immédiate est une forte dégradation de la valeur de leurs actifs détenus au bilan ou hors bilan avec en plus le renchérissement du capital à mettre en réserve pour couvrir les risques de crédit ou de marché sur ses actifs, au moment même où les banques doivent appliquer les règles renforcées de contrôle des risques imposées par les organismes de surveillance, comme les règles Bâle 2 et Bâle 3 renforcées. On se demande bien comment les banques vont continuer à assurer leur rôle de financement de l’économie alors que leur solvabilité est remise en cause. En général les banques répondent à un durcissement des règles de contrôle des risques par la création de nouvelles bulles spéculatives qui leur permettent de générer les revenus nécessaires pour couvrir les dépenses d’application des règlements et la dégradation de leurs actifs du fait de l’augmentation du risque crédit. C’est ainsi que les instruments de couverture du risque crédit comme les dérivés du type CDO, CLN , MBS, etc basés sur les créances immobilières sont devenus des instruments spéculatifs d’arbitrage réglementaire entre le secteur bancaire réglementé et le secteur du financement non réglementé. Après le couac du carbon trading qui devait permettre aux dérivés climatiques de prendre la relève du financement hors bilan assuré par les dérivés de crédit fort malmenées, les banques se trouvent actuellement dans une situation de panne sèche d’idées novatrices pour sortir de l’impasse financière. Face aux manques de solutions pacifiques pour apurer le bilan des banques, il reste les solutions plus punitives comme la dévaluation massive ou la nationalisation des banques permettant de solder les comptes des banques en les rachetant pour un euro symbolique. Ce sera sans doute la phase ultime de l’interventionnisme monétaire qui a enfreint toutes les règles de contrôle de la création monétaire pour financer l’émergence du socialisme mondial où l’essentiel de la richesse créée a été rachetée par les banques qui l’a transformée en titres de dettes pour la faire passer sous le contrôle de l’Etat qui s’est avéré un gestionnaire désastreux. Les Etats reprendront ainsi le contrôle de la création monétaire en l’alignant sur la richesse produite et non sur l’inflation de leurs dépenses. Alors seulement pourra reprendre le financement de l’économie à des conditions infiniment plus avantageuses, puisqu’il s’agira de prêts garantis par l’Etat, que celles imposées par les usuriers des banques privées qui facturaient au prix fort la quantité de monnaie émise sous la forme de crédits ou de dettes privées ou publiques.


Samedi 13 Août 2011


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