Economie

La fin de l’Europe ?



10.05.2020


Décoder l'éco
Lundi 11 Mai 2020

Pourquoi l’Allemagne menace-t-elle la BCE ?

L’Allemagne a lancé un ultimatum à la BCE au sujet de sa politique monétaire. L’Allemagne semblait pourtant être jusqu’ici le pays le plus avantagé par la politique monétaire européenne.




Le virage libéral de l’Allemagne : le problème du manque d’enfants




L’Allemagne n’a pas toujours été un pays pariant sur le capital, il y a 20 ans c’était même le pays d’Europe qui consacrait le plus d’argent à ses retraites. Les salaires y étaient également très élevés. Le changement complet de politique s’est opéré au début des années 2000 avec les réformes passées sous la chancellerie Gerhard Schröder (SPD) équivalent du PS.




Pour comprendre pourquoi, il faut regarder l’impact des changements de comportements vis-à-vis de la famille apparus partout en Europe. On France on dit que ce sont les événements de 1968 qui ont changé les choses, mais il s’est passé à peut près partout la même chose en Europe au même moment. La société a changé et en particulier la vision de la famille et la politique qui va avec. Résultat le nombre d’enfants par femme que l’on appelle indice de fécondité s’est effondré.


En 1960, en Allemagne les femmes avaient en moyenne au cours de leur vie, 2,4 enfants, alors qu’en 1975, elles n’avaient plus en moyenne au cours de leur vie que 1,4 enfant. En France on est passé de 2,8 à 2,1.




Il faut rappeler qu’en Allemagne, il y a très peu de politique orientée pour les enfants.Par exemple, il n’y a pas de mode de garde pour les enfants avant 6 ans. Donc quand vous faites des enfants il faut soit que l’un des parents s’arrête de travailler pendant au moins 6 ans, soit gagner suffisamment d’argent pour pouvoir se payer une nounou. C’est un choix politique de favoriser ou non les enfants dans un pays.




Ce manque d’enfants implique que dès 1975, l’Allemagne est passé bien en-dessous de ce que l’on appelle le renouvellement générationnel. En dessous de 2 enfants par femme, ou par couple, cela signifie que la population va finir par baisser. Et ça ne va pas baisser à tous les âges de la même façon, mécaniquement dès les années 1970-80, l’Allemagne sait qu’elle va mécaniquement se retrouver avec un moment beaucoup de vieux moins de monde en âge de travailler.


Cette situation est arrivée mécaniquement 30 ans plus tard. Les jeunes sur le marché du travail se sont retrouvé bien moins nombreux que leurs aînés. Ces jeunes ne font pas plus d’enfants que leurs aînées. Tous ceux d’entre eux qui ne voulaient pas ou ne pouvaient pas avoir d’enfant n’avaient aucune raison de penser que la génération du dessous allait bien vouloir payer leur retraite. Le manque d’enfants a donc fracturé la société allemande ou la génération qui travaille s’est désolidarisé des générations futures.




C’est le moment où le gouvernement de Gerhard Schröder a proposé ses lois pour casser la retraite par répartition.




Le virage libéral de l’Allemagne : la fin de la retraite par répartition




Le principe de la retraite par répartition c’est le fait que ce sont les travailleurs d’aujourd’hui qui payent des cotisations sociales et ces cotisations payent les retraites. Nous salariés, nous payons actuellement la retraite de nos vieux.


Sur notre fiche de paye on peut voir que le salaire net qu’on touche c’est à peu près 50% du salaire super brut. Autrement dit quand on travail, on touche 50% du total et le reste finance la sécurité sociale, les médecin l’hôpital et le sujet du jour, les retraites.




Bien évidemment il faut que l’argent qui rentre soit proche de celui qui sort pour que cela fonctionne. En Allemagne, ceux qui travaillaient en 2000 et qui n’ont pas fait d’enfants se sont dit que quand ils passeraient en retraite, il y avait peu de chance qu’il y ait assez de monde pour leur payer leur retraite. Cela allait mécaniquement soit baisser la pension de retraite soit augmenter les cotisations des salariés. Dans les 2 cas on allait avoir un problème entre générations.




Le manque d’enfants dans une société cela casse d’une manière globale le lien entre les générations mais aussi entre les gens. Il n’y a plus d’avenir général à défendre. Les gens n’ont plus d’autre ambition que de juste jouir de leurs possessions dans leur propre vie. Ce modèle de société, c’est exactement la définition de la liberté des libéraux depuis le XVIIe siècle par John Locke.


Pour la question des retraites, plutôt que de laisser la situation et de baisser la retraite ou de changer et de faire une politique nataliste, les Allemands ont choisis de passer à une retraite par capitalisation. Depuis le début des années 2000, Ils ont lourdement diminué le montant de la retraite par répartition en ne gardant qu’un petit bout pour que les gens ne crèvent pas faim.


Pour le reste ils ont mis en place une retraité facultative sur le modèle des fonds de pensions.




Quand les salariés travaillent, une partie du fruit de leur travail sert à payer leurs salaires, une autre partie sert à rémunérer le capital qui finance la rente, une autre partie enfin sert aux cotisations sociales qui financent les retraites.


La réforme Schröder a diminué la retraite par répartition.




Elle a poussée la population aisée allemande a consacrer une partie de son salaire depuis 15 ans pour s’acheter des bonds de retraite. C’est le système des fonds de pensions. Vous achetez des parts, et les fonds de pensions jouent en bourse avec votre argent pour vous verser une rente. C’est un peu comme quand vous achetez des actions. Les fonds de pension ont donc besoin que le capital rapporte de l’argent. Ces achats ont fait gonfler la rente.




Depuis les réformes, les Allemands qui veulent avoir une retraite décente doivent se payer eux-même une retraite complémentaire. Bien évidemment, si on a un salaire trop petit pour se payer une retraite complémentaire tant pis. Ce système ne permet qu’aux plus aisés de s’acheter ce genre de chose. Les autres tant pis. On peut constater qu’aujourd’hui le nombre de retraités pauvres a explosé en Allemagne. Ce sont tous ceux qui n’avaient pas les moyens de cotiser. A cette pauvreté l’Europe et l’Allemagne proposent qu’ils ne partent plus en retraite, mais qu’il continuent de bosser.


Schröder en même temps que ça réforme des retraites a aussi réformé le code du travail, le but étant de permettre au capital de prendre un plus gros morceau du gâteau. Ils ont donc rogné fortement sur les salaires et les cotisations sociales. Les anciennes cotisations sociales n’ont pas été rendu aux salariés, mais ce sont ceux qui détiennent le capital, notamment les fonds de pensions qui l’ont récupéré.


Le capital a donc intérêt à ce que le salaire diminue pour pouvoir prendre un bout du morceau plus gros.




Cela a encore plus fracturé la société, non seulement les retraités et travailleurs allemands ne sont plus solidaires mais carrément ennemis. Les retraités étant ceux qui votent le plus aux élections, la situation ne s’arrange pas vraiment.




Pour aller plus loin le problème de démographie est devenu tel en Allemagne que le pays a ouvert grand ses frontières à l’immigration pour trouver des travailleurs pour remplir ses usines. On a donc un classe de retraités allemands soit pauvres, soit qui défend son capital, pour un classe de prolétaire dans les usines qui sont de moins en moins des allemands. Il n’y a donc pas du tout de cohésion nationale entre les travailleurs et les retraités.
Pour en rajouter, le petit sursaut de natalité ces dernières en Allemagne est due aux populations immigrées.




La chasse à l’inflation de l’Allemagne : l’aide de la BCE




Nos retraités Allemands, n’ont qu’une seule trouille, c’est de perdre leur capital. Vous ne verrez donc jamais les Allemands proposer des taxes ou des impôts sur le capital, toute la richesse de leurs riches retraités est basée là-dessus.




En plus, les allemands font la chasse à l’inflation et s’opposent à toutes les mesures qui pourraient en créer. L’inflation c’est quand les prix montent. Par exemple si vous avez 100€ et qu’une baguette coûte 1€, vous pouvez acheter 100 baguettes. Si la baguette tout à coup coûte 2€, vous ne pouvez plus en acheter que 50. Votre pouvoir d’achat à diminué c’est l’inflation. S’il y a de l’inflation, le capital des retraités va diminuer. Il n’en veulent pas.




A l’inverse, quand il y a de l’inflation, les revenus grimpent avec les prix, puisque tout se vend plus cher, les revenus sont mécaniquement plus grands.


Cela permet aux gens d’investir. Par exemple, vous voulez acheter votre maison, vous prenez un crédit de 200 000 €. Vous gagnez 2 000 € par mois, et vous remboursez 1 000 € par mois, il vous reste 1 000 € par mois pour vivre.


Au bout de 10 ans, avec l’inflation votre paye est devenue 2 500 € par mois. Vous remboursez toujours 1 000 € par mois, il vous reste 1 500 € par mois pour vivre.


Les travailleurs ont intérêt à toujours avoir un peu d’inflation pour pouvoir emprunter. Ceux qui ont du capital n’en veulent pas.


Pendant les 30 glorieuses période de grand développement économique on était majoritairement entre 5 % et 10 % d’inflation par an.


Pendant les années 70-80 qui ont permis à toute la classe moyenne française salariée de s’acheter une maison on avait 10 % d’inflation par an.




L’inflation s’est cassé la figure pour protéger le capital sous Mitterrand en 1983 quand il a retourné sa veste pour faire du libéralisme. Il a préparé ainsi le rapprochement avec l’Allemagne qui a donnée l’Acte Unique Européen en 1986 et on est en rentré officiellement dans une période anti-inflation avec le traité de Maastricht en 1993 et la création de la BCE au plus grand intérêt de ceux qui détiennent du capital.


Donc l’Allemagne souhaite à tout prix empêcher l’inflation pour protéger le capital de ses riches et de ses retraités. Cependant à force de faire des lois favorisant le capital au détriment de l’investissement et de la consommation dans tous les pays européens, la croissance européenne a ralentit et l’économie réelle a commencé à manquer de monnaie. Les riches deviennent de plus en plus riches mais si on ne rajoute pas plus de monnaie ça fait que tous les autres en manquent.




Le risque de déflation : le jeu dangereux de l’Allemagne




Le gros risque d’une économie qui manque de monnaie c’est la déflation. L’inflation c’est quand les prix et les salaires montent, la déflation c’est quand les prix et les salaires baissent. C’est très dangereux car quand ça arrive tout ceux qui ont des emprunts sont dans la mouise pour réussir à rembourser.




Dans notre exemple, si au lieu de gagner 2000 € par mois vous ne gagnez plus que 1500€ par , il vous reste 500€ par mois pour vivre. Bien souvent c’est trop peu et vous êtes obligé de vendre votre maison. Évidemment, ça arrive à tout le monde en même temps et le prix de votre maison s’effondre, Vous perdez tout. De même toutes les entreprises qui ont des dettes, ne peuvent plus les rembourser et ferment. Le chômage explose, la pauvreté aussi avec et le risque devient l’insurrection.




Le but de la BCE c’est de maintenir l’inflation entre 0 et 2 % pour avantager au maximum le capital tout en évitant que le système s’effondre


Pour éviter la déflation, la BCE a lancé un grand programme en 2015 pour injecter de la monnaie avec un mécanisme qui s’appelle les Quantitative Easing. Pour mémoire, les États empruntent tous les ans pour financer leur dette. La BCE n’a pas le droit de prêter ou de donner de l’argent aux États pour financer leur dette. Les États créent donc des titres de dettes que les marchés financiers (qui regroupent ceux qui ont du capital) peuvent acheter. L’État les rembourse avec un taux d’intérêt entre 2 et 10 ans plus tard. Ces titres peuvent ensuite être revendus, certains prennent de la valeur si la note de l’État monte et d’autres perdent de la valeur si la note de l’État baisse.


En 2015, la BCE s’est mise à racheter aux fonds de pensions et autres établissements financiers, les titres de dette qui étaient en train de perdre de la valeur, notamment ceux de la Grèce. Ce sont les Quantitative Easing. Les journaux dans ce cas disent partout que la BCE rachète les dettes des États. Les gens interprètent cette information en se disant que la BCE a donné du fric aux États et c’est faux. La BCE a filé 2600 milliards d’euros aux marchés financiers, pas aux États.


Cet argent cadeau aux marchés financiers a fait peur aux allemands que donner autant d’argent aux marché financier engendre de l’inflation, ils ont donc saisit le tribunal de la Karlsruhre pour dénoncer cette pratique.




5 ans plus tard on peut constater qu’injecter des milliers de milliards d’euros dans les marchés financiers ne relance pas l’économie et ne fait pas ou très peu d’inflation.


Tout simplement parce que cette monnaie reste sur les marchés financiers, fait de la spéculation et ne va pas dans l’économie réelle. Les actions et produits financiers ont pris de la valeur depuis 2015 et c’est tout, cela s’appelle une bulle.




D’une manière générale, si on créé de la monnaie et qu’on le donne a quelqu’un qui a déjà tout ce qu’il veut, il ne va pas dépenser plus, il va la mettre de côté ou investir dans les marchés financiers pour que cela lui rapporte plus. Donc ça fait monter la valeur des actions, mais ça ne relance pas l’économie et ne fait pas d’inflation. C’est comme la politique de diminuer les impôts des plus riches, ça fait que leur argent circule de moins en moins. Les riches s’enrichissent d’année en année sans que cela ne profite à personne d’autre. Avec cette politique on ralentit l’économie et on file vers la déflation.




En 2020, avec la crise du coronavirus, la BCE propose d’encore intensifier les Quantitative Easing, elle veut injecter d’un coup 1000 milliards d’euros sur les marchés financiers, toujours pas dans l’économie réelle.




Cela fait quand même trop peur aux Allemands qui veulent à tout prix protéger leur capital et qui ont donc saisi de nouveau le tribunal de Karlsruhe.




Le verdict est une menace, l’Allemagne dénonce que la BCE joue avec la monnaie et rappelle qu’elle ne veut surtout pas d’inflation. Elle donne 3 semaines à la BCE pour se justifier et prouver que les 1000 milliards de QE ne feront pas d’inflation.




Le péril Allemand : goodbye Angela




Même en temps de crise où les pays européens menacent de s’effondrer à cause du manque de monnaie en circulation, les Allemands continuent de faire cavalier seul on se focalisant uniquement sur leur capital. Tout la politique monétaire en place depuis 40 ans en Europe est faite pour protéger les intérêts des Allemands qui veulent protéger leur capital et qui ne veulent pas d’inflation. Ce politique nuit à l’activité économique et appauvrit les gens qui travaillent et qui vivent de leur salaire.




Si votre ambition c’est de faire une société sans enfants ou les vieux exploitent le travail des jeunes pour survivre. Où les gens ne sont pas solidaires entre eux et ne partagent pas d’avenir en commun alors il faut continuer de suivre les traces de l’Allemagne. C’est le chemin que l’on prend actuellement




Dans tous les autres cas, ce qui pourrait nous arriver de mieux c’est la fin de la politique monétaire Européen. La France et l’Allemagne ont des intérêts contraires. Nous sommes encore un pays relativement jeune et solidaire qui a besoin que l’économie soit au service du travail et de la consommation. L’Allemagne est un pays vieux qui vit de la rente du capital en exploitant d’autres nationalités. Les Allemands sont obnubilés par la protection du capital au détriment de l’activité et de la vie des gens. Le mieux pour nous serait soit la sortie de l’Allemagne parce qu’elle a trop peur pour son capital, soit avec un éclatement pur et simple pour que chacun reprenne sa souveraineté sur sa monnaie.


Lundi 11 Mai 2020


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