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La décapitation du général McChrystal



Vendredi 25 Juin 2010

La décapitation du général McChrystal
Un tel scandale « en pleine guerre », les États-Unis n’en ont pas connu durant le demi-siècle passé. Le 23 juin, le Président Barack Obama a limogé le général Stanley McChrystal de son poste de commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan : le poste auquel ce même Obama l’avait nommé il y presqu’exactement un an en espérant beaucoup de ce général, un soldat énergique et un stratège expérimenté. McChrystal était considéré comme un général aimé de ses troupes (ce qui est absolument vrai) et qui sait quoi – et surtout comment – faire en Afghanistan. C’est, d’ailleurs, McChrystal qui avait élaboré de la dernière stratégie des États-Unis en Afghanistan. Cette stratégie devait définitivement briser les Talibans, renforcer le gouvernement civil, assurer la passation des fonctions de maintien de la sécurité à l’armée afghane et préparer le retrait de l’armée américaine de l’Afghanistan à partir du milieu de 2011.

McChrystal n’est pas le premier général à être limogé d’un poste important par un président des États-Unis. Les péchés de ses prédécesseurs ont été divers et variés : critiques de la politique gouvernementale, incartades inopportunes à l’égard des alliés, échecs militaires, manquements personnels. Mais on aurait du mal à se souvenir d’un limogeage dû à la fois à toutes les raisons ci-dessus jointes, en plus, à des insultes publiques au président et à tous les plus hauts dirigeants du pays. Le fait suivant donne la mesure du courroux de la Maison Blanche à l’encontre de McChrystal : après son audience chez le président à la Maison Blanche, il lui a même été interdit de retourner en Afghanistan pour faire ses bagages.
Il faut dire à l’honneur du général McChrystal tombé en disgrâce, qu’il est loin d’être l’auteur de tous les affronts politiques qui, comme des mégots, parsèment l’article scandaleux paru dans le magazine Rolling Stone. Certes, c’est lui qui est à l’origine des algarades contre le vice-président Joe Biden, contre l’ambassadeur américain à Kaboul, ainsi que contre l’envoyé spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan Richard Hollbrooke. En revanche, c’est aux assistants du général que l’on doit la phrase selon laquelle le président « ne comprend pas ce qui se passe autour de lui ». Il est à noter que ce n’est qu’aujourd’hui, le 24 juin, que le magazine Rolling Stone, avec l’interview et l’article fatidiques, sera en vente dans les kiosques.

Cette raison est, sans aucun doute, largement suffisante pour un limogeage. McChrystal a non seulement fait preuve d’irrespect envers le président, le vice-président et toute l’administration politique du pays (la secrétaire d’État Hillary Clinton qui a mérité les louanges du général pour son soutien à « sa stratégie », étant la seule exception). McChrystal et ses assistants ont fait quelque chose de bien plus grave : ils ont présenté le président et son entourage immédiat sous un jour pathétiquement grotesque.

Certes, on pourrait supposer que le général McChrystal avait fait ses révélations sans raison apparente, attribuables à la « dure vie de soldat », à la monotonie de la vie de garnison, à la chaleur, à une maladie ou à une démence subite. Mais McChrystal n’est pas du tout un « va-t-en-guerre qui a son franc-parler ». C’est un général expérimenté, professionnel. Par ailleurs, son poste est à la fois militaire et politique dans la mesure où l’armée qu’il dirigeait en Afghanistan réunissait les forces de 44 pays. Il est impossible d’accéder à de tels sommets militaires aux États-Unis sans faire preuve d’une flexibilité politique en plus d’une détermination purement militaire. Le général ne pouvait pas ignorer les conséquences des confidences que feraient ses assistants et lui à Rolling Stone.

Les frictions dans les rapports entre les politiciens et les militaires sont assez fréquentes et faciles à expliquer. Seulement en l’occurrence, la limite a été franchie, McChrystal a dépassé les bornes. Compte tenu de son expérience, il ne pouvait pas ne pas en prévoir le résultat. Tout cela ressemble donc à un baroud d’honneur de la part d’un général qui ne voit plus de raison de poursuivre une guerre que les politiciens cherchent à diriger sans avoir une idée précise ni de ce qui se passe en Afghanistan, ni de ce qu’il faut y faire. Cela rappelle étrangement la période difficile de la première guerre en Tchétchénie marquée par le désespoir des généraux russes qui n’arrivaient plus à comprendre les raisons de la guerre, ni pourquoi on leur ordonnait d’arrêter l’offensive « une minute » avant la victoire ou alors la reprendre quand elle était vouée à l’échec.

L’affaire McChrystal est pareille à un couvercle arraché à la « casserole afghane » de l’administration américaine où l’on se chamaille et mène des mini-guerres permanentes depuis longtemps au sujet des suites de la politique en Afghanistan en remettant en question le sens même de la campagne afghane. « Les gens en uniforme » et les « gens en civil » ne la voient pas du même œil.

L’Afghanistan est depuis longtemps la « guerre d’Obama » et non plus celle « de Bush ». Obama – cédant d’ailleurs aux instances de ce même McChrystal – a augmenté le contingent américain de 30 mille hommes en faisant passer l’armée alliée à 120 mille soldats. McChrystal voyait sa tâche primordiale dans l’écrasement des Talibans, alors que les conseillers politiques d’Obama percevaient l’Afghanistan d’avantage à travers le prisme de « bénéfices politiques » qu’il pouvait rapporter au président.

Si la coalition est en train de perdre la guerre en Afghanistan, c’est justement à cause des zizanies politiques et du soutien accordé au régime de Hamid Karzai, le gouvernement le plus corrompu de l’histoire afghane. Nombreux sont ceux à le voir désormais. Mais comment s’en sortir, cela, personne ne le voit.

Barack Obama a déjà nommé le successeur de Stanley McChrystal. C’est David Petraeus, le dirigeant du Commandement Central des États-Unis (le CENTCOM : la plus grande région militaire opérationnelle qui englobe, entre autre, toute l’Europe et la totalité du Proche Orient avec l’Afrique). Auparavant, le général Petraeus avait dirigé la force multinationale en Iraq en obtenant de très grands succès dans la suppression de la résistance irakienne. Sa renommée a atteint de telles proportions que Petraeus est désormais largement considéré comme un candidat potentiel à la présidence des États-Unis à la prochaine élection (ou à la suivante). Mais en Afghanistan, où ont déjà été enterrées les réputations de deux généraux (Obama avait également destitué le prédécesseur de McChrystal, c’est-à-dire le général David McKiernan, nommé par George Bush), la victoire sera encore plus difficile à obtenir. Tout le monde comprend que les États-Unis ne pourront pas procéder à un retrait intégral des troupes l’année prochaine : compte tenu de la situation actuelle, cela entraînerait une catastrophe et un grand massacre en Afghanistan. On peut donc dire que Petraeus est voué à l’échec dans ce pays. Obama semble prendre déjà des précautions pour la prochaine élection en éliminant un concurrent potentiel par le truchement de cette nomination.

Le départ de McChrystal pourrait d’ailleurs avoir des répercutions sur la Russie et lui coûter cher en termes financiers. C’est justement sous McChrystal que les États-Unis ont commencé à acheter les hélicoptères de transport russes Mi-17 pour l’armée de l’air afghane (le corps aérien de l’armée afghane) qui est en train de se constituer. A ce jour, le Pentagone a déjà acquis ou a réparé à fond 31 hélicoptères russes pour la somme de 650 millions de dollars. Il était prévu d’acquérir encore 10 appareils l’année prochaine et de 10 à 15 hélicoptères au cours des années suivantes. Le Pentagone s’apprêtait, sur le conseil des militaires qui sont sur le terrain, à acheter à peu près la même quantité d’hélicoptères pour les exploiter en Irak. On entend déjà des voix au Congrès qui disent que les militaires stationnés en Afghanistan (et c’est justement McChrystal qui est visé) auraient conseillé d’acheter les hélicoptères russes sans la moindre étude de marché et sans appel d’offres. Les experts en aviation américains travaillant en Afghanistan affirment, à leur tour, que les appareils russes ne sont achetés que grâce à leur fiabilité et aussi parce que personne n’enseigne aux Afghans la façon de piloter les hélicoptères américains. Toutefois, cette décision pourrait désormais être revue.

Il semble donc que le limogeage de McChrystal fera encore longtemps des vagues. Qui partiront dans tous les sens. En règle générale, quand « les têtes militaires tombent » trop fréquemment, il ne faut s’attendre à rien de bon.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur


Vendredi 25 Juin 2010


Commentaires

1.Posté par vilayat le 25/06/2010 13:08 | Alerter
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McChrystal est un épouvantable criminel responsable des escadrons de la mort en IraK

2.Posté par Louis le 25/06/2010 13:54 | Alerter
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PARTI SANS PAYER !

« Nous avons tiré sur un nombre considérable de personnes et en avons tué beaucoup, et pour autant que je sache, aucune de ces victimes ne représentait une menace établie pour nos forces ».

Stanley McChrystal, ex Commandant des forces armées U.S en Afghanistan
(Propos publiés dans l´hebdomadaire "Época" , Brésil, n° du 12 avril 2010).

3.Posté par djirit le 25/06/2010 16:34 | Alerter
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Il a tout fait pour partir avant l'hécatombe. Mais il sera quand même classé dans les livres d'Histoire au chapitre des grands criminels.
Depuis l'acte de piraterie contre la flottille de la paix, les soldats de l'OTAN se font tirer comme dans lapins en Afghanistan dans une zone de combat réputée sous contrôle US et dont la conquête (largement diffusée par nos chers média) était soi-disant définitive. Ce n'est pas mieux en Iraq.
Ils n'ont plus un sous en poche, le monde entier connait les magouilles de la Fed, Goldman Sachs et Wall Street pour éviter une dégringolade du DOW.
Il y a l'équivalent de la cargaison d'un Erika qui se déverse tous les jours dans le golfe du Mexique et ce depuis 90 jours. Il y a aussi beaucoup de méthane, du benzène et d'autres saloperies contenues dans les dispersants ultras toxiques répandus pour "contenir" la marée noire. Il risque de ce prendre tout ce pot belge sur la figure en début de semaine prochaine, car un cyclone se dirige vers la zone de marée noire à grand pas.
Voir lien : http://www.nhc.noaa.gov/ cliquez dans le cercle rouge.
Une évacuation massive serait à prévoir si les prévisions se confirment. Car un cyclone n'est rien d'autre qu'un gros aspirateur qui suce l'eau dans la mer pour la balancer avec force vent sur la gueule de ceux qui croisent son chemin. Et vu ce qu'il y a dans l'eau des K-ways NBC (nucléaire bactériologique chimique) seront nécessaires sur les côtes de Floride, du Texas, et dans le bayou de Nouvelle Orléans.
Malgré tout ça, sous l'impulsion de leurs maîtres sionistes, il cherche à intimider L'Iran. C'est la fuite en avant. Le sombre McChrystal n'a pas envie d'être présent lors du bouquet final car il sait et il est bien placé pour le savoir que ça pue la défaite pour eux et leurs copains sionars.
J'espère que Stanley Kubrick n'a pas eu une vision de notre présent en réalisant le Docteur Folamour.

4.Posté par djirit le 25/06/2010 19:34 | Alerter
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+ 3 marines ce matin. Total - 83 soldats de Wall Street euhhh de l'OTAN pour ce mois de juin (nous sommes le 24). Cours McChrystal cours ...

5.Posté par PeaceForce le 25/06/2010 23:54 | Alerter
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Je rejoins l'avis de Djirit! Trop de choses se déroulent en ce moment, ils ne pourront tout contrôler longtemps en sachant que Rotschild et ses coreligionnaires attendent le nouveau crash pour venir en sauveurs et mettre en place le NWO.

Le Général a trouvé le moyen de se barrer, car un professionnel comme lui qui voit que la guerre en Afghanistan ne sert à rien, ne mène à rien et surtout que des soldats ignares du NWO se font tuer littéralement pour rien. Il sait très bien la pagaille qu'il y a, en tout cas, c'est "mauvais signe".

6.Posté par b le 25/06/2010 23:59 | Alerter
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Qu'est ce qu'il va se passer quand ils vont partir ?

7.Posté par Louis le 26/06/2010 07:39 | Alerter
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@ b

Hé !, bien !......dès que les yanks leur lâcheront la grappe, les Afghans retourneront enfin s’occuper de leurs oignons. Evident, non ?! Comme, à son époque, Ghandi avait lancé aux rosbifs de Britishs : « leave India ! », les Afghans disent à la City de Londres et à Wall Street : « leave Afghanistan !, fils de

8.Posté par nabs le 26/06/2010 09:47 | Alerter
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il serais possible aussi que le general mcchrystal englué dans cette impasse qu'est
l'afghanistan se soit trouvé confronté a ses propres contradictions mensonges et perfidie.
realisant que la resistance afghanes plus solide que prevu et infligeant de grosses pertes humaine a l'armée us non pas pour une juste cause mais pour le compte en banque de wall street..l'impasse de ce conflit a du lui revenir en pleine poire!(ca a du chauffer ds son cerveau..) et sa seule issue c'etait de "buguer" pour ne pas devenir fou à force d'etre schyzo..!!

9.Posté par Aigle le 27/06/2010 00:20 | Alerter
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Le Limogeage de ce CRIMINEL et de ceux a venir ne BIFFERA pas le vrai le seul l'irreversible CAUCHEMAR des SIONISTONAZIS .........Quand un PEUPLE REFUSE DE METTRE GENOUX A TERRE , les Galons , la Hasbara , les Cirques mediatiques , les ARMES de destructions massives , ne peuvent avoir aucun impact sur la destinée de ce peuple !!! .....Vietnam......Vietnam........Lapins ....Lapins ......Rambos....Rambinettes ......

10.Posté par ?? le 27/06/2010 11:45 | Alerter
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Il faut aussi avoir en tête la production (et transformation) du pavot dans ce pays qui correspond à 95% de l'héroïne mondial, chiffre qui n'a cesser d'augmenter depuis 2001. Plus de 40Mds de revenus, dont la plupart se "perd" dans les circuits financiers (Dubaï, La City,...), sans parler du désastre humain, maintien de la population dans des conditions ne permettant pas la résistance.
Les champs et les laboratoires sont protéger par les armées occidentales tandis que le chaos est maintenu pour permettre ce commerce. Le "triangle d'or" ('Asie du sud-est et 2eme point de production d'opium) connait le même sort avec un explosion de la production, sous "protection" de l' ONU bien sur. Ces objectifs sont de premier ordre dans ces guerres, n'oublions pas que beaucoup de grandes fortunes d'aujourd'hui se sont faites sur le commerce très lucratif de l'opium depuis le 17e siècle, par l'empire anglais notamment en direction de la Chine (cf . guerres de l'opium).

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