Proche et Moyen-Orient

La base de soutien du parti au pouvoir en Turquie furieuse de la restauration des liens avec Israël


Dans la même rubrique:
< >

Lundi 13 Août 2018 - 08:06 Les racines de la crise monétaire en Turquie


Les victimes de l’assaut meurtrier du Mavi Marmara en 2010 condamnent les conditions « inacceptables » de la détente entre Israël et la Turquie


Suraj Sharma
Mardi 28 Juin 2016

Deux enfants tiennent des pancartes sur lesquelles il est écrit « nous allons vraiment retourner en Palestine », alors que les manifestants turcs brandissent des drapeaux palestiniens (AFP)
Deux enfants tiennent des pancartes sur lesquelles il est écrit « nous allons vraiment retourner en Palestine », alors que les manifestants turcs brandissent des drapeaux palestiniens (AFP)
Beaucoup de conservateurs musulmans, qui constituent la principale base de soutien du parti au pouvoir en Turquie, sont furieux alors que les signes d’une restauration imminente des relations entre Ankara et Tel Aviv se multiplient.

Un nombre croissant d’articles de presse et d’indices de la part de responsables suggèrent que les deux pays sont sur le point de rétablir des relations aux niveaux d’avant 2010. Cependant, beaucoup de gens sont furieux de la manière dont les négociations semblent se dérouler et y voient un abandon des Palestiniens.

Les relations entre la Turquie et Israël se sont effondrées après que des commandos israéliens ont attaqué une flottille transportant de l’aide humanitaire à destination de Gaza et ont tué dix civils turcs dans les eaux internationales.

La flottille dirigée par le navire Mavi Marmara tentait d’apporter du matériel humanitaire nécessaire de toute urgence pour la population assiégée de Gaza et de mettre en lumière le blocus imposé par Israël à Gaza.

Après l’incident, la Turquie a fixé trois conditions à Israël avant d’envisager de rétablir pleinement leurs liens. La représentation diplomatique entre les deux pays ne disposait plus d’ambassadeurs depuis que la Turquie avait expulsé l’ambassadeur israélien en septembre 2011.

Deux conditions englobaient des excuses d’Israël et l’indemnisation des familles des victimes du Mavi Marmara. Les excuses ont été faites en 2013 et un accord d’indemnisation aurait été convenu.

La condition relative à la levée du blocus sur Gaza s’est révélée être la plus problématique et il semble que l’assouplissement du blocus plutôt qu’une pleine levée de ce dernier ait été négocié par les deux parties.

Les observateurs ont également souligné qu’assouplir le blocus et permettre uniquement l’accès de l’aide par Israël consistait à revenir à la situation telle qu’elle était avant 2010, ce qui avait motivé l’expédition du Mavi Marmara en premier lieu.

« Il semble que le gouvernement ait renoncé à ses principes et à ses valeurs. Il va donc perdre le soutien dont il bénéficie », a estimé Ismail Bilgen, dont le père était l’un de ceux tués à bord du Mavi Marmara.

« Le Parti de la justice et du développement [AKP] bénéficie d’un grand soutien en raison de sa position de principe ferme face à ces problèmes, mais cette initiative est en totale contradiction avec cela. »

Bilgen a déclaré à Middle East Eye que, hormis les excuses, le reste apparaissait comme une farce.

« La restauration des relations de cette manière est inacceptable. Les Israéliens agissent comme si la compensation était un acte de bienveillance de leur part plutôt qu’une punition pour leurs crimes », a affirmé Bilgen.

« Mon père et ses amis sont morts en essayant d’attirer l’attention internationale sur le blocus inhumain imposé à Gaza et de le lever. Il apparaît désormais que leur martyre aura été vain. »

Çiğdem Topçuoğlu, dont le mari a été tué à bord du Mavi Marmara et qui était elle-même sur le navire et a été détenue par les Israéliens pendant un temps, a soutenu à MEE qu’elle était contre toute restauration des relations avec Israël, peu importent les détails.

« Notre lutte continuera quoi qu’il en soit. Je suis totalement contre », a-t-elle martelé.

Dans une autre déclaration, elle a indiqué : « Un accord ne doit en aucun cas être conclu ou une quelconque amitié nouée avec les sionistes qui se font appeler Israël et qui ont du sang sur les mains. »

« Une nécessité stratégique »

De l’avis d’Ahmet Uysal, professeur d’études du Moyen-Orient à l’Université de Marmara, le rétablissement des liens avec Israël est une nécessité stratégique et devrait être considéré de toute façon comme un développement positif.

« Avec les développements régionaux, la Turquie se trouvait assiégée sur tous les fronts, en particulier si on tient compte de la crise avec la Russie. Restaurer les relations avec Israël est devenu important pour libérer une partie de la pression pesant sur la Turquie », a déclaré Uysal à MEE.

De meilleures relations avec Israël profiteront également au peuple syrien, qui a selon lui beaucoup souffert en raison d’un manque de coopération turco-israélienne.

D’après Uysal, les Israéliens ont joué un rôle majeur dans la question syrienne en encourageant une participation accrue de la Russie en Syrie pour contrer l’influence iranienne croissante dans le pays.

Il a expliqué que le fait que la Turquie soit en mesure de discuter directement de la Syrie avec Israël se révélera crucial afin de trouver un terrain d’entente pour apporter la paix et la stabilité dans la région dans son ensemble.

L’opinion publique turque changeante vis-à-vis de la restauration des liens avec Israël ne présentera aucun problème pour Uysal.

« Israël est là, que cela nous plaise ou non, et il est préférable d’avoir un dialogue et de négocier avec lui un avenir meilleur pour tout le monde », a-t-il estimé. « Même si Israël est la cause de la souffrance des Palestiniens, tout accord qui peut contribuer à réduire cette souffrance dans une certaine mesure est une initiative positive. »

Les rapports des médias indiquent qu’une partie de l’accord avec Israël va permettre à la Turquie de construire, de pourvoir en personnel et d’équiper un hôpital on ne peut plus nécessaire à Gaza, de construire un générateur d’électricité en mer et d’envoyer des matériaux de construction et d’autres matériaux à Gaza via le port israélien d’Ashdod.

« Insulte » à la mémoire des victimes

Après près de six ans à diaboliser Israël et ses actions, le gouvernement de l’AKP va avoir la tâche difficile de convaincre ses partisans de la nécessité de rétablir les liens avec Israël, quelle que soit l’importance stratégique d’une telle démarche.

« Je peux comprendre que les États ne puissent pas être dans l’émotion et aient leurs raisons pour établir des relations avec d’autres pays, mais si les liens avec Israël sont restaurés dans leur forme actuelle, c’est une insulte à la mémoire de mon père et aux autres martyrs du Mavi Marmara », a déclaré Bilgen.

Topçuoğlu s’accroche toujours à l’espoir qu’Erdoğan interviendra et ne permettra pas le rétablissement des relations dans les conditions actuelles.

« Lorsqu’il nous a rencontrés, notre président nous a dit que le sang des martyrs du Mavi Marmara était sacré. J’espère que notre président ne cédera à Israël en aucune manière et ne conclura pas d’accord », a-t-elle dit.


Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.



Mardi 28 Juin 2016


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES


Publicité

Brèves



Commentaires