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La Tunisie poussée dans un cul-de-sac : les entreprises allemandes y sont pour quelque chose


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Lundi 13 Août 2018 - 08:06 Les racines de la crise monétaire en Turquie



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Mardi 16 Janvier 2018

Manifestation à Tebourba (30 km de Tunis) le 9 Janvier 2018, après les funérailles d'un homme de 43 ans, Khomsi Yafreni, tué lors d'une manifestation la veille. Photo FETHI BELAID / AFP
Manifestation à Tebourba (30 km de Tunis) le 9 Janvier 2018, après les funérailles d'un homme de 43 ans, Khomsi Yafreni, tué lors d'une manifestation la veille. Photo FETHI BELAID / AFP
En Tunisie, un haut lieu de production à bas salaires pour l'industrie allemande, les manifestations continuent contre la loi de finances qui provoque une flambée du coût de la vie. La loi a été imposée au pays par le FMI pour lutter contre les conséquences d'une crise structurelle. Dans leur origine, La République fédérale allemande est impliquée dans les causes de cette crise : les entreprises allemandes et le gouvernement fédéral ont contribué à orienter de manière unilatérale la Tunisie vers un nombre restreint de secteurs d'exportation - en particulier la production textile et de câbles - qui ne donnent pas au pays de réelles opportunités de développement. Dans le même temps, la forte dépendance vis-à-vis des entreprises étrangères a contraint Tunis à accorder aux investisseurs étrangers des avantages fiscaux qui ont précipité le pays dans l'endettement. La Tunisie a dû payer un cinquième de son budget pour le service de la dette à ses créanciers étrangers l'année dernière, selon une étude de la Fondation Rosa Luxemburg (Parti de gauche). Dans le cadre du «Compact with Africa» (Pacte avec l'Afrique) du G20, Berlin continue de traiter la Tunisie conformément aux intérêts des investisseurs allemands.

Manifestations

En Tunisie, les protestations continuent contre la nouvelle loi de finances, qui est entrée en vigueur au début de l'année sous la pression du Fonds monétaire international (FMI). La loi vise à aider à augmenter les recettes de l'État afin de réduire l'état d'endettement significatif du pays, qui a considérablement augmenté récemment. L'économie tunisienne s'est effondrée ces dernières années, principalement parce que les investissements étrangers et le tourisme ont diminué suite à plusieurs attaques terroristes djihadistes. La loi de finances fait maintenant basculer le fardeau, avec la réduction des subventions et les augmentations de TVA, sur la population qui doit payer plus cher, entre autres pour l'essence, la nourriture et les médicaments (1 ). Des manifestations violentes ont éclaté la semaine dernière et la police et l'armée y ont répondu par la brutalité. Plus de 800 personnes ont été arrêtées et un manifestant a perdu la vie. Dimanche dernier, les manifestations contre la loi de finances continuaient.

Un segment des filières économiques européennes

Cependant, les causes réelles de la crise actuelle en Tunisie ne sont pas seulement dues à l'effondrement récent de l'économie; elles sont plus profondes et ont des racines structurelles. Cela a été décrit récemment par une analyse publiée par la Fondation Rosa Luxemburg (Parti de gauche). Comme l'a confirmé l'analyse, l'économie a au cours des dernières décennies « en raison d'une stratégie d'intégration de l'économie dans les filières économiques mondiales » été très « unilatéralement orientée vers quelques secteurs d'exportation...» Il s'agit en l'occurrence de branches comme le «textile» et celui des «appareillages mécaniques et électriques», qui sont clairement «dominées par les entreprises européennes». (2 ) De fait, les entreprises allemandes jouent un rôle prépondérant à cet égard. Environ 250 entreprises de la République fédérale ont investi plus de 350 millions d'euros dans le pays; le fabricant de câbles de Nuremberg Leoni est actuellement, selon ses propres données, l'employeur le plus important du pays. Parmi les autres producteurs de câbles (Dräxlmaier, Kromberg & Schubert) ce sont en particulier des entreprises textiles (Van Laack, Rieker), le fabricant d'animaux en peluche Steiff et plusieurs entreprises d'électronique (Marquardt, Mentor, Wisi) qui sont présentes en Tunisie. Comme le constate la Fondation Luxembourg, l'investissement étranger a créé «une structure économique fondée sur la spécialisation dans les industries de faible valeur ajoutée». En outre, les investisseurs étrangers «recherchent la maximisation du profit par la réduction des coûts». Les bénéfices sont transférés régulièrement - et vraisemblablement pas toujours légalement - de la Tunisie vers les principaux sites centraux des entreprises. Les investisseurs ne suscitenta pas de développement économique supplémentaire.

Dumping fiscal et endettement

En outre, selon l'analyse, la Tunisie, sous la pression de la concurrence des sites d'implantation, cherche à attirer ou à garder les investisseurs étrangers par le dumping fiscal (3 ). De fait, l'agence économique publique allemande Germany Trade & Invest (GTAI) constate : "Les investisseurs peuvent bénéficier de taux d'imposition bas en Tunisie". En outre, en cas d' «investissements dans la formation des jeunes» ou dans «l'augmentation de la valeur ajoutée» ou encore dans la «capacité d'exportation», les investisseurs peuvent souvent obtenir «de fortes subventions». (4 ). Cela, indique l'analyse de la Fondation de Luxembourg, a conduit à une baisse des recettes publiques et à « une détérioration des conditions de vie socio-économiques de la population. » (5 ) De plus, par conséquent, il y a « l'endettement »: La concurrence de sites d'implantation et le manque de possibilités de développement propre dans les chaînes de valeur ajoutée globales, ont entraîné Tunis structurellement dans la dette. Celle-ci s'est désormais autonomisée, explique l'analyse. Donc « 1,7 milliard de dollars d'un prêt de 2,9 milliards» que le pays a contracté dans le cadre d'une mesure du FMI en 2016, ont du être dépensés pour «rembourser un ancien crédit stand-by du FMI ». En outre, en 2017, la Tunisie a été contrainte de consacrer "un cinquième du budget... à rembourser les créanciers étrangers". Dans ces conditions, un développement prospère est de fait impossible à atteindre.

Promotion de l'investissement

Des entreprises allemandes utilisent la Tunisie depuis des décennies comme un site low cost - Leoni par exemple depuis 1977 - et ont ainsi contribué de manière déterminante à fixer la position économique actuelle de la Tunisie. Le gouvernement fédéral a toujours soutenu leurs activités dans le pays; elle ainsi convenu d'un « partenariat de transformation « avec la Tunisie un an après le renversement du président Ben Ali au début de 2011. Cet accord assure aux entreprises allemandes de nombreux avantages lucratifs (6 ). Son étape la plus récente comprend immédiatement à: L'an dernier, Berlin et Tunis ont annoncé au G20 de promouvoir le climat pour les investissements étrangers en Tunisie sur le « Pacte avec l'Afrique » (7 ). Une nouvelle étape a été franchie récemment : l'année dernière, Berlin et Tunis ont annoncé qu'ils continueraient à promouvoir les conditions- cadres de l'investissement étranger en Tunisie à l'enseigne du «Pacte avec l'Afrique» du G20. Les milieux d'affaires allemands se plaignent déjà depuis longtemps de ce que "l'application de lois pour améliorer la place économique retarde [e]" traîne trop souvent à Tunis. Dans le « Pacte » l'accent est maintenant d'abord mis sur les réformes du secteur financier et bancaire. (9 )

Armes pour la Tunisie

Tandis que les protestations de la population continuent, Tunis peut également compter sur les armes allemandes pour les faire taire. L'année dernière, par exemple, le gouvernement fédéral a augmenté les permis d'exportation de matériel militaire vers la Tunisie à plus de 58 millions d'euros. Par exemple, la livraison de douze fusils automatiques des armuriers allemands Heckler & Koch a été autorisée.

En outre, les autorités allemandes ont organisé de nombreux cours de formation pour des policiers tunisiens, qui sont censés en particulier intensifier le contrôle des frontières, mais qui, dans certains cas, sont également utiles à d'autres fins. Le gouvernement fédéral a annoncé vouloir former la police tunisienne à l'avenir. (10 )

Traduit par Fausto Giudice

Notes

(1) Sandra Louven: Der Preis der Freiheit. handelsblatt.com 12.01.2018.

(2), (3) Maha ben Gadha, Peter Schäfer: Auslandsverschuldung lähmt Tunesien. Migration, Entwicklungshilfe und der Handlungsdruck der Bundesregierung. Berlin, März 2017.

(4) Fausi Najjar: Deutsche Investoren im Maghreb zum Teil unterrepräsentiert. gtai.de 12.01.2018.

(5) Maha ben Gadha, Peter Schäfer: Auslandsverschuldung lähmt Tunesien. Migration, Entwicklungshilfe und der Handlungsdruck der Bundesregierung. Berlin, März 2017.

(6) S. dazu Profite sichern und Zum Wohle des tunesischen Volkes (II).

(7) S. dazu Einflusskampf um Afrika.

(8 ) Fausi Najjar: Deutsche Investoren im Maghreb zum Teil unterrepräsentiert. gtai.de 12.01.2018.

(9) Antwort der Bundesregierung auf die Kleine Anfrage der Abgeordneten Niema Movassat, Annette Groth, Heike Hänsel, Andrej Hunko und der Fraktion Die Linke. Deutscher Bundestag, Drucksache 18/13697, 23.10.2017.

(10) Antwort der Bundesregierung auf die Kleine Anfrage der Abgeordneten Sevim Dagdelen, Christine Buchholz, Heike Hänsel, weiterer Abgeordneter und der Fraktion Die Linke. Deutscher Bundestag, Drucksache 19/333, 28.12.2017.

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.german-foreign-policy.com/news/detail/7500
Date de parution de l'article original: 15/01/2018
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22478


Mardi 16 Janvier 2018


Commentaires

1.Posté par Adil le 16/01/2018 14:32 (depuis mobile) | Alerter
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L'Algerie c'est pareil en plus en Algérie il n'y a ni agriculture ni cables ni textile et aussi des exemptions fiscales et des fuites de capitaux autorisés uniquement aux non-musulmans.

2.Posté par Lucide le 16/01/2018 16:03 (depuis mobile) | Alerter
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Un plan se prépare contre l'Algérie et le reste de l'Afrique.

3.Posté par Alami le 16/01/2018 16:16 | Alerter
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Un exemple parmi d'autres de l'emprise économique et néo-coloniale de la région nord-africaine au profit des intérêts de l'union européenne, un challenge de plus que la jeunesse de cette région doit relever, seule sans la moindre aide de son gouvernement censé les représenter face aux défis de la mondialisation mais complétement muselé par sa soif du pouvoir dans sa fiction la plus parfaite.

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