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LES ÉMEUTES DE LA FAIM : Gabegie des Etats du Sud, climat et spéculation des Etats du Nord


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«L’étude montrant que la spéculation ne conduit pas à l’augmentation du prix des matières premières au niveau mondial, je recommanderais une date pour la publier, le 1er avril.»

Nicolas Sarkozy (Forum de Davos)


Professeur Chems Eddine Chitour
Lundi 7 Février 2011

LES ÉMEUTES DE LA FAIM : Gabegie des Etats du Sud, climat et spéculation des Etats du Nord
Par ces phrases, Nicolas Sarkozy, résume sa conviction que les pays du Sud
sont victimes d’un autre fléau : la spéculation. Avec une régularité de
métronome, les émeutes de la faim se rappellent à notre bon souvenir et
permettent d’expliquer d’une certaine façon sous «contrôle» que les pays
du Sud dépendent pour leur survie d’un Nord opulent qui, à bien des égards,
est responsable de ses malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme
d’APD qui, malheureusement, demeure sans lendemain, les principaux pays du G8
ne respectant pas les 0,7% de leur PIB promis. Si on ajoute à cela
l’hypocrisie des promesses du Millénaire (réduire de moitié la faim d’ici
2015), nous avons un tableau complet de la mise en scène des pays
industrialisés qui laissent en 2009, sur le bord de la route, 1 milliard de
personnes menacées par la faim.

«Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars
par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7
milliards de dollars pour l’exercice 2010. Par ailleurs, les institutions
financières américaines vont distribuer pour cette année 2010 le chiffre
record de 144 milliards de dollars en seul bonus, primes et stock-options à
leurs dirigeants c’est-à-dire aux responsables de la crise économique
mondiale. Ces seuls bonus (donc hors salaires) représentent quasiment
l’équivalent de 5 ans d’aide financière totale pour l’éradication de la
faim dans le monde, qui, rappelons-le, ne nécessite que 30 milliards de dollars
par an, soit moins de 21% de ces bonus distribués par Wall Street en une seule
année. Toujours en comparaison, les dépenses totales du Pnud pour l’année
2009 s’élevaient à environ 4,1 milliards de dollars, ce qui est ridicule au
vu de l’ampleur de la tâche puisque le Pnud est présent dans 166 pays :
chiffre représentant les trois quarts des nations dans le monde. Dernier
chiffre significatif (on pourrait multiplier les exemples sans fin), en 1970,
l’espérance de vie au Zimbabwe était de 55 ans, en 2010 elle est de 42 ans
(1)

Dans le même temps, le marché de la publicité avoisine les 500 milliards de
dollars et celui des armes les 1200 milliards de dollars. Cherchez l’erreur!
Jean Ziegler a raison de dire que ceux qui laissent mourir les enfants - en
effet, un enfant meurt de faim toutes les six secondes- sont des criminels.»

Pourquoi les pays industrialisés sont responsables indirectement de la faim?

Il y a à cela, trois raisons majeures, qui sont d’une façon ou d’une
autre, liées à l’addiction aux énergies fossiles, la mondialisation et au
libéralisme sauvage à travers entre autres, la spéculation financière.
S’agissant de la consommation débridée en énergies fossiles, deux
conséquences sont constatées : le besoin de carburant fait que des surfaces
entières dévolues aux céréales pour l’alimentation sont détournées pour
produire des biocarburants -un plein de biocarburant aux Etats-Unis peut nourrir
un Africain pendant une année!- Ce vol de nourriture est encouragé par la
montée des prix du pétrole dû, conjoncturellement, à la saison hivernale,
mais plus structurellement à un déclin inexorable du pétrole. En 1960, pour
quatre barils trouvés, un baril était consommé, de nos jours c’est
l’inverse, pour quatre barils consommés, un seul est trouvé difficilement.
Une autre conséquence de cette addiction au pétrole est le dégagement dans
l’atmosphère de quantité astronomique de CO2 responsable de l’effet de
serre et partant, des changements climatiques erratiques et catastrophiques.

Nous l’avons vu avec deux exemples, les inondations catastrophiques au
Pakistan des milliers de morts par noyade et les incendies en Russie. Résultat
des courses, la Russie, dont les récoltes furent sévèrement atteintes,
décide de ne plus vendre les céréales, créant de ce fait, une envolée des
prix. On le voit, les pays du Sud sont soumis à une double peine ; ils
n’arrivent pas à se protéger contre les changements climatiques, dont ils ne
sont pas responsables, ils meurent par milliers, Ils n’arrivent pas à acheter
de la nourriture celle- ci étant trop chère, ils meurent de faim ou ils
protestent, et nous avons le scénario des émeutes qui gangrènent les pays du
Sud et notamment les pays arabes (Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie...) Et là
encore, ce n’est pas gagné, ils risquent leur vie, du fait des interférences
externes comme c’est le cas en Egypte, où la Révolution a été matée.

Evolution des prix

Cette flambée des prix des matières premières en général et des produits
alimentaires en particulier, a connu une accélération ces dernières années.
2010 aura été l’année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar,
croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l’offre sont autant de
facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. Tour
d’horizon des plus fortes augmentations et prévisions pour 2011. Le prix du
colza a cru de 75%. Le prix du blé a augmenté de 47,25% en un an. Pour le
café +69,24% en un an, +80% ces 6 derniers mois. Pour le sucre depuis juin 2010
: 140%. Les prix du coton ont explosé : plus de 100% en un an. La tonne de
nickel a coûté jusqu’à 27 500 dollars avant de retomber à 24.000 dollars.
Pour le cuivre +40% de hausse en un an et un record : 9700 dollars la tonne.(2)

Les prix alimentaires mondiaux ont atteint un pic historique en janvier, selon
l’index des prix de la FAO. Les prix ont augmenté de 3,4% par rapport à
décembre, «le plus haut niveau depuis que la FAO a commencé à mesurer les
prix alimentaires, en 1990. La hausse des prix alimentaires, qui a débuté en
août, fait craindre l’éclosion d’ «émeutes de la faim», comme celles
qui avaient éclaté en 2008 dans de nombreux pays africains, mais aussi en
Haïti et aux Philippines, après que les cours des céréales eurent atteint
des records historiques.»(3)

«Palladium, zinc, étain, or, argent, cuivre, uranium, platine...C’est la
panique sur les minerais dont les réserves s’épuisent. Cette pénurie
pourrait affecter toute l’économie et notre vie. Quel âge avez-vous? La
vingtaine? Vous verrez peut-être la fin de l’uranium. La quarantaine? Vous
vivrez l’extinction du nickel et de l’étain? La soixantaine? Vous
découvrirez une vie sans plomb ni zinc. C’est dire que la frénésie actuelle
conduira au chaos pour tous. La part des spéculateurs sur les marchés
alimentaires explique en partie la hausse continue des prix depuis l’été
2010.

Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres.
On se souvient en 2008 des images des «émeutes de la faim». Depuis, plus rien
ou presque sur nos écrans, même si le nombre de sous-nutris a bondi et
dépassé le milliard. Comme vient de l’exprimer le rapporteur spécial des
Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, nous vivons
le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008. Difficile de ne
pas pointer tout d’abord la responsabilité majeure des Etats-Unis et de
l’Union européenne dans la baisse des stocks céréaliers mondiaux, et ainsi
dans la tendance à la hausse des prix. Difficile également de ne pas souligner
le rôle des agrocarburants, qui ont détourné plus du tiers de la production
de maïs des Etats-Unis l’année dernière. Les terres qui y sont consacrées
sont autant de terres disponibles en moins pour le soja ou le blé, ce qui
explique la hausse corrélative des cours mondiaux, directement liés aux prix
américains. Mais encore plus que la flambée des prix alimentaires, c’est
leur volatilité qui pose problème. (4)

Ces marchés ne répondent pas aux hypothèses strictes de l’économie
néo-classique standard. Les pays pauvres, soumis aux plans d’ajustement
structurel pour rembourser leur dette, se sont lancés dans la dérégulation de
leurs marchés. Confrontés au dumping des pays riches et à la concurrence des
agricultures étrangères, engagés dans une spécialisation de leur agriculture
pour exporter, ils ont vu leur agriculture vivrière décliner. Une très grande
majorité est devenue importatrice nette de produits alimentaires, donc
dépendante des cours mondiaux. Or, ces cours mondiaux suivent une course folle
qui n’est pas près de s’arrêter. Elle est alimentée par des spéculations
de plus en plus massives sur les marchés à terme de produits agricoles.(4)

De ce fait, la part des spéculateurs par rapport aux acteurs commerciaux
(c’est-à-dire qui échangent réellement des biens agricoles) a explosé. Les
produits alimentaires deviennent ainsi des actifs financiers comme les autres,
dans une stratégie de rentabilité maximale des portefeuilles des
investisseurs. En particulier, les fonds indexés, tel le Gsci de Goldman Sachs
- qui vient de tripler le salaire du P-DG, regroupant des actifs très divers
dont une petite partie seulement concerne les marchés agricoles, imposent de
plus en plus à ces derniers leur propre logique. Une logique qui n’a rien à
voir avec les fameux «fondamentaux de marché.»(4) «D’autres causes de la
flambée soudaine des prix ont été évoquées, le FMI soulignant par exemple
la croissance de la demande alimentaire dans les pays émergents. Au fond,
c’est bien la dérégulation des marchés qui est en cause, qui amplifie à
l’extrême toute variation de l’offre ou de la demande sur les marchés. On
pourrait donc se réjouir de l’annonce faite par la présidence française du
G20 de s’attaquer (enfin!) à la volatilité des prix de matières premières.
Mais ce serait vite oublier que le G20, dans les conclusions de ses derniers
sommets, a appelé à entériner le cycle actuel de négociations de l’OMC,
donc à poursuivre la dérégulation des marchés agricoles. (4)»

Que font les pays industrialiséss

«En dehors des messes en grande pompe de Davos où chacun vient se faire voir
d’une façon ostentatoire, les pays du G8-G20 comptent les points, nient la
responsabilité de la politique néolibérale et son avatar, la spéculation.
Ainsi, un document de la Commission européenne souligne que le lien entre
spéculation et volatilité des produits de base n’est pas prouvé. : «A ce
stade, il y a peu de preuves que le processus de formation du prix sur les
marchés physiques a été transformé par l’importante hausse de
l’activité des marchés dérivés observée ces dernières années.» Le
rapport fait de la «sécurité alimentaire» un enjeu majeur. Pour Bruxelles,
elle est menacée par la volatilité des prix des matières premières. Ce
phénomène s’explique, selon la Commission, par une combinaison de facteurs,
dont la hausse de la demande. Le rapport évoque par exemple également les
restrictions à l’exportation utilisées par la Russie à l’été 2010. (5)

Ce n’est pas l’avis du président Sarkozy président du G20 qui a défendu
à Davos ses projets de taxation financière et de régulation des prix des
matières premières. C’est sur les matières premières que Sarkozy s’est
montré le plus «politique». Il a évoqué un opérateur qui avait acheté 15%
des stocks mondiaux de cacao...Là il ne s’agit pas à proprement parler de
spéculation mais d’accaparement. Il en fait un enjeu de la lutte pour la
pauvreté et d’ordre public international, citant émeutes de la faim qui
secouent l’Afrique du Nord et le terrorisme. Quant à la taxe sur les
transactions financières, une taxe «infinitésimale» (sic), permettrait de
collecter les 120 milliards de dollars par an que les pays riches se sont
engagés à distribuer chaque année au sommet de Copenhague de décembre 2009,
a-t-il martelé.»(6)

«Dans toute cette perturbation voulue, les Etats de plus en plus désarmés
s’en remettent aux banques et à la financiarisation de l’économie
virtuelle. Ceux qui y trouvent leur compte sont les spéculateurs On l’a vu
avec les nouveaux requins en cravate de la City, de Wall Street de la Bourse à
Paris où un trader, Jérôme Kerviel, a fait perdre, en une nuit, 5 milliards
de dollars à la Société Générale, l’équivalent du budget de plusieurs
pays africains! Une matière première à nulle autre pareille : l’or
«matière première inaltérable». Dans les moments de crise économique comme
celle de 2008, l’or devient toujours une valeur refuge, à l’abri de la
fluctuation du dollar. 1971, Nixon décide de casser Bretton Woods ; le dollar
n’est plus égal à un gramme d’or. L’once d’or qui valait 33 dollars
pour environ 33 grammes n’a fait qu’augmenter. En 2000, l’or est à 300$
en 2010 à 1400$. L’or pourrait prendre un rôle encore plus important à
l’avenir. C’est l’avis de Robert Zoellick, le président de la Banque
mondiale, qui proposait en novembre 2010 un retour à une forme d’étalon-or
comme régulateur des taux de change.»(7)

«Cependant, le marché de l’or, écrit Eric Grangier, est sous contrôle
total de l’élite bancaire (les plus grosses banques privées, les banques
centrales, etc.). Il y a aussi le risque que tout ceci se transforme en une
autre bulle spéculative. Dans un article paru dans Bloomberg Businessweek, avec
pour titre : «Soros Gold Bubble at $1,384 as Miners Push Buttons», on peut
lire comment George Soros et d’autres ont créé un fonds de couverture (hedge
fund) afin de pouvoir vendre des produits financiers basés sur l’or. Ce fonds
(nommé Spdr Gold Trust) a été autorisé par la U.S. Securities and Exchange
Commission et plusieurs privilèges ont été accordés au groupe de Soros. Le
groupe peut en effet, à travers le Spdr Gold Trust, acheter de l’or sans
avoir à se tracasser des frais de livraison puisqu’il n’a pas
l’obligation de tenir physiquement dans ses coffres cet or en question. Ceci
donne au groupe une position avantageuse à l’intérieur de cette bulle
d’or. C’est George Soros lui-même qui a qualifié de bulle l’ascension
actuelle de l’or. Dans ce cas, la majorité va perdre beaucoup et quelques-uns
vont gagner énormément. Soros est bien placé dans cette bulle pour encaisser
pendant qu’elle gonfle et il saura quand en sortir juste avant qu’elle
éclate. Le prix de l’or pourra alors facilement atteindre les 2000$. Pendant
ce temps, des individus comme Soros et ses acolytes intensifieront leur mainmise
sur le métal jaune.(8)

On le voit, les pays du Sud ont du mouron à se faire. Leur rédemption passe
par le compter-sur-soi et par se battre sur tous les plans en misant sur la
formation des hommes. Pour cela seuls des hommes politiques qui pensent aux
prochaines générations et non à leurs parcours personnels donneront une
perspective à ces peuples harassés. Mais ceci est une autre histoire.

1.Les Derniers Humains- Etat du monde : Quelques chiffres alarmants. Agoravox
26.01. 2011

2.Elie Patrigeon : Ces matières premières qui flambent 05.01.2011

3.Les prix alimentaires atteignent un pic historique en janvier Le Monde.fr
03.02.11

4.Les invités de Mediapart. Flambée des prix alimentaires : mêmes causes,
mêmes effets 14.01.2011

5.Loup Besmond de Senneville : Matières premières : EurActiv.fr 28.01.2011

6.Jean-Pierre Robin : Sarkozy promet une défense renforcée de l’euro Le
Figaro.fr 27.01.2011

7.http://www.le
devoir.com/economie/actualités-economiques/310545/zoellick-propose-le
retrour-de-l-etalon-or/html

8.Eric Granger:Ruée vers l’or : une autre bulle spéculative?

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Lundi 7 Février 2011


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