International

LA RUSSIE RENFORCE SES CONTACTS AVEC LES PAYS DU PROCHE-ORIENT



La Russie est un acteur majeur sur le marché mondial du pétrole. Le volume de sa production et de ses exportations la place à une solide deuxième place, derrière l'Arabie Saoudite. En 2006, elle a produit 480 millions de tonnes de brut, et ses exportations se montées à 233 millions de tonnes (49 % de sa production).


Serguéï Koltchine
Lundi 12 Février 2007



Serguéï Koltchine, de l'Institut d'économie de l'Académie des sciences russe
(Agence RIA Novosti)



Les principaux producteurs de pétrole sont en Russie Lukoil (90,4 millions de tonnes, 19 % du total), Rosneft (81 millions, 17 %), TNK-BP (72,4 millions, 15 %), Surgutneftegaz (65,5 millions, 14 %), Gazprom (46 millions, 10 %). Les cinq principales compagnies assurent donc, à elles seules, les 3/4 de la production.

Pour ses réserves de brut, la Russie vient au 7e rang mondial, précédée par l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Venezuela. Le volume de ses réserves prouvées est évalué par les experts internationaux à 72,3 milliards de barils. La Russie ne fait cependant pas partie de l'OPEP, et la question de la modification de son statut actuel d'observateur au sein de cette organisation n'est pas à l'étude (par accord mutuel des deux parties).

La Russie coopère cependant étroitement avec l'OPEP au niveau de l'élaboration d'une politique d'exportation concertée. Ce thème devient particulièrement important dans le contexte de la baisse actuelle des cours mondiaux. Rappelons que des pays de l'OPEP (Iran, Venezuela) se sont d'ores et déjà prononcés en faveur d'une réduction de la production. La Russie, de son côté, a elle aussi évoqué une possible réduction de sa production de brut (à l'occasion du conflit pétrolier russo-biélorusse).

La coopération entre la Russie et les pays du Proche-Orient ne se ramène pas, malgré tout, à la seule concertation de la politique tarifaire sur le marché mondial. Moscou s'efforce aussi de développer une coopération de grande ampleur avec ces Etats. Trois pays de la région (Arabie Saoudite, Qatar et Jordanie, ce dernier ne faisant toutefois pas partie de l'OPEP) en fournissent un bon exemple.

Arabie Saoudite

Les Occidentaux acceptent très mal les perspectives d'un rapprochement entre les positions de la Russie et de l'Arabie Saoudite dans le secteur pétrolier. Une possible entente entre les deux plus gros exportateurs mondiaux est considéré par eux comme très dangereuse, bien que des contradictions subsistent entre eux sur toute une série de problèmes : Tchétchénie, fondamentalisme islamique, évaluation de la confrontation au Proche-Orient. Il est clair que les deux pays ont également des intérêts communs dans le secteur économique, tels l'approvisionnement en pétrole des consommateurs et le maintien de prix élevés du brut.

Les compagnies russes pénètrent petit à petit sur le marché saoudien. Un grand projet de production gazière dans la partie septentrionale du désert de Rub-El-Hali, notamment, est déjà mis en œuvre par Lukoil. La compagnie russe et le gouvernement saoudien ont signé en 2004 un contrat pour l'exploitation de gisements de gaz et de condensat de gaz sur une période de 40 ans. Lukoil entend investir dans ce projet quelque 3 milliards de dollars. Gazprom manifeste lui aussi de l'intérêt pour des projets dans ce pays.

Si la Russie ne peut guère escompter réaliser de percée notable dans l'industrie pétrolière saoudienne, la situation concernant le gaz est tout autre. En 2003, déjà, l'"initiative gazière" du Prince saoudien Abdallah, prévoyant tout un ensemble de projets visant à développer le secteur gazier de l'Arabie Saoudite avec la participation de la Russie, avait fait l'objet de discussions entre les deux parties. L'ensemble de ces projets est évalué à quelque 20 à 25 milliards de dollars, dont la Russie pourrait obtenir une bonne part. A l'époque avait été signé entre les deux pays un accord cadre de coopération dans le domaine du pétrole et du gaz. Le moment est venu, aujourd'hui, de dynamiser cette coopération.

Il importe également de souligner un autre élément. Dès 2003, la Russie et l'Arabie Saoudite avaient conclu un accord sur le pétrole et le gaz, dans lequel elles s'étaient entendues sur le contrôle commun des livraisons pétrolières afin de maintenir un prix du pétrole acceptable pour elles.

Qatar

Si les relations entre la Russie et l'Arabie Saoudite reposent avant tout sur un certain équilibre entre les deux parties, les réserves de pétrole du Qatar sont bien inférieures à celles de la Russie (15,2 milliards de barils, soit 1,3 % des réserves mondiales). Ce pays arabe est néanmoins très influent au sein du club mondial des exportateurs de pétrole, et la Russie est très intéressée à nouer avec lui des liens et une coopération. Les premiers contacts sérieux entre les deux pays n'ont été établis que très récemment. En 2005, a eu lieu la visite à Doha du président de la Chambre de commerce et d'industrie de la Russie, Evguéni Primakov. Puis, en 2006, ont eu lieu des entretiens entre le chef de la diplomatie russe, Serguéï Lavrov, et son homologue qatari Hamad ben Djassem, au cours desquels les deux parties ont confirmé leur intention d'intensifier leur coopération dans le secteur énergétique. La Russie a avec le Qatar des intérêts communs encore plus importants dans le secteur gazier, car cet Etat occupe la troisième place dans le monde pour ses réserves de "combustible bleu", avec 11,2 billions de mètres cubes. La Russie et le Qatar seraient parfaitement en mesure, associés à l'Algérie et à l'Iran, de constituer une "OPEP gazière" qui contrôlerait une plus grande partie du marché que son homologue pétrolière.

Pour l'instant, les experts internationaux estiment que le russe Gazprom pourrait participer à des projets communs avec le Qatar concernant la production et la transformation du gaz. Ils notent également que les deux parties sont intéressées à ce que la politique des prix du gaz soit concertée.

Jordanie

La Jordanie ne possède pas de grosses réserves de pétrole et de gaz. Mais à la suite de la nouvelle guerre en Irak, les intérêts de nombreuses compagnies russes, qui étaient liées autrefois à l'Irak par des contrats, se sont déplacés dans ce pays. C'est pourquoi les relations avec la Jordanie dans le secteur des hydrocarbures ont acquis aujourd'hui une importance particulière. Parmi les orientations prometteuses de la coopération russo-jordanienne il convient de citer, en premier lieu, l'organisation de travaux de recherche de pétrole et de gaz sur le territoire jordanien, puis l'accord sur une coopération possible entre la Russie et la Jordanie dans l'exploitation conjointe de gisements sur le territoire de l'Irak, ainsi que la construction d'un nouvel oléoduc (Irak-Jordanie).

Par ailleurs, sa position géographique privilégiée fait de la Jordanie un nœud de transit important, situé dans la zone des intérêts des grosses compagnies russes dans la région du Proche-Orient, liés à des marchés et contractants potentiels, à des débouchés vers Israël, la Syrie, l'Irak et la partie septentrionale de l'Arabie Saoudite.

Par conséquent, les intérêts de la Russie au Proche-Orient sont parfaitement évidents et ne demandent qu'à être consolidés. C'est, à n'en pas douter, ce qui va se faire dans la prochaine période.






Lundi 12 Février 2007

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires