RELIGIONS ET CROYANCES

L’islam et la Loi : la quadrature légitimiste (suite et fin).


Dans le monde musulman, les combattants de la liberté ont précédé ses théoriciens et ses intellectuels. Ceux-là mêmes qui sont censés penser et concevoir la Loi. Et ce rendez-vous manqué sera lourd de conséquence. D'autant plus que l'avenir est aussi sombre tant la fuite en avant est telle que les intellectuels musulmans chevauchent désormais les bœufs en laissant la charrue sur place. Autant dire que, sauf miracle, notre quadrature légitimiste est loin de trouver solution.


Cide
Mercredi 20 Juillet 2016

Une vérité pas assez dite, voire carrément méconnue, les Lumières européennes avaient deux sources d’émanation, différentes en apparence mais convergentes en essence : à savoir la Science et le Contractualisme.

Et cette essence commune n'est rien d'autre que la primauté de la Loi. Scientifique, pour la première, avec la révolution galiléo-newtonienne et la théorie légaliste de Jean-Jacques Rousseau et son Contrat social, pour le second. Sans oublier évidement la récolte historique de l’héritage gréco-romain et ses deux grandes mamelles législatives : la République et l’Église.

Et c'est ainsi que dans la longue nuit moyenâgeuse, la Loi, en valeur absolue, aussi bien scientifiquement que politiquement, s 'est imposée en rempart contre les superstitions et les injustices. Une bouée de sauvetage, en somme, devenue plus tard la colonne vertébrale de l'Occident durant sa marche impériale qui n'est lors qu'à ses débuts.

Et bien que sa première victime fut justement le monde musulman, ce dernier n'a pas réussi, désarçonné qu'il est, à percer le secret de cette puissance soudaine. Il la lia en effet tantôt à la technicité naissante de cet Occident mythifié, à tort, et tantôt à sa richesse ou son emplacement géographique voire, signe de perte de discernement, à la langue, l'habit ou le rapport à religion.

Pourtant, il n'en est rien. Car cette vigueur civilisationnelle découle directement de sa réconciliation tardive avec la Loi et la centralité qui lui accorde désormais.


La même centralité d'ailleurs qui fut de mise en islam à son apogée quand sur simple plainte individuelle on évacua, pour vice de procédure, une si importante ville conquise militairement comme Samarcande [1]. Et, fait rarissime dans l'histoire, un seul juriste contraindra toute la victorieuse armée musulmane et son prestigieux général en chef à sortir de la ville.

C'est en fait dans ce rapport brut et conflictuel entre la force matérielle et la symbolique de la Loi que la vraie puissance morale d'une civilisation se mesure. Qui prime sur l'autre ? L’éphémère force d'armes ou celle du droit ? Est-on enfin sortis de la jungle ou n'y sommes encore ?

En vérité la grande lutte se mène à ce niveau. Et elle est d'abord intellectuelle et culturelle. Une fois les idées élaborées et conçues, elles trouveront comme toujours leur chemin. Et, avec le temps, ces idées s'imposeront tant il est admis que « rien n'est plus puissant d'une idée dont le temps est venu ». Or, le drame du monde musulman contemporain, réside dans le fait que le temps de la liberté est venu sans trouver sur place les idées qui devraient, au mieux, le précéder ou, au pire, l'accompagner.

D’où ce marasme islamique dans lequel les désordres pullulent, les malheurs se succèdent et l'arbitraire règne. En fait les combattants de la liberté ont précédé ses théoriciens et ses intellectuels. Ceux-là mêmes qui sont censés penser et concevoir la Loi, son premier vecteur[2]. Et ce rendez-vous manqué sera lourd de conséquence, retardant davantage la synchronisation entre les deux légions libératrices. D'autant plus que l'avenir est aussi sombre tant la fuite en avant est telle que le sujet de prédilection pour bon nombre d'intellectuels musulmans en 2017 sera : « l’éthique islamique et la question du génome humain ». Certes ce n'est pas mettre la charrue avant les bœufs qu'il s'agit, mais, pire encore, c'est chevaucher carrément les bœufs en laissant la charrue sur place. Autant dire que, sauf miracle, la quadrature légitimiste dans le monde musulman est loin de trouver solution.








[1]https://saaid.net/Minute/402.htm

[2]"Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit" , Henri Lacordaire.


Mercredi 20 Juillet 2016


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