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L’instrumentalisation du concept de démocratie : Stratégie des diplomaties occidentales


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Vendredi 18 Février 2011

L’instrumentalisation du concept de démocratie : Stratégie des diplomaties occidentales
La mise en scène des idéaux démocratiques par l’occident dans le monde arabe se dévoile d’une manière limpide face au réveil des consciences collectives arabes agacées d’un concept démocratique instrumentalisé dans une hypocrisie nauséabonde. La politique du monde occidental vis-à-vis du principe démocratique se résume à l’indifférence face aux violations de ce principe si cher dès lors que ses intérêts économiques et stratégiques sont assurés. Les dictatures et les régimes tortionnaires du monde arabe ne sont dénoncés, et du bout des lèvres, par l’occident au nom des principes démocratiques que lorsque ces dits régimes sont acculés au pied du mur par leur peuple ou que ceux-ci n’assurent plus convenablement les intérêts des puissances occidentales. L’instrumentalisation des principes démocratiques est, dès lors, devenue une stratégie de la diplomatie occidentale.
La démocratie face aux intérêts occidentaux
Si il y a une question qui taraude les esprits, c’est elle qui consiste à se demander si l’occident à encore foi aux principes démocratiques qu’il dit défendre ? La grogne des rues arabes est en train de mettre à nu le paradoxe de la politique occidentale qui jure par une volonté unique, celle d’édifier et de répandre le modèle occidental de démocratie partout dans le monde. Une situation délicate et confuse car ce concept semble être pris au sérieux par les rues du monde arabe qui croulent depuis des décennies sous les tortures des dictateurs arabes protégés et accompagner dans leur projet totalitaire.
L’expérience du processus démocratique algérien1 des années quatre vingt dix qui a porté des partis – fussent-ils islamistes2 – révèle qu’il y a un décalage entre les régimes qu’on impose aux peuples arabes et la profonde aspiration de ces derniers. En 1988 François Mitterrand prévenait qu’il y avait une hypothèse à laquelle il était alors interdit de penser : l’établissement de la démocratie en Algérie. La France a soutenu durant toutes les années qui ont suivi le régime totalitaire algérien. Les intérêts politiques et par là économiques de la Françalgérie, l’une des priorités de la politique étrangère française et d’autres pays occidentaux, étaient alors en jeu3. Cet exemple contemporain de l’Algérie, dans ses années de la « sale guerre », est représentatif, à bien des égards, de cette hypocrisie: intoxication des médias, censure, torture, opérations contre-insurrectionnelles, peur et mépris du peuple, soutien de certains intellectuels occidentaux aux criminels dans le seul but d’empêcher une réelle expression de la volonté populaire, volonté qui amènera des islamistes au pouvoir a t-on dit.
Les intentions d’exporter cette démocratie dans les pays arabes a toujours été doublées d’une méfiance, parfois d’une haine intrinsèque envers les peuples de ces pays. Ou bien, faut-il voir, comme nous le rappelle Ibn Khaldoun, dans cette démocratie un principe, un système que l’ex-colonisé, l’arabe, l’africain ou l’asiatique adopte comme un des « usages du vainqueur et s’assimile à lui : c’est de l’assimilation pure et simple (…) au point qu’une nation, dominée par sa voisine fera grand déploiement d’assimilation et d’imitation »4. Cependant cette identité libérée du vainqueur doit s’inventer, une identité émancipée idéologiquement et culturellement. Inconditionnée, elle peut inventer et innover mais elle n’a pas sa place aujourd’hui dans les rapports de puissances où les démocraties libérales ne proposent qu’un seul choix : la démocratie fantoche au service de ses intérêts autrement dit la dictature déguisée dans la gestion démocratique ravalée à une simple procédure.
Cela pose la question de la conviction de ces mêmes responsables occidentaux vis-à-vis du système démocratique qui les a hissés au pouvoir. Démocratie spectacle et flatteuse rythmée par les sondages, face à face télévisé et abstentions devenus banales. Nos démocraties où « les électeurs votent moins tandis que la plupart des hommes politiques perdent le respect de leurs concitoyens […] »5. Ce renoncement des démocraties actuelles à la vérité de l’intérêt général semble symptomatique du scepticisme de nos concitoyens face à la chose politique.
La démocratie semble, alors réduite dans son application à son aspect le plus stérile, et dirigée par les intérêts politiques et économiques de diverses nomenklaturas. On accueille, par exemple, outre-Atlantique avec enthousiaste la prise du pouvoir en Egypte par les militaires, évidemment pour espérer donner encore en façade celui qui assurera la sécurité d’Israël, « priorité de la politique étrangère américaine, priorité qui rentre en conflit, parfois, avec d’autres éléments de la politique américaine Moyen-orientale »6. N’en déplaise donc au peuple égyptien et à ses volontés politiques. Des centaines de milliers de morts en Irak pour apporter la paix démocratique, des attentats encore qui entretiennent volontairement l’insécurité, et l’Egypte, aujourd’hui, qui appelle à sa démocratie.
L’instrumentalisation de la démocratie : une stratégie de la diplomatie occidentale
Cette démocratie qui, en réalité se travestit de cette vieille volonté civilisatrice, leitmotiv des colonisations européennes. Car certains avancent, encore, l’immaturité et le retard des civilisations des peuples arabes à qui la démocratie complète ne peut encore être octroyée. Explicitement, certains assument ces propos, d’autres plus nuancés, mais pas moins convaincu, souhaitent des années de transition afin de, peut-être, redéfinir une stratégie qui ne peut plus tenir. Pour les civiliser, il faut transformer leurs valeurs. Il semble bien que c’est de cela qu’il s’agit. Cela rappelle les prétendues motivations idéologiques de la colonisation, qui aujourd’hui l’on sait, drapait des intérêts économiques. L’exploitation économique des colonies était, on le sait aujourd’hui, exclusivement tournée vers les métropoles au travers d’entrepreneurs capitalistes. Les prétentions civilisatrices cachaient les intérêts, bassement, économiques. Ce sont ces mêmes prétentions qui souhaitent démocratiser l’Afghanistan ou l’Irak, chacun avec ces ressources respectives. L’Irak qui peut devenir, selon certains spécialistes, le premier producteur de pétrole et dont les conglomérats pétroliers américains, aujourd’hui dans une confusion totale, emportent les principaux contrats.
Certainement, il y a donc une concomitance entre ce souhait civilisateur et ces intérêts économiques. Mais, puisque comme au temps de la colonisation l’indigène a été « incivilisable », la peur instrumentalisée, est dans cette impossibilité de cette mutation « positiviste » des peuples arabes vers le modèle de civilisation souhaitée. Impossibilité oblige, il faut préserver ces façades qui, en même temps, préservent ces intérêts, plutôt que de laisser la démocratie à ceux à qui elle ne peut-être destiné et qui, dans un même temps, ne préserverait plus ces intérêts. Dès lors qu’est ce que le corolaire cette démocratie d’intérêts que l’on souhaite imposer ? Le renoncement à toutes vérités métaphysiques ? Qu’est ce que la maturité d’un peuple ? Un peuple assimilé, qui doit être rééduqué à quelle civilisation?
Du « pouvoir du sabre » évoqué par O.Le Cour Grandmaison pour s’acquitter du devoir civilisateur, aux massacres perpétrés, aujourd’hui, au nom du devoir démocratique, les différences sont très minces et répondent à ces mêmes prétentions civilisatrices et ces mêmes intérêts économiques et politiques, tous intimement liés. On le voit donc très bien, ce sont les peuples qui sont montrés du doigt. Voilà, donc, que l’on apportera, ce miracle, par le canon et les morts ou on ne l’apportera pas, pourvu seulement que cette définition de la démocratie reste le paravent d’intérêts stratégiques. La démocratie a perpétré un million de morts en Irak, depuis le début de son intronisation jusqu’en 2007, selon l’institut de sondage britannique ORB et sept personnes meurt chaque jour en Afghanistan victime du « processus » démocratique. On voit, dès lors, ce qu’a apporté comme ressentiments, crimes et déshumanisation le processus civilisateur, on le voit aujourd’hui au travers de cette nouvelle stratégie, ce qu’apporte l’instrumentalisation du concept démocratique comme crimes, ressentiments et haines qu’il sera très complexe de rayer d’un seul coup de trait à l’avenir. Sauf à stopper ces fourberies qui entraîneront des conséquences catastrophiques à long terme quant à la reconstruction de la paix, la coexistence pacifique et la compréhension mutuelle des peuples dans leurs différences.
En tout cas, c’est l’avenir du monde qui est en jeu car les aspirations des peuples à choisir leur destin est profond. Ni certaines élites savantes qui assoient la légitimité de ces régimes illégitimes, ni les calculs machiavéliques qui se trament dans les tours d’ivoire ne sauront à moyen ou long terme résister à la loi de l’alternance historique qui concrétise, incessamment, ce qui paraît improbable ou impossible. Il faut simplement savoir, dès lors, si l’on s’inscrit dans ce mouvement, inéluctable, de l’Histoire qui s’écrit aujourd’hui dans le monde arabe ?
  • 1Par exemple concernant les élections législatives de 1992, Saïd Sadi, chef du R.C.D algérien, n’ayant obtenu que 2,9% des suffrages (contre 47,3 % pour le parti « islamiste »), a demandé brusquement l’arrêt d’un processus démocratique « faussé à la base » selon lui par le peuple lui-même. Il fallait donc utiliser la violence pour arrêter un tel processus au goût amer car n’allant pas dans le sens des attentes totalitaires.
  • 2Le terme islamiste n’a jamais été clairement défini. L’amalgame autour de ce concept relève de la dictature intellectuelle qui impose des concepts flous – non définis – dans le but de dominer les débats d’idées autour des valeurs universelles qui ne peuvent provenir aux « yeux de cette dictature d’idée » que du seul référent occidental.
  • 3L. AGGOUN, J-P RIVOIRE, Francalgérie, crimes et mensonges d’Etat, découverte, 2004, p. 244.
  • 4IBN KHALDOUN, Discours sur l’Histoire universelle, al-Muqadimma, Sinbad, 1997, pp. 227-228.
  • 5J-M GUEHENNO, La fin de la démocratie, Flammarion, Paris, p.54.
  • 6M.VAISSE et P.HASNER, Washington et le Monde, CERI, Sc Po, p.144
Par Haïfi Abdellah. Enseignant d’Histoire.


Vendredi 18 Février 2011


Commentaires

1.Posté par paul mohaddhib le 18/02/2011 14:47 | Alerter
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A propos de callipolis de Platon...et de ce mot concept vide de démocratie

petit extrait de cours

i[Comment introduire la justice dans la cité et en sauvegarder l’unité, sinon en formant, par la connaissance de l’Un-Bien, des hommes politiques dont le souci consiste à façonner cette unité en éduquant les citoyens ? Platon expose la question du gouvernement de la cité dans son dialogue La République, rédigé en 370 sous le coup de deux constats :
— dans sa jeunesse il a vu l’oligarchie des Trente corrompre Athènes, tandis que la démocratie qui lui succède condamne scandaleusement à mort Socrate (399 av J.-C.), le plus juste des citoyens ainsi est-on passé de l’échec d’un gouvernement cupide à l’échec de l’incompétence, de la tyrannie de quelques-uns à celle de l’opinion ;
— la justice n’équivaut pas à l’intérêt du plus fort, parce qu’elle doit profiler sans défaillance un Bien qui unifie les activités de la cité en les entrecroisant sans risque de mélange.

2400 après, dites moi ou est le progrès....enfin le pseudo progrès....
deja la démocratie est celle qui a tue Socrate...il fallait se méfier , ?
c'est l'artifice du voleur...toujours bien habille, sourire facile pour les imbéciles....
les voleurs du travail collectif gouvernent ...c'est tout...
ca remonte aux neurones ???
u[

2.Posté par saltan le 18/02/2011 15:46 | Alerter
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sans m'attardé a lire l'article , seulement le titre est tres significatif . j'ai abordé cette question par rebours c.a.d. en commencant par la finalité du processus. En verité les boulversements populaires qui se produisent dans les pays arabes ne serviront que les gouvernements occidentaux . Ils repetent a longueur de journnée pendant des semaines qu' il s'agit de revendications visant l'instauration de la democratie . Oui
on peut accepter que cela vise a çà mais en réalité les problemes sont beaucoup plus vastes et touchent
plusieurs domaines dans la vie sociale et economique d' un pays et d' une region donnée. Ces problemes
interessent en premier lieu les occidentaux dans ce funeste jeu de la globalisation et de la mondialisation dont les objectifs visent le demembrement des etats. Il s'agit de montré aux peuples d'europe et de l'occident en general que la crise est ailleurs et qu' elle n' est pas chez nous .C'est justement la crainte des gouvernants de ces etats de voir se produirent chez eux de veritables révolutions qui remettront en cause le systeme institutionnel avec sa democratie corrodée , voila pourquoi toute la presse et les media sont mobilisés a rabacher la pseudo exigence de democratie .En second lieu, contrairement aux craintes d' israel sur un veritable processus de democratisation , il s' agit bien plus d' un muselement des peuples arabes pour tous ce qui se passe en cisjordanie , et la réalité vient chaque jour le confirmé . C'est l'histoire
de pile ou face ; ; pile je gagne face tu perds ........voila la moralité de cette histoire surtout qu'on a vu se meler de tres tres pres les francais et les americains champions de la democratie rouiller .....

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