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L’influence des États-Unis tombe en quenouille (merci Trump)


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Alex Gorka
Mercredi 24 Janvier 2018


    Comme ça, les États-Unis ont perdu un autre allié majeur. Cliquetant de sévères paroles dans ses gazouillis (tweets), le Président Trump n'hésite pas à gronder ouvertement le Pakistan. Le 1er janvier, il a dit que le Pakistan est un « refuge sûr de terroristes ». Dans une intervention, le Conseiller à la sécurité nationale HR McMaster, a dit que le Pakistan allait se transformer en Corée du Nord s'il n'arrêtait pas le chantage nucléaire. Mme Nikki Haley, représentant permanent des États-Unis à l'ONU, pense que « le Pakistan joue double jeu depuis va-t’en savoir quand. » Selon elle, le Pakistan est compromis dans le terrorisme parrainé par l'État [inversion accusatoire, NdT]. C'est pourquoi les États-Unis bloquent 255 millions de dollars d’assistance militaire. En outre, Washington a suspendu environ 900 millions de dollars destinés aux fonds de soutien de la coalition. À titre de comparaison, le budget entier de la défense pakistanaise tourne autour de 8 milliards de dollars. Les États-Unis ont ainsi privé le pays de plus d'un dixième de ses dépenses de défense.


    En réponse, Islamabad a suspendu toute coopération avec Washington dans le militaire et le renseignement. Le ministre des Affaires étrangères Khawaja Asif, a dit que son pays n'est plus allié aux États-Unis. Malgré cela, les routes d'approvisionnement des forces otaniennes stationnées en Afghanistan, ne seraient pas fermées.


    Les relations ont toujours été extrêmement complexes et agitées. Il s’agissait d’un mariage de convenance, plutôt que d'une alliance. La méfiance et la suspicion ont toujours assombri les liens bilatéraux.


    Ce n'est pas le problème de la lutte contre le terrorisme. Les États-Unis eux-mêmes ont été plusieurs fois désapprouvés pour avoir aidé clandestinement des groupes terroristes. Les États-Unis ont adopté une attitude extrêmement hostile envers l'Iran, pays qui entretient des relations amicales avec le Pakistan. Il y a plusieurs raisons à cela. Les bonnes relations avec l'Iran aident le Pakistan à éviter des troubles dans la région frontalière commune, peuplée surtout de Baloutches. Bien que musulman sunnite, le Pakistan n’est pas dans la coalition anti-iranienne dirigée par l'Arabie saoudite. Il ne contrarie pas les intérêts de l'Iran. Ainsi, il ne s'oppose pas à l'implication de l'Iran au Yémen.


    Depuis ces derniers temps, Islamabad se tourne de plus en plus vers la Chine tout en se détournant des États-Unis. Les deux puissances entretiennent traditionnellement des rapports de bon voisinage. Le Pakistan met de grands espoirs dans le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) de 57 milliards de dollars, destiné à stimuler l'économie pakistanaise. Le CPEC fait partie de l'initiative chinoise One Belt, One Road, couvrant le monde entier. Des régions économiques spéciales font partie du projet.


    Donnant sur la mer d’Oman, à 290 kilomètres du détroit d'Ormuz, le port pakistanais de Gwadar occupe une place stratégique dans le projet CPEC. Un réseau routier, ferroviaire et de pipelines sera construit afin de relier ce port à la province du Xinjiang, dans l'extrême ouest de la Chine. Des navires de guerre chinois seront ancrés à Gwadar. Ils assureront la sécurité et protégeront les voies maritimes en cas de besoin. Une force opérationnelle commune de quatre à six navires sera déployée, avec des marines chinois gardant la zone portuaire.


    L’autorisation de la Chine de produire au Pakistan toutes sortes de missiles ainsi que des chars d’assaut, est en cours de discussion. Pékin élargira très prochainement sa coopération avec Islamabad dans le domaine de la défense. L’assistance apportée par Pékin au programme nucléaire d'Islamabad, a été cruciale. Pour le Pakistan, la Chine est devenue plus importante que les États-Unis. Islamabad la considère comme un véritable ami, contrairement aux États-Unis que Khawaja Asif, le ministre des Affaires étrangères, a décrit comme « un ami qui toujours trahit. »


    Les relations entre Moscou et Islamabad n'ont jamais été aussi bonnes. La coopération militaire prospère. L’exercice militaire Droujba se tient chaque année pour renforcer l’interopérabilité des forces armées. Ce n'est pas le seul événement d'entraînement commun organisé régulièrement. Le Pakistan envisage la possibilité d'acheter davantage d'armes russes, en particulier des chasseurs-bombardiers Su-35.


    Les pourparlers sur la construction du gazoduc « Nord-Sud » (entre Karachi et Lahore), avec un investissement russe de 2 milliards de dollars, sont en cours. Via le CPEC, le Pakistan peut fournir un itinéraire international commode à l’acheminement des produits russes.


    L'année dernière, le Pakistan est devenu membre à part entière de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Être membre de l'OCS présuppose de coopérer dans le domaine de la sécurité de l’Asie centrale, aussi des sommets réguliers permettent aux dirigeants russes et pakistanais de se rencontrer fréquemment. L'organisation est sur le point d’instaurer une union d'intégration économique qui inclura la création d'une zone de libre-échange, d'une banque et d'un fonds de développement. Le Président russe Vladimir Poutine pense que relier l'OCS à l'Union économique eurasienne (UEE) – dont la Russie est membre principal –, à l’initiative chinoise One Road, One Belt et aux projets économiques mis en œuvre par l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, permettrait de « poser les fondations d’un partenariat eurasien plus vaste. » Le Pakistan a accordé aux Russes l’utilisation du port de Gwadar, et il souhaite adhérer à un accord de libre-échange avec l'UEE.


    Trop de graves problèmes entachent les relations entre les États-Unis et la Turquie pour qualifier Ankara d’allié de Washington. L'Irak s'éloigne peu à peu des États-Unis afin de diversifier ses priorités de politique étrangère. La décision de reconnaître Jérusalem a dégradé les relations avec la Jordanie. Et il existe bien d'autres exemples de perte de crédibilité des États-Unis dans le monde musulman. Les États-Unis ont désormais perdu le Pakistan, cinquième nation la plus peuplée avec plus de 210 millions d’habitants. Cela fait partie d'un tableau plus large, car pendant que grandit le poids russe et chinois dans la région, l'influence étasunienne décline dans le monde.


Strategic Culture Foundation, Alex Gorka, 22 janvier 2018

Original : www.strategic-culture.org/news/2018/01/22/us-loses-key-ally-south-asia-screwed-up-muslim-world.html
Traduction Petrus Lombard




Mercredi 24 Janvier 2018


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