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L’improbable trio, destructeur de l'ordre mondial néolibéral


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Federico Pieraccini
Vendredi 15 Décembre 2017

L’improbable trio, destructeur de l'ordre mondial néolibéral
 

    En crise depuis quelques années, l'ordre mondial néolibéral ne manifeste aucun signe de reprise. La victoire de Trump révèle la rupture de confiance entre le peuple étasunien et le gratin national.
 

    En plein désastre. Voilà à quoi ressemble la situation au Moyen-Orient. De plus en plus d'événements régionaux semblent conduire le délicat équilibre des forces vers un changement d'époque.
 

    Au Moyen-Orient, l'équilibre des forces a rapidement basculé à la suite de la victoire de Damas et ses alliés sur le terrorisme en Syrie. Le nouveau rôle de Moscou garantit à l'Iran un espace de manœuvre virtuellement illimité dans la région. Les nouvelles bases militaires iraniennes en Syrie, cadrent avec l'accord entre Russie et Égypte, qui vise à créer des espaces de coopération communs contre le terrorisme.
 

    Dans ce délicat contexte, Donald Trump fait figure de destructeur des intérêts étasunien régionaux. En observant la coopération entre les Forces démocratiques syriennes kurdes (SDF) et les Étasuniens en Syrie, on peut voir la genèse de tous les problèmes apparus entre Ankara et Washington. Afin de déstabiliser le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, les Turcs avaient l’habitude de recourir à l'islam politique (aux Frères musulmans), l'une des anciennes stratégies centrales d'Obama et du Département d'État. La Turquie gravite désormais dans le monde multipolaire de Moscou, Pékin et Téhéran. Le rôle que lui confère ces trois nations permet à Erdogan de naviguer habilement aussi bien entre les nations alliées, qu’au milieu des meneurs de l'extrémisme islamique, comme le Qatar.
 

    La Turquie n'est qu'un exemple du délicat équilibre sur lequel repose la région. Moscou, devenue unique arbitre de tous les partis, semble n’avoir de mauvaises relations avec aucun. Les Saoudiens vont acheter le système S-400 aux Russes ; Netanyahou s’efforce d'influencer Moscou pour conserver un certain ascendant sur l'Iran, mais c’est en vain. Mohammed ben Salmane (MBS) en a fait un peu plus grâce à Trump et au feu vert de son gendre. Il a arrêté des dizaines de personnalités et de financiers saoudiens (très proches des Clinton et Obama), assumé un génocide au Yémen, armé les terroristes islamistes wahhabites dans toutes les contrées du coin et, dans une quasi-guerre qui s'avère fort peu efficace, il a coupé toute relation avec le Qatar.
 

    Dans ce chaos incontrôlé, et parmi les factions fidèles aux États-Unis, Netanyahou voit que les missiles israéliens, lancés sans que rien ne s’y oppose depuis l’espace aérien libanais, sont abattus en Syrie. MBS ne peut même pas obliger son protégé Hariri à démissionner  ; et même Saleh a été tué au Yémen après avoir trahi et abandonné les Houthis. Affrontant les conséquences de leurs choix militaires insensés à proximité de leur pays, Abou Dhabi et Riyad se retrouvent sous le feu des forces armées houthis. En Israël, des manifestants dans les rues exigent la démission du gouvernement Netanyahou noyé dans un océan de scandales de corruption. Les révolutions colorées reviendraient-elles mordre la main du maître ? Voulant que l'Arabie Saoudite évite un scénario similaire, aggravé par la pénurie de confort due aussi bien à la chute des prix du pétrole qu’aux coffres vidés par la guerre, MBS a décidé d'embastiller tous ses opposants et de les dépouiller. Ne semblant guère se préoccuper des conséquences de ces agissements, Trump assure de bien coordonner les événements au plus haut niveau, avec Xi Jinping en Asie et Poutine au Moyen-Orient.
 

    Renonçant à l'hégémonie mondiale impossible, Trump a plutôt fait le choix judicieux de régler les problèmes de son pays. Engagé dans la cause de ses électeurs, il cherche à soutirer le plus d'argent possible à ses alliés afin de relancer l'économie étasunienne, en vue de sa réélection en 2020.
 

    En ce sens, le manque d'intérêt de l'administration Trump pour certaines régions du monde est emblématique. Bien qu’il semble y avoir des atomes crochus entre Trump et Modi, les tensions entre l'Inde et la Chine, à cause de conflits frontaliers, semblent néanmoins se résoudre. Après l’échec des néocons n’ayant pas réussi à opposer la Russie à la Chine, même les tensions frontalières entre l'Inde et la Chine semblent se dissiper. En outre, en Ukraine, même la décision d'envoyer de l’armement de guerre à Kiev a été tempérée, et le pays fait face maintenant à un contre-coup d'État dirigé par Saakachvili (oui, encore lui). À cause de son acharnement contre les Russes, plongée dans la confusion, l'Ukraine expérimente les conséquences de sa pernicieuse posture atlantiste.
 

    Le reste du monde assiste avec de plus en plus d’ahurissement à toutes sortes de décisions n’ayant ni rime ni raison, comme la reconnaissance de Jérusalem capitale d'Israël. Les seuls perdants de ce scénario sont naturellement les plus proches alliés des États-Unis : Israël et tous les pays arabes unis derrière (l'argent de) l'État saoudien, qui sont désormais obligés de défendre la cause palestinienne. Que ce soit par incompétence ou par ignorance de la stratégie, peu importe la raison pour laquelle ces décisions sont prises. Donald Trump, MBS et Netanyahou sont précisément ce dont avaient besoin la région et le monde. Pourquoi ? Parce que par leurs actions, ces trois personnages ont unifié l'axe de la résistance au Moyen-Orient, fortifié la présence russe dans la région et ouvert la porte aux fonds asiatiques pour la reconstruction centrée sur l'unification opérée par l'initiative chinoise Belt and Road. Par leurs décisions inconsidérées, nos trois compères ont ouvert la porte à la défaite totale.
 

    De nouveaux moyens, comme la blockchain, ainsi que la réévaluation de l'importance de l'or, accompagnent la compétition inexorable de la diversification contre le dollar US. La puissance militaire étasunienne est en crise, mais le dollar reste la principale monnaie de réserve du monde. En plus de solidifier les alliances avec les opposants en les transformant en amis, Moscou et Pékin visent à créer un nouvel environnement économique s’appuyant sur de vraies valeurs (devises adossées à l'or), afin de saper la bulle spéculative financière provoquée par le dollar, les banques centrales et tous ces systèmes financiers qui ont créé une fausse économie entièrement déconnectée de la réalité.
 

    Focalisé sur les États-Unis, Trump semble se désintéresser des affaires du monde ; une bénédiction pour la permanence de la stabilité mondiale. Entre-temps, avec de nouvelles solutions économiques et militaires, la Russie, la Turquie et l'Iran tentent de maîtriser la région à l'épicentre du chaos mondial. La coopération dans les zones contestées pourrait atteindre de nouvelles hauteurs avec des soldats égyptiens et chinois faisant œuvre de gardiens de la paix. Il semble que ce soit un autre chef-d'œuvre russe visant à accélérer la pacification de la région et agrandir la sphère des nations impliquées militairement dans le nouvel ordre mondial multipolaire.
 

    La crise du système néolibéral néoconservateur est évidente, bien que sa pressetituée, toujours utile pour la propagande, tente de décrire faussement la réalité. Le sentiment de désespoir s'intensifie quand la pressetituée tente de faire gober au public mondial le conte de fées du méchant Russe influençant les élections étasuniennes. Il n’en reste pas moins que d'autres allégations diffamatoires faites sans preuve, associent l'équipe olympique nationale de Russie russe à des insinuations de dopage. Leurs petites victoires, comme la censure de Russia Today, montrent le vrai visage diabolique de l'ancien ordre mondial néolibéral.
 

    MBS, Netanyahou et Trump représentent tout ce qui est dans l’erreur en Occident et au Moyen-Orient. Plus ils tentent de survivre, plus ils nuisent aux intérêts du gratin néolibéral et ne font que révéler son véritable visage de massacreur de masses (Yémen, Palestine), et même en admettant publiquement que chaque démarche politique ne sert qu’à favoriser les États-Unis (la doctrine de Trump, « L'Amérique d'abord », expose cela clairement et ouvertement).
 

    L'ordre néolibéral compte sur la tromperie sciemment perpétrée par la pressetituée. Elle brouille l’actualité afin de donner une vision spécifique et partisane des événements. Ceux qui s’opposent fermement à cette dérive guerrière déshumanisante, doivent profiter de l'occasion offerte par le trio improbable formé par MBS, Trump et Netanyahou. En faisant disparaître l'hypocrisie néolibérale, il sera plus facile de montrer la barbarie du gratin qui dirige l’Occident. En consolidant des alliances et des amitiés en divers endroits géographiques, le trio improbable a même obtenu le résultat plus qu’inespéré d’unifier quasiment toutes les forces opposées à l’ordre mondial belliciste.
 

    De l'Afrique du Nord au Moyen-Orient, en passant par l'Amérique du Sud et l'Asie, Washington n'est plus la voix unique dictant toutes les décisions. Contrairement au passé, Washington ne choisit plus pour les autres mais préfère ne pas s’impliquer afin de ne point révéler sa faiblesse militaire et économique. Même son retrait de la scène mondiale est une stratégie, surtout s’il passe pour sa propre volonté, au lieu de paraître forcé par les circonstances.
 

Strategic Culture Foundation, Federico Pieraccini, 13 décembre 2017

Original : www.strategic-culture.org/news/2017/12/13/trump-netanyahu-mohammad-bin-salman-destroyers-neoliberal-world-order.html
Traduction Petrus Lombard



Vendredi 15 Décembre 2017


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