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L’imitation aveugle de la pensée occidentale par Cheikh Qaradawi


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Mercredi 22 Janvier 2014

L’imitation aveugle de la pensée occidentale par Cheikh Qaradawi

L’une des principales causes de la déviation d’un grand nombre de fatwas à notre époque, est l’imitation servile de la pensée occidentale, et de la civilisation occidentale.

Certains d’entre nous souffrent de ce qu’on appelle un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Occident, de sa pensée et de sa civilisation. Ils considèrent l’Occident comme un guide qu’il faudrait suivre, un modèle à adopter : pour eux, ce qui dans notre pensée, nos valeurs, nos institutions est en contradiction avec l’Occident, n’est qu’un défaut de notre civilisation, ou une carence de notre Loi ; c’est le modèle occidental qui est juste, tout ce qui s’y oppose est faux !

Les avancées matérielles et  techniques ainsi que la supériorité scientifique de l’Occident sont vues comme la preuve que son modèle est le bon : n’a-t-il pas dompté les forces de la nature, et permis à l’homme de conquérir l’espace et de poser le pied sur la lune ?

Au temps de sa domination militaire et politique des pays musulmans, l’Occident a réussi à ancrer cette vision des choses dans l’esprit de beaucoup de gens, et à fabriquer des générations vénérant sa civilisation, prenant pour argent comptant ses idées et ses principes, reprenant ses propos comme des perroquets et singeant toutes ses actions.

Ces traces laissées par la colonisation occidentale sont, de toute évidence, la plus grave conséquence de sa présence dans nos pays ; elles représentent la perte la plus sérieuse, car c’est une perte humaine et non matérielle.

La colonisation des terres est moins dangereuse et moins nuisible que la colonisation des hommes ; et la colonisation des hommes peut-elle être moins grave que lorsqu’elle atteint leur esprit et leur cœur ?

Dans ce type de colonisation, le colonisateur reste présent même lorsque ses armées sont parties, tant que ses plans continuent à être exécutés, que ses idées et ses usages continuent à se répandre et que ses lois continuent à être obéies.

Le plus grand danger, c’est lorsqu’on essaie de justifier une telle situation, de lui donner une apparence islamique, de chasser les doutes, de détourner le sens des preuves juridiques, au profit d’une « occidentalisation » de la société.

Les consciences vives sont déchirées de voir que les disciples de la pensée occidentale trouvent parmi les juristes qui émettent des fatwas et parmi les savants considérés comme des spécialistes des sciences religieuses, des gens prêts à falsifier des avis juridiques pour leur fournir, consciemment ou inconsciemment, la légitimité nécessaire à la réalisation de leurs objectifs d’altération du caractère et de l’orientation de la nation musulmane.

Une telle attitude des juristes est une erreur du point de vue scientifique, un acte d’idolâtrie d’un point de vue religieux, une déviation d’un point de vue moral et une trahison d’un point de vue national. L’Europe n’est pas la reine du monde, l’histoire de l’Europe n’est pas l’histoire du monde, l’homme blanc n’est pas le maître de cette terre, la civilisation occidentale n’est pas le plus haut modèle de civilisation et la pensée occidentale n’est pas la source d’inspiration du monde entier.

L’Occident a sa civilisation, son patrimoine culturel, sa pensée et ses valeurs, et nous, les pays musulmans, nous avons aussi notre civilisation, notre patrimoine culturel, notre pensée et nos valeurs fondées sur notre foi. Nous ne sommes pas tenus de suivre l’Occident pas à pas, centimètre par centimètre, au point d’entrer avec lui dans un trou de lézard s’il venait à y entrer.

Les lois et institution de l’Occident sont fondées sur sa philosophie, sur sa vision générale de l’univers, de Dieu et de l’être humain, sur sa conception de la religion et de la vie et de ce monde. Or, l’Occident diffère, sur tous ces points, de notre philosophie, à nous musulmans, et de notre conception de l’univers et de la vie, de Dieu et de l’être humain.

Nous ne sommes pas tenus d’autoriser les intérêts bancaires, ni de permettre le vin et les jeux de hasard, parce que l’Occident le permet.

Nous n’avons pas à interdire la répudiation et la polygamie uniquement parce que l’Occident les interdit.

Nous ne sommes pas obligés de ne faire aucune distinction entre les hommes et les femmes, alors même que la nature que Dieu leur a donnée est différente, parce que telle est la philosophie de l’Occident.

Il y a une cinquantaine d’années, lorsque nos pays subissaient encore la colonisation militaire, politique et intellectuelle de pays occidentaux on aurait pu trouver quelques excuses à ceux qui appelaient à s’engager dans la voie de l’Occident et à en adopter la civilisation dans tous ses aspects, bons ou mauvais, agréables ou désagréables, louables ou critiquables.

Mais aujourd’hui la colonisation appartient à l’histoire et que nous sommes à nouveau maîtres de nos pays. La renaissance culturelle a fait redécouvrir une grande part ignorée des trésors de notre patrimoine et de notre civilisation. Des dizaines de pays musulmans s’attachent à revaloriser ce patrimoine dans le domaine de la pensée, de la législation et de l’orientation morale. Nous n’avons donc plus aucune excuse pour rester dans l’imitation servile de la pensée occidentale.

Des voix libres et sincères s’élèvent chez les Occidentaux eux-mêmes pour critiquer leur civilisation, dénoncer ses travers et ses carences, et mettre en garde contre son anéantissement si elle ne se ressaisit pas.

Beaucoup d’entre nous ont probablement lu certains de ces ouvrages d’autocritique de différents penseurs, comme Oswald Spengler (Le déclin de l’Occident), Alexis Carrel (L’Homme cet inconnu) ou encore Colin Wilson.

Les adeptes de la pensée occidentale dans les pays musulmans sont des gens que rien ne peut convaincre. Ils veulent un islam conforme à leurs goûts ou à leurs souhaits, ou plutôt aux souhaits de leurs maîtres à penser, orientalistes, missionnaires, communistes ou autres.

Ils veulent un islam occidental ou marxiste, selon leur tendance ou leur philosophie. Ils déclarent rejeter les propos des savants, des imams, des juristes et des commentateurs car ce ne sont que des êtres humains, et disent ne reconnaître que la Révélation infaillible. Mais à supposer que l’on soit d’accord avec eux sur ce point, ils diront ensuite qu’ils ne reconnaissent qu’une partie de la Révélation : le Coran, mais pas la sunnah, car elle contient des hadiths faibles, fabriqués ou rejetés ; ou encore, qu’ils reconnaissent les hadith rapportés par plusieurs sources, mais pas les hadith provenant d’un nombre réduit de rapporteurs, ou qu’ils reconnaissent les textes évoquant les pratiques du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) mais pas ceux qui rapportent ses paroles !

Si on accepte de les suivre jusque-là, ils disent que le Coran lui-même ne fait que traiter du cas particulier de l’environnement arabe, des affaires de la société bédouine, et que nous devons y prendre ce qui est conforme à notre évolution et laisser de côté ce qui nous convient le plus !

Lorsque le Coran dit : « Vous sont interdits, la bête morte, le sang répandu et la viande de porc »  (sourate al-Mâ’ida, « La table servie »,verset 3) et qu’il ajoute que la viande de porc est une « souillure », ils arguent que le Coran dit cela à propos des porcs de l’époque qui étaient mal nourris, tandis qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas – ce sont des porcs modernes, pas des porcs arriérés comme ceux d’autres fois !

Lorsque le Coran dit, à propose de l’héritage : « au fils, une part équivalente à celle de deux filles » (sourate an-Nisâ’, « Les femmes », verset 11), ils disent que cela s’appliquait avant que les femmes aillent travailler et affirment que leur présence dans les différents domaines de la vie : aujourd’hui, elles ont leur individualité, leur indépendance économique, et elles doivent hériter de la même part que les hommes, car il n’y a plus de différence entre les sexes…

Lorsque le Coran dit : « Le vin, les jeux de hasard, les pierres dressés et les flèches divinatoires ne sont qu’impureté, l’œuvre du Démon » (sourate al-Mâ’ida, « La table servie », verset 90), ils répondent que cette interdiction coranique concerne un climat chaud, mais que le jugement aurait été différent si le Coran avait été révélé dans un climat froid !

Tout cela veut dire, en réalité, qu’ils imaginent que Dieu, le Tout-Puissant, ignore la situation de Ses créatures, qu’Il ne connaît que ce qui a déjà eu lieu et que Sa science ne s’étend pas à l’avenir ni à ce que le destin nous réserve. Dieu est infiniment supérieur à ce qu’ils imaginent ! « Est-ce vous les plus savants, ou Dieu ? » (sourate al-Baqara, « La vache », verset 140) ; « Ne connaît-il pas ce qu’Il a créé, Lui qui est Subtil, Celui qui est parfaitement informé ? » (sourate al-Mulk, « La royauté », verset 14).
 

Cheikh Youssouf Al Qaradawi

Extrait du livre « La Fatwa », publié aux Éditions ARRISSALA
http://havredesavoir.fr



Mercredi 22 Janvier 2014


Commentaires

1.Posté par Lecteur le 23/01/2014 11:01 | Alerter
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Excellent Cheikh Al Qaradawi. Comme à l'accoutumé, vous nous éclairez avec les prêches et les leçons qui nous instruisent et nous guident vers une une réflexion profonde, individuelle et sociologique.

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