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L'histoire, cette inconnue


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Manuel de Diéguez
Jeudi 8 Février 2018

L'histoire, cette inconnue

Sous les yeux des spectateurs français sidérés, la planisphère change rapidement de configuration : nos moyens de communication devenus instantanés ne cessent de nous entretenir de deux religions étrangères au territoire national, le judaïsme et l'islamisme. Or, plus des deux tiers des Français laïcisés ne croient plus en l'existence d'aucune divinité et relèguent la croyance en un créateur mythique du cosmos parmi les récits à raconter aux enfants en bas âge et quasiment au niveau de la croyance au Père Noël. Les Français laïcs et relativement cultivés qui forment l'immense majorité de la classe dirigeante du pays en éprouvent un sentiment de dépossession et de frustration de leur identité naturelle, comme si l'élite du pays se trouvait privée de son compagnonnage culturel et politique habituel.

Qu'est-ce qu'un véritable chef d'Etat? Quelles sont les caractéristiques d'un faux chef d'Etat ? En quoi un chef d'Etat authentique est-il un acteur et à quel moment ce genre d'acteur incarne-t-il son personnage? A quel moment le Général de Gaulle est-il devenu son personnage historique? Et peut-on encore parler d'un véritable homme d'Etat comme d'un acteur seulement plus grand que les autres, ou bien faut-il étudier cet acteur nouveau de l'histoire?

Comment redresser des erreurs incrustées dans les têtes? Nos ancêtres ne s'appelaient pas les Galli - les coqs - comme le croyait Jules César - mais les Gali, les Gaulois, ce qui, dans leur langue celtique, signifiait les jaillissants, les vaillants. Comment le savons-nous, alors que les découvertes de ces historiens centraux tiennent en quelques lignes et ne rencontreraient pas un lectorat suffisant pour intéresser l'édition papier? La plupart d'entre eux ont trouvé un tremplin sur internet et notamment sur Wikipedia dont l'encyclopédie est devenue une fontaine d'Aréthuse de l'historien moderne.

L'ultime incarnation des historiens qui se sont fait une idée sentimentale du concept même d'historicité n'est autre que Pierre Nora qui jalonne le temps à l'aide de "lieux de mémoire" assignés à jouer le rôle d'oracles delphiques.

D'où, aujourd'hui, un sentiment de stupeur et de révolte face à l'abîme de l'ignorance et de la superstition dont on s'était largement retiré et dans lequel le pays semble sur le point de retomber. Tout se passe comme si la sottise originelle qui faisait dire que la sentence cujos regio eos religio retrouvait une manière de droit de cité.

Mais comment paraître légitimer de nouveau un démiurge qui se présente en tueur universel, puisqu'il est censé passer le temps de sa sainte éternité à soumettre les morts à des tortures éternelles, à l'exception d'une frange de rescapés bienheureux. Et puis, il semblait devenu évident que si chaque région est censée bénéficier d'une révélation particulière et précisément pliée d'avance aux mœurs et coutumes de l'endroit, alors toutes les théologies se réfutent par leur localisation même et leur soumission d'avance à des rituels toujours strictement locaux.

Ainsi les trappistes de la Grande Trappe de Rancé près de Soligny disent qu'ils se lèvent tous les jours à deux heures du matin pour "faire exister Dieu", comme je l'ai déjà évoqué ailleurs. Certes, ils croient que Dieu existerait sans eux, mais dans le même temps, ils disent tout le contraire, car ils savent très bien que les dieux en lesquels personne ne croit plus et dont plus personne ne salue les apanages et tout l'apparat liturgique, révèle, qu'en réalité, ils n'ont jamais existé ailleurs que dans l'esprit de leurs adorateurs.

C'est à partir du moment où les Français ont passé par une scolarité censée les avoir initiés à la pensée rationnelle et à la philosophie - le bac philo demeure unique au monde - que le moment est venu de rabâcher des évidences primaires au sein d'une immense masse de cerveaux à nouveau théologisés dès le berceau.

 

Mais il se trouve que toutes nos découvertes philosophiques ou scientifiques se révèlent d'avance articulées avec nos progrès dans la connaissance et la compréhension du fonctionnement pertinent ou trompeur de notre encéphale. C'est pourquoi l'histoire véritable de notre espèce est celle d'une vingtaine seulement de cerveaux supérieurs qui ont engendré les millions de cerveaux à la manière dont un aimant attire la limaille de fer . Je n'en donnerai que quelques exemples: quand Pizarre ou Christophe Colomb découvrent l'Amérique, ils se révèlent déjà les bénéficiaires d'une époque à laquelle les Copernic et les Galilée ont fait découvrir la rotondité de la terre et sa course autour du soleil. Les conquêtes terrestres se heurtaient déjà à un monde soustrait en profondeur au type de compréhensibilité qu'un créateur du ciel et de la terre était censé dispenser à quelques auditeurs privilégiés.

A l'origine du nucléaire, quand la découverte des atomes a fait entrer notre science de la nature dans la connaissance du mystère de la danse de la matière cosmique, nous étions déjà entrés en profondeur dans la mutation de la connaissance de l'espace et du temps qui nous avait placés dans un univers tri-dimensionnel. Et Einstein était sur le point de nous informer que le temps lui-même est une forme de la matière.

Comment, dans ces conditions, les progrès de nos connaissances philosophiques et scientifiques n'auraient-ils pas été confusibles avec les débuts de l'ère nucléaire et ne nous auraient-ils pas fait connaître les premiers pas de l'énergie atomique? Mais c'est dire que tous les progrès de nos connaissances scientifiques et philosophiques ont commencé de nous faire connaître les secrets du fonctionnement et des disfonctionnements de nos cerveaux de sorte que nos têtes devenaient la plaque tournante de tout progrès réel de notre connaissance de nous-mêmes.

Du coup, comment une anthropologie réellement scientifique ne se serait-elle pas focalisée sur une connaissance de plus en plus vertigineuse de la dizaine de cerveaux de génie qui n'ont cessé de féconder les cerveaux insulaires ? Il se trouve que le cerveau des grands hommes est toujours une île à la recherche de son statut particulier et que toute connaissance de nous-mêmes ne peut que s'approfondir à la lumière d'une découverte progressive de l'ultime subjectivité du rationnel. Car si tout signifiant se révèle subjectif du seul fait qu'il demeurera nécessairement humain, il devient vital de découvrir ce qu'il y a d'humain dans le concept même de signification. Et la connaissance de la subjectivité du sacré redevient focale car elle nous révèle l'ultime secret de la politique, puisque nous découvrons alors que ce que les dieux demandaient en réalité à la créature était de leur renvoyer une image idéale, donc falsifiée de leur autorité.

S'il n'existe pas de signifiants en soi, mais seulement des chefferies mythiques, appelées à se disputer leurs proies entre elles, on comprend que la connaissance philosophique et scientifique de soi-même se révèle dans le même temps la clé de la géopolitique et que nous avons intérêt à observer notre cervelle à l'école et à l'écoute de nos chefferies mythiques. La fécondation de l'avenir de notre humanisme est à ce prix, parce que l'islam est redevenu une croisade d'Allah et que l'islam ne tue pas pour tuer, mais pour servir les intérêts du dieu Allah.
De toute façon, l'homme est un animal dont l'ambition ne peut se révéler que cérébrale, donc politique et le politique divinisé est toujours et nécessairement totalisant et totalitaire. C'est pourquoi le sacré nous livre également les clés de la tyrannie.



Jeudi 8 Février 2018


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