Lobbying et conséquences

« L’anti antisémitisme » avec Norman Finkelstein


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Qu’est-ce qui relie l’ex-président Jimmy Carter, la baronne britannique Jenny Tongue et l’université de Californie ? Tous ceux (innombrables) qui ont récemment été accusés d’antisémitisme, vilipendés dans la presse pour avoir posé des questions sur l’occupation de la Palestine par Israël.


Palestine Monitor
Jeudi 15 Octobre 2009

Finkelstein en conférence (photo Palestine Monitor)
Finkelstein en conférence (photo Palestine Monitor)

C’est un réflexe de la part de groupes pro Israël comme la Ligue anti-diffamation que de répandre publiquement des calomnies sur la personne des critiques un peu bruyants, et nul n’a été plus systématiquement ciblé que le politologue Norman Finkelstein. Nous avons parlé avec lui du passé, du présent et de l’avenir de l’antisémitisme en tant que tactique.

Avec le rapport Goldstone, une pression s’exerce aujourd’hui sur Israël pour qu’il explique son comportement. Plus la réalité se fait jour du massacre de Gaza, devenue accessible au monde grâce aux médias numériques, plus il devient difficile pour ses apologistes de défendre la politique israélienne. Leur réaction au rapport a été de s’en prendre à la légitimité des Nations unies, un « tribunal kangourou » d’après Netanyahu, pendant que le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Yigal Palmor, dénonçait une « campagne de victimisation contre Israël » à propos des conclusions du rapport. Palmor a également rendu publique une déclaration selon laquelle Israël allait chercher à bloquer et à endiguer les effets, plutôt que de s’attaquer à chacune des accusations essentielles portées contre lui.

Finkelstein considère que Goldstone représente un filigrane de qualité pour ceux qui critiquent la politique israélienne, particulièrement aux Etats-Unis. « On connaît trop de choses maintenant sur l’agenda d’Israël et partout dans le monde les gens estiment qu’il est impossible de concilier les principes libéraux avec un sionisme patent. Les massacres israéliens ont couvert toutes les unes de la presse. Ils sont devenus incontournables dans la vie publique. Même les journalistes juifs dans le New York Times ont du mal à soutenir Israël. Le système d’apartheid est en train de devenir impossible à défendre. » Finkelstein a le sentiment que le rapport a aider à faire évoluer les sympathies dans les médias, particulièrement dans le sillage de Goldstone. «  Il n’y a eu aucun éditorial d’importance pour défendre Israël contre le rapport, principalement parce qu’Internet a mis fin au monopole du New York Times et du Washington Post. Pendant le massacre de Gaza, chez les blogueurs, et spécialement chez les jeunes blogueurs juifs, une immense majorité s’est prononcée contre ce qu’Israël avait fait. L’influence de ces deux médias n’agit plus que pour eux. »

Un gouffre se creuse de plus en plus entre les idéaux d’Israël et les juifs. On a pu le voir dans les différentes agressions pour antisémitisme contre certains juifs. Goldstone lui-même, Noam Chomsky et Finkelstein ont été mis à l’écart pour avoir « la haine d’eux-mêmes », révélant le désespoir grandissant des lobbys sionistes d’empêcher le débat. Pour Finkelstein, ces lobbies n’ont plus à faire à des cas marginaux mais à la communauté juive dans son ensemble. « La plupart des juifs aux Etats-Unis sont des libéraux. 79% ont voté Obama et ils prennent maintenant position. Les juifs américains sont embarrassés par les actions d’Israël à Gaza et en Cisjordanie, qui ne reflètent pas leurs valeurs libérales ». On a bien remarqué cette scission quand la Ligue anti-diffamation a décerné un prix au Premier ministre d’extrême droite d’Italie, Silvio Berlusconi, le qualifiant d’ « ami d’Israël ». Et elle lui a décerné ce prix une semaine après que Berlusconi ait fait l’éloge de l’homme de confiance d’Hitler, Mussolini, en tant que héros italien.

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Des bombes à phosphore tombent sur Gaza.
(Photo Palestine Monitor)



Une telle alliance marque les nouvelles perceptions de l’antisémitisme et de ses agresseurs. Les sionistes doivent maintenant compter sur les groupes chrétiens d’extrême droite comme le CUFI (Chrétiens unis pour Israël) de John Hagee comme soutien contre les critiques des politiciens libéraux et des minorités. Amnesty International a été fréquemment dénoncé comme antisémite, de même que le populaire ancien président Jimmy Carter. On a beaucoup parlé d’une «  alliance impie  » entre l’Islam et la gauche politique, avec des auteurs conservateurs comme David Horowitz qui concluent que les groupes qui défendent les droits humains auraient un programme pour promouvoir le terrorisme. Pour une explication plus profonde à l’encontre des nouveaux opposants à Israël, le lobby sioniste s’est mis à leur reprocher un « nouvel antisémitisme » : terme nébuleux et suffisamment fluctuant pour être accolé à la plupart des opposants. Arnold Foster et Benjamin Epstein l’ont défini comme « une indifférence implacable à l’égard des préoccupations juives, une incapacité à comprendre l’appréhension la plus profonde du peuple juif ». Une enquête du gouvernement britannique en 2007 sur le racisme en a cité un exemple avec « les perceptions de l’antisémitisme ». Naturellement, de tels caprices permettent les accusations dans tous les sens. Phyllis Chesler, l’auteur de Un nouvel antisémitisme a lancé son vaste réseau sur Internet pour indiquer qui était les ennemis d’Israël : « les organisations internationales pour les droits humains basées en Occident, les activistes occidentaux anticapitalistes, antimondialistes, proenvironnement, antiguerre et antiracistes, les féministes progressistes, les féministes juifs et les médias états-uniens gauchistes et libéraux. »

Ce fut une transition difficile que de passer de la position d’opprimé à celle d’oppresseur et des groupes comme la Ligue anti-diffamation ont dû fouiller plus loin pour rechercher une preuve de leur état de victime. Dans un documentaire récent du réalisateur israélien Yoav Shamir, Diffamation, Shamir interroge un employé de la Ligue sur des cas graves d’antisémitisme qu’elle a eu à traiter. En réponse, la personne interrogée n’a pu citer que quelques exemples de juifs qui s’étaient battus pour s’assurer quelques temps pour prendre des congés. Selon les statistiques de la Ligue elle-même, les cas de violences et de harcèlements contre des juifs ont chuté de 44% ces quatre dernières années.

Malheureusement, cette baisse ne s’accompagne pas d’un ajustement intellectuel sur la question. Les théories de conspiration de Daniel Goldhagen et d’Alan Dershowitz s’inscrivent régulièrement dans les succès de librairie et les établissements de la Ligue BCBG continuent d’alimenter le battage médiatique. Alan Dershowitz reste à la direction du droit à Harvard, en dépit de son appui condamnable à la torture et à l’offensive de Gaza. Pour sa part, Yale a ouvert récemment un centre d’Etudes de l’antisémitisme, une institution qui s’engage à poursuivre la diffusion du mythe de la persécution des juifs auprès de la fine fleur estudiantine des universités états-uniennes. Finkelstein voit dans la situation quelque chose de prévisible : « Les juifs sont une force majeure dans le milieu universitaire et comme beaucoup de groupes, ils agissent dans le cadre d’une allégeance ethnique ». Il y eut plus de panique provoquée à l’université de Californie en 2006, quand elle a réagi aux allégations d’antisémitisme sur le campus en ordonnant une enquête. Comme les étudiants interrogés n’avaient aucune idée du problème, l’enquête a dû conclure que « les campus vivaient un âge d’or de la judéïté, où l’activité intellectuelle juive était vantée et comprise  ». Chaim Seddler-Feller, directeur exécutif de l’université de Californie a déclaré à propos de ce résultat : «  Pourquoi n’entendons-nous pas les bonnes nouvelles ? Pourquoi tant de juifs sont-ils hystériques ? C’est comme si nous étions drogués par l’antisémitisme ».

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Hitler rencontre Amin Al-Husseini in 1941.
Photo distribuée par le ministre israélien des Affaires étrangères, Avidor Lieberman, en juillet 2009.



Quand il s’agit du principal ennemi d’Israël, les peuples arabes, les diffamations les plus dures (ou les plus basses) liées au nazisme sont souvent ressorties. Quand la critique de la construction coloniale juive a culminé en juillet, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a fait circuler une photo de 1941 montrant Hitler avec l’ecclésiastique palestinien Amin Al-Husseini. Alan Dershowitz a publié alors un article scandaleux sur le révisionnisme dans le Jerusalem Post, prétendant que « la direction palestinienne avait joué un rôle important dans l’holocauste de Hitler ». De telles calomnies ne sont pas nouvelles. Tout le temps qu’il a été à le dirigeant palestinien, Yasser Arafat a été comparé à Hitler et les dirigeants palestiniens sont fréquemment présentés comme des partisans du nettoyage ethnique et du génocide contre les juifs. Le chef de la Ligue anti-diffamation, Abraham Foxman, a affirmé que « la survie même des juifs pouvait être à nouveau en danger ».

Que de telles hautes personnalités recourent à ces propos diffamatoires désespérés montre bien la difficulté croissante de leur position. Jouer les victimes n’a jamais été plus difficile pour les majorettes d’Israël, maintenant que les crimes de Gaza sont étalés aux yeux de tous. Les voies dissidentes ne peuvent plus être aussi facilement écartées comme racistes ou démentes, alors que partout dans le monde se manifeste plus d’opposition, au mépris de la chasse aux sorcières antisémites. « Je pense que nous arrivons au terme de l’ère des calomnies, » affirme Finkelstein, «  la puissance de ces attaques s’est considérablement atténuée alors que des personnalités éminentes commencent à remettre en question la politique d’Israël. Cela ne marche plus, ce n’est plus crédible et une fois que ce sera fini, il n’y aura plus rien à cacher de ce que fait Israël. »




Palestine Monitor - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net



Jeudi 15 Octobre 2009


Commentaires

1.Posté par claudio le 15/10/2009 14:02 | Alerter
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Par conséquent, il est urgent que nos concitoyens de confession juive, se déclarent ouvertement contre l'entité sioniste qui les manipule.
C'est le commencement de la fin comme disait Talleyrand.
Nous en avons assez d'être traités d'antisémites et de collaborateurs nazis parce que un petit nombre de nos anciens ont mal agi à une certaine époque.
Nous demandons à ce que ces insultes soit retirées et que notre liberté de revisiter l'histoire, notre histoire commune, nous soit rendue. Seule la vérité pourra apaiser les tensions.
Nos concitoyens juifs doivent placer la France avant toute autre nation et ne pas juger les Français en fonction de leur soutien à Israël.
Que cet état perdure ou implose ne constitue pas l'essentiel. L'essentiel, ce sont les droits d'un peuple entier, les Palestiniens qui en souffrent à mort, et une ambiance sociale dangereuse que les « souteneurs » de ce pays voyou ont instaurée dans notre pays.
Non, le conflit israélo-palestinien n'a pas été importé par nos concitoyens musulmans qui ne font que crier leur horreur face aux crimes d'Israël. Il ne pourchassent pas les pro-israéliens. Ils ne mènent aucune campagne de diabolisation contre des intellectuels. Ils ne dominent pas les médias pour faire de la propagande palestinienne. Ils n'y ont même pas accès. Ils n'interdisent pas à des artistes de donner leurs spectacles. Il n'ont pas de CRIF ni de griffes lacérant à quiconque ose critiquer la Palestine.
Comme nous, ils subissent. Ils subissent le sionisme et la marginalisation voulue et provoquée par les pro-Israël.
Qui a intérêt à importer ce conflit en France ? Ceux qui veulent masquer les crimes d'Israël !

2.Posté par MISTER NO le 16/10/2009 00:08 | Alerter
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merci CLAUDIO pour tes remarquables points de vue. le monde est peu a peu entrain de sortir de sa léthargie .nous attendons tous avec impatience le jour ou la vérité sera restaurée et l iniquité effacée (on peut toujours rêver ) .cependant je ne doute pas que cela se réalisera, de gré ou de force .attendons simplement la goutte qui fera déborder le vase et le tsunami qui les emportera avec l eau du vase .préparons nous a cet événement car il sera douloureux pour les criminels autant que pour les innocents ( DIEU reconnaitra les siens ). salut a toi et a tous ceux qui font avancer " la barque " positivement ...a suivre

3.Posté par Valentin le 16/10/2009 08:57 | Alerter
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Depuis les événements de janvier 2009 les juifs de la diaspora savent qu’aujourd’hui ils sont tolérés sans plus. Ils savent qu’en cas d’attaques d’Israël au Liban, en Syrie et en Iran ils paieront le prix fort car jamais ils ne se désolidariseront d’Israël cet état maniant aussi bien le mensonge, la calomnie, la diffamation que le terrorisme d’état.

4.Posté par Nouba le 16/10/2009 16:36 | Alerter
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Les juifs qui se désolidarisent de l'entité sioniste sont excessivement rares... Toutes les synagogues de France roulent pour "Israël" (les guillemets s'imposent). Individuellement, ce doit être plus vague, plus flou... Néanmoins, je ne crois pas un seul instant à un potentiel anti-sioniste au sein du judaïsme. Ce n'est pas vraiment d'actualité. C'est ainsi que dans le bulletin paroissial de la synagogue de Mulhouse, page 5 et consultable sur:

http://judaisme.sdv.fr/today/mulhcom/cim152.pdf

Vous pouvez lire page 5



« La situation générale en Israël et particulièrement les opérations menées à Gaza ont entraîné dans le monde et dans notre région des montées en puissance de l’antisionisme mené, par des groupes traditionnellement anti-israéliens, mais n’oublions pas, comme je l’ai dit dans mon discours à l’occasion de la cérémonie en souvenir de la rafl e du Vel d’Hiv, que l’antisionisme est un corollaire du négationnisme et de l’antisémitisme. Rappelons la phrase de Martin LUTHER KING, dans sa lettre à un ami antisioniste « antisionisme signifie de manière inhérente antisémitisme et il en sera toujours ainsi ». Il nous appartient d’être vigilant car la bête immonde est toujours présente, c’est pourquoi, nous devons être solidaires de l’Etat d’Israël et le soutenir dans les moments difficiles qu’il traverse. N’oublions
pas le soldat Guilat Shalit toujours retenu par ses tortionnaires, auquel on refuse les droits minima prévus par les lois internationales. Nous formons le vœu que sa libération intervienne rapidement. Avec l’ensemble des Communautés Juives nos prières s’élèveront vers le Très haut jusqu’à sa libération. »

Toutes les synagogues sont à l'avenant.

5.Posté par Habakuk le 16/10/2009 17:33 | Alerter
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Au demeurant, à voir Guilat Shalit à la télévision il y a peu, il était en grande forme. Tout au plus dépité d'être loin de sa famille... On le comprend... J'aime autant qu'il ait été excellemment bien traité... Rassurons donc les rabbins de Mulhouse qui ont oublié de regarder cette vidéo: Ses "tortionnaires" ont l'air de dames patronnesses en comparaison des geôliers sionistes... Bah, on sait de quel côté se trouve la barbarie... Nos pieux rabbins feraient bien de s'occuper des vrais tortionnaires et de s'inquiéter de leur salut qui me parait bien compromis... Le judaïsme, des trois religions monothéistes, est de loin celle qui est le plus mal en point... C'en est désespérant.

6.Posté par dik le 23/10/2009 16:11 | Alerter
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"les cas de violences et de harcèlements contre des juifs ont chuté de 44% ces quatre dernières années".

Parmi les 56% restants, je parie que les 2/3 au moins sont absolument innocents. En font partie, bien sûr, les hommes d'honneur et les ONG qui dénoncent la barbarie d'Israël. Ce dernier perd ses repères quand il n'y a pas d'antisémitisme ou que la paix est envisagée car, à contrario, la guerre qui fait son chiffre d'affaires s'éloigne!

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