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L’absolu et le relatif


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Jeudi 23 Janvier 2020 - 00:25 Épiphanie, Zénon, janvier 2020 (version PDF)


M. Sakhri a eu l’amabilité de donner suite à ma question sur sa certitude que l’armée n’attend qu’un prétexte pour décréter l’état de siège (commentaire 4, https://www.alterinfo.net/Points-faibles-et-erreurs-du-Hirak-algerien_a151454.html?com#last_comment). Mais sa réponse détaillée, pour laquelle je le remercie, à eu pour effet de m’interpeller sur son contenu ! Je développe ici mon questionnement à son attention, qui peut résumer les interrogations que j’aie pu exprimées sur le sujet sur ce site depuis que j’y participe.
Que l’on ne m’attribue pas une intention de jouer avec les mots dans un esprit disgracieux à l’attention de M. Sakhri. Les mots qui servent à construire du sens sont des briques. Et je tente de construire quelque chose avec des notions ; des mots mais pas des briques. C’est hasardeux, je le concède.


saidab
Samedi 7 Décembre 2019

Ces concepts d’un passé révolu qui font barrière entre nous, les autres nous, et notre présent

L’absolu et le relatif
A ma question « Pouvez-vous nous dire d'où vous vient cette certitude (d’un état de siège décrété par l’armée si ...), ... » (post 2 de la page web), vous répondez en exposant une théorie : le concept de lutte de classes. Ma question s’adressait à vous personnellement et j’attendais des faits tangibles qui me convainquent. Le concept que vous exposez a été élaboré par des cerveaux appartenant à une classe sociale donnée, vivant à une époque donnée dans un pays donné dans des circonstances données. Il appartient au registre de l’absolu et ne peut être de toute éternité ; si je comprends la distinction que vous faites entre absolu et relatif. Même l’origine divine de la création, concept des plus universels dans l’absolu, ne parvient pas à s’imposer à tous d’une façon univoque. D’où probablement l’usage relatif de la sainteté absolue du message divin ! Alors le capitalisme … Je note à ce sujet que vous prenez soin de préciser « capitalisme algérien ». Cela signifie qu’il y a capitalisme et capitalisme spécifique. Peut-on alors parler de capitalisme ? Oui, bien sûr, comme on parle de dieu. Mais ça n’est jamais le même, dieu ou capitalisme …

Ceci étant, il me semble que nous pourrions avoir une meilleure appréciation de nous-mêmes, de nos réalités respectives, de nos besoins réels et des moyens les plus appropriés pour les satisfaire en nous appliquant des concepts d’origine et d’expression nationale, régionale, historique si nécessaire. Mais des concepts qui nous ressemblent. Qui nous parlent de nous pas des autres. Pas d’ailleurs. Surtout quand cet ailleurs est conceptuellement notre ennemi ; dans l’absolu évidemment. C’est là que réside à mon sens et sans prétention, la source de tous les problèmes que vit le pays depuis l’indépendance. Que vivent tous les pays anciennement colonisés. Notons à ce sujet l’opposition anachronique du concept amazigh à … je ne sais à quoi, si ce n’est à l’Algérie telle que son histoire l’a faite.

Je dis bien « concept » ! Il y a y un pays, l’Algérie. Il y a des populations diversifiées dans leurs parlers, leurs coutumes, leurs cuisines, en un mot leurs mentalités. Mais toutes se perçoivent algériennes. Les arabophones parlent leurs dialectes respectifs ; les berbérophones leurs dialectes respectifs, les ruraux vivent leurs ruralités respectives, les classes d’âges vivent leurs âges respectifs … Mais les « amazigh » (ne pas confondre avec Kabyles car ils vivent partout en Algérie comme n’importe quel Algérien) se veulent une catégorie spécifique distincte. Ils veulent leur drapeau, leur académie (si ça n’est pas fait, ça viendra). Pour quelle raison ? Dans ces conditions, montrons-nous conséquents et admettons que le concept de lutte de classes est vraiment révolu et qu’il n’y a plus en Algérie qu’une lutte identitaire. Oui, évidemment, le pouvoir économique et médiatique sont de la partie. Mais qu’est-ce qui fait obstacle à l’organisation sereine d’élections présidentielles conformes la constitution ? Un refus de la constitution. Qui refuse cette constitution ? Constatons à ce sujet que dans de nombreux pays européens et sud américains, les droites font une percée spectaculaire. Or, les droites sont historiquement l’ennemi des gauches. Ce ne sont plus des « classes » sociales internes seules qui sont en lutte mais des idéologies, bien sûr supportées par des pouvoirs occultes surpuissants. Il n’empêche que des nationalismes relatifs, en élaboration, se dressent contre des idéologies capitalistes ou socialistes intangibles ; absolues. Qui ne sont plus d’époque et ne correspond en rien aux réalités relatives de chaque pays et groupe social.

Pour cette raison, à votre conclusion : « Donc dans l'absolu, il n'y a pas de raison que l'armée ne décrète pas l'état de siège suite à une provocation quelconque. » j’opposerai un relatif ouvert sur du possible et conclurais ainsi : dans l’absolu, le relatif étant imprévisible, on peut avancer des probabilités mais en aucun cas des certitudes (c’était l’objet de ma question) sur la conduite de l’armée en cas de provocation, sans doute pas « quelconque » ! En Algérie, tout se passant de façon paisible depuis des mois. Un incident grave ne peut alors être que le fait d’une volonté de provoquer un irréversible. Jusqu’à présent, le seul élément perturbateur du caractère pacifique du mouvement a été le drapeau kabyle … Il semble donc probable qu’une provocation grave, si elle devait avoir lieu, viendrait de ce côté-là. Dans ce cas, l’état de siège serait non le fait de la volonté de l’armée, mais une conséquence logique à des actes à risques majeurs.
Bien sûr, il reste possible que la provocation puisse se faire sous faux drapeau … Tout et son contraire reste possible dans l’état actuel des manifs. En tout état de cause, il reste possible, je ne dis pas probable, que l’armée fonctionne différemment de la fois précédente que vous citez.

Je vous cite encore : « Se taire sur le rôle d’avant-garde que doit jouer la classe ouvrière dans la révolution démocratique revient à capituler devant la petite bourgeois démocratique d’une part et d’autre part tomber dans l’opportunisme. » Classe ouvrière … ça n’est peut-être plus d’époque non plus. Aujourd’hui, avec la scolarité et les cyber services, c’est à qui est le plus malin pour savoir capter des capitaux, y compris virtuels, et/ou à se créer des réseaux, tout aussi virtuels, pour détenir un pouvoir de manipulation. Y compris des foules. Le mouvement dit populaire algérien, on ne sait plus si c’est du lard ou du cochon. Une expression absolument inappropriée parce que ne correspondant en rien aux coutumes algériennes dans l’absolu ...



Vendredi 6 Décembre 2019


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